On l’a déjà répété plusieurs fois en ces pages : Anticon est un des labels hip hop les plus novateurs de ces dernières années, à l’instar de Lex, Mush ou encore Def Jux et Big Dada. L’un des rares à redéfinir le rap à l’heure du tout numérique, proposant une alternative électro-post-rock rafraîchissante aux gimmicks FM d’MTV et du « Snoop Fizzle Televizzle ». L’un des seuls à retracer de A à Z la cartographie d’un genre qui s’enlise dans la surenchère et la suffisance marketing. Chez Anticon, un nouveau rap émerge : moins couillon, plus défricheur, blanc de chez blanc mais foutrement essentiel. Qu’il s’acoquine de l’électronica la plus warpienne (Themselves, Alias, Jel), de breakbeats plus proches de l’indus que du rap musclor gonflé aux billets verts (Sole, Deep Puddle Dynamics) ou d’un folk/blues à taille humaine d’une fragilité salvatrice (Why ?, Sage Francis), Anticon s’avère une oasis d’inventivité dans un désert rap où les rapaces de l’industrie se chamaillent, jusqu’à l’agonie. A l’écoute de cette compile retraçant l’histoire du label depuis 1999 (33 morceaux mixés sans temps mort), le B-boy lambda prendra sans aucun doute une claque, et ses certitudes en la matière d’être chamboulées à vie. Voilà du rap qui devrait être remboursé par la mutuelle, tant il fait du bien aux neurones et aux guiboles. Une introduction indispensable à l’univers d’Anticon, d’autant qu’elle se monnaie seulement 7/8 € chez tous les bons disquaires... Buy or die !