Sous l’intriguant pseudonyme Finn. se cache un songwriter multi-instrumentiste allemand, issu d’Hambourg. L’homme complète sa carrière de musicien par un job de designer, sous son véritable patronyme, Patrick Zimmer. Il partage dès lors son temps entre Londres et Hambourg. Quelques années d’errances d’électronica lo-fi lui ont été nécessaires pour en arriver à ce magnifique troisième album sobrement (!) intitulé « The Best Low-Priced Heartbreakers You Can Own ».
Finn. a enregistré et produit cet album pendant 7 mois dans les catacombes d’une vieille église du XIVème siècle, sous les rues de St-Pauli en Allemagne. Il s’agit d’un album concept divisé comme au théâtre en cinq actes (NDR : en français dans le texte : ‘L’Anesthésie’, ‘La Sédition’, ‘La Mutinerie’, La Bonace et ‘La Pluie, L’Accord’). L’univers sonore de Finn. et son interprétation poignante colle à merveille à cette trame digne des tragédies grecques classiques. L’album s’avère être une éclatante réussite tout en fonctionnant à l’économie. Les orchestrations sont subtiles (violons, flûte et trompettes s’y croisent) ; et l’interprétation de cette folk décharnée est, elle, intense. Finn. nous livre un folk cinématographique et dépressif de haute volée.
La reverb sur sa voix de fausset rappelle Neil Young voire Ben Bridwell du Band of Horses, même si tout ici est plus noir et parfois quasiment malsain. L’album n’est pas à recommander à Madame ou Monsieur tout le monde. Suivant la formule : âmes sensibles s’abstenir. L’ombre de Sigur Rós et de Bon Iver planent sur la musique de Finn.. Mais son monde est quant lui à unique. Je vous conseille d’écouter l’intégralité de l’œuvre d’une traite, car elle forme un tout très cohérent même si elle recèle quelques sommets tel « Julius Caesar », caractérisé par son final apocalyptique et discordant. La mélodie de « In The Wake Of » est également addictive et « The Fourth, The Fifth » touchera l’auditeur attentif au plus profond de lui-même. L’album est découpé en 16 plages, mais ne traîne jamais en longueur, car plusieurs interludes permettent d’aérer l’ensemble.
L’écoute n’est donc pas aisée ; mais s’attarder sur cet album exigeant constituera pour l’auditeur un investissement rentable et lui procurera une grande satisfaction tellement il est riche, intense et tortueux. Les œuvres mélancoliques se révèlent bien souvent celles résistant le mieux aux années et aux modes. Ils nous suivent tout au long de notre existence. C’est le cas de cet elpee, Finn. nous offre en effet un album intemporel…
Peu connu à ce jour, Finn. a pourtant déjà assuré le supporting act pour José Gonzales et Stephan Eicher. Son explosion à l’instar de celle de Bon Iver en 2008, ne fait aucun doute ! L’artiste allemand prodigue en effet une belle leçon de dramaturgie musicale… triste et touchante à en pleurer.

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