Il y a plus de trois ans, un album de hip hop frappait les esprits par son énergie débordante et ses innovations dans le domaine du (gros) son et des lyrics : ce disque fantasque, branleur et casse-cou, c'était " Gun Hill Road ", signé d'un " posse " jusque-là inconnu, les Infesticons. Très vite, on apprit qui se cachait derrière cette nouvelle bannière rap érigée en nouvelle tendance (moins gangsta, plus sympa, les bleeps de l'électro en cadeau) : un certain Mike Ladd, déjà croisé dans le milieu hip hop… Mais dans ses bas-fonds les moins pailletés, en direct de l'underground, en tout cas loin des spots d'MTV et de ses stars sapées comme des guirlandes de Noël. Depuis lors, bien des choses ont changé : la bête techno s'est emparée des chaînes en or et des bimbos en chaleur. Bref le rap le plus mainstream s'est acoquiné avec les beats les plus malins (une aubaine). The Neptunes, Timbaland, Dr. Dre sont devenus les nouveaux boss : pas un type qui ne veut sa mélodie estampillée N.E.R.D. ou Missy Elliott (les kings du genre), sans parler de l'avant-hop, cet hybride génial entre electronica délirante, rap malade et conscience alter-mondialiste. The Majesticons arrivent donc à point nommé pour rappeler qu'il y a trois ans déjà, alors sous le nom d'Infesticons, leur rap osait sans fard mélanger les genres et braver tous les dangers, en narguant les rentiers du business hip hop. Avec ce " Beauty Party " ravageur, la bataille continue : deuxième volet d'une trilogie géniale, cet album sonne donc un peu comme " L'Empire contre-attaque " du lot, avec Mike Ladd en Luke Skywalker venant sauver le rap, et ses potes (dont El-P, boss de Def Jux, et Vast Aire, de Cannibal Ox) en Han Solo, R2D2 (RJD2 ?) et Princesse Leia (beaucoup de ‘soul woman’ en guest de cette fête non-stop). Le concept derrière cet album est tout aussi fumeux que le premier : la seule chose à retenir, c'est qu'il s'agit donc d'une attaque en règle du music business sauvage et d'une ode à la liberté et à l'indépendance (tous les titres, d'ailleurs, finissent par " Party "). Entre les bombes racées à la Neptunes (le diptyque Piranha Party/Fader Party, Suburb Party), la drum'n'bass, les chip tunes (" Prom Night Party ") et le r'n'b le plus fiévreux (" Prom Night Party ", " Luv Thief Party ", " San Trope Party "), " Beauty Party " porte bien son nom… 2003 ne vient que commencer, et voilà déjà un album à retenir pour les tops de fin d'année. Vivement le troisième épisode.