La manille pour bébé de Panic Shack

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Ozark Henry connaît la musique Parker…

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Rock Werchter 2004 : samedi 3 juillet

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The Rasmus : un ensemble finnois qui est parvenu à faire son trou sur la scène internationale, lors de la sortie de « Dead letters ». En 'live', son pop rock mélodique n'est guère surprenant et souffre de la médiocrité du chant Ylönen. Sans intérêt !

Bart Vincent et Does de Wolf ont donc réalisé leur rêve : jouer à Werchter ! Une récompense que le Thou gantois a bien mérité après avoir consacré plusieurs années à la création musicale. Ils ont interprété une majorité de compos issues de leur dernier album, « I like girls in Russia ». Et en particulier « I won't go to Nashville », « Roam » ainsi que « Breakin' up the heart of a girl », chanson pour laquelle ils ont reçu le concours du violoniste de Das Pop, Reinhard Vanbergen. Entre pop énigmatique et rock puissant, qu'épice agréablement un chant versatile, leur set a été reçu 5 sur 5 ! 

Drivé par Marco Roelofs, De Heideroosjes roulent leur bosse depuis 15 ans. Et on s'en est rendu compte tout de suite. Un set impeccable ! Leur mélange de punk rock mélodieux et de hardcore est secoué par de nombreux changements de tempo. Issus de la plume de Roelofs, les lyrics opèrent une critique de la société contemporaine. Une formation à l'attitude punk, mais douée d'une vision à long terme. Moment d'émotion lorsque leur roadie est monté sur scène. Victime d'un grave accident de voiture, accident qui s'est produit lors d'une tournée, il est à nouveau sur pied. Le public lui a réservé un accueil chaleureux. De Heideroosjes ont puisé dans leur large répertoire. Depuis « Ik wil niks » à « We're all fucked up » en passant par « Iedereen is gek behalve » et « Dick Advocaat », une chanson écrite pour fustiger la folie engendrée par le football chez les Néerlandais, lors de la coupe d'Europe au Portugal, et « Time is ticking away ». De leur dernier opus, « Sinema », on a eu droit à « Spacegoat revolution » et « Damclub hooligan ». Le public des Heideroosjes est très fidèle. Il est sans cesse invité à chanter, faire des rondes, lever le poing, etc. Un des meilleurs moments constitue assurément l'hommage à Urbanus, auquel le groupe doit le patronyme De Heideroosjes. Un terme issu d'une de ses conférences. Urbanus et De Heideroosjes avaient même chanté dans une version fullspeed « (Marie-Louisje aan de) Kodazuur ». Un set sympathique, amusant et qui mérite le respect. Une chose est sûre on venait de vivre un des meilleurs moments de cet après-midi.

Drivé par le duo Canning/Drew, le collectif Broken Social Scene vient de sortir son deuxième elpee en Europe (« You forgot it in people »), un disque commis voici déjà un an et demi. Mais en 'live', le spectacle est impressionnant. Broken Social Scene est un large collectif : une moyenne de quatre guitaristes, une section de souffleurs, un organiste et j'en passe. Toute une armada qui soutient une voix féminine. Les guitares entretiennent un certain climat où se mêlent de rock, psychédélisme et americana, un climat visionnaire, énigmatique, intense, fiévreux, opérant l'un ou l'autre détour vers la dance et le jazz, tout en adressant l'un ou l'autre clin d'œil à Badly Drawn Boy, à Wilco ou encore à Godspeed. Solidement construites, les chansons peuvent également évoluer sur un mode uptempo. De quoi permettre aux guitaristes de se libérer (NDR : les mauvaises langues diront de s'égarer). Impressionnant ! Un ensemble à suivre et surtout à revoir dans les circuits des clubs…

Daan Stuyven est un personnage particulièrement créatif. On a déjà pu le constater au sein de Dead Man Ray, mais en solo, le mélange capricieux de pop et d'électronica est particulièrement brillant. Et ses opus éponymes en sont la plus belle illustration. Tout de blanc vêtu, Daan entame son set par « Housewife », une compo dynamique dont la fusion d'électronique et de percussions, balayée de ses riffs de guitare, entraîne instantanément un mouvement de danse au sein de la foule. Et son timbre vocal rauque accentue le pouvoir d'expression de ses chansons. Notamment sur des compos comme « Victory » ou « Eternity ». Nous aurons encore le loisir de reparler de Daan, au cours des prochaines semaines, puisqu'il participe aux festivals d'été…

Lors du Pinkpop, j'avais eu l'occasion d'assister au set spectaculaire de Black Eyed Peas, un collectif américain responsable d'une musique à la croisée des chemins du hip hop, du r&b et de la pop. L'ombre de Faithless y avait même plané. Paru l'an dernier, leur dernier opus « Elephunk » leur a permis de percer en Europe. La barre était donc placée très haut, avant qu'ils ne montent sur les planches. Après un départ raggamuffin', invitant le public à lever les mains en l'air, le groupe a enchaîné par ses classiques : « Hey mama », « Let's get retarded » et « Shut up ». Sur scène, le groupe bouge beaucoup. Dans la plaine, le public aussi. Les vocaux plein d'âme flattent les tympans. Les danses du ventre de Miss Fergie nous en mettent plein la vue. Mais le collectif ne trouve pas l'équilibre et manque de conviction. En outre la musique est trop brouillonne, et l'étincelle ne jaillira jamais. Le set est d'ailleurs écourté, n'épinglant pour seul rappel que « Where is the love ». On espère mieux pour la prochaine fois !

Responsable d'un excellent premier elpee, Franz Ferdinand est parvenu à conquérir le public de sa musique très électrique. Un pop/rock pétillant, contagieux, dynamique, frais, dansant, bondissant, parfois réminiscent des eighties, aux mélodies simples mais terriblement efficaces et captivantes. La formule guitare/basse/batterie tient bien la route, mais ce sont les riffs de guitare qui se chargent d'entretenir l'adrénaline. Leurs deux singles, « Take me out » et « Matinée » ont chauffé l'ambiance. Et des compos telles que « Jacqueline », « Tell me tonight » et « Michael » ont libéré une intensité phénoménale. Le quartet écossais en a profité pour dispenser quelques nouvelles chansons dont un « Love destroy » vivement acclamé. Le groupe était fort ému par la réaction de la foule. Le guitariste Mc Carthy a hérité quelque chose de son compatriote Burchill, à l'époque où il sévissait chez Simple Minds. Lui et Kapranos, le chanteur, n'hésitent pas à accomplir quelques pas de danse pour dynamiser leur set. Un set court, puissant, tempétueux et surtout étourdissant.

Issue de Devon, en Angleterre, Joss Stone a sorti un premier opus remarquable, au printemps dernier : « The soul sessions ». Une jeune chanteuse de 17 ans, dont le timbre proche d'Aretha Franklin, soutient une soul/pop américaine chargée d'émotion et de vécu. Et elle a de très jolis yeux, ce qui ne gâche rien. Epaulée par deux backing vocalists, elle a touché le public de son set à la fois bouleversant et sensuel. Depuis un « Chokin' kind », à la sensibilité à fleur de peau, au groovy « Super duper love ». Stone a impliqué le public dans ses chansons, en les laissant parfois reprendre les refrains. Si l'ambiance procurée par « Victim of a foolish heart » et « Dirty man » était surchauffée, celle produite lors de la cover du « Fell in love with a boy » a littéralement déclenché un effet de serre. La sortie d'un nouvel elpee est prévu pour septembre. Il devrait ne contenir que des compositions issues de sa plume. En guise de prélude, des titres comme « Jet lag » et « You had me » sont très prometteurs. Une prestation qu'elle a achevée par « Some kind of wonderful ». Impressionnant !

L'an dernier, Moloko avait emballé le public d'une prestation cinq étoiles, sous la tente 'Pyramid'. Ce qui lui a valu, cette année, de se produire sur la scène principale. Mais pour cette édition, la chance leur a tourné le dos. Le matos électronique de Brydon a lâché pendant l'interprétation de « Sing it back » ; ce qui a obligé la chanteuse, Roisin Murphy, de se produire en acoustique. Le set avait bien débuté par « Familiar feeling », une compo joliment tissée dans le funk disco freaky et dansant, et enrichie de petites touches électroniques. Un début encourageant confirmé par « Fun for me » de « Do you like my tight sweeter ? » et « The time is now », deux fragments qui atteignaient la bonne température. Des moments très agréables que Murphy colorait de son timbre. « Where is the what if… » n'avait cependant pas sa place et ne suscita que l'ennui. Heureusement, « Pure pleasure seeker » et « Forever more » remettaient quelque peu les pendules à l'heure, mais sans jamais atteindre le niveau de l'année dernière, lorsque Moloko s'était produit dans le 'Pyramid'. En outre, les problèmes techniques ont entraîné une fin de set en mode mineur. Moloko nous doit une revanche. Peut-être l'année prochaine, si on lui accorde une nouvelle chance. Il le mériterait.

Sophia, c'est avant tout Robin Propper-Sheppard. Une formation très appréciée en Belgique. Sous la tente 'Pyramid', l'ambiance était étrangement austère. Faut dire que la puissance du son émise par Muse, qui se produisait alors sur le podium principal, avait de quoi perturber. Une situation d'autant plus dérangeante que Sophia a entamé son spectacle par deux compos plutôt calmes issues de son remarquable premier opus paru en 1996, « Fixed water » : « So slow » et « Are you hapy now ». Un moment au climat particulièrement captivant. Les accords de guitare pincés ainsi que la voix mélancolique et chaleureuse de Propper-Sheppard ont littéralement transporté les chansons, enrichies d'une instrumentation luxuriante. Et dans le même registre, « Swept back » et « Oh my love » du récent elpee « People are like seasons » ont maintenu cette impression. Joliment construits, « Every day » et le nouveau single « Holidays are nice » m'ont paru plus consistants. Sophia s'y est aventuré dans les beats électroniques. Mais ce sont « The river song » et « If a change is gonna come » qui se sont révélés les plus percutants. A cet instant, Sophia en est revenu à une sonorité plus tendue, plus aventureuse, plus sombre, presque noisy, comme à l'époque de God Machine, le précédent groupe de Robin. Quelle apothéose !

Le Novastar de Joost Zweegers est devenu un véritable groupe. Un quintette. Qui met bien à l'avant plan le piano de Zweegers. Sur disque Novastar se révèle plutôt paisible, humble, ambiant. Live, il devient énergique, musclé, acharné même, laissant une large part à l'intensité des compos. Zweegers se démène souvent tel un possédé. Il dégage un énorme charisme. Il a surtout interprété des compositions issues de son deuxième opus, « Another lonely soul ». Si le set s'est ouvert par « Lend me love », « Never back down » constitue le point d'orgue de sa prestation. Le vocaux sont clairs et convaincants. Le talent de Zweegers au piano soutenu par la puissance de la guitare a enchanté l'assemblée. Le groupe a bien sûr interprété « Rome », mais c'est « Wrong », un extrait de son opus éponyme qui sera le second point culminant. Pour interpréter « When the lights go down on the broken hearted » et « Don't ever let it get you down », Zweggers actionnait régulièrement le couvercle de son clavier pour s'en servir comme percussion. Il aura fallu attendre 4 ans pour voir la sortie d'un nouvel album de Novastar, mais le résultat est probant ; d'autant plus que sur scène sa transposition est impeccable. En guise de rappel, Novastar a accordé « This is the road to nowhere ». A cet instant, l'ambiance était à son paroxysme. Un moment d'émotion intense traversé par les accords du piano de Zweegers. Et puis « The best is yet to come », repris en chœur par le public…

Responsable d'un nouvel opus (« Baptism »), on se demandait bien ce que Lenny Kravitz allait nous réserver. S'il entame les hostilités par le solide titre « Where are we running », son concert sera essentiellement constitué de compositions issues de son ancien répertoire : « Mama said », « Always on the run », « It ain't over till it's over » et « Fields of joy ». Si d'un côté on y retrouve la puissance de son rock conjugué au passé, Lenny a eu la mauvaise idée de s'égarer dans des soli ennuyeux. Même la batterie et le sax sont tombés dans le piège. Sous cette forme, « Fear » en est devenu pénible. La cover d'« American woman » du Guess Who va lui permettre de remonter à la surface. Et « Fly away » ainsi que « Are you gonna go my way » de le remettre à flots. Sans oublier le bis, consacré traditionnellement au contagieux « Let love rule ». Si le show peut être crédité de bonne facture, il faut reconnaître qu'on n'y a rien découvert de bien neuf ; en outre, les soli inutiles ont donné l'impression que l'artiste était en panne d'inspiration. Are you gonna gonna go the way of Lenny ? Jusqu'à un certain point, oui ! Mais il serait temps qu'il prenne une nouvelle direction. C'est un message que la plupart des fans lui adressent. Puisse-t-il l'entendre !

Magnus est le projet musical de CJ Bolland et de Tom Barman. Pour ce DJ set, les deux compères avaient invité sur scène, la chanteuse/danseuse Zohra. Le duo a interprété quelques morceaux issus de leur elpee, « The body gave you everything » ; et en particulier « French movies » et « Summer's here ». L'accent a été mis sur la fête : des technobeats pompant la trance, l'électro et une bonne dose d'expérimentation. Barman dansait, bondissait, assistait régulièrement CJ Bollard et parfois chantait. « Drop the pressure » de Mylo à même mis le souk !

(Traduction Suzanne, adaptation Bernard Dagnies)

 

Rock Werchter 2004 : vendredi 2 juillet

C'est de loin qu'on entend les Lostprophets et leur punk-métal d'école gardienne : rien de très excitant, si ce n'est une reprise du « Reptilia » des Strokes, preuve que chez ces jeunes fous, tout n'est pas perdu. De toute façon pendant tout le concert il aura plu des cordes : le genre de météo qui en festival peut s'avérer des plus pénibles.

Heureusement, le temps s'éclaircit à l'arrivée sur scène des Black Rebel Motorcycle Club, sans doute un peu groggy de jouer si tôt et en pleine lumière (et d'avoir appris la mort de Brando). Il est clair que leur rock crépusculaire et dilaté s'écoute mieux dans un petit club enfumé, mais la Mainstage de Werchter ne semble pas les décontenancer outre mesure : en débutant leur set par « Ha Ha High Babe », le trio (lunettes et perfecto noirs) prouve qu'en toutes conditions son répertoire frappe là où ça fait mal. En plein bide, tel un uppercut décoché par Jack LaMotta, qui terrasse l'auditeur de ses reverbs à la Jesus & Mary Chain. Et le set est racé, sans fioritures ni baisse de régime : « Spread Your Love », « Six Barrel Shotgun », « Stop », « Love Burns », « US Government », « Heart And Soul », et bien sûr « What Ever Happened To My Rock'n'Roll », sous une pluie battante dès les premiers accords, comme si le ciel avait attendu leur tube famélique pour nous tomber sur la tête. De fait, il s'agissait d'un grand moment de rock'n'roll, l'eau fouettant les visages des fans transis sous leur capuche : « I gave my heart to a simple cause / I give my soul to a new religion »… Si ça c'est pas rock'n'roll, alors on ne sait pas très bien…

Parce qu'on a beau dire, question rock qui tâche, les Von Bondies n'assurent pas autant que les Rebelles Noirs du Club de Motocyclette (ou les Motocyclettes du Club Noir des Rebelles ?) : à vrai dire on connaît mieux ce quatuor de Detroit parce que son leader, Jason Stollsteiner, s'est fait refaire la façade il y a quelques mois par un certain Jack White… Qui était le producteur de leur premier album, et aussi un ami (plus maintenant). Autant d'ingrédients réunis pour faire des Von Bondies un groupe de fashion victim (ou plutôt de revival victim), mais un groupe de fashion victim qui n'arrive pas à la cheville des White Stripes ou encore des Dirtbombs. A en juger par l'ambiance (triste), on ne devait pas être les seuls à penser la même chose : à part sur « C'mon C'mon », aucun débordement juvénile ne fût à signaler. Peut-être faut-il mettre ce manque d'entrain sur le compte de la fatigue : c'est qu'à les voir, The Von Bondies n'avaient pas l'air d'être en grande forme. Allez, on ose : The Von Bondies, c'est un peu « les voies de garage du garage-punk » (rires).

Pour voir du vrai rock'n'roll, avec tout ce que ça réserve de clichés à la « Spinal Tap », en fin de compte il n'y a pas mieux qu'un bon petit concert de Monster Magnet. C'est bien simple : Dave Wyndorf est le Monsieur Loyal du stoner-rock. Chez lui, pas de pose : ce type est rock'n'roll, « for real ». Exemple : dès le premier titre (« The Right Stuff », une cover d'Hawkwind), Dave Wyndorf fracasse sa guitare. Pas à la fin : au début. Rock'n'roll. Sur « Third Alternative », une ballade porno-rock qui ferait passer Marilyn Manson pour un prude, Dave Wyndorf susurre, grogne, vocifère, suçote, chuinte, claque la langue, s'accroupit devant la foule et la regarde dans les yeux, la main dans le froc. Rock'n'roll. Et puis « Dopes To Infinity », « Space Lord », « Powertrip », c'est du sacré rock'n'roll. D'une puissance inaltérable. D'une ascendance jouissive. Montée, climax, descente. Comme en pleins ébats sexuels. Rock and roll. Dans le jargon américain d'époque, littéralement « baiser ». Monster Magnet baise les guitares, fait jouir le rock, titille les zones érogènes du psychédélisme. Juste avant les Sugababes et Nelly Furtado, rien ne vaut un bon petit coup de « va-et-vient », comme dirait Alex d'Orange Mécanique. « Mecs à nique ». Rock'n'roll.

Et les Belges dans tout ça ? Chaque année, un groupe (flamand) fait la différence, en général sous la Pyramide. L'année dernière, c'était Janez Detd, dont le concert était solide (l'ambiance, fantastique). Cette année, c'était Arsenal. Fort d'un bel album d'électro-world sorti il y a un an (« Oyebo Soul »), Hendrik Willemyns et John Roan ont depuis lors écumé les festivals (même la Boutik Rock) et ainsi eu tout le temps nécessaire pour roder sur scène leurs jolies chansons chaloupées. Dès le début, l'ambiance est décontractée, pour petit à petit s'échauffer jusqu'au titre de clôture, l'éblouissant « How Come ? ». Entre-temps, le public aura dansé sur « Longee » et ses rythmes tropicaux, jumpé sur l'excellent « Mr. Doorman » (le tube de l'été 2003, ici rallongé de cinq bonnes minutes, pour faire durer notre plaisir, et le leur), découvert un nouveau titre (« I'm Cummin », avec en guest Gabriel Rios, dans le style de Bran Van 3000), applaudi à tout rompre avant, pendant et après le concert. Il s'agissait sans aucun doute d'un des live les plus festifs et chaleureux de tout le festival. Et au milieu de tous ces groupes de rock/metal à l'affiche du vendredi, d'un véritable vent de fraîcheur, qui fît du bien aux oreilles et aux zygomatiques.

Les zygomatiques, parlons-en avec The Darkness. Au départ, on croyait à une bonne blague : le retour du heavy-glam eighties, façon Motley Crüe, assaisonné d'une pincée de Queen. Du rock moustache (voir le bassiste, du nom de Frankie Poullain – ça ne s'invente pas), osant l'exubérance poil à gratter, les « air guitar » en collant rose pailleté, tétons à l'air et cheveux long au vent. Sur disque, cela donne des hymnes pompiers parfaits pour les stades, des ballades collantes dignes d'un mauvais trip FM : c'est drôle, mais en live, de visu, ce genre de pantalonnade « rock'n'roll » donne la chair de poule en nous renvoyant à nos propres doutes (lisez : hontes). « Comment ai-je pu acheter ce disque ? », s'inquiète le spectateur devant le collant fuchsia de Justin Hawkins. Devant lui, la matérialisation douteuse de ses péchés pas très mignons : quatre types tricotant leurs guitares en prenant la pose, l'un d'entre eux chantant de sa voix de falsetto des trucs pas net sur les femmes et l'amour de mâle en rut. Rétro à gogo, et pourtant ça fonctionne… L'angoisse, c'est que The Darkness lance un nouveau revival, des plus kitsch : l'année prochaine, on se baladera peut-être en jean serrant, et on aura l'air con. On dansera dans les bals sur « I Believe In A Thing Called Love » et « Growing On Me », on réécoutera nos vieux Slade, on fera l'amour en feulant comme un élan (« Get Your Hand Off My Woman »). Les Darkness révèlent au grand jour nos pires obsessions, et quelque part c'est pour ça qu'on les aime. Tiens, vous saviez que Justin Hawkins s'était fait piercer le pénis ?

Décidément, les fans de gros riffs en auront eu pour leur argent en cette journée maussade : après The Darkness, Korn, les rois du nu-metal, les idoles de toute une génération biberonnée au metal et au rap. Attendus de pied ferme par une horde de fan en culotte courte, Jonathan Davis et ses chevaliers de l'Apocalypse lanceront leur machine de guerre avec « Right Now », et pendant plus d'une heure ne relâcheront jamais la pression, à l'image des énormes « Here To Stay », « Falling Away From Me » et « Freak On A Leash ». Pendant « Blind », les pogos vont bon train, les coudes se perdent : on repère un blessé évacué en vitesse, l'arcade sourcilière ouverte. Plus tard, des milliers de puceaux reprennent en cœur « A.D.I.D.A.S. » (traduction : « All Day I Dream About Sex ») : mieux qu'un court d'éducation sexuelle, Korn sait parler aux garçons et aux filles… Pour une fois, le son est correct, sauf à la fin, lors du dernier titre (« Y'All Want A Single »). Il se pourrait bien que ce concert soit le meilleur de Korn sur nos terres depuis des lustres : ramassé, incisif, varié (un best of). De grands moments : « Shoots And Ladders », au dernier couplet duquel le groupe enchaîne sur le « One » de Metallica, la reprise réussie (et décoiffante) du « Another Brick In The Wall » de Pink Floyd, et un « Faget » survolté. En un peu plus d'une heure, Korn a confirmé à l'aise son statut de groupe metal le plus influent des années 90/00 : balèze, du début à la fin.

On ne peut pas en dire autant de Metallica, dont les trop réguliers passages chez nous commencent sérieusement à lasser. Il y a quinze ans déjà qu'on parle de Metallica comme le « groupe de heavy metal le plus important de ces 25 dernières années ». Cette réputation de baroudeurs trash n'a jamais été remise en cause, et ça commence à bien faire : depuis quinze ans, pas mal d'eau a coulé sous les ponts, et Metallica a sorti pas mal de daubes. Son dernier album en date, « St Anger », annonçait en grandes pompes le retour du groupe au trash des origines, celui de « Master of Puppets » : à le réécouter, on entend surtout le son de casserole de la batterie de Lars Ulrich, et surtout on s'ennuie pendant ces titres à rallonge, qui auraient gagné à être réduits de moitié. Metallica se repose sur ses lauriers, pensant qu'il n'a plus rien à prouver à personne, sauf que depuis le « Black Album » sont apparues des choses bien plus excitantes au rayon metal de nos disquaires préférés. La preuve, c'est que Metallica recentre maintenant les sets de ses concerts sur la période pré-Black Album, occultant par là la moitié de sa carrière (et de « St Anger », seuls « Frantic » et le titre éponyme sont joués). Au menu, donc : « The Four Horsemen », « Sad But True », « Creeping Death », « Battery », « Master… », « One », « Seek and Destroy », etc. De la grosse barbaque de barbare, un vrai supplice. « Gimme a M, Gimme a E, Gimme a R, Gimme a D, Gimme a E ! ! ! »

Après tant de violence et de haine, un peu d'électro (pas trop tôt) ne pouvait que passer comme une lettre à la poste : dommage que ce soit avec T. Raumschmiere, parce qu'il faut bien avouer que l'électropunk pouet pouet de ces quatre Allemands sent plus la bière que la sueur du dance-floor. Sur scène, un guitariste, un bassiste et un batteur, parfois tous ensemble aux machines, parfois au chant, bref un fameux bordel, dans une ambiance crade et glauque comme dans un squat de Berlin. Le problème chez T. Raumschmiere est le manque évident de mélodies qui tabassent : en vérité c'était aussi excitant qu'un plat de choucroute pas cuite un soir d'Oberbayern (blurp). Mais heureusement pour ces bidouilleurs en tablier blanc, il y a LE hit : « Monstertruckdriver », dont le beat festif et couillon sera hurlé en chœur par un public alors en folie (et rejoué en rappel). « Monstertruckdriver », c'est un peu le « Seven Nation Army » de l'electro caca pipi. Efficace et addictif, même si dans un an ce sera autre chose, et ainsi de suite. Allez, les bras en l'aiiiiiiiiiir ! ! ! ! ! !

 

 

 

Rock Werchter 2004 : jeudi 1er juillet

Si ça continue, dans dix ans il faudra prévoir quinze jours de vacances pour aller à Werchter : depuis quelques années le festival d'Herman Schueremans pratique une surenchère qui coûte non seulement au portefeuille mais aussi à nos pauvres rotules rôties par le soleil. Quatre jours, soixante groupes, 300.000 personnes : des chiffres mirobolants qui confirment en tout cas la bonne santé du festival rock le plus important de notre plat pays. « Donnez-leur du pain et des jeux », disait César. A Werchter c'est pareil, sauf qu'on parle de musique. Qui oserait cracher dans la soupe ? Et pourtant, malgré quelques têtes d'affiche solides (The Cure, Placebo, Air, Pixies), cette nouvelle édition du festival flamand n'aura pas toujours rempli avec honneur son cahier des charges : annulation de Bowie (et, dans une moindre mesure, de Youngblood Brass Band), tarifs exorbitants (3€ pour un cornet de frites pas cuites, 15€ le camping, parfois sans commodités !), programmation parfois suffisante (Moloko, Franti, Metallica, Lamb,… Vus et re(-re)vus sur la plaine de Leuven). Il y a fort à parier qu'à moyen terme ne seront plus invités que d'énormes stars du music business, sponsorisés par ClearChannel, écrasant de leur poids médiatique les groupes indie et les songwriters qui pourtant méritent eux aussi une place sous notre soleil… Heureusement, on n'en est pas encore là, même si l'orage gronde (« Participez à la réélection de Bush : allez à Werchter », pouvait-on lire sur des affiches placardées dans les rues de Bruxelles – une manière de stigmatiser la mainmise de ClearChannel sur le réseau du booking en Belgique… Clearchannel étant la société d'affichage qui, cerise sur le gâteau, finance la campagne électorale de Bush).

Heureusement, il y aura toujours des artistes engagés qui refuseront de jouer le jeu des multinationales, en condamnant ces viles synergies politico-commerciales : ce n'est d'ailleurs peut-être pas un hasard si Michael Franti eut l'honneur d'ouvrir les festivités, lui qui se bat chaque jour pour transmettre son message de paix, d'amour et de tolérance. Et ça n'a rien d'opportuniste, ni de chiqué : l'Américain n'a jamais cessé de combattre les injustices, à travers ses chansons d'un optimisme joyeux. Cette naïveté pourrait sembler, aux yeux de certains, d'une pitoyable niaiserie : au contraire, c'est chanté avec tellement d'allant qu'on ne peut qu'applaudir en signe d'approbation. Et danser, parce que Franti, en plus d'être un des artistes américains les plus soucieux du monde qui l'entoure, se révèle à chacun de ses concerts un « entertainer » né, qui prend le public à parti sans lui bourrer le crâne. « Rock The Nation » en ouverture, suivi de « What I Be », « Pray For Grace » ou encore « Sometimes » mettent ainsi les pendules de Werchter à l'heure… Autrement dit c'est la fête qui commence, mais ce n'est pas une raison pour oublier qu'autour de nous des cow-boys s'amusent à pourrir notre existence.

Comme le temps, d'ailleurs, en ce début de mois de juillet : pendant tout l'après-midi, de gros nuages auront failli menacer notre bonne humeur, en plus des barbecues saucisses. Chance : la pluie n'aura pas gâché notre week-end, ou presque. De toute façon, sous la pyramide où jouent The Bees, il fait chaud et sec. De quoi se délasser à l'écoute de ces comptines country-psyché-folk d'un autre âge (les sixties), jouées par six Anglais débonnaires qui jonglent avec les références (en vrac : les Beatles, The Byrds et la northern soul). « Free The Bees », leur deuxième album, vient de sortir. On pense à The Coral coincés dans une faille temporelle, qui loucheraient vers l'Amérique d'Easy Rider et de la Beat Generation : dommage que le public, venu par curiosité à défaut de connaître leur répertoire, soit resté de marbre face à ces excentriques de la cause post-hippie. On en reparlera sans doute, mais pour l'instant il est encore trop tôt…

Question timing, The Rapture arrivent par contre à temps, voire un peu tard : leur tube disco-punk « House Of Jealous Lovers » tourne en boucle sur nos platines depuis déjà deux ans. Pour leur quatrième passage sur nos plates bandes (après le Culture Club, le Bota et le Pukkelpop), ces Américains avaient donc intérêt à prouver une fois pour toutes qu'ils sont bien les dignes descendants de Liquid Liquid et A Certain Ratio, bref d'une certaine idée du punk revu à la sauce dance. Las : malgré un début fracassant (« Out Of The Races And Onto The Tracks »), le groupe aura eu bien de la peine à convaincre. A part lors du triptyque « Olio-The Coming of Spring-Echoes », où enfin l'on vit le public se réveiller et danser les bras levés, Luke Jenner et ses potes n'auront pas réussi à retourner la tente à l'aide de leur punk-funk pourtant diablement jouissif. En cause l'insupportable « Open Up Your Heart » en plein milieu du set, un slow visqueux et geignard qui eut pour fâcheuse conséquence d'endormir tous nos nerfs. Même leur tube gigantesque (« House Of… », donc) en final aura laissé un goût de trop peu : noyé dans les reverbs, il perdit toute sa vigueur et sa force de frappe. Résultat : alors qu'on attendait ce moment avec une impatience non feinte, on resta sur notre faim. Ce concert aurait dû être un grand moment. Ce fût juste un bon moment. La nuance fait mal quand on se rend compte combien de délires on s'est pris en dansant sur The Rapture en club et ailleurs…

On en regretterait presque d'avoir raté Sean Paul affichant ses airs de faux Jamaïcain boosté par MTV. Et on aurait peut-être bien ri. On aurait dansé sur « Gimme The Light », « Baby Boy » (sans Beyonce), « Get Busy » et « Like Glue » en remuant du bassin  comme ses danseuses en tenue légère. On aurait peut-être eu une érection en matant leur derrière. On aurait même chanté, voire fumé un gros spliff (quoique, celui-là on le réserve pour le concert de Cypress Hill). On n'aurait pas acheté l'album (faut pas déconner non plus), mais on se serait bien amusé.

Idem pour Pink, sauf que là on l'a vue (de loin quand même). Pour certains, Pink est un peu l'anti-Britney Spears (elle n'est pas mince, pas jolie, pas Lolita, pas si bête, pas si pop bubblegum) : à la limite, dire qu'on aime Pink, ce n'est même pas une honte. Ses tubes faussement rebelles, faussement rock, s'avèrent efficaces en plein zapping : ça ne mange pas de pain, même s'il faut bien admettre que « God Is A DJ » (rien à voir avec Faithless), par exemple, est une chanson très conne. Quoi d'autre à signaler ? Une cover de « What's Up » des Four Non Blondes (Linda Perry a produit le dernier album de Pink), et les tubes, « Trouble », « Just Like A Pill », « Let's Get This Party Started »… Les venues de Sean Paul et de Pink à Werchter annoncent quand même des lendemains festivaliers qui déchantent : certes Werchter se veut de plus en plus le festival de tous les publics, capable de répondre aux desiderata de la masse sans cesse grandissante (record cette année : complet en trois semaines !), mais de là à se fourvoyer dans la programmation de stars FM… Si ça continue, dans deux ans les NKOTB reformés se disputeront la tête d'affiche avec Ricky Martin (vision d'horreur, mais qui sait ? Avril Lavigne est bien persuadée de jouer du rock'n'roll…).

Les choses rentrent dans l'ordre à 22h20 lors de l'entrée sur scène de Robert Smith et de ses sbires vêtus de noir. Tandis que retentissent sur la plaine les notes réfrigérées de « Plainsong », la silhouette pâteuse du leader de The Cure se faufile tel un fantôme sous l'écran qui la domine, son visage strié de fulgurances phosphorescentes à mesure que les fans du premier rang le mitraillent de leur flash. Pas de doute : c'est bel et bien Robert, ses vieilles baskets pourries, ses trois couches de Rimmel, son sourire figé, ses gestes lents, sa voix spectrale. Simon Gallup est couché sur sa basse, lui soutirant de longues plaintes électriques de ses bras ballants. Roger O'Donnell reste statique derrière ses synthés, le sourire en coin, tel une figure de cire de chez Mme Tussaud. Perry Bamonte est en retrait, concentré. Jason Cooper martèle ses fûts avec bonne grâce. A cinq, ils ont plutôt la classe. D'autant qu'aujourd'hui ils sont cités comme influence par The Rapture (la voix), Hot Hot Heat, Interpol, Mogwai,… Alors qu'il y a cinq ans encore on ne donnait pas cher de leur peau (fort abîmée par l'abus de talc et de maquillage gothique). Avec un nouvel album sous les bras (sobrement baptisée « The Cure », comme un nouveau départ), The Cure est de retour. Et sonne plus incisif que jamais. En outre, son nouvel album a été produit par Ross Robinson (Korn, Limp Bizkit, At The Drive-In, Slipknot). Pendant l'heure et demie de concert, cinq nouveaux titres seront interprétés : « Before Three » (sans doute le morceau le plus faible de l'album, et le plus pop), le single « The End Of The World », le furieux « Alt.end », et en toute fin « The Promise » (et sa montée de sève pesante et puissante) ainsi que « Going Nowhere » (calme, donc peu propice comme rappel). Sinon, pas moins de six titres de « Disintegration » (« Plainsong », « Fascination Street », « Pictures of You », « Lullaby », « Lovesong » et « Disintegration »), et ces autres classiques que sont « A Night Like This », « In Between Days » (ici dans une version des plus kitsch, la faute à Roger et à ses synthés Bontempi), « Just Like Heaven », l'énorme « From The Edge Of The Deep Green Sea » ou encore « One Hundred Years » (terrible) et « Strange Day » de « Pornography ». Il semble que depuis la tournée « Trilogy », The Cure privilégie lors de ses concerts les ambiances noirâtres et dépressives, à l'embonpoint mélancolique parfois pelant, mais en fin de compte d'une belle cohérence chromatique. Pour ce concert Robert Smith aura même surpris le blasé par son étonnante rage, et ses quatre compères par leur violence de jeu. Oui, The Cure est de retour, et ça va faire mal.

Assister à un concert de Cypress Hill, ça peut aussi faire mal. Aux sinus et à la gorge, à force d'inhaler de la fumée qui fait rire. D'autant que d'entrée de jeu, les rois de la fumette attaquent par « Insane In The Brain » : « Are you feeling insane over here ? », vilipendent B-Real et Sen Dog sous une pyramide pleine comme un œuf et chaude comme la braise. Le beat est costaud, l'ambiance est survoltée. Déjà l'année passée, Cypress Hill avait mis le feu à Werchter, juste avant les fils à papa de Coldplay. Avec leur mélange de hip hop corsé comme un blunt, de rock primaire et de rythmes mexicanos, Cypress Hill est sans doute le groupe de rap le plus apprécié par les rockeurs (l'énorme « Rock Superstar » en final)… et par les fumeurs de ganja. Parce que Cypress Hill, c'est d'abord ça : un trip de b-boys stoned 24h/24, une ode à « Marie Jeanne », un cours en accéléré du parfait petit planteur d'herbe (« Dr. Greenthumb »). B-Real paradait d'ailleurs avec un fameux joint lors des tubes pro-fumette « I Wanna Get High » et « Hit From The Bong » : 30 cm de long au bas mot, et pas rempli de salsepareille. A chaque tirée, le rappeur en perdait presque sa voix (comme s'il avait sniffé de l'hélium) : mais comment font-ils pour passer les frontières ? « I Like to smoke weed », ironise-t-il en tenant son calumet au-dessus du public : c'est très bien, mais faut-il pour autant en faire son fond de commerce ?

De l'autre côté, Basement Jaxx évite toute prise de tête en balançant hargneusement sa house explosive : en ouverture, Lisa Kekaula des Bellrays déploie ses talents monstrueux de vocaliste sur « Good Luck », puis c'est « Right Here's The Spot », « Red Alert », « Romeo »… Que des tubes festifs à se faire péter les guiboles, ponctués en finale par l'excellent « Jump & Shout » et son refrain ragga bien boombastic : Basement Jaxx, c'est de la bombe, bébé ! (et il était temps qu'on se trémousse un peu – l'électro pourrait d'ailleurs être la grande perdante de l'affiche de cette année : peu de BPMs au programme, et c'est bien dommage).

 

Timesbold

Sombre était la nuit... froid était le sol.

Les Américains de Timesbold viennent de commettre un disque remarquable, " Eye Eye ", un formidable condensé d'americana revêche et contemplative. A l'occasion de leur mini tournée en Belgique (notamment aux Nuits Botanique), nous avons rencontré Jason Merritt et Max Avery Lichtenstein, les deux leaders du groupe (l'un au chant et au songwriting, l'autre à la production). Extraits d'une conversation à bâtons rompus, où il est question de Dieu, de politique, de suicide et de blues.

Jay, il y a quelques mois, tu as sorti un album solo sous le nom de Whip, et maintenant celui-ci en compagnie de ton groupe Timesbold… Quelle différence fais-tu entre ces deux projets ?

Jason Merritt : Whip, c'est vraiment moi tout seul, du songwriting pur et dur… Timesbold est avant tout un groupe, avec toute la dynamique que ça incombe…

Max Avery Lichtenstein : … Et puis Jay a produit son album solo lui-même. Je ne suis intervenu que pour le mixage. Il était important pour lui de faire ses propres trucs. Pour Timesbold, j'ai pris les rennes de la production, en planchant sur la façon dont les chansons allaient sonner. C'était davantage dans mes cordes. Ce qui explique pourquoi Jay a eu pas mal de temps pour se consacrer à sa carrière solo.

J. : Les chansons de Whip et de Timesbold sont différentes, surtout maintenant… Parce qu'avant je n'avais jamais vraiment écrit pour une formation. Depuis que je sais comment fonctionne l'alchimie au sein d'un ensemble, je parviens plus facilement à faire la part des choses : ainsi quand j'écris une chanson qui selon moi aura un meilleur résultat sans le groupe, je la conserve pour Whip.

M. : Et le disque de Whip est construit selon une structure plus traditionnelle. Quand tu l'écoutes, il évoque directement de vieux trucs blues. Il est plus référencé. En fait, si Jay a enregistré cet album solo, c'est parce que l'année dernière j'étais occupé à composer une BO et que mon studio, au sein duquel on travaille habituellement, n'était pas disponible pour Timesbold. C'est pour ça que Jay…

J. : (lui coupant la parole, stoïque) J'ai besoin de m'occuper, sinon je deviens fou. Max m'a refilé un ordinateur, et j'ai réalisé un disque tout seul, dans mon coin.

Max : Quoi qu'il fasse, avec ou sans moi, je savais de toute façon que ce serait génial.

Ce deuxième album sonne un peu moins dépressif et mélancolique que le premier, non ?

J. : Tu trouves ? Je ne sais pas. Il y a des gars plutôt heureux dans le groupe… Mais moi je suis un putain d'idiot alcoolique et dépressif… Il n'y a pas de doute à ce sujet !

Le titre d'ouverture, par exemple (" Bone Song "), monte en puissance et donne un sentiment de grande force.

J. : C'est la première fois que j'écris des chansons plus dynamiques, plein d'énergie… Et puis 5 types sur une scène sont capables de faire un sacré boucan ! Mais c'était cool de composer ce genre de titres. Ca prouve que je peux le faire.

M. : Et puis cette dynamique s'est davantage développée depuis que le groupe s'est impliqué totalement dans le processus de composition. Un titre comme " Wings On A Girl " était complètement différent quand Jay nous l'a fait écouter… Dan, notre bassiste (qui depuis a quitté le groupe) avait eu l'idée d'en faire un morceau plus rapide et enlevé, à la manière des Kinks ou de Creedence Clearwater Revival. C'est pourquoi ce titre pêche plus, parce que…

J. : (il l'interrompt) … parce que le groupe a directement participé à l'écriture. Si c'était uniquement de mon ressort, tout serait beaucoup plus calme et dépouillé. Mais ce n'est pas plus mal ainsi.

D'où vous vient cet amour pour la country ? Etes-vous influencés par des artistes comme Neil Young, Tom Rapp, Johnny Cash ?

J. : J'écoute surtout de très vieux trucs, plutôt les bluesmen…

Sur " All Blues " tu chantes un peu comme Bob Dylan…

J. : Oh, cool ! Mes chanteurs favoris sont en général des " chanteurs non chanteurs ", et Dylan demeure un des premiers… La plupart des chanteurs de folk et de blues chantent ainsi.

M. : Je suis d'accord : ils ont tous les deux la même… vitalité, même s'ils n'ont pas le même grain de voix. Je ne confondrais jamais l'un avec l'autre, mais c'est vrai qu'ils partagent une certaine manière de chanter.

Est-ce facile selon vous de faire de la musique folk à l'heure où le rock'n'roll envahit les ondes et les charts ?

M. : Il y a du rock'n'roll sur notre disque !

J. : Au tout début, quand j'écrivais des chansons, je les voulais calmes et lentes et qu'un public rock'n'roll les entende et les accepte. C'était un de mes objectifs. Le punk rock ne me touchait plus à cette époque : il n'avait plus la hargne qu'il était supposé avoir, c'était toujours la même chose… Le fait de jouer des chansons lentes et calmes à un public punk, et surtout que ça marche, voilà qui est vraiment punk ! C'est ce que je voulais !

Le folk est en fin de compte moins conservateur que le rock, de plus en plus marqueté…

J. : C'est clair… Surtout quand tu écoutes les vieux chanteurs de blues. Non seulement ils font preuve d'une véritable violence et d'une saine folie ; mais en plus ils sont clairement plus conscientisés. C'est comme s'ils portaient sur leurs épaules la responsabilité de toute leur communauté. C'est quelque chose que je prends très au sérieux.

Il est certain que le folk n'est pas dicté par le marché ou la masse !

J. : Absolument ! C'est vraiment une musique pour les gens. C'est la raison pour laquelle j'adore cette musique. Même Bruce Springsteen : voilà un type qui vient du peuple, et qui continue à faire ce qu'il veut… Il est assez rare qu'en-dehors du cercle restreint des amateurs éclairés, on connaisse Timesbold… Mais ceux qui apprécient vraiment la musique aiment ce qu'on fait. C'est là l'essentiel.

Quelle est la signification du titre de votre album, " Eye Eye " ?

J. : Il peut signifier plein de choses ! Chaque fois qu'on en cause, on trouve de nouvelles connotations !

M. : A l'origine (mais peu de gens le remarquent), " Eye Eye ", phonétiquement, ça fait " I I ", bref " deux " en chiffres romains… Et c'est notre deuxième album.

J. : C'est le même son, répété. (un temps) Les hommes ont deux yeux… Enfin la plupart ! (rires)

Il pourrait également renvoyer à la loi du Talion, " Eye for an eye "…

J. : Oui, c'est vrai ! C'est pas mal… Je l'aime bien, celle-là ! (rires)

Et l'artwork de la pochette, illustrant ce type qui mange sa main… Quid ?

M. : C'est un ami de Jason qui l'a réalisé, lorsqu'il étudiait les Beaux-Arts à New York. Malheureusement il est mort d'un cancer… Il allait même faire partie du groupe. Il était batteur.

J. : Je voulais vraiment utiliser un de ses dessins…

M. : En fait ce dessin était affiché chez lui depuis des années…

J. : Et on s'est juste dit qu'il serait parfait pour la pochette.

Pourquoi ?

J. : C'est difficile à expliquer… Je n'ai même pas envie d'en parler. C'est tellement personnel. (un temps) C'est juste une bonne métaphore… Et les métaphores, en général, doivent rester mystérieuses pour conserver leur force.

Passons aux chansons, alors… " Vengeance Day " est une référence à la politique réactionnaire du gouvernement Bush ?

J. : J'aime bien écrire des chansons qui ont un sens, mais sans qu'elles soient nécessairement liées à leur contexte historique. C'est pourquoi je n'écris jamais des textes relatifs à des événements spécifiques ; ainsi dans vingt ans, elles pourront encore être écoutées. Je ne citerai jamais le nom d'un président ou d'un pays par exemple, pour éviter trop de précision qui desservirai l'inscription de mes chansons dans le temps.

M. : Ce qui est intéressant à propos de ce titre, c'est ce qu'on en a fait une fois que Jay nous a soumis le texte. Jesse, qui joue de la guitare et de la mandoline, est un grand fan des westerns spaghetti, et des BO d'Ennio Morricone. C'est lui qui a eu l'idée de faire de " Vengeance Day ", une sorte d'hommage aux westerns, avec cette mentalité de cow-boy très en vogue aujourd'hui… Surtout quand on vient des Etats-Unis !

J. : Notre président est un cow-boy, ça c'est sûr !…

Sur cet album il y a moins de textes inspirés de thèmes bibliques.

J. : C'est vrai. Jesse m'a dit un jour que le premier Timesbold était contre Dieu, mon album solo contre moi-même et celui-ci contre le gouvernement.

Si on parle de la Bible, c'est justement par rapport à la politique de Bush… Que pensez-vous d'un type comme lui qui se sert de la religion pour manipuler les masses, qui déclare la guerre à l'Irak au nom de Dieu, qui ponctue tous ses discours d'un " God Bless America ", comme si c'était une raison valable pour être au-dessus de tout, comme si c'était suffisant pour rendre ses actes pardonnables ? ! ?

J. : Pour te dire toute la vérité, je sacrifierais bien ma vie pour tuer cet homme et ainsi sauver la vie de milliers de personnes… Sans rire ! Et qu'il se serve ainsi de la religion est encore pire. Tout ce qu'il dit me débecte.

Dieu lui sert de bouc émissaire ?

J. : C'est évident, et c'est impardonnable. Mais ce n'est pas le premier à le faire, même si c'est de loin le pire. Il est exactement ce qu'il prétend combattre, le terrorisme. C'est un terroriste. Sauf qu'on l'appelle " président ".

M. : Il n'y a pas que lui, mais également toutes les personnes qui l'entourent. C'est un problème compliqué, aux racines bien plus profondes.

J. : Il y a des histoires religieuses que je trouve très belles, et Bush les souille de ses sales mains. Donnez-moi une hache… (silence)

M. : On n'est pas prêts de retourner en Amérique ! (rires)

Restez donc ici ! Vous aimez la Belgique ?

Jason/Max : (à l'unisson) Oh yeah ! ! !

M. : Il y a trois mois qu'on sait qu'on allait venir en Belgique pour une mini-tournée… Et on décomptait les jours ! Passer une semaine ici, c'est génial !

J. : J'ai besoin de venir ici au moins deux fois par an pour rester sain d'esprit. Je suis obligé, parce que si je ne le fais pas… Je ne survivrais pas.

Adem

Un minimalisme bouleversant...

Écrit par

Avant de fonder sa propre formation, Adem Ilhan a joué au sein du groupe post rock anglais Fridge aux côtés de Kieran Hebden et de Sam Jeffers. Auteur d'un excellent premier elpee (NDR : voir chronique), Adem est venu se produire en duo ; son partenaire se consacrant le plus souvent au xylophone et aux percussions minimalistes qu'à la guitare sèche. Minimalisme : le mot est lâché, pour définir la musique d'Adem. Mais un minimalisme chatoyant, enrichi par une panoplie d'instruments acoustiques particulièrement ample utilisés par Adem. Conventionnels (six cordes acoustique, banjo) ; mais aussi insolites dont une mini harpe à laquelle il va recourir en toute fin de set. Et toutes ces sonorités chatoyantes, délicates, pastorales, chaleureuses servent d'écrin à de petites perles mélodiques, berceuses hymniques que chantent nos deux compères avec un ensemble bouleversant. Même lors des deux nouvelles compositions. Point d'orgue ; le single « Everybody needs some help sometimes », que le public avait encore en tête à l'issue de leur prestation…

Il y a plus de dix ans qu'on attendait le passage de Red House Painters en Belgique. Et R.H.P. n'est toujours pas revenu. En fait Kozelek a fondé un nouveau projet : Sun Kil Moon. Responsable d'un elpee remarquable, au début de cette année (NDR : voir chronique), S.K.M. figurait, au départ, à l'affiche des Nuits du Botanique. Mais lorsqu'il a décliné l'invitation, on s'est dit qu'il allait encore nous faire faux bond. Bref, je dois avouer, que la veille même du concert, je n'étais pas vraiment sûr qu'il soit présent. Avant que la formation ne monte sur les planches, on se rend compte qu'il n'y aura pas de batteur. Et que les musiciens seront assis sur des tabourets de bar. Cinq en tout. Pour deux violonistes et trois guitaristes dont Kozelek qui change, pratiquement à chaque morceau, de gratte. Acoustique, électrique ou à douze cordes. Un Kozelek qui s'est coupé les cheveux. Mais dont le timbre vocal falsetto, légèrement reverb, touche toujours au sublime. Autour de lui, son backing band tisse la trame sonore. Tantôt en picking, tantôt en plaquant les accords, les deux guitaristes rivalisent de virtuosité. Et que dire des deux violonistes ? Un couple asiatique dont les interventions vous flanquent des frissons partout. Tout au long du concert, on semble submergé par un océan de mélancolie douce. Parfois aussi consumé par l'intensité et la luxuriance des instruments, un peu comme sur le 3ème album du Led Zeppelin. Ou alors bercé par des mélodies ensoleillées, presque méditerranéennes. Pas de covers. Pas de titres issus du répertoire de Red House Painters. Mais uniquement des chansons de Sun Kil Moon. En rappel, seuls les trois guitaristes reviennent sur scène, l'un d'entre eux se consacrant à la slide. Puis Marc termine en solo armé de sa 12 cordes. Pour trois titres. Enfin presque, puisque en fin du dernier, il se rend compte qu'il fait fausse route, plante sa guitare et se taille. Un final à l'image du personnage…

 

Les Nuits Botanique 2004 : du 7 au 15 mai

Ca y est, c’est fini ! Les Nuits Botanique 2004 auront en tout cas tenu toutes leurs promesses… Et passé avec succès l’examen printanier : ce changement de date qui coïncide avec l’arrivée du beau temps se révéla, en fin de compte, diablement judicieux. Plusieurs sold out (Miossec, Bénabar, Blonde Redhead, les Skatalites, et bien sûr la Sacrée Nuit), une affiche toujours plus éclectique et alléchante, une ambiance conviviale,… Désormais les Nuits Botanique serviront d’excellente mise en jambe pour tous les festivals d’été. Compte-rendu forcément subjectif, forcément personnel, de neuf jours de folie.

Même si Bashung s’est déjà produit au Cirque Royal il y a seulement quelques mois, son retour ne pouvait qu’attiser, une nouvelle fois, les passions. Réduit d’une heure pour des raisons de programmation, le show du poète n’aura laissé personne de marbre. Vêtu de noir et les cheveux grisonnants, Bashung en impose. Le concert débute par " Tel ", premier morceau de " L’Imprudence ". Sur les deux écrans latéraux défilent des paysages arides, ces " grands espaces " qui donnent leur titre à la tournée, et participent à suggérer l’ambiance : sépulcrale, cotonneuse, surréaliste. En plein trip subliminal (ces films, c’est du Wenders, du Tarkovski ?), le public garde son calme, sans doute gagné par l’hypnose de ces textes récités dans un élan fragile, fourbes de sens mais si captivants… Quel est cet homme aux mimiques gainsbourgiennes, qui délie la langue française pour mieux la débaucher ? Que raconte donc ses rimes pleines d’" aqueducs ", de " mercure " et d’" amphores " ? L’a-t-on vraiment vu " dans le Vercors, sauter à l’élastique " ? Mais peu importe qu’on n’y comprenne peau de balle : l’univers de Bashung, heureusement, n’est pas que verbe. C’est aussi l’un des univers sonores les plus atypiques de la chanson française, qui emprunte au rock, mais également à la musique contemporaine, au reggae, au jazz, à la world. Musique d’ambiances lourdes, de gueules d’atmosphère. Autour de lui, en V, sept musiciens s’appliquent à rendre vivante cette palette d’étranges harmonies. Pour l’unité du spectacle, certains titres sont parés d’une électricité nouvelle, d’un manteau de velours aux reflets obscurs (" Fantaisie Militaire ", " Samuel Hall ", " Ma Petite Entreprise "). Le son, moite, parfois sourd, étouffé, donne des sueurs froides. La part sombre est donnée à " L’Imprudence " (" Faites Monter ", " Mes Bras ", " L’Irréel ", " Faisons envie ", duo sensuel avec sa femme Chloé Mons) et à " Fantaisie Militaire " (" Malaxe " en rappel, " La Nuit je mens ", " Aucun Express ", " Sommes-nous ",…). Puis c’est " What’s in a bird ", " Vertige de l’amour ", " Osez Joséphine " : " tel Guillaume Tell ", Bashung décoche ses flèches, remet son chapeau, tourne le dos et disparaît dans l’espace en mouvement. Impressionnant.

En première partie, la cold wave neurasthénique de Piano Magic et le rock âpre et ténébreux de Mud Flow auront eu le mérite de nous mettre dans l’ambiance. Noire, donc. Pesante. Comme un dimanche d’orage ! Glen Johnson de Piano Magic est sans doute un grand fan des Cure période " Faith " et " Seventeen Seconds " : cette batterie tribale, ces synthés frigorifiques, cette voix traînante, en apesanteur au-dessus des menaçants cumulus. Il s’agit bien de cold wave. Mais d’une cold wave sans les tics romantiques, qui a su retenir les leçons du shoegazing (Slowdive) et laisser ses oripeaux gothiques au placard. En à peine une demi-heure, Piano Magic aura su captiver l’attention, grâce à ce savant mélange d’ambiances pesantes et de rythmiques poisseuses (les excellents " Saint Marie ", " I Am The Teacher’s Son ", " The End Of A Dark, Tired Year ", du dernier album, " The Troubled Sleep Of Piano Magic ", paru il y a quelques mois). Quant au concert de Mud Flow, quelle claque ! Constatation : les cinq Bruxellois assurent comme des bêtes. Sans doute un des meilleurs groupes live du moment, toutes catégories confondues. De " Sacrés Belges " ? De sacrés musiciens et ‘mélodistes’, point barre. Qu’ils aient pris la tangente et préféré jouer seuls, sans devoir être associés à une quelconque ‘fraternité’ communautaire et musicale, c’est leur choix… Cela n’enlève rien à l’excellence des chansons jouées ce soir : en ouverture, " The Sense of ‘Me’ "/ " Chemicals ", 10 minutes de rock tendu et aérien, bien loin des déflagrations noisy de leurs premiers faits d’armes. Puis tout le reste (ou presque) de cet " A Life On Standby ", album miraculeux : " Five Against Six ", " Today ", " Tribal Dance ", " Unfinished Relief ", et pour clôturer ce set de toute beauté, hanté par les fantômes d’And Also The Trees et de Sad Lovers & Giants (cfr l’interview), l’hypnotique " New Eve " et ses cinq bonnes minutes de martèlement rythmique. Du grand art !

Samedi, direction les Grandes Serres pour la totale drum’n’bass, avec Roni Size et sa nouvelle muse, Tali. En première partie, le collectif Ninja Tune Pest, dont l’ébouriffant premier album, " Necessary Measures ", est sorti l’année dernière. Un mélange détonnant d’acid jazz, de funk, de trip hop, de reggae et de hip hop. Trompette, basse, batterie, guitare, platines/samplers, rap. Dommage qu’à 20h00 pétantes, la tente soit encore loin d’être remplie… Mais la bonne humeur de ces Anglais contaminera rapidement les quelques dizaines de spectateurs arrivés à l’heure. Un amuse-gueule pétillant et groovy avant la prestation remarquée de Tali, jeune Néo-zélandaise au physique de mannequin, entourée de deux choristes et de trois musiciens. " Lyrics On My Lip ", son album, renouvelle le genre d’n’b en le frottant au r’n’b le plus salace : chaud comme la braise, et diablement efficace. Des titres comme " Blazin’ ", " Gonna Catch You " et " Lyric On My Lip " n’auront aucun mal à déchaîner une foule de plus en plus nombreuse. De la bombe, bébé ! Facile dès lors pour Roni Size de faire péter l’ambiance, à coups de breakbeats ravageurs : sans doute un des concerts les plus festifs de ces Nuits Botanique, avec celui des Skatalites… Des hits (" Brown Paper Bag ", " Who Told You ", " Railing Pt. 2 ",…), des inédits de haut vol (avec MC Dynamite), et le support de Tali, en remplacement d’Onallee. Dommage que l’Anglais et ses potes n’aient pas joué une demi-heure de plus : une fois lancée la machine, difficile et frustrant pour nos guiboles de ralentir la cadence…

Heureusement qu’il y a DJ Mandrak (des soirées Dirty Dancing) au Witloof Bar : de quoi continuer le fête jusqu’à deux heures du mat’, dans une ambiance elektroklash surchauffée. " Hello, is there anybody in there ? " ! ! !

Dimanche, lendemain de la veille, se produisaient le Canadien Rufus Wainwright et les floydiens Archive, dont le succès (consensus ?) en Belgique (surtout en Wallonie) ne fait que grandir (attention, quand même, à l’" effet Placebo "). Seul au piano (ou à la guitare) pour des raisons strictement budgétaires (" Achetez mon disque ! Comme ça la prochaine fois je pourrais venir avec mon groupe "), Rufus Wainwright revisitera son répertoire personnel avec l’emphase et l’humour d’un Oscar Wilde pop. Dommage que notre bonhomme, à chaque respiration, chuinte comme un crooner atteint de rhino-pharyngite : un coup de langue baveuse à la fin de chaque syllabe (" chhhhhchhhswwwlurp ! "), ça vous salope un morceau en moins d’une minute. Le temps qu’il nous aura fallu pour enjamber trois rangées de fauteuils, direction le bar pour commander une bière. Mais que cette anomalie buccale ne décourage personne d’aller jeter une oreille aux albums du bonhomme : " Want One ", le dernier en date, malgré d’évidentes boursouflures à la " Bolero " de Ravel (véridique), vaut mieux que toutes ces histoires de salive. A la vôtre !

Dès l’entrée sur scène d’Archive, c’est déjà la folie. Peu importe si leur prog-rock lorgne méchamment du côté de Pink Floyd et de King Crimson : ces mecs sont au point, et le public l’entend bien. Vêtus de noir parce que leur musique n’est pas des plus rêveuses, les sept membres du groupe s’appliquent à rendre au mieux les atmosphères étouffantes de ce " Noise " atrabilaire. Du bruit, ces types en font. Mais avec suffisamment de talent pour laisser l’auditeur pantelant, comme pris en otage par ces rythmiques assourdissantes et ces nappes de synthé ramassées. Craig Walker n’évite pas toujours les mimiques du rocker habitué aux stades (pourtant, Archive est loin d’être prophète en son pays), mais il chante comme un dieu. Pour autant qu’on aime ce genre de gargarises évangéliques à la U2/Coldplay. Le public, lui, adore. Se lève, enfin, lors d’un " Fuck U " magistral. Suivent d’autres perles, tel ce " Waste " dépressif et teigneux, qu’on écoutera en boucle après chaque déception sentimentale. Archive est un groupe facile à aimer, parce que sans surprises ni prise de risques : derrière ces paysages désolés se cache en fait un rock plutôt lisse, qui ressasse à l’envi les mêmes clichés romantiques, empruntant aux plus grands (Radiohead, My Bloody Valentine, Pink Floyd) leurs recettes miracle, pour mieux les copier sans même les pervertir. " Again ", en final gargantuesque, ne nous convaincra pas du contraire, même si Craig Walker casse (méthodiquement) sa guitare. Méthodiquement : c’est bien là le problème.

Tout le contraire de Matthew Herbert, qui lui ne s’embarrasse d’aucun schéma préfabriqué : sa musique n’a rien de prémâché, puisque à chaque moment elle subit les accidents de l’instant, détourne les clichés du jazz en sa faveur, questionne nos attentes ‘spectatorielles’ en jouant sur la surprise. On connaît Matthew Herbert pour ses exercices post-modernes de manipulations électroniques en temps réel : le cri d’un spectateur ravi peut ainsi servir d’armature rythmique à l’un de ses morceaux – comme ce fut le cas ce soir, parmi bien d’autres divertissements sonores. Entouré de 17 ( !) musiciens (un vrai big band, au sens noble du terme), l’Anglais aura donné ainsi sa propre version du jazz Nouvelle-Orléans : une relecture passionnante à l’heure du tout laptop, qui convoque aussi bien les fantômes de Duke Ellington et d’Ella Fitzgerald (Dani Siciliano en vocal guest, qui assurait déjà la première partie) que l’esprit tutélaire de Noam Chomsky et de Jean Baudrillard. Au-delà de l’esbroufe visuelle et sonore, c’est toute une réflexion sur la mémoire, le recyclage musical et les abus de notre société consumériste qui se profile à l’horizon. La suite logique du fameux " Acid Brass " de Jeremy Deller, qui reprenait 10 standards de l’acid house (KLF, 808 State, Derrick May,…) en version fanfare de luxe. Inventif et malin.

D’autant qu’en " support act ", on retrouvait avec bonheur Die Anarchistische Abendunterhaltung (DAAU), quatuor néoclassique flamand (clarinette, violon, violoncelle, accordéon) dont le nouvel album, " Tub Gunrnard Goodness ", vient de sortir. Accompagné sur quelques titres par le groupe dub français Ez3chiel (notamment lors de l’impeccable " Piano Dub ", avec Angélique Wilkie de Zap Mama au chant), DAAU a prouvé une fois encore que la " musique classique " peut elle aussi s’improviser pop (voir aussi Boenox). Empruntant autant au folk qu’à la world, DAAU est finalement au classique ce que Matthew Herbert est au jazz : un leurre, qui n’offensera que les puristes (en rappel, le fameux " Gin & Tonic "). Ainsi soit-il !

Le concert sold out de Blonde Redhead était l’un des plus attendus du festival, et pour cause : le dernier album des New-Yorkais, " Misery is a Butterfly ", est un chef-d’œuvre éthéré de chansons mélancoliques, qui lorgne davantage du côté de Gainsbourg période " Melody Nelson " que des zébrures noisy de Sonic Youth. Pas étonnant dès lors que les plus acharnés des fidèles aient été déçus par la prestation vaporeuse de Kazu et des jumeaux Pace… Il fallait pourtant s’y attendre : Blonde Redhead n’est plus ce groupe qui martèle ses guitares en gueulant son mal être. La rage, cette fois, se veut davantage insidieuse, à l’image de morceaux comme " Elephant Woman " ou " Messenger ", plus subtils dans leur inquiétude larvaire que n’importe quel refrain juvénile à base de riffs no wave et de batterie qui claque. Blonde Redhead a mûri. Demande qu’on ne fume pas dans la salle. Tourne le dos au public pour mieux se concentrer sur ces nouveaux arpèges délicats, moins accrocheurs mais en fin de compte plus mémorables. Plus d’inimitié : à la place, de la sérénité. Du moins en apparence. C’est sans doute là tout le nœud du problème… Mais les guitares qui crissent sont-elles forcément synonymes de colère ? Blonde Redhead vaut bien plus que cette image de pseudo Sonic Youth dont se contente le fan indie approchant la trentaine… Y a pas de mal, mais affirmer que " c’était mieux avant " relèverait ici de l’aveuglement pur et simple.

Avant cet excellent concert, une découverte : Cocorosie, duo féminin de Brooklyn adepte d’un folk mutant, plein de bruits campagnards (le cocorico, donc) et de voix de souris cachées dans le foin. Etranges ces comptines, récitées sur un ton d’opéra (pour l’une) ou sans les amygdales (pour l’autre). Parfois, un piano, une harpe, venant rehausser ces histoires de " Maison de rêve "… Drôle de baraque, quand même : un troisième pensionnaire y a d’ailleurs élu domicile. C’est un rappeur, qui joue les beatbox en l’absence de toute structure rythmique. Parfois aussi, il rappe, en français, et on dirait MC Solaar (gasp !)… Portrait d’une petite famille déjantée, mais qui porte la culotte ? Mangent-ils des omelettes en écoutant Vashti Bunyan, Björk et Cat Power ? Drôles de coco, c’est peu dire… En vente au rayon bio de votre épicerie communale, entre la Vache qui Rit et le carton d’œufs de poules élevées en plein air.

Autre donzelle, autre genre : Miss Kittin, dont les cheveux repoussent, venait soi-disant présenter aux Nuits son premier album solo (" I Com "), qui sort fin de ce mois. Sauf que la Française déteste le ‘live’ : c’est mixer qu’elle préfère. Pas de stress, on la sait balèze question pitch et poumtchak. Deux heures durant, la Miss nous aura donc délivré un mix incendiaire ; ponctuant en rappel et pour se faire plaisir, le " Question of Time " de Depeche Mode. Très fort, malgré un public plutôt statique.

Et puis vient " la " Nuit. La " Sacrée Nuit ". Sold out depuis des plombes. Rendez-vous incontournable de toute la scène rock wallonne et bruxelloise. Plate-forme musicale éclectique (rock, pop, électro, mais pas de hip hop) dont l’objectif est de mettre en lumière les nombreux talents que compte notre communauté française. Evénement-locomotive dont le principal mérite est de fédérer un public francophone autour d’une multitude de groupes (dix-sept au programme) qui n’ont pas à rougir face à leurs homologues flamands. Preuve que le rock en Wallonie peut lui aussi remplir des salles (amorcé par le sold out de Girls In Hawaii, Sharko et Ghinzu à l’AB en hiver dernier). Sorte de label déposé qui met tout le monde d’accord (maisons de disques, associations professionnelles, musiciens, public, presse, politiques), malgré le danger d’une ‘ghettoïsation’. Car il ne faudrait pas que ce genre de manifestation, aussi essentielle soit-elle, ne rogne les ailes de groupes qui ramènent du peuple lorsqu’ils se mettent ensemble, mais peinent encore à trouver leur public en solitaire… C’est le revers de la médaille, mais loin de nous l’idée de croire qu’ils n’y arriveront pas. Il suffit de voir l’engouement que suscitent des groupes comme Girls In Hawaii, Jeronimo ou Ghinzu, d’abord en Wallonie mais aussi en Flandre et en France… Belle Nuit que celle-ci. Convainquante par son affiche. Moins dans la pratique : des files incessantes à l’entrée et aux bars, des bouchons entre les salles, et puis cet horaire plutôt mal foutu (impossible de tout voir, forcément). D’où une certaine frustration, malgré l’ambiance de " fête nationale ". Premier concert auquel on assiste, après une heure de surplace à la pompe à bière et devant la rotonde : celui d’Austin Lace, de " band van Nijvel ", dont le deuxième album est prévu pour la rentrée. Ambiance sympathique. Aux samplers, Marieke de John Wayne Shot Me, en remplacement d’Enzo Porta, qui s’est pris un ampli sur le doigt (le pauvre). Mais il en faut plus aux Nivellois (émigrés depuis lors à Bruxelles) pour se laisser abattre. Et c’est parti pour une grosse demi-heure de pop survitaminée, entre Pavement, Gorky’s Zygotic Mincy et Tom et Jerry (la voix de puceau de Fabrice Detry). Des tubes comme " Wax ", " Kill the Bee " et " Menagerie " prouvent que le groupe a gagné en vigueur ce qu’il a perdu en nonchalance. Tant mieux ! Même que la section de cuivres d’Hank Harry viendra les rejoindre sur " Accidentally Yours " : une grande famille, qu’on vous dit… Confirmation lors de la reprise de leur " Deserve " quelques dizaine de minutes plus tard par… Hank Harry, accompagné comme toujours de son Lovely Cowboy Orchestra. Sans doute l’un des ‘sacrés’ groupes les plus explosifs sur scène : difficile en effet de résister aux tubesques " Anyway ", " Hot Summer " et " Turnaround ", ici revu à la sauce Pet Shop Boys/Elvis (" Always on My Mind ", avec en guest les membres… d’Austin Lace). Que du bonheur ! A noter également une nouvelle version (‘orchestre’ oblige) de " Scary Movie"  (de l’album " Rodeo "), et la cover du " Drop Out " d’Urge Overkill… Après un tel moment de fête, Ghinzu avait tout intérêt à ne pas nous décevoir. " Blow " met directement les pendules à l’heure : voilà bien l’un des singles les plus épatants de ces derniers mois, plein de tiroirs et de virages en épingle. Dommage que Ghinzu se lance parfois dans d’interminables digressions prog-rock, parce que c’est dans la concision qu’on les préfère (" Jet Sex ", " Do You Read Me " et l’insoutenable " ‘Til You Faint ", en final). Il n’empêche que ces types sont de vrais entertainers, à l’instar d’Hank Harry et de ses cow-boys mais en plus rock’n’roll. Il est presque 1h00, et le Bota commence enfin petit à petit à se désemplir. Mais la fête continue au Witloof Bar avec aux platines DJ de Pierpont, vieux briscard de la cause AC/DC. Y a plus de jeunesse ! Rendez-vous l’année prochaine, en compagnie de nouveaux groupes ? D’ici là, espérons que tous ceux présents ce soir auront connu d’autres succès mérités, en solo et sans ce ‘sacré’ épithète…

Le lendemain, moins de monde, forcément : Minimal Compact aura d’ailleurs eu bien du mal à remplir les Grandes Serres, tout comme Luke, Deportivo et Kaolin au Musée. Mais c’est bien normal, puisqu’il y avait les Liars et McLusky à l’Orangerie (rires). Les trois Gallois de McLusky viennent de sortir un album dantesque (interview dans ses pages), " The Difference Between You and Me Is That I’m Not In Fire ", encore une fois produit par Steve Albini. Leur punk-rock tendu et tranchant comme le fil d’un rasoir aurait certes mérité une demi-heure de plus, mais bon, c’est déjà bien comme ça. D’autant qu’ils débutent par " Lightsabre Cocksucking Blues ", morceau d’une rage absolue. McLusky est sans doute ce qui est arrivé de mieux au punk-rock depuis ces trois dernières années. " Collagen Rock ", " What We’ve Learned " et " To Hell With Good Intentions " sont des tueries (de l’album " McLusky Do Dallas ", 2002). Le reste vaut lui aussi son pesant de larsens (notamment ce " Slay " d’anthologie en final, très Shellac – tu m’étonnes). On adore.

Les Blood Brothers, eux, font encore moins dans la dentelle : voilà du punk-hardcore des plus agaçants. Les deux chanteurs hurlent comme des chats qu’on étrangle. Mais des petits chats, qui miaulent leur maman de façon plutôt crispante. Une claque, et ils la ferment. Traduction : ça gueule dans l’aigu, et c’est assez casse-couilles. D’autant qu’aux instrus (guitares, basse, batterie, synthés), ça tronçonne pas mal entre deux ruptures de rythmes. Traduction : ça se veut très couillu, et c’est assez casse-tête. Mais à force de nous saouler ainsi, les Blood Brothers, bizarrement, nous captivent. Paradoxal ? Certes.

Mais pas davantage que le live de leurs amis les Liars : alors qu’on attendait d’eux un trip punk funk somme toute abordable, voilà qu’on se prend dans la tronche une heure de no wave tribale, dont l’effet sur le cerveau s’apparente à l’ingestion de mescaline. Castaneda, es-tu là ? Mais que se passe-t-il ? Les gens se barrent. Ne restent que les plus défoncés, voire les plus masos, qui se demandent encore si une bière, en fin de compte, ne les sortirait pas de cette torpeur abyssale. On n’est pas loin des prestations d’Oneida, voire de Noxagt (combo scandinave pratiquant un punk-rock instrumental et famélique, totalement hypnotique). On voudrait bien comprendre, mais notre cortex semble anesthésié par une puissance vaudou. " On est entré dans une zone de chocs. Phénomène des foules, mais infimes, infiniment houleuses. Les yeux fermés, on a des visions intérieures. Des milliers et des milliers de points microscopiques fulgurants, d’éblouissants diamants, des éclairs pour microbes. (…) De l’extrémisme dans la lumière qui, éclatante, vous vrille les nerfs, de l’extrémisme dans des couleurs qui vous mordent, vous assaillent, et brutales, blessantes, leurs associations ". L’infini turbulent (Henri Michaux).

Le marathon prend fin. Vendredi 14. Iron and Wine, alias Sam Beam, nous délivre enfin du sortilège de la veille avec ses chansons country-folk d’une apaisante sagesse. Secondé par un guitariste à l’allure taciturne, le barbu enchaîne les perles dans un calme admiratif. Après le superbe " The Creek Drank The Cradle " sorti il y a deux ans, le voilà donc de retour avec un nouveau disque, le tout aussi magique " Our Endless Numbered Days ". On écoute. On savoure ce bref moment de langueur acoustique. Une cover de l’excellent " Such Great Heights " de Postal Service nous ramène à la vie.

On est prêt pour Timesbold. Instants magiques. La voix fragile de Jason Merrit rappelle celle de Will Oldham. A cinq, ces types de Brooklyn parent l’americana de ses plus beaux atouts : banjo, harpe, harmonium,… On reste pantois face à la beauté lumineuse de ses hymnes du bayou (" Bone Song ", " Sometimes The Water, " Wings on a Girl ", " Gini Win ",…), interprétés avec la grâce et la générosité d’un groupe qui vit sa musique à l’abri des modes. Le public ne s’y trompe pas, et lui réserve un accueil chaleureux…

Même si Timesbold n’a rien à voir avec Explosions in the Sky, quatuor texan spécialisé dans le post-rock épique, dont ce concert est le dernier avant le retour au pays. D’où la promesse d’un live furieux, pendant lequel, promettent-ils, " ils donneront toutes leurs tripes ". Et c’est vrai que ces types savent y faire question post-rock cyclothymique : on est proche ici de GY !BE et de Mogwai, sans l’emphase intello des premiers ni la frime des seconds. Explosions in the Sky se veut plus terre à terre, en somme, et ce n’est pas plus mal – en privilégiant l’évidence, les Texans nous évitent d’attendre vingt minutes avant… l’explosion, justement. Pas très original ni très subtil, mais redoutablement mélodieux. Un parfait épilogue à ces Nuits Botanique de haut vol, qui nous aura réservé pas mal de surprises, et surtout très peu de déceptions. Mais qu’allons nous faire, maintenant, durant le mois de septembre ?

G.E.

 

Controverse…

Rien ne traîne chez Blonde Redhead. Aucune nouvelle pendant 4 ans. Puis un album éblouissant débarque. Embrayant dans la foulée par une tournée. La magie n’est pas encore retombée que cette date programmée dans le cadre des Nuits du Botanique de Bruxelles nous est brutalement lâchée en pâture. Concert affichant complet depuis belle lurette, le bouche à oreille a manifestement fait ressortir le groupe des discothèques et tous se sont retrouvés, avides de confronter la ‘simplissime’ beauté du dernier bébé à son homologue scénique. Consentants et conscients d’assister à un moment unique, entassés dans la salle la moins originale du festival. Bande de petits privilégiés, va... Evidemment lors de l’entrée du trio sur scène, le public est acquis à sa cause. Tout le monde les attend. A la limite, le groupe n’aurait pas joué, que l’unique possession du sésame d’entrée suffisait à rendre béat les ¾ du public présent dans la salle. A l’entame, Blonde Redhead pioche 4 titres de "Misery is a butterfly". Et là, stupéfaction : la sauce ne prend pas... Indulgent au départ, j’attends patiemment que le groupe reprenne ses esprits et fasse s’envoler ces merveilleuses chansons. Rien n’y fait ! Après cette parenthèse, qui aurait dû être enchantée ou tout au moins sensée nous redonner espoir dans l’énergie que le groupe peut encore dégager, je suis brutalement plaqué au sol par un titre plus noisy, mal dégrossi et mal joué. S’ensuit une nouvelle fournée, au cours de laquelle la plage titulaire du dernier cd est littéralement sabordée. Ecœuré, je pense vider les lieux après 25 petites minutes... Je vous passe la suite qui ne fait que dupliquer ce schéma jusqu’au rappel. Un mauvais concert ne donnant jamais un bon rappel, je me décide donc à quitter la salle. Que s’est-il donc passé ? Les arrangements brillent par leur absence. Livrées brut de décoffrage, les chansons du dernier album perdent toute leur finesse et leur émotion, même si Kazu insuffle suffisamment de vie dans ses titres chantés. Amédéo, par contre, n’est pas dans le ton, livre une interprétation plate et sans nuances. Il faut dire que les cordes emmenaient très haut les envolées lyriques et musicales, pour ensuite faire flotter dans l’air le bien être jusqu’à la remontée suivante. En clair, vous êtes en apesanteur et à aucun moment vous ne touchez le sol. Une vraie bulle de savon. En ce 13 mai, vous étiez écrasés constamment, les semelles plantées dans la plancher. Et on se met à rêver d’une prestation plus intime, où les cordes auraient leur place sur scène. A la sortie, les avis étaient presque unanimes : une grosse désillusion...

J.B. et Céline.

 

Epilogue…

Les Delays ayant déclaré forfait, c’est la formation belge Atticus qui avait été chargée d’ouvrir le denier volet des Nuits à l’Orangerie ce samedi 15 mai. Vu les énormes problèmes de parking rencontrés à Bruxelles au cours de cette soirée, il ne m’a été possible d’assister qu’aux applaudissements nourris auxquels ils ont eu droit.

Issus du Nord de l’Angleterre, les Cribs viennent de commettre un premier album. Un disque pour lequel ils ont reçu le concours de Bobby Conn aux manettes. Sur plusieurs titres. Ce qui leur a valu une étiquette de garage pop sixties comparable à celle des Strokes. Sur les planches, le moteur du combo ne carbure pas au garage (NDR : déjà qu’il était déjà difficile de trouver un emplacement de parking !), mais à la power pop. Une power pop spontanée, furieuse, frénétique, rafraîchissante, mélodique, contagieuse et naïve qui doit autant aux Buzzcocks qu’à Ash. Et si le set du trio n’est pas toujours léché, il a au moins le mérite de déménager. En outre le guitariste et le bassiste, frères par ailleurs, possèdent des voix très complémentaires. Dommage qu’ils ne chantent pas plus souvent en duo et que leurs compos soient un peu trop linéaires. Accoutré d’une parure glamour, le batteur n’hésite pas à monter sur ses caisses pour marteler ses peaux, sur un tempo tribal. Au fil du set, le groupe semble pris d’une frénésie. On a parfois l’impression que les deux gratteurs sont complètement éclatés. Le soliste joue même du botleneck à l’aide d’une bouteille de bière ou lime sensuellement ses six cordes contre l’ampli. Bref, on s’est bien amusé… à les voir prendre leur pied…

Taxés de formation néo britpop, les Veils viennent également de commettre leur premier opus. Intitulé " Runaway found ", il a reçu des critiques plus que controversées. Certains prétendent que le groupe aurait dû naître voici une bonne dizaine d’années. Et qu’ils auraient alors récolté un franc succès. Dans une division au sein de laquelle militaient Strangelove, Marion et Geneva. D’autres estiment que leur emphase lyrique est laxative. Mais les plus optimistes voient en eux de futures stars. Une chose est sûre, ce quatuor insulaire aime Bowie et les Smiths. Et puis, il est drivé par un chanteur/compositeur/guitariste charismatique : Finn Andrews. Il possède une belle voix. Une très belle voix. Dont le timbre évoque tantôt Morrissey, tantôt Thom Yorke, tantôt Brett Anderson (Suede). Mais surtout affiche une présence incroyable sur scène. Qui me fait penser à celle de Jeff Buckey. Physiquement, on dirait un étudiant longiligne, les cheveux en bataille. Lorsqu’il chante, son âme semble possédée. Il tremble de tout son être. Parfois, il se met à chuchoter, puis soudainement emprunte des inflexions éraillées. Il est dans un autre monde… Une bande sonore diffusant de l’opéra introduit le band sur les planches. Qui entame son set en dispensant des ballades semi-acoustiques, de manière indolente. Puis l’intensité électrique monte d’un cran. Et Olly Drake, le guitariste, commence à lâcher ses impulsions électriques. Dans un style fort proche de l’ex Verve, Nick Mc Cabe. L’énergie devient incendiaire. Elle éclate même en fin de parcours. Sur la composition " More heat than light ". Le fil du micro enroulé autour du cou, Finn ne tient plus en place. La section rythmique fait le ménage et le soliste se lâche dans un trip psyché/torturé totalement dévastateur. En 45 minutes, les Veils ont totalement convaincu. C’était quand même un peu court, même si Finn revient chanter en solitaire, armé d’une guitare électrique, en guise de rappel ; puis prend congé du public en nous donnant rendez-vous au cours de cet été. Probablement au Pukkelpop.

B.D.

 

The Stooges

Weirdness

Écrit par

En 1969, les Stooges chantaient « No Fun », sur un premier elpee produit par John Cale. 38 ans plus tard, ils pourraient chanter « No fun at all » et même choisir cette formule pour intituler leur nouvel album. Il est vrai que les attentes des fans d’Iggy Pop et sa bande étaient grandes, et surtout légitimes après un retour convaincant sur scène (allez donc relire notre review consacrée à l’édition 2006 du festival Sziget). C’est en toute grande forme et visiblement heureux d’être de retour, que l’on avait retrouvé, sur les planches, Iggy Pop, Ron et Scott Asheton, c'est-à-dire le trio original rejoint par le vétéran et tout aussi sympathique Mike Watt, remplaçant du regretté bassiste Dave Alexander. Malgré la collaboration de Steve Albini à la production, il faut reconnaître que le come-back est nettement moins étincelant...

Pourtant, en ouverture, « Trollin’ » a tout le potentiel d’un bon single ; mais la suite est beaucoup moins fringante. Les tempos sont trop simples et répétitifs. Définitivement usée par l’âge et ses excès de jeunesse, la voix d’Iggy passe de moins en moins bien la rampe. En outre, on ne peut pas dire que les textes (les thèmes abordés sont quand même invraisemblables pour des gars de 60 piges) soient particulièrement recherchés. Pour les deux tiers de l’album, on en vient à se demander si l’écriture des compos n’a pas été bâclée. Et la même remarque pourrait s’adresser aux sessions d’enregistrement. Parfois on a l’impression d’être en présence de papys jouant un punk basique à la manière de ces innombrables groupes d’ados qui entretiennent la hype. Des motifs suffisants pour refroidir notre enthousiasme. Sur « Free and Freaky » on touche carrément le fond, et il est même pénible d’écouter ce titre jusqu’à son terme. Il faut attendre « She took my money » ou encore « Passing cloud » pour retrouver un peu de fraîcheur, grâce notamment à l’intervention de Steve Mackay au saxophone.

Bref, nous sommes à 100.000 lieues des « 1969 » et autre « I Wanna Be Your Dog » du premier elpee. Et si vous cherchez la magie des deux opus suivants (« Fun House » et « Raw Power ») concoctés début des 70’s, vous pouvez passer votre chemin. Bref, un album globalement décevant. Evidemment, les fans inconditionnels ne partageront pas ce point de vue. C’est leur droit. Mais si ces différents titres risquent fort de faire la différence en live, ce disque ne figurera certainement pas dans notre Top 20 de 2007.



Mclusky

Mclusky do Dallas (b)

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"Mclusky do Dallas" constitue le deuxième opus de ce trio gallois responsable d'une musique féroce, sauvage, furieuse et terriblement excitante. Une musique directement inspirée par les Pixies. Et en particulier par l'album " Surfer Rosa ". Coïncidence, mais les deux elpees ont été mixés et produits par Steve Albini. En outre, les titres dépassent rarement les 2'30. Et les lyrics sont aussi humoristiques et malicieux. Seule différence, les vocaux. Si les Pixies pouvaient compter sur l'équilibre entre la voix de Black Francis et celle de Kim Deal, chez Mclusky, nonobstant certaines inflexions empruntées à John Lydon, le timbre d'Andy Falkous manque cruellement d'amplitude ; ce qui muscle encore davantage les compositions. Dommage, car ce Mclusky a vraiment la pêche !…

 

Festival du Hibou : Girls in Hawaii + Sharko

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Première édition de ce festival organisé par les scouts de Kraainem dans un de leurs locaux patronaux. Un certain nombre de groupes étaient à l'affiche, mais je n'ai pu assister qu'aux deux derniers concerts (NDR : eh oui, j'appartiens à  cette catégorie de gens qui travaillent le week-end). Et j'ai malheureusement manqué le set de Skaira dont on m'a dit le plus grand bien. Je me dois d'abord de vous décrire l'ambiance que je résumerai par les paroles d'une chanson de Nietzsche: 'Les adolescents, je hais les adolescents'. Une grosse partie du public avait beaucoup trop forcé sur les substances illicites et il faut avouer que c'était vraiment le bazar dans la salle.

Venons en au concert. Girls in Hawaii pour commencer. J'avoue : ils pourraient chanter « Tata yoyo » en version trash métal que je serais subjuguée. Pourquoi? Ils ont un talent fou. J'ai assisté à quatre de leurs sets, au cours des derniers mois. Et aucun concert n'était semblable. Que ce soit face à 50 personnes dans une salle perdue au fin fond des Flandres (Hoogstraeten) ou devant 1500 personnes à l'AB. Ils se renouvellent, explorent, détonnent. Et explosent. Un vrai bol d'air frais. Ce soir, ils nous ont gratifié, d'entrée de jeu, d'une nouvelle chanson. Qui s'inscrit dans la  lignée de ce qu'ils ont fait jusqu'à ce jour. Et leur bassiste s'est jeté dans la foule (NDR : l'influence d'Enhancer??) lors du morceau instrumental qui l'envoie généralement dans les coulisses. Sublime !

Sharko clôturait l'affiche. J'aime bien sur disque. J'aime bien en concert. J'aime bien David, le chanteur, qui a l'air déprimé au dernier degré, mais reprend toujours confiance en lui sur scène. Mais il nous sert toujours les mêmes trucs, les mêmes 'hehoooo' pendant les mêmes titres. Désolant, car il a un réel talent. Et puis surtout, ses chansons sont vraiment intenses. Surtout celles de son deuxième album. Et je pense tout particulièrement à « I get down ». Dans un futur porche, vous pourrez facilement vérifier ces propos, car Sharko accomplira une tournée des ducasses au cours du printemps.

 

For Stars

…it falls apart

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Dans ces notes de pochettes, ce combo de Frisco remercie notamment Mark Eitzel, The Cranes et Migala. On ne peut que constater une communion d’intérêts dans les groupes cités. Un attrait pour la pop atmosphérique, les constructions alambiquées et un léger psychédélisme. Les neuf longues plages qui constituent cet album évoquent aussi le Mercury Rev plus ordonné et moins fou des albums tardifs. Les mélodies soignées et les arrangements imaginatifs (claviers, trompettes et électronique discrète) rendent le groupe intéressant, le faisant passer pour une version moins morbide des Flaming Lips. Dommage que la voix passe-partout de Carlos Foster ne soit pas toujours à la hauteur… Il n’empêche que des chansons comme « It doesn’t really matter », « Lend out your love » et « Calm down baby » laissent entrevoir le potentiel de cette formation qui manque encore de maturité pour être totalement convaincante.

Cedric Im Brooks

The Magical Light Of Saba

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Le jeune label anglais Honest Jon's a pris la salutaire initiative de rééditer sur un cd, trois elpees enregistrés dans le milieu des années septante par Cedric Im Brooks et son groupe The Light of Saba. Trois disques depuis longtemps introuvables. Saxophoniste jamaïcain atypique, passionné par le jazz et Sun Ra en particulier, Brooks avait fondé à la fin des années soixante les Mystic Revelation of Rastafari, en compagnie du percussionniste Count Ossi. Un projet responsable d'un mélange innovateur de percussions jamaïcaines traditionnelles et de jazz acoustique, le tout baigné dans la foi rastafari qui connaissait à cette époque son apogée. Ossie ayant perdu la vie dans un accident de la route, Brooks reprit le concept et l'élargit au sein de the Light of Saba, y ajoutant l'élément électrique et plus de reggae. Cette excellente réédition recèle du pur reggae roots gorgé de percussions, mais aussi de la rumba, du mento, du jazz (l'excellente reprise du " Song for my father " d'Horace Silver) et de la soul. Les instrumentaux polarisent la majorité du disque, mais quelques plages réservent une place au chant. Et avec beaucoup de bonheur. A l'instar du magnifique " Words of Wisdom ". Les années septante furent une période particulièrement fertile pour la musique en Jamaïque. Aussi, si vous êtes passionnés de cette époque, cette réédition constituera, à vos yeux (oreilles ?), un 'must' !

Bullfrog Blues Machine

Blue Tattoo

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Fondé en 1994 par le chanteur guitariste Hans Klerken, le BBM est né dans la cité batave de Wageningen. Si cet ex Hip Shakin' Mama est inspiré par les grands de Chicago (Muddy Waters, Willie Dixon et Sonny Boy Williamson, entre autres), il est surtout influencé par des maîtres électriques tels que Walter Trout, Coco Montoya, Smokin' Joe Kubek et j'en passe... Mark Spronk (claviers), Chris Janssen (basse) et Harry Steverink (drums) complètent le line up de la formation.

" Blue tattoo " constitue leur troisième album. Il fait suite à "Hatched!", paru en 97, et "Buckle-up!", en 2000. Comme les musiciens se partagent toutes les compositions, on soupçonne fort que leur démarche soit originale.

"Who's fooling" ouvre l'opus. Invité, Ben Bouman se réserve l'harmonica tout au long de ce shuffle échafaudé sur un riff solide. Il s'acquitte d'un bon solo avant de laisser Klerken s'éclater sur sa Stratocaster. Le rythme s'élève pour "To tame a wild horse". Section de cuivres du label Cool Buzz, les Hectic Horns font leur entrée. Ils libèrent beaucoup d'énergie et de puissance pour appuyer la voix de fausset bien contrôlée de Klerken. L'harmo de Bouman se manifeste sur "Just take care". Pour ce shuffle à la texane, la guitare accélère, bavarde, mais dans un style bien personnel. Tout au long de la plage funky "I can't quit you baby", l'orgue exhale un parfum très fin des 60s. Des percussions réminiscentes de Santana introduisent "John's barn beer". Une ode à la bière, au cours de laquelle Klaus van Boekel (NDR : un autre invité) accorde une superbe intervention au djembe. Basé sur un riff de guitare qui aurait pu naître des doigts de Mike Morgan en personne, "Don't look back" est un rockin' blues texan. Sans aucun douté inspiré du "Red House" de Jimi Hendrix, "Change your ways" est un long slow blues. Blues rythmé, mené à la manière de B.B King, "Simple life" bénéficie du concours des Hectic Horns. Hans Klerken s'évade dans un long solo d'excellente facture, toujours concocté dans l'esprit de BB! Boogie classique, "Boogieman" met en exergue l'orgue de Spronk et l'harmo jazzy de Bouman. Plage assez longue, très atmosphérique dans la démarche, "Laid back" s'ébroue de manière assez dépouillée. Le climat tout à fait laidback permet un dialogue entre le djembe de van Boekel, le piano, et la guitare métallique très Delta. Et puis, progressivement, la guitare se fait aventureuse. Elle ponctue ainsi des micro climats très attrayants, mais qui relèvent davantage de la musique rock. La sonorité du piano électrique me rappelle ainsi, quelque part, Ray Manzarek. D'ailleurs ce type d'écriture correspond plutôt à celle des Doors, époque "L.A woman" ; même dans la façon de déclamer empruntée par Klerken. Très réussi ! Une rythmique funky, exacerbée par la slappin' basse de Chris Janssen, balise "Born with the blues". Fluidifié par l'orgue, ce R&B me rappelle furieusement le Steppenwolf des 60s, époque "Sookie sookie". Quoiqu’ancrée dans le monde du passé, cette façon de jouer me paraît toujours aussi intéressante. Je ne suis donc pas surpris par la nature de "Pay it back", une longue finale hantée par des vocaux proches de John Kay, et qui s'égrène dans le même esprit. Evoluant largement en dehors des sentiers battus, et en particulier ceux qui sont tracés aujourd'hui, cet album curieux, étonnant, mérite le détour.

 

Jérôme Minière

Jérôme Minière présente Herri Kopter

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Il y a cinq ans qu'on n'avait plus eu de nouvelles de l'Orléanais, et pour cause : il s'est réfugié au Québec après avoir rencontré un des rescapés de Laanka, un îlot de glace situé près du Pôle Nord qui a depuis disparu, suite au réchauffement de notre atmosphère… C'est à Montréal, dans un couloir mystérieux d'une galerie commerciale, qu'il fit connaissance avec ce type en question, un certain Herri Kopter. Très vite, celui-ci lui refila quelques cassettes de musique de Laanka, une mixture étrange de cliquetis électroniques, de dub glaciaire et de bruits d'icebergs qui se fendent. Minière, impressionné par ces " élucubrations sonores " d'une fraîcheur étonnante, propose au Robinson d'enregistrer un album, pour qu'il reste une trace de cette île déjà rayée de la carte. Evidemment, toute cette histoire est du pipeau, mais elle confirme l'imagination débridée de Jérôme Minière, qu'on avait donc perdu de vue (ou plutôt d'écoute) depuis " La Nuit Eclaire le Jour qui Suit ", double album paru chez Lithium en 1998. Entretemps, notre bonhomme n'aura pourtant pas chômé : en plus de cet album-concept 100% électronique, Minière sort un recueil de 14 chansons pop (" Petit Cosmonaute "), et s'active aussi du côté de la vidéo et de la mise en son de spectacles (e.a. le festival MUTEK à Montréal, l'équivalent du Sonar de Barcelone). Cette BO imaginaire d'un pays de rêves, Minière l'a composée il y a trois ans, mais c'est seulement aujourd'hui qu'elle franchit l'Atlantique. Au programme, donc : de l'électronica paysagiste (tendance Boards of Canada), du dub minimaliste (tendance ~ Scape), plein de craquelures et de beats cotonneux. Montréal est la nouvelle terre d'accueil des musiciens aux idées larges : de Constellation à Intr_Version (le label de Mitchell Akiyama de Désormais), on y recense pas mal d'empêcheurs de tourner en rond. Minière, c'est sûr, en fait partie. Et son album, même s'il est un peu long, recèle de beaux trésors. Il nous faudrait davantage d'aventuriers de ce genre… De (Koh-)Laanka ?

Broadcast

HaHa Sound

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Entre " Ha-Ha Sound " et " The Noise Made By People ", le premier album du trio de Birmingham, trois ans se seront écoulés. Mais Broadcast n'a rien perdu de son talent et de son originalité, puisque ce nouvel album est encore meilleur que le précédent. Depuis 2000, le rétro-futurisme a la cote. Ses synthés d'un autre âge, ses ambiances de films SF de série B, ses bleeps rêveurs et ses relents d'enfance : la musique électro-pop de Broadcast s'est bâtie, au fil des ans et en secret, une réputation de bande-son bizarre d'un monde un peu figé, dans lequel Barbarella et Robby le Robot batifoleraient gaiement dans un décor d'apocalypse lunaire. Musicalement, Broadcast n'a donc guère d'équivalent (Stereolab, Ladytron, Saint Etienne ?), et cet atypisme est renforcé par l'étrange tonalité de la voix de Trish Keenan, à la fois neutre et mutine, frigide et suggestive ; bref mi-femme mi-enfant, séductrice et asexuée. Sur " Valerie ", on croirait presque entendre des enfants de chœur réciter leur prière de Noël dans une cathédrale de verre, où résonneraient le moindre écho cristallin, Jan Garbarek (ECM) et Joseph Byrd (United States of America) se disputant les touches d'un orgue vétuste. " Man is not a Bird " surprend lui par sa rythmique pointilleuse et ses bruits aquatiques, comme si le couple Barron (la Bo de " Forbidden Planet ") ressuscitait le temps d'une dernière valse, avec Holger Czukay pour chef d'orchestre… Aux yeux (oreilles) de certains, Broadcast pourrait passer pour un groupe de techniciens dissimulés derrière leurs machines, coincés dans un univers qu'ils se sont eux-mêmes forgés… Mais ce serait oublier leur sens aigu de la mélodie (" Before We Begin ", " Lunch Hour Pops ") : il s'agit bien de pop, et du plus bel effet, en prise avec son temps sans être une vulgaire histoire de mode. Refuser leur invitation au voyage (intersidéral ?) serait donc une grossière erreur.

 

Madlib

Shades of Blue : Madlib Invades

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Madlib est un des producteurs de hip hop les plus inventifs de ces dernières années. Que ce soit derrière la console pour les albums de Wildchild et de Dudley Perkins ou comme MC au sein des excellents Lootpack (lui, Wildchild et DJ Romes), Otis Jackson Jr. transforme tout ce qu'il touche en or massif, et pas celui qui orne les dents et le torse des gangsters de pacotille à la 50 Cent. Après avoir rendu hommage à Stevie Wonder et au reggae signé Trojan (" Blunted in the Bomb Shelter "), voilà qu'il s'attaque au catalogue du légendaire label de jazz Blue Note. Rien ici d'opportuniste : il ne s'agit pas d'une énième compile acid jazz ou d'un hommage mercantile à la Saint-Germain. Madlib s'approprie les vieux standards de Donald Byrd et de Wayne Shorter (entre autres) avec finesse et intelligence, sans tomber dans l'hommage timide et trop fidèle qui plombe souvent ce genre d'exercice périlleux. Armé de son sampler SP-1200 et les beats plein les poches, il ose avec panache sculpter dans cette matière sonore bien malléable (du jazz), mais quand même figée par des années de mise en bière académique et d'honneurs journalistiques. Aujourd'hui sujet de thèses universitaires et mentionné dans les livres d'histoire, le jazz n'est donc pas lettre morte, en témoigne cette relecture surprenante via le rap, finalement sa suite logique. Sur " Please Set Me At Ease " de Bobbi Humphrey, Madlib invite Medaphor, un MC, à venir poser son flow, pour un résultat groovy qui n'enlève rien à l'essence du titre original. Ailleurs, c'est tantôt des scratches (" Slim's Return ", rien à voir avec Eminem…), tantôt des instruments live qui viennent éclairer ces grandes partitions sous un jour nouveau. Sur " Song For My Father " d'Horace Silver, Madlib se rappelle aussi son père, chanteur de soul dans les années 70, aujourd'hui relégué, comme tous les musiciens de la Note Bleue, au rang de vieux souvenirs. Des souvenirs apparemment bien vivaces, et toujours aussi fertiles (l'inédit " Funky Blue Note ", signé Madlib himself), à en juger par ce projet d'une rigueur et d'une ampleur inédites. Excellent !

 

Cali

L'exorcisme parfait

Depuis la sortie de son premier album, Cali est devenu notre meilleur ami, notre confident, notre défouloir et notre psy. Ses chansons d'amour écrites sans détours ni mensonges accompagnent nos humeurs changeantes et nos doutes quotidiens : dans ses mots qui cinglent nos certitudes on se love jusqu'au dégoût… Cet album, c'est la vie, et ça fait un bien fou. Rencontre avec un amoureux de l'existence, dont la sincérité nous aide à progresser et jouir, vaille que vaille.

Ton album débute par la chanson " C'est quand le bonheur ? " : est-ce qu'aujourd'hui tu te sens heureux ? Ou bien, malgré la reconnaissance, le succès, les rencontres, l'amour du public, tout reste relatif ?

Tu sais, c'est une question très conne, mais je l'assume… Pour moi le bonheur c'est ni le passé ni le futur, mais ces moments où l'on réalise ce qu'on vit sur l'instant. Des fois je me surprends à avoir des bouffées d'extase : ça dure 10-20 secondes, au volant de ma voiture par exemple et je ne sais pas d'où ça vient, mais je suis hyper heureux pendant 10 secondes. Puis ça s'arrête parce qu'on repense à des images du passé ou du futur, et c'est moins le bonheur… Ce que je trouve fort chez " C'est quand le bonheur ? ", c'est que je l'ai écrite en deux ans : les couplets deux ans avant le refrain. Mais dès qu'il est arrivé, le reste a coulé tout de suite : ce titre a été un tremplin idéal pour le reste de l'album.

Le bonheur… Penses-tu que les gens heureux en amour peuvent apprécier ton disque à sa juste valeur ? Comme s'il fallait avoir vécu ce que tu chantes pour vraiment te comprendre…

J'essaie de me persuader que tout le monde peut y trouver son bout de gras à grignoter ! Si tu l'as vécu ou si t'es malheureux, ça peut t'aider à te dire que t'es pas le seul… Un peu comme le journal de 20h, quand tu vois toutes les merdes qui se passent dans le monde, et que tu te dis qu'il y a pire que toi… Et puis les autres peuvent se dire : " Moi je ne vis pas ça, tant mieux ! ". Les deux sentiments peuvent donc être appréhendés, et je trouve ça bien.

C'est quand même bizarre de voir à tes concerts des gens qui chantent en chœur tes sombres textes, en souriant de toutes leurs dents… Ce n'est pourtant pas le Grand Jojo !

C'est le but ! J'aime par exemple l'idée que " C'est quand le bonheur ? " puisse être jouée lors d'un mariage, où tout le monde serait heureux et ferait une farandole… Alors que le texte en lui-même pourrait être lu lors d'un enterrement. J'aime bien cette dualité… " Je chante " de Trenet, par exemple : quand tu lis le texte, c'est terrifiant ! Mais quand tu l'écoutes comme ça en voiture, sans penser au texte, avec le vent dans tes cheveux, t'es heureux, quoi ! J'aime bien ces mariages un peu douteux. C'est comme avec ma violoniste, qui est très classique, alors que mon guitariste, lui, est fan de punk ! J'aime bien ce genre de conflit. C'est ce qui me fait avancer.

Voilà ce qui est intéressant : cette dichotomie entre tes textes, durs et déprimants, et ta musique, gaie et pleine d'allant.

Je crois que c'est plus fort quand tu plombes réellement le texte et que tu l'habilles de musique guillerette. Je me suis souvent essayé à écrire des textes très noirs en les accompagnant de musique très sombre, mais à la fin il ne te reste plus que la corde pour te pendre… C'est pas le but du jeu non plus, quoi !

La redondance n'aurait pas donné à ton disque cette violence… qui en fin de compte se veut salutaire.

Je crois de toute façon que la vie est comme ça. Quand tu discutes avec des amis tu te remontes le moral, tu rigoles, tu bois des coups, mais chacun traîne son boulet derrière lui… C'est ça l'idée, ouais.

Alina Reyes (NDR : grand écrivain qui s'est suicidée) a écrit un jour : " Où est l'amour sinon dans le mal brûlant du désir, de la jalousie, de la séparation ? "… Tu es d'accord ?

C'est peut-être sa vision de l'amour parfait. Pour moi il faut qu'il y ait de la violence. Pas physique, mais dans les pleurs. Ca peut aller très loin : le mal au ventre, les crises de nerfs, on se dit des choses qui vont trop loin et puis juste après il y a le calme plat, on essaie de se rattraper, de se pardonner, puis arrive le câlin, puis la mer se déchaîne à nouveau… L'idée c'est que le couple supporte ça tout le temps. Mais il arrive à un moment donné où la violence des mots, des situations ou même des silences… Quand il ne reste rien. Pour moi, l'amour parfait c'est ça : des très hauts et des très bas.

Un couple doit-il se déchirer pour mieux se retrouver ?

Je ne sais pas s'il doit le faire, mais il doit être capable de le faire.

Et quand on dit que les gens heureux n'ont pas d'histoires à raconter (le fameux " Happy people have no stories ") ?

Je crois que les gens les plus heureux sont ceux qui ne réalisent rien du tout. Quand on a la chance, ou le malheur, de réfléchir un petit peu, c'est là qu'on peut plonger dans le malheur total, oui…

Et quand tu dis que " Mourir d'amour n'est plus de ton âge ", ça veut dire quoi ? A chaque rupture on 'meurt', non ?

C'est une phrase d'un instant : j'ai dû l'écrire quand j'avais 72 ans. Ou 84. Mais quand j'ai à nouveau eu 35 ans ou 19, c'est revenu d'actualité, " mourir d'amour " ! (rires)

Tes textes sont écrits au masculin, avec la femme qui passe pour la méchante de service, et l'homme pour un couard qui n'a rien vu venir, et qui soit implore " quelques miettes de tendresse ", soit fait le gros dur… ou passe d'un état à l'autre en quelques secondes. La vie, quoi…

Je me suis souvent surpris à conjuguer des adjectifs au féminin quand j'écris mes textes, donc je crois que mes chansons peuvent être tournées dans les deux sens. Il suffirait de changer quelques mots pour que mon album puisse être chanté par une fille ! Mais comme je suis un garçon, la méchante de service c'est la fille. Si j'avais été une fille, c'eût été le contraire…

M'enfin c'est bizarre que…

Le panache est important. J'adore ça. C'est-à-dire : une chanson, tu sais qu'elle va être lue ou écoutée, donc tu frimes. Moi je suis un frimeur. Je frime en me faisant soit largué, soit en acceptant de partir… Mais avec le panache. Même si dès que la lumière s'éteint, je me retrouve seul avec mon malheur et ma tristesse, complètement désintégré. J'aime bien cette idée-là aussi : quand la lumière est allumée, on sourit, et puis… J'aime bien cette idée des scènes de théâtre, où des gens vivent des malheurs absolus et sont obligés de jouer. Ca me correspond bien.

Le pire, c'est quand tu crois connaître ton/ta partenaire, et que tu te rends compte que d'une minute à l'autre tout peut basculer : en l'espace d'un instant, elle/il devient une personne totalement étrangère… C'est un sentiment vraiment horrible.

C'est horrible. Horrible. Mais si tu te retournes sur ta vie, il y en a qui disent qu'ils ont perdu du temps, moi je suis plutôt du genre à me dire que j'étais tellement pur et vrai avec elle que j'ai plutôt gagné du temps sur ma vie… Mais c'est terrible, c'est clair. Mais quelque part il faut être honnête et quitter l'autre au moment où tu le veux. Il y a des personnes qui restent ensemble et puis t'arrives à tes vieux jours et tu te dis que t'as gâché ta vie ou celle de l'autre, parce que tu sais qu'elle voulait te quitter depuis toujours mais qu'elle ne l'a pas fait, ou vice versa. Il n'y a rien de plus terrible.

Tu racontes les maux du cœur avec crudité, sans pudeur ni politesse. Est-ce pour toi la manière la plus sincère pour parler de ce genre de choses ?

C'est la plus sincère pour moi. Ce sont les mots que j'emploie tous les jours. J'aime bien cette idée de ne plus mentir. Tu vois, j'ai 35 ans, j'ai vécu au sein d'autres groupes pour lesquels j'écrivais des textes beaucoup plus mystiques, beaucoup plus difficiles à comprendre : le sens était caché derrière les images, était très difficile à discerner. Là aujourd'hui j'éprouve de la jouissance absolue à me retrouver devant des gens et à leur dire tout crûment ce que je pense. Ca me fait vraiment du bien, quoi ! Tu vois les yeux des gens et tu leur dis " je, je, je " avec des phrases très crues… Mon petit challenge c'est de rester dans le format chanson et poésie, avec mes mots. C'est ça qui m'intéresse.

Es-tu fier en un sens de " toutes les ignominies que ta bouche peut déverser " ?

Si tu veux, oui. Mais si tu me vois à 6h du matin complètement saoul ou à 6h du soir complètement clean, je te parlerai pareil. On pourra avoir la même discussion au sujet de l'amour. C'est quelque chose de fort : ne plus mentir, ne plus être un imposteur… Parce que souvent on va à son travail et on est obligé de se cacher derrière son costard. Moi non : mon travail ma permet d'être moi-même 24h/24.

Se dire tout, ne rien se cacher, est-ce selon toi une condition essentielle à l'harmonie dans un couple ?

C'est clair ! Moi par exemple ma copine, je ne la vois pas beaucoup, mais quelque part elle se raccroche au fait qu'elle sait que je suis vrai, et que je sais qu'elle est vraie. Je ne vois pas pourquoi je ferai n'importe quoi en son absence… Tu sais, chaque mensonge est un boulet qu'on traîne derrière soi…

Concernant l'écriture de tes textes : on te sent proche d'une certaine démarche littéraire à l'américaine, basée sur l'oralité.

(surpris et ravi) Tu tapes dans le mille ! Ecoute, moi je suis très fan de Brautigan, de John Fante, de Bukowski, de Salinger… J'ai tout lu, même leurs romans pas traduits. Ce sont des gens qui me touchent vraiment.

" Il y a une question " contient une référence à " L'Attrape cœurs ", non (" NDR : Où vont les canards quand ils ont trop froid ") ?

A fond ! Et " mon chien stupide ", c'est Fante ! Ce sont des petits clins d'œil à mes héros…

Est-ce que le format de la chanson pop te semble la meilleure manière pour mettre en musique tes histoires ?

J'ai la chance que ma maison de disque me laisse faire ce que je veux : si sur l'album la plupart des chansons sont formatées, j'en ai plein en réserve qui ne le sont pas. La chanson pop pour moi, c'est faire monter un couplet jusqu'au refrain, pour le faire exploser. Pour moi le maître en la matière, c'est Arno : il arrive à faire des chansons pop ou punk absolues, et juste après il va te sortir une complainte interminable piano-voix ! Il n'a pas de limites : sa seule limite, c'est son imagination… Et puis il ne perd jamais son identité, parce que sa voix est toujours là. C'est l'exemple que j'essaie de suivre.

Dans ta musique aussi tu passes d'un genre à l'autre : on y entend une fanfare, des arrangements de cordes, des guitares rock… En fin de compte ça résume bien tous les états de la rupture : la colère, la tristesse, la désinvolture,…

Et la beauté. Ca peut être très beau, une rupture. C'est une horreur, certes… Mais une horreur qui peut être très belle. Il y a une descente aux enfers irrémédiable mais ça peut aller chercher en toi des choses insoupçonnables. Tu grattes le fond de toi-même… Donc la rupture, si c'est pas mortel, c'est majestueux.

Et c'est universel ! A cet égard quel rôle doit selon toi jouer l'artiste face à son public ? Comment te positionnes-tu par rapport à tes fans ?

Je me sens très profiteur. Quelque part, je me sers d'eux, de leurs sourires, de leurs yeux qui brillent… J'en profite, c'est pour moi, quoi ! Je suis heureux que ça leur fasse du bien, mais c'est à moi que ça fait du bien - de les voir comme ça ! Les gens c'est mon psy, ouais…

Ca fait parfois du bien de penser d'abord à soi, surtout quand tout va mal…

C'est clair. Moi j'ai une TV et je l'allume plus du tout. Et puis quand ça ne va pas bien je regarde le journal de 20h et, c'est hyper affreux ce que je vais dire, mais je me rassure en me disant que ma petite vie, finalement, n'est pas si mal. Le tremblement de terre il est dans mon cœur, mais je ne suis pas sous les décombres.

L'amour parfait, deuxième ?

C'est quand tu te réveilles et que tu vois ta chérie qui dort à côté de toi, et tu te dis : " C'est avec elle que je veux vivre toute ma vie ". Et quand tu sais que tu ne te mens pas à ce moment-là, c'est encore un moment de gagné sur la vie. C'est du bonheur, ça dure un court instant, mais tu recules le temps de la fin, quoi… C'est ça, pour moi, l'amour parfait.

Erlend Oye

Unrest

Ces deux dernières années, Erlend Oye semble s'être plutôt bien habitué à l'électro, lui qui pourtant s'était fait connaître avec Kings of Convenience (un duo) et son " Quiet is the new loud ", manifeste acoustique à l'origine du regain pour les guitares en bois et les harmonies à la Simon et Garfunkel. Il faut dire qu'Eirik Glambek Boe, disons Garfunkel, n'était pas trop taillé pour le succès. Aussi devant tant de résignation, Erlend décida de partir à l'aventure tout seul, plutôt que de finir ses jours à pêcher du hareng dans les fjords de Norvège. C'est ainsi qu'il put enfin assouvir sa passion pour la musique. Toutes les musiques : folk, rock, électro, hip hop… Surtout celle eighties. Après un bref séjour chez Royksopp, d'autres Norvégiens ne jouant pas du black metal, Erlend partit pour de bon à la conquête du monde, tel Niels Holgersson à dos d'oie sauvage. New York, Paris, Berlin,… Le Scandinave aux grosses lunettes et à la fine moustache pouvait enfin côtoyer les producteurs de renom et donner forme à ses idées les plus farfelues, genre ‘Michael Jackson meets Kings of Convenience meets Royksopp meets Cybotron’. Pas qu'Erlend soit un novice en la matière : avec Eirik, il avait déjà soumis leurs titres à la chirurgie électronique de Ladytron, Four Tet et Andy Votel (l'album de remixes, " Versus "). Mais cette fois-ci, Erlend est seul à la barre… Résultat des courses, " Unrest " est un album carte postale. Un témoignage des rencontres qu'il a effectuées lors des voyages accomplis au cours de ces deux dernières années à travers le monde : des artistes, des fans, des remixeurs, prêts à lui prêter main forte pour concrétiser ses rêves. Au finish, cela donne surtout des morceaux à résonance eighties, aux beats millésimés bien qu'un peu datés (" Prego Amore " et son rap old school mou du genou - Erlend n'est pas Grandmaster Flash -, " Ghost Trains " et ses nappes à la Moroder). Aux commandes de cette mise en sons : Morgan Geist (de Metro Area), Jolly Music, Prefuse 73, Schneider TM, etc. Bref, la crème de la scène électro planétaire, pour un melting-pot techno-folk-rap le plus souvent réussi (" The Athlete " et ses paroles en français, " Every Party… ", " A While Ago and Recently "). Quoi qu'on puisse penser de ce concept album, sorte de " Guide du Routard " au pays de la pop, une chose reste indiscutable : Erlend Oye, lui, n'y est pas un touriste...

Stinky Lou

Original demo

Écrit par

Stincky Lou & The Goon Mat

'The Crazy Blue Stuff is proud to present a Roots Blues and Boogie night with Stincky Lou & the Goon Mat!!!' Tout le Delta du Moyen Escaut en parle : du Juke Joint de Zak Janus au fameux Tanasse Pub de Molenbaix! Un duo français très coloré, venu nous faire la leçon : à l'avant-plan, Lou Laurent Goossens toise le public en pinçant la corde de son washtub. Ou de sa contre-bassine, si vous préférez. A l'arrière, Goon Mathias Dalle est manifestement ébahi par son partenaire. La corde rythmique emmène la slide pour aborder le classique "Rollin' & tumblin". Mat chante d'une voix paresseuse, traînarde, un rien graveleuse et poussiéreuse. L'inspiration n'est-elle pas vieille de plus de soixante années ? Et je pense tout particulièrement à ces fameux songsters qui écumaient les routes de tous les milieux ruraux du Sud américain. Mat entame le chant de l'un des plus beaux blues de l'histoire : la complainte du mauvais garçon. Une composition écrite par Eddie Taylor, le guitariste qui restait dans l'ombre de Jimmy Reed. La voix du Goon se fait plus autoritaire pour revêtir l'habit du teigneux de service. C'est le moment choisi par Alain Camus pour donner du groove au rythme, en nous plongeant dans le monde de la boogie music, celui de la "Boogie tonight". N'est-ce pas docteur ? Le guitariste croise une nouvelle fois le regard du Lou qui pue. Le son produit par les cordes est si baveux et tellement sale. Insatiable, Mat se met à hurler à la gloire du boogie. Intenable! Le Lou, lui, il s'en fout. Ses doigts saignent. Il martyrise le son : "I don't care". Mais oui, la contre-bassine déborde, n'autorisant que les cordes fatiguées de respirer à la manière de Lightnin' Hopkins, au cœur de Houston. Retour du côté de Clarksdale, non loin du fameux Carrefour où l'artiste rencontra le diable. Mat pince le dobro de ses longs doigts effilés. Lorsqu'il ferme les yeux, dont il ne peut retenir les larmes, l'intensité se mue en drame. Il reprend "Walkin' man", un fragment issu du répertoire du mythique Robert Johnson. Le silence plombe le duo! "Rock me babe", un des fleurons du Roi BB, marque un retour aux vibrations. Cette sombre nuit du blues et du boogie se termine aux accents du Delta. Les ombres de Sam Hopkins et d'un jeune John Lee Hooker fiévreux, se dessinent sur les murs poisseux, pour laisser Lou et le Goon Mat nous quitter l'âme déchirée. Les fantômes passent. La lumière revient. Nous sommes bien en 2003. Chapeaux bas, gentlemen!

 

Janez Detd.

Anti-Anthems

Après moult péripéties (vol de matériel, problèmes personnels, arrivée de deux nouveaux membres), les punk-rockeurs flamands de Janez Detd nous reviennent avec un troisième album détonant, marqué au fer rouge d'une rage et d'une obstination qui font plaisir à entendre. Au lieu de déposer les armes et de baisser pavillon face aux imprévus dont ils ont été les victimes ces deux dernières années, les quatre jeunots de Janez Detd ont décidé de faire table rase du passé et de repartir à zéro. Résultat : " Anti-Anthems " les place désormais aux côtés des meilleurs groupes internationaux de punk FM, d'Offspring à Rancid. " Raise Your Fist " en amuse-gueule fédérateur, c'est d'ailleurs à Blink 182 qu'on pense directement, pour cette capacité à mêler guitares abrasives et refrains jovials, une impression confirmée plus loin par les deux bombes que sont " Blame " et " Don't Forget ". D'autres tubes en puissance tels que " FM Invasion " et " Anti-Anthem " illustrent encore que ces deux années de galère n'ont pas entamé le talent du groupe, bien au contraire… Janez Detd n'hésite pas non plus à ralentir le tempo, s'essayant même par deux fois à la ballade (violons compris) avec " Falling " et " Tonight ", parfaites pour les petits skateurs qui veulent s'emballer leurs copines fans d'Avril Lavigne. Cerise sur le gâteau : une reprise survoltée du " Mala Vida " de la Mano Negra (après " Take On Me " sur le précédent album), sacrée preuve de bon goût et véritable appel à la fête et au pogo… Dont ces quatre gentils punks s'avèrent nos plus sympathiques ambassadeurs.

 

Further

Punk rock vampires

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Quatuor actif depuis maintenant près de 4 ans, Further nous vient de la plus grande île de notre belle planète bleue. Ce premier illustre plutôt une vie citadine que les didjeridoo des campagnes, le bruit des voitures que le sautillement des kangourous, Sonic Youth et Fugazi que Kylie Minogue. En administrant une bonne petite dose de noisy pop punkrock, l'ensemble sonne comme du déjà entendu. Mais nos lascars ne rechignent pas sur les litres de sueur ; ce qui rend, ma foi, cette plaque agréable. Mes préférences vont aux derniers titres (à eux trois, près de 20 minutes sur les 46...) où s'installe petit à petit une tension pour finir en apothéose par "Foreverdead", longue plainte de 12 minutes qui à mon sens rivalise avec les meilleurs morceaux de Mogwai ou de la scène shoegazer anglaise du début des années 90 (Swervedriver). Maintenant, quelles sont les prétentions du band ?

 

Dimmu Borgir

Death Cult Armageddon

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Le successeur du déjà énorme "Puritanical Euphoric Misanthropia" érige Dimmu Borgir en chef de file de la scène black metal. Concurrent direct de Cradle of Filth, l'élève a désormais largement dépassé le maître tant par la qualité de ses compositions qu'au niveau de la popularité. Dès la première écoute de cette nouvelle bombe de black symphonique, l'auditeur est immédiatement transporté par l'envergure du son et la puissance des orchestrations classiques. Elles rendent l'ensemble plus malsain encore qu'à l'accoutumée. Chaque parcelle de l'espace sonore est bien remplie, que ce soit par les claviers, les guitares, les violons ou les cuivres. Quant aux parties de batterie, elles sont à la fois complexes, écrasantes et dynamiques. La production résolument moderne et soignée et le superbe graphisme du digipack (NDR : en édition limitée !) sont deux bonnes raisons supplémentaires pour se procurer d'urgence cette plaque. D'autant plus que les référendums des magazines spécialisés vont, à coup sûr, le plébisciter parmi les albums de l'année. La qualité des compositions atteint son paroxysme lors des trop rares interventions de Vortex dont le chant clair illumine une oeuvre à la fois novatrice, sauvage, déjantée et grandiose. Un des sommets du black metal, sans aucun doute!