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Pleasant Grove

Auscultation Of The Heart

La country de Pleasant Grove sent bon le Midwest sauvage, là où Pat Garrett et Billy le Kid livraient un duel à mort, il y a trente ans, dans le film éponyme de Sam Peckinpah. Dans ce chef-d'œuvre justement, on retrouvait Bob Dylan en cow-boy mystérieux, scrutant l'action tel un ménestrel fantôme, chantant parfois, comme le fait ici Marcus Striplin. Billy le Kid, lui, était interprété par Kris Kristofferson, dont le " Me and Bobby McGee " est devenu presque aussi célèbre que les premiers albums de Dylan. Tout ça pour dire que " Auscultation Of The Heart " sonne comme un croisement fiévreux entre la BO dudit film et les compos racées de son acteur principal, avec parfois quelques pointes plus pop (" Only A Mountain ", entre un Pixies country et Grandaddy). Les pieds bien au plancher, Pleasant Grove nous gratifie donc d'une musique plaisante, entre légèreté et sophistication. Pas de quoi fouetter un chat en plein désert texan, certes, mais suffisamment bon pour titiller tout amateur d'" alternative country " digne de ce nom.

 

Robert Plant

Dreamland

Écrit par

Depuis le split du Led Zeppelin, consécutif au décès du drummer John Bonham, Robert Plant s'est évertué à multiplier les expérimentations dans le domaine du folk, du rythm'n blues, mais surtout de la world music. Avec pour conséquence une volée de bois vert émanant de la frange la plus conservatrice (NDR : qui a dit rétrograde ?) des métalleux. Avec le recul, il faut se rendre à l'évidence : Plant avait vu juste. Alors que la plupart de ses contemporains resservent la même soupe depuis plus de 20 ans, Robert a conservé ce goût du risque, au mépris du succès commercial. Pas qu'il ait délibérément craché dans la soupe. Mais parce qu'il a conservé ce souci d'innover. Même sa collaboration avec Jimmy Page a démontré ses limites discographiques. Pas scénique, il est vrai. Surtout lorsque le duo avait eu l'idée géniale d'effectuer une tournée en compagnie d'un orchestre symphonique et d'un ensemble folklorique égyptien. Bref, lorsque l'aventure a été de nouveau au rendez-vous. L'ex chanteur du dirigeable s'est attaqué, à travers " Dreamland " à pas moins de neuf reprises de psyché/blues/folk. Hormis la version décalée et orientaliste du " Hey Joe " de Jimi Hendrix et la fabuleuse adaptation du luxuriant " Song to the siren " de Tim Buckley, le reste est très peu connu du commun des mortels. A l'instar de l'autre cover écrite par Arthur Crudup, qui figurait également au répertoire de Jeff Buckley, l'atmosphérique et envoûtant " Win my train fare home ". Du " Funny in my mind " de Bukka White, embourbé dans les mêmes swamps louisianais que 16th Horsepower. De l'adaptation de " One more cup of coffee " de Bob Dylan, fragment dont la sensualité de feu et de souffre est dynamisée par une six cordes flamenco. Du luxuriant " Morning dew ", signé Tim Rose. Du funk blanc presque 'zeppelinien' " Last time I saw her ", de Gordon Lightfoot, et de l'anti-hymne bouleversant des Youngbloods, " Darkness, darkness " (NDR : une compo qui date de 69 !). Sans oublier le clin d'œil adressé au " Pinball Wizard " du Who, à travers le final " Skip's song " des Bottle Rockets. Quant au seul et véritable titre écrit par Plant (le blues spectral et slidé " Red dress "), il est de la même trempe. En fait, tout en s'immergeant dans la culture orientale, Plant exerce un contrôle mystérieux et efficace sur chaque adaptation. Grâce à sa voix qui a considérablement mûri. Et puis en s'appuyant sur un solide backing group, le Strange Sensation, au sein duquel on retrouve l'ex Cure Porl Thompson. Enfin à travers des expérimentations électroniques (NDR : y compris les arrangements orchestraux) qu'il mène avec beaucoup de feeling et d'à propos. En quelque sorte, il a repris son bâton de pèlerin, là où il l'avait laissé après " Fate of nations ". Du grand art !

 

The Plan

The Plan

Écrit par

A l'instar des Strokes et des White Stripes, ce quatuor suédois semble attiré par le garage/punk des sixties. Celui des Seeds et des Standells, en particulier. A cause des claviers poussiéreux, des riffs de guitare plaqués et puis du tempo enlevé. Et il le démontre sur plusieurs fragments de cet opus. Pourtant, The Plan me semble le plus efficace, lorsqu'il aborde les ballades rythmn' blues/soul. A l'instar de " Foggy days ", de " Let's leave " ou encore de " Daybreak ". Des fragments hantés par le spectre des Animals, mais interprétés avec la même intensité et la même douleur malsaine que chez Afghan Whigs. Seul hic, la voix du chanteur, un peu limite. Il n'a pas le timbre de Greg Dulli. Aussi, tant qu'il ne se met pas hurler, elle passe bien la rampe. Dans le cas contraire, elle écorche littéralement les oreilles. Paul Westerbeg, par exemple, n'a jamais eu une voix exceptionnelle, mais il est toujours parvenu à tirer parti de son timbre râpeux, enroué. Et justement, les Replacements ont plus que probablement eu une influence majeure chez The Plan. Il suffit d'ailleurs d'écouter " Slow fall " pour en être convaincu. Sur cet elpee, on a quand même droit à un exercice de style dans le jazz/punk (" Do something "), un fragment de folk jazz abordé dans l'esprit de Chris & Carla (" My thing "), une ballade hymnique à connotation celtique (" The days just glide in "), un morceau intimiste, indolent (" Skies above "), et puis un titre plus pop, qui pourrait être facilement traduit en single (" Fell a mile "). Si The Plan cherche encore sa voie (NDR/ sa voix ?), il est incontestable que lorsqu'il l'aura trouvée, il deviendra un des fleurons de la scène scandinave…

 

Plajia

Fetch

Écrit par

Plajia nous vient de la rive sud de Montreal, au Canada. Un projet monté par Patrick Pleau. Il compose, chante, joue de la guitare sèche et du piano. Pour enregistrer ce premier album, il a quand même reçu le concours de Bryan Ortiz à la basse, de Denis Charbonneau à la guitare électrique, de Jean-François Lefoll aux drums et percussions ainsi que de Philippe Leclecq-Gagné au violon. Il a également collaboré au mixing et à la mise en forme, en compagnie du producteur Jocelyn Poitras. La musique de Plajia est atmosphérique (NDR : pour ne pas dire cérébrale). Dans ses moments les plus planants, elle pourrait incarner le fruit d'une rencontre hypothétique entre un Godspeed You ! Black Emperor non violent et un Sigur Ros qui aurait délaissé ses archets (sauf celui du violon) au profit d'une texture sonore tramée entre instrumentation acoustique et traditionnelle. Une impression accentuée par le falsetto de Patrick, qui me fait plus penser à Jon Thor Birgisson qu'à Thom Yorke. D'autant plus qu'il y vocalise, plutôt que d'y chanter. Même sur " Artificial born killer ", le seul fragment chargé d'intensité électrique. Sous sa forme la plus conventionnelle, Plajia lorgne plutôt vers la britpop. Davantage celle d'Unbelievable Truth que de Radiohead. Encore une fois parce que l'instrumentation acoustique prend le pas sur les interventions plus électriques. Et puis à cause de la voix de Patrick, dont le timbre au naturel n'a plus rien de surnaturel. A l'instar du contagieux " Sleeping " et du reptilien " Fetch " (OK Computer ?). Et puis curieusement chez " Love song for everyone ", déchiré entre douceur et agitation, comme à la belle époque du postcard des Pastels. A suivre. Et de très près !

 

Pineapple Thief

137

Écrit par

Une question s'impose : pourquoi ce groupe, qui n'en est pas à son coup d'essai, souffre-t-il d'un si parfait anonymat? Pineapple Thief ballade sa pop nonchalante et optimiste tout au long d'un album aimable et savoureux. Dès la première plage, on pénètre un univers personnalisé mais accueillant. Chaque pièce en est une petite perle. La plupart des plages sont emmenées par la guitare sèche, mais intègrent des sonorités très variées, notamment grâce à des samples. Plusieurs pourraient faire des hits FM tant elles sont accrocheuses et facilement mémorisables ('Lay on the Tracks', 'Incubate', 'Preserve'). D'autres prennent bien le temps de se développer ('Kid Chameleon') ou enfilent une parure progressive à la faveur d'un break ('Doppler'). Mais hormis la plage titulaire, un peu plus torturée, et 'pvs', plus longuement développées, toutes imposent leur beauté sereine. On pense parfois furtivement à Oasis (sans la morgue) ou à Coldplay (en moins dépouillé). Mais le nom qui revient le plus souvent en tête est Porcupine Tree ('pvs'), encore que les figures de style soient ici bien moins systématiques, ce qui confère à l'ensemble une fluidité naturelle et une fraîcheur juvénile du plus bel effet. La voix de Bruce Soord, adolescente et sensuelle, colore les mélodies de teintes chaleureuses. Le seul petit reproche va à la production, qui manque de clarté. Ce qui n'empêche pas ce '137' d'être une belle réussite !

 

An Pierlé

Helium sunset

Écrit par

Elle est anversoise, vit à Gand, est bourrée de talent et rencontre un succès plus qu'appréciable en Flandre et aux Pays-Bas. Elle avait d'ailleurs réussi à vendre plus de 23.000 exemplaires de son premier elpee, " Mud stories ". Pourtant, elle chante dans la langue de Shakespeare, pas dans celle de Vondel. Ce qui devrait, par contre, lui permettre de mieux s'exporter. " Helium sunset " se démarque cependant de son premier opus. Si le piano est toujours bien présent (NDR : ce serait dommage qu'elle sacrifie totalement une virtuosité qu'elle a acquise en suivant les cours du Conservatoire), il n'est plus le seul maître à bord. Il compose ici avec des tas d'autres instruments (basse, batterie, claviers, guitares, etc.), mais aussi les bidouillages technologiques. Sans oublier les arrangements. Plus que probablement opérés par Karel De Bakker, le producteur de Zita Swoon, qui avait d'ailleurs déjà travaillé sur son premier opus. Balayée, l'image d'une Tori Amos belge, An navigue aujourd'hui dans son propre univers sonore. Un univers intimiste, tendre, sensuel, au sein duquel la voix tour à tour légère, grave, angélique, cristalline, diabolique ou éthérée épanche ses émotions ; des émotions entretenues par des lyrics à l'autobiographie oblique. En d'autres termes pas trop explicites… Produit par son ami et compagnon, Koen Gisen, " Helium sunset " recèle quelques hits potentiels (" Sorry ", " Nobody's fault " et " As sudden tears fall ") ; un fragment un peu plus expérimental, dont la structure initiale évoque Clover's Chloé avant de se désarticuler dans l'expérimentalisme le plus pur (" Sister "), un titre caché mi lo-fi, mi cabaret, un autre qui opère la fusion entre le postcard de James et la popcore de Kristin Hersh (" Sing song sally "), deux compositions spectrales, énigmatiques, légèrement psychédéliques (" Leave me there " et le très beau " Walk ", souligné par un accordéon abordé à la manière d'une Nico sur son harmonium) ; mais surtout des chansons aux mélodies simples et bouleversantes qui doivent plus à la folk song qu'à la country, à laquelle certains médias cherchent pourtant déjà à l'identifier. Superbe !

 

Piano Magic

Writers Without Homes

Son mariage unique de noisy feutrée, d'électro diserte et de cold-wave inquiétante ravira tous les oiseaux de nuit et les cinéphiles imaginaires. Son romantisme échevelé séduira les plus endurcis, calmera les plus endoloris. Ses voix aériennes, perdues dans les arpèges les plus sibyllins, achèveront de convaincre les plus anxieux. La musique de Piano Magic s'approche souvent du silence, mais ne tombe jamais dans les abîmes de l'oubli : une voix, un son, une note, une ambiance, chacun s'y accrochera, sûr de tenir là la vérité. Post-rock ambitieux parce que toujours à l'affût du moindre détail, le son magique de ce " Writers Without Homes " emplit le moindre recoin de notre pensée, détrône Mogwai et Low au tableau des musiques qui torturent et qui blessent. On ne sort pas indemne de cette aventure en cinémascope de rêve, le noir et blanc remplaçant la couleur et la bande son jouant de sacrés tours aux habitués des musiques THX… Pop nue mais pas 'nu'-, la musique de Piano Magic se révèle de la poésie pure, une cathédrale de sons fantômes et de rythmes éthérés, une oasis en plein désert rock où viennent se rafraîchir Tarwater (" Modern Jupiter "), Cocteau Twins (" Shot Through The Fog ") et le folk de Nick Drake (Vashti Bunyan sur " Crown Of The Lost "). Mais attention : cet album est loin d'être un mirage. C'est un miracle.

 

Tom Petty

The last DJ

Écrit par

J'ai beaucoup apprécié le thème de cet album. Enfin le concept développé sur les quatre premières chansons. Et en particulier le titre maître. Parce que Tom y narre l'histoire d'un vieux DJ qui est sur le point de perdre son job, parce qu'il refuse de se conformer aux directives imposées par des patrons, dont les objectifs commerciaux ne laissent plus aucune place à l'intégrité intellectuelle. " Joe " concluant cette diatribe, vilipende un " boss " de maison de disques plus soucieux de faire rentrer des royalties que de s'occuper de la créativité de ses artistes. Des attaques à peine voilées contre le néo-libéralisme (NDR : attaques que je partage amplement et sous toutes ses formes) qui est aujourd'hui occupé de détruire l'essence même de la scène musicale. Donc de la culture. Et si on n'y prend pas garde, demain il n'y aura plus que des moutons à tondre (pensez à 'star academy'), des chiens dressés pour les conduire, et des chasseurs de têtes engagés pour abattre tout ce qui oserait s'écarter du 'droit' ( ?!?!?!) chemin… Ah oui, et une poignée de tondeurs. A méditer ! Ouais, le seul problème c'est que nonobstant ses bonnes intentions, Petty crache quand même dans la soupe, puisque c'est quand même le système qui le paie grassement. Maintenant, venons-en à l'album. Le 14ème en vingt-six ans de carrière. Tom y confirme toute son admiration pour les trois 'B' : les Beatles, les Byrds et Bob Dylan. Avec des nuances, bien sûr ! A l'instar du semi kravitzien, semi floydien " When a kid goes bad ", de "Lost children", qui aurait pu naître d'une rencontre hypothétique entre Peter Green, époque Fleetwood Mac, et Atomic Rooster. Du jazzyfiant " The man who loves women ", composition esquissée en forme de clin d'œil à Ray Davies des Kinks. Et puis surtout du formidable final " Can't stop the sun ". S'ébrouant sur un ton beatlenesque, réminiscent d'" I me mine " des Fab Four, il glisse progressivement dans l'intensité sauvage du Paisley Underground. Avec giclées de guitares vivifiantes et claviers rognés (NDR : merci Benmont Tench. ). Pensez à Dream Syndicate et à Green On Red. Dommage que tout l'opus ne soit pas de cette veine. M'enfin les aficionados de Tom Petty vont adorer. C'est une certitude !

 

Pere Ubu

St Arkansas

Écrit par

Drivé par le poète et chanteur David Thomas, Pere Ubu a exercé une influence considérable sur l'évolution de la musique rock. Il s'est même posé comme détonateur du mouvement industriel qui a marqué les eighties. Pourtant, à l'origine (NDR : c'est à dire en 1975 !), la formation de Cleveland reconnaissait pour influences majeures Captain Beefheart, Frank Zappa et le Velvet Underground. Et était même née en pleine explosion punk yankee. Mais à contrario de la scène new-yorkaise, davantage contaminée par tout ce qui touchait à l'art, les groupes du Midwest ont évolué différemment. Les Brains, Pylon et bien sûr Pere Ubu ont développé une version spontanée, en apparence instinctive, de ce que les Américains ont appelé " la voix littéraire du sud ", afin de soulever les problèmes existentiels qui régnaient alors au cœur de la stagnation industrielle… Vingt-sept ans et 12 albums (NDR : 18 si on réunit tous les projets réalisés par les membres du band) plus tard, Pere Ubu continue de militer dans l'underground. Et " St Arkansas ", son nouvel opus, en est la plus belle démonstration. Un disque effrayant, fascinant, complexe, dont la sophistication kaléidoscopique reflète la maîtrise d'Ubu à agréger le cœur et l'âme, le corps et l'esprit. Metal du midwestern, groove viscéral, funk blanc, expérimentations insolites, blues rampant, garage punk, voodoo, percussions tribales, rock expressionniste, synthés analogues et autres ingrédients aussi alternatifs qu'inattendus se bousculent, se mêlent, puis se cristallisent pour former une expression sonore perturbatrice, sauvage, excitante mais incomparable. Une expression sonore pourtant domptée par le vocal frémissant et oblique de David Thomas. Rien ne résiste à Pere Ubu. Pas même le kasatchock des temps modernes " The fevered dream of Hernando Desoto ". On a même droit avec " Slow making daddy " à un titre contagieux, branché sur le même courant alternatif que le célèbre " Psycho killer " des Talking Heads " ! Tout un programme !

 

Pearl Jam

Riot act

Écrit par

Il faut reconnaître que Pearl Jam compose toujours les mêmes types de chansons. Mais, à quelques exceptions près, elles sont toujours de bonne facture. " Riot act ", septième plaque, ne déroge pas à la règle, confirmant ici de fort belle manière la reconquête mélodique du groupe entamée depuis " Yeld " et poursuivie par " Binaural ". Avec pour seule petite nuance, que ce nouvel opus nécessite une imprégnation plus profonde et plus lente, avant d'être apprécié à sa juste valeur. Vedder y humanise sa voix d'une façon nouvelle, perdant paradoxalement au passage son côté le plus caractéristique : la rage. Plus posé, le chant se démarque par son (relatif) apaisement, mais demeure suffisamment ample pour accrocher. Musicalement par contre, l'impression globale laisse perplexe. N'oublions pas que Pearl Jam est un groupe américain (moyen supérieur quand même) et que ses origines n'ont jamais été aussi palpables qu'aujourd'hui. Les titres rapides restent d'une redoutable efficacité ; par contre lorsque le tempo se ralentit, d'amers relents de " redneckisme " transparaissent : folk poussiéreux, solos ridicules et j'en passe. Les musiciens transpirent le gras(souillant), la musique s'efface, perd sa consistance et de sa substance. Malgré ce portrait somme toute mitigé, " Riot Act " conserve bizarrement un réel attrait. Mais où se situe donc la part de nostalgie ?

 

Richard John Parfitt

Highlights in slow motion

Écrit par

" Highlights in slow motion " constitue le premier album de Richard J. Parfitt, mieux connu pour avoir drivé, pendant quelques années 60 ft Dolls, une formation dont on n'avait plus eu de nouvelles depuis 1998. Faut croire que depuis, elle a splitté. Bref, venons-en à ce " Highlights in slow motion ". Un disque au cours duquel Richard passe du country rock au punk rock, en transitant par le psychédélisme, avec une facilité déconcertante. Seul dénominateur commun à cette œuvre, la voix de ce chanteur/compositeur/guitariste/pianiste. Elle possède un timbre tour à tour soul, âpre, velouté, falsetto, tendre ou fragile rappelant tantôt Bruce Springsteen, tantôt Van Morrison, lorsqu'il ne se conjugue pas aux harmonies 'byrdsiennes' (" Downtown "). Une voix qui confesse des lyrics intimes, douloureux, mélancoliques, à travers des chansons d'amour visionnaires, mais également des textes qui se penchent sur les questions de la sexualité et de la drogue. Et si la guitare acoustique est quasi omniprésente, Richard n'hésite pas à y inclure des cuivres (" What we talk about "), un violoncelle (" Summergliding ", " Morning star "), un harmonica (" Stone honey ") ou encore de l'électricité slide, reverb, incisive et même 'crazyhorsienne' (" Let love in "). Une bonne surprise !

 

Parallel Or 90 Degrees

More exotic ways to die

Écrit par

A l'instar de Porcupine Tree, P.or 90° propose une pop-prog sophistiqué intello et volontiers psychédélique. La démarche est toutefois moins séductrice, plus radicale, le groupe n'ayant renoncé ni aux riffs entêtants, ni aux longs développements, ni à cette liberté de ton qui sont le privilège des 'non-alignés'. Que l'on ne s'y trompe pas : ce CD est très bon, mais nécessite un effort de la part de l'auditeur : il faut l'apprivoiser. Il est plus rugueux et moins accessible que son prédécesseur, le superbe 'Unbranded'. Il aurait même un côté prétentieux s'il ne recelait cet habituel humour, qui génère ici un final en pied de nez, là une espièglerie textuelle. Et s'il est vrai qu'il est aussi plus sombre, ce qu'accentue le chant éraillé et plus agressif de Tillison, c'est pour mieux atteindre ce second degré annoncé dès le titre. Partiellement enregistré live, l'album souffre malheureusement d'une production un peu terne. Le meilleur est cependant pour la fin : 'Petroleum Addicts' arrive comme une éclaircie. Bien que contrastée, c'est la plage la plus lumineuse, la plus enjouée et la plus immédiate. Globalement ce disque reste quand même de bonne facture. Avec un cadeau prime à découvrir sur PC, dont l'intégrale du tout premier CD du groupe, datant de 89, et une séquence vidéo de 8 minutes.

 

Paraffine

22.22’

Écrit par

Je risque de ne pas figurer sur le site de Paraffine avec ce qui va suivre... Il est clair que la scène electro-rock-metal française a le vent en poupe depuis quelque temps. Encore que le soufflé tombe peu à peu. Ai-je tort ? Pourtant, chez certains l'engouement perdure ; et les forces volontaires et dévouées, mises en œuvre pour défendre la cause, respectables. Au final, le grand vainqueur reste la musique ; et, en quelque sorte, sa vocation sociale. Revenons à Paraffine. Actuellement, je ne vois pas ce que le groupe peut insuffler au mouvement pour lui redonner une seconde jeunesse. Ce qui ne le rend pas inutile et dénué d'intérêt. Glanant ci et là des infos sur le net, des confrères soulignaient la pertinence des samples et l'utilisation judicieuse de la composante électronique; la tonalité positive des lyrics et des prestations scéniques d'anthologie. Pour les samples et les paroles, je sors d'une otite, il me reste peut-être des crasses dans les oreilles. Pour le live, j'aurais peut-être l'opportunité de vérifier ça un jour. Si je n'ai pas une conjonctivite.

 

Paradise Lost

Symbol of Life

Écrit par

Après avoir bénéficié des faveurs de la grande EMI le temps de deux albums, Paradise Lost réintègre les rangs du circuit underground, retrouve ses valeurs, et accouche de sa meilleure plaque depuis "Draconian Times". Le nouveau né, bien emmitouflé dans un très confortable digipack, se porte à merveille et fait la joie de ses parents. "Symbol of life" est un recueil de technicité et de mélodies admirables baignant dans une ambiance sombre, noire et splendide, aux confins d'un gothic rock proche des derniers Tiamat et de la glorieuse époque heavy-doom de l'incontournable "Icon". Grâce à son metal hyper moderne mais fidèle à l'esprit du combo, l'oeuvre devrait sans nul doute replacer Paradise Lost à la place qu'il mérite, soit dans le trio de tête des groupes de hard rock anglais. Si bien qu'il redevient un concurrent sérieux pour des groupes dark et mélancoliques tels que Lacuna Coil ou Moonspell. Les singles "Isolation" et "Erased" effacent à eux seuls les erreurs commises dans le passé. La plage titulaire rivalise de beauté avec les plus grands standards du genre. Et l'excellent "Channel for" constitue le titre le plus violent et efficace écrit par le groupe depuis bien longtemps. Non seulement les riffs sont imbattables, c'est à dire accrocheurs dès la première écoute, mais les lignes de chant sont puissantes et mélodiques, sans être téléphonées, l'approche technologique éblouissante, et la production des plus dynamiques. "Symbol of life" est sans conteste un des albums de l'année et marque le retour d'un très grand groupe de metal goth, style dont il est le fondateur. Paradise Lost sera en tournée en 2003 avec Samael. Le choc des titans !

 

Q And Not U

Different Damage

Signé sur le label de Fugazi Dischord, Q ant not U dégage une énergie féroce mais jamais rosse, en un mot : EMO. Cousins proches des Texans At The Drive-In dont ils reprennent un peu le flambeau, ce groupe de Washington DC en impose autant par ses chansons que par son attitude. Enfin une bonne nouvelle du Pentagone : le (vrai) hardcore n'est pas mort.

 

The Quill

Voodoo Caravan

Écrit par

Du gros rouge qui tache! Des amplis à lampes! De la sueur et des riffs plombés! Des fumées aux odeurs illicites! Vous avez dit stoner? The Quill et son heavy façon seventies va botter les fesses des Fu Manchu, Cowboys and Aliens et autre Spiritual Beggars. Notons d'ailleurs les solos de Mike "Spiritual" Amott sur le titre "Shapes of Afterlite" et la participation du groupe à un album tribute à Trouble, initiateur bien malgré lui du mouvement stoner. The Quill décoiffe grave et se démarque du genre grâce à la fabuleuse voix d'un chanteur qui évoque Ray Gillen ou John Sykes, période Blue Murder ; tout en nous proposant un magnifique voyage dans un monde flower power où il fait bon rester. Comme à l'accoutumée dans le genre, les guitares sont très grasses, les tempos souvent lents, les drums sonnent comme à l'époque du Grand Funk Railroad et chaque titre constitue une véritable invitation au headbanging. Inconnu au bataillon, mais plus pour longtemps, les Quill nous viennent tout droit de Suède et comptent déjà trois albums à leur actif. Impitoyable, la deuxième plage de cette caravane voodoo justifie à elle seule l'achat de cette petite bombe aux parfums hallucinogènes. On en redemande!

 

Queens of the Stone Age

Songs For The Deaf

Certain qu'avec cet album, les QOTSA ont écrasé toute la concurrence rock de cette année : rythmiques du feu de dieu (Dave Grohl en guest-star), refrains incendiaires, mélodies en béton… " A Song For The Dead ", " Go With The Flow ", " No One Knows " : autant de tubes taillés dans le roc le plus dur, qui ne sombrent jamais, pourtant, dans le métal risible. Imparable.

 

Lester Quitzau

So here we are

Écrit par

Vivant du côté d'Edmonton, à Alberta très exactement, Lester Q est canadien. La slide guitar est sa spécialité. De quoi déjà plaire aux amateurs de blues ! Il est aujourd'hui aux commandes de son Very Electric Trio. Greg Johnston est à la basse, aux claviers et à accordéon, Lyle Molzan aux drums. Lester a aujourd'hui 27 ans. Il est né de père danois et de mère hollandaise!! Il a longtemps fait partie d'un groupe qui répondait au nom des Yard Dogs. En 1993, il a sorti un album intitulé "Keep on walking". Puis un second album, plus personnel et électrique en 96, "A big love". Pourtant Lester fréquente surtout les milieux ‘folk’. Ce qui l'a poussé à enregistrer en 2000, un album en compagnie de Bill Bourne, spécialiste en folk celtique, et du guitariste Madagascar Slim : "Tri/Continental". Double album, "Tri Continental Live" a vu le jour en février 2002.

"So here we are" s'ouvre par une version très électrique et un tantinet hard du "Rollin' & tumblin" de Muddy Waters. La section rythmique est en béton. La voix adaptée au style. La slide ronronne furieusement en produisant des montées en puissance très métalliques. Un important travail de production a été accompli tout au long des sessions d'enregistrement. Le son est très rempli, le dépouillement n'est pas ce monde. Le calme peut cependant faire partie de l'univers quitzalien. A l'instar du 'deltaesque' "Waiting", enrichi par la mise en forme d'effets amplifiés. "Honey Bee", autre classique de Muddy Waters, adopte un jeu assez technique de recherche sonore et de réverbération. Le reste de l'album relève de la plume de Lester. La trame musicale reste cependant semblable. Il opère un travail synthétique sur le son chez l'atmosphérique "Here we are". La voix est proche de celle de Jimi Hendrix. J'apprécie tout particulièrement "Release me", un blues lent, dépouillé, dégageant fièvre et menace. La guitare électrique est certainement inspirée par Billy Gibbons du ZZ Top. Au milieu du déluge émerge une chanson acoustique : "Broken heart. Une composition épicée d'un piano et d'un orgue discret ainsi que du violoncelle de Christine Hanson. "Devil's dues" est une composition assez complexe, à la sonorité originale. Elle peut rappeler El Fish de l'époque "Wisteria". La puissance de feu revient pour "Home on the range". La slide crache son venin. Un boogie dramatique rappelant une nouvelle fois ZZ Top! "Time takes time" est une somptueuse ballade, proche de la country music! L'album s'achève par "Heart & Soul", une complainte jazz funk, marquée par les percussions. Un étrange album aux saveurs inattendues...

 

Pierre Rapsat

Tous les rêves

Écrit par

Impossible de chroniquer cet album de Pierre Rapsat. Comment prendre du recul face à ce qui devait être un témoignage, un best-of, et devient un testament ? En avril 2001, quand il a enregistré ce double album en concert au Cirque Royal de Bruxelles, Rapsat se remettait d'un cancer. On sait maintenant que la rémission fut de courte durée. En 24 chansons, il retrace toute une carrière. Alors, forcément, on se dit qu'elle méritait une meilleure reconnaissance internationale ; que " Illusions " ou " Passagers de la nuit " ne devaient pas rester des tubes uniquement belges. J'ai redécouvert avec plaisir " Joan jouait aux dominos " dans une version très poignante. Mais, on ne m'enlèvera pas ma conviction que, ses plus belles mélodies, Rapsat les a écrites à la fin de sa vie. Je songe à " Ensemble " (qui en fait le Goldman du Parti socialiste wallon) et, plus encore, à " Tous les rêves sont en nous ". Les amateurs noteront encore la présence, en fin d'album, d'un petit extra sous la forme d'un duo avec Lio pour " Rien qu'une chanson ".

 

Rajna

The Door of Serenity

Écrit par

Moins 'Prog' qu'alternatif, Rajna mérite le détour. Ce duo français propose une musique d'inspiration ethnique orientale, intégrant une foule d'instruments traditionnels. Les rôles sont parfaitement répartis entre Jeanne et Fabrice : elle chante ; lui joue de tous les instruments, dont le tambour à eau, les flûtes de bambou, tablas, balalaïka, dulcimer, cloches birmanes et autres harpes. Et le résultat est vraiment très réussi. Pour les repères, on pourrait évoquer un Dead Can Dance débarrassé de sa sinistrose, donc de sa facette gothique. Rajna est parfois mélancolique, mais respire avant tout la fraîcheur et la sérénité (en parfait accord avec le titre). Jeanne ne s'essaie pas aux performances vocales époustouflantes parfois offertes par DCD, mais n'en est pas moins une chanteuse sensuelle et délicate, attachante tant dans ses chuchotements que dans ses vocalises parfois éthérées. Les plages sont certes répétitives, mais jamais lassantes. Au contraire, l'envoûtement est garanti ! Et Rajna ménage certaines 'respirations' très planantes (« Into the Dream »). Si le dépaysement et les savoureuses découvertes vous tentent, surtout ne manquez pas cette 'Porte de la Sérénité' !

 

Radio 4

Gotham !

" Dance To The Underground " constitue le nouvel anthem punk funk de cette fin d'année ; alors que 2002 aura vu renaître le rock'n'roll le plus coriace, des turbulents Libertines aux nébuleux Interpol. Allô New York, ici Radio 4, hommage non feint à John Lyndon et à son rock trempé dans le dub, période " Metal Box " de Pil. A l'instar du 12e morceau, justement intitulé " Radio 4 ". Tout un programme ! 1979. 23 ans déjà. Et pourtant le gang de la Grosse Pomme évite de trop recycler les poncifs du post-punk. Nous sommes bien au XXIe siècle. L'électro s'est immiscée sournoisement dans tous les genres, pour accoucher de ce monstre hybride qui donne le tournis, entre guitares qui fusent et grosses basses (beats) qui martèlent. Punk funk, donc. Liars, The Rapture, Out Hud, LCD Soundsystem, Radio 4 : aux manettes, le plus souvent, un duo de producteurs aux mains habiles, James Murphy et Tim Goldsworthy, Alias DFA. Godamn ! Ces gars-là savent y faire. Violence et dance. Dans le collimateur de cette double paire d'oreilles affolées (et affûtées) : Gang of Four, This Heat et 23 Skidoo, les nouveaux parrains d'une scène affriolante qui ose les croisements incertains, les alliances incestueuses. À l'heure où l'Amérique part en croisade contre le monde, des groupes de la trempe de Radio 4 persistent et signent : " Dance To The Underground ", clament-ils à Bush et Giulani, pour que plus jamais ne soient interdites les parties de jambes en l'air (" Certain Tragedy ", " New Disco " : de la bombe !) dans les clubs de New York et d'ailleurs. " Vous chantiez ! J'en suis fort aise ! Eh bien dansez maintenant ! ", pourrait-on s'entendre dire de politiciens rabat-joie et pisse-froid, sclérosés par l'arthrite. Eh bien oui mes amis, mieux vaut être cigale que fourmi ! Et ça, Radio 4 l'a bien compris.