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La vérité selon RORI

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Moby

Play

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Ce genre de disque arrive, disons...une fois par décennie. Ou alors une fois par genre musical. Non ! Il crée le genre. Dorénavant, " Play " devra être considéré comme référence. Tout ce qui suivra ne sera que resucée. Moby est devenu très riche avec cette plaque, sortie depuis déjà un an. Et il le mérite. Très bon de bout en bout, " Play " représente le parfait exemple d'une réussite commerciale et d'une qualité de composition irréprochable. Album où chaque titre est un hit en puissance, " Play " ne lassera pas de sitôt, car il ne recèle pas immédiatement toutes ses richesses. Les singles ne sont qu'un avant-goût du reste de l'album où Moby mélange allégrement le rock, la techno, la soul et le rap. On connaissait notre cher végétarien comme un touche à tout insatiable. Aujourd'hui les supermarchés musicaux ressortent l'album sorti il y a 2/3 ans (" I like to score "). Le grand public risque d'être désorienté en découvrant ses précédents travaux, mais qu'importe ! Il a malgré tout participé en masse à la création d'un repère musical. " Play " est déjà un classique.

Miossec

Le côté p tite teigne qui ressort...

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Il écoute Asian Dub Foundation, les productions de labels comme Wall Of Sound et Cup Of Tea, et il attend impatiemment la sortie du nouveau dEUS. Il n'avait pas prévu de devenir chanteur et semble aujourd'hui se méfier du succès qui pourrait le guetter. Pas facile à prendre, le Miossec!

Intituler son album ‘A Prendre’ ouvre la porte à toutes les interprétations imaginables. Apprendre, à prendre... ou à laisser, allez savoir. Christophe Miossec ne se tracasse pas. Et s'il s'est quelque peu calmé (ou du moins, il essaie) côté excès, il continue à pratiquer son art avec cette conception qui n'appartient presque qu'à lui : « Je n'ai pas de message personnel à délivrer, autrement je ne ferais pas de musique, quoi. Je ne prends pas les choses comme ça en fait. Je fais un disque et puis voilà... C'est un peu ‘advienne que pourra’. Mais je n'attends pas de questions précises, et je n'ai pas non plus de réponses précises à fournir. Ce que je veux dire, c'est que je comprends complètement quelqu'un qui n'aime pas le disque ; je peux me retrouver en accord avec lui, et ça ne me pose pas de souci majeur. Et vice-versa. » N'empêche, les albums du Breton, trois à ce jour, n'ont jamais suscité l'indifférence. Après ‘Boire’ et ‘Baiser’, certains espéraient même le voir toucher un auditoire plus large. « Il y a quand même un truc marrant dans ce que j'ai pu lire, c'est que des gens ont été étonnés que je ne fasse pas le grand saut. Quelque chose de plus populaire. Que je devienne une usine à tubes. Mais je sais que c'est complètement à côté de la plaque, parce que ce n'est pas du tout dans ma façon de fonctionner, de faire de la musique. Ce qui est vraiment drôle, c'est de voir que ces réactions sont même issues de journaux indépendants ou dits comme tels. C'est tout de même marrant de lire des journalistes spécialisés qui te reprochent pratiquement de ne pas faire des tubes... »

Miossec ne fait pourtant pas la fine bouche sur les quelques 140.000 exemplaires écoulés du précédent ‘Baiser’. D'autant, explique-t-il, que dans sa logique de départ, il pensait en vendre 5 ou 6.000 et jouer partout en Bretagne. « Si ce miracle pouvait en rester là, éviter le gigantisme, ce ne serait pas plus mal pourtant. » Au-delà, ce serait une erreur car il avoue ne rien faire pour que ça décolle. « C'est bizarre parce qu'au départ, j'étais musicien. J'avais un 8-pistes et je bricolais tout moi-même. Comme j'étais tout seul, il a fallu chanter. Et puis après écrire mes paroles. Mais à l'origine, mon truc, c'était de faire de la musique, pas du tout devenir chanteur. Enfin, si je m'écoute, ce n'est pas le genre de voix dont on se dit : ‘Tiens, elle est magnifique, je vais devenir chanteur.’ » Ce qui séduit, ce serait donc plus le style que l'organe. Un style dépouillé, une écriture qui pourrait être crue s'il n'y avait le démenti de l'auteur : « Pas pour moi, non. Normale. Enfin, ce qui devrait être normal. J'ai l'impression d'écrire mes textes naturellement, et puis c'est mon truc. J'ai le sentiment d'être honnête dans ce que je raconte. Je ne crois pas être à côté de la plaque. Les choses trop calibrées, je ne m'y retrouve pas du tout. Ce qui fait que je n'écoute pas beaucoup de chanson française en fait. »

En une période qui semble propice à cette ‘nouvelle chanson française’ (notez les guillemets), le succès ou l'intérêt pour les uns poussant les firmes de disques à en signer d'autres, Miossec fait parfois figure d'ouvreur de portes. Encore que cette étiquette le laisse quelque peu sceptique : « Je crois que cela devient aussi une facilité. Je suis loin d'être fan de tout ce qui sort dans le genre. Il y a beaucoup d’imposture intellectuelle dans toute cette... Enfin, je ne balancerai pas de noms pour m'éviter les emmerdes, mais j'ai un peu l'impression que cette situation pourrait vite devenir une tarte à la crème. Je me sens aussi proche de Sloy ou de Noir Désir, pour d'autres raisons. Humainement, même avec Zebda, on s'entend bien. Les Roadrunners aussi. Comme on fait partie de groupes qui tournent beaucoup, il y a des amitiés qui se créent. Ce n'est pas du tout une affaire de sensiblerie à la française, c'est plutôt une histoire d'attitude. L'autre jour, un journaliste qui est dans la techno m'a dit qu'après deux jours de rave, il écoute Miossec parce que ça lui fait du bien. Ça me fait plaisir. Je préfère cette réaction à un mec qui étudie Jean Ferrat. »

Ce que le Breton préfère par-dessus tout, on s'en doute, c'est la scène. Une scène qu'il n'a pratiquement jamais quittée depuis le premier album, notamment parce qu'il a débarqué fort tard dans le milieu. C'est du moins ainsi qu'il l'explique. « Et c'est surtout le fait d'avoir auparavant vécu autre chose dans ta vie. Et puis là, tu te retrouves dans un fourgon rempli de fous furieux! Je n'ai pas arrêté de rouler, c'est formidable. Enfin, c'est autant la vie de fous que les concerts eux-mêmes. Je sais que je n'arrive pas du tout à être calme et serein sur scène. C'est aussi dû au fait que j'ai vachement le trac avant, donc la tension se transforme en violence. Enfin c'est un truc assez bizarre... » Voilà qui ne risque pas non plus de s'arranger au fil de temps. Du moins, Miossec ne le croit pas : « Je ne pense pas qu'un jour je me dirai : ‘Tiens c'est normal, je monte sur scène, y'a du monde dans la salle’. Par contre, je pourrais prendre du plaisir. Ça, c'est énorme. C'est plutôt du plaisir chimique... Mais ça peut être horrible; sortir d'un très mauvais concert, ça te fout le moral en l'air. Si on peut se fendre la gueule, c'est bien. Mais je ne pense pas que j'arriverai à être cool, serein sur scène... J'ai un côté 'tite teigne qui ressort… »

Interview parue dans le n° 73 (mai 99) du magazine Mofo

 

Dream City Film Club

Un éloge de la joie dans la mort?

Écrit par

Michaël John Sheehy, Andrew Park et Laurence Ash sont des personnages à la fois ouverts, cultivés et intarissables. Ils viennent, en outre, de sortir leur deuxième album, " In the cold light of morning ". Un disque fort intéressant, dont l'éclectisme peut pourtant se révéler dérangeant. Dream City Film Club ? C'était également le nom d'un cinéma pornographique de Londres, qui a brûlé, voici déjà quelques années. Mais pourquoi avoir opté pour un nom pareil ?

Michaël : Ce n'était pas à Soho, mais à Smithfield, dans le vieux Londres, près de Saint Paul et de la London City des banques. Une ancienne halle aux viandes de l'époque Henry II et de l'église St Bartholomé qui abritait un cinéma et un club porno, exclusivement réservés aux hommes. Probablement un truc gay. Il a été incendié par un type qui s'était fait jeter dehors. Et pour se venger, il est revenu balancer un cocktail Molotov sur l'immeuble. Tout a cramé, et personne n'a pu échapper au brasier… pas même ceux qui ont essayé d'éteindre les flammes… la queue en main… Cette tragédie a inspiré le choix du nom de notre groupe. D'abord, parce qu'en exerçant une sorte de fascination X, il collait bien aux chansons de notre premier album. Ensuite, parce que notre musique épouse un profil cinématographique qui pourrait convenir à la musique d'un film. Enfin, parce que Dream City Film Club est un enchaînement de mots, qui dans notre esprit, définissait le mieux la nature du groupe : les rêves, la ville, les films et les clubs.

Andrew : As-tu déjà entendu parler de l'écrivain Italo Calvino. Tu lui ressembles (NDR : ah bon !). Il est l'auteur des " Villes invisibles " (NDR : un bouquin publié en en 1972). Dream City Film Club compose des nouvelles assez brèves, qu'il aurait pu écrire

Le booklet de notre nouvel album est illustré par des photographies d'animaux morts, probablement empaillés. Y a-t-il un message symbolique derrière ces images ?

M. : Oui, celle des dinosaures du rock'n roll dont le regard mélancolique est resté figé… Le lapin, le chevreau ou le vison ont tous la même expression dans le faciès… Comme si c'était des natures mortes. Et nous pensons qu'elles sont belles.

Lawrence : C'est un peu comme s'il elles avaient rencontré la béatitude. Une célébration, une fête, un éloge de la joie dans la mort…

Le line up du combo me semble un peu élastique. Vous étiez quatre à vos débuts, trois lors de l'enregistrement d' " In the cold light of morning ", et de nouveau quatre pour accomplir cette tournée. Y a-t-il une explication à cette géométrie variable ?

A. : A l'origine, nous étions quatre, dont un deuxième guitariste. Mais il n'était pas très bon, et nous l'avons remercié. Bien que nous ayons fait appel à un violoniste, un saxophoniste et aussi à des choristes, le deuxième album de Dream City Film est à mettre au crédit du trio. Et l'excellent soliste que tu as pu voir ce soir est un musicien de studio que nous avons choisi pour accomplir cette tournée…

Votre nouvel opus est partagé entre compositions métalliques, presque punk, dans l'esprit de l'urban rock du Detroit de la fin des sixties, une ligne de conduite que vous semblez d'ailleurs privilégier " live ", et d'autres beaucoup plus atmosphériques, comme hantées par la musique country. Pourquoi une telle variété de styles pour un seul groupe ?

M. : Ces formations qui coulent invariablement leurs chansons dans un même moule à la con, me font chier. Tout comme les médias britanniques qui n'accordent pas aux groupes le droit de changer de style. Parvenir à élargir ton champ de vision, en te montrant plus éclectique, c'est quand même plus excitant, non ?

A. : Il est exact qu'on se reconnaît dans le son de Detroit. Mais ce n'est pas restrictif. Disons avec du noir et blanc dans les cheveux, qu'on secoue… (rires)

Le NME déclarait récemment que les comparaisons établies entre le DCFC et Joy Division ou Nick Cave étaient évidentes, mais pas nécessaires. Que pensez-vous de cette réflexion ?

M. : Je connais très mal Joy Division. J'ai peut-être eu l'occasion d'entendre deux ou trois de leurs chansons. Mais je ne vois vraiment pas ce qui nous rapproche de ce groupe. Par contre Nick Cave a certainement eu, quelque part, une influence sur notre musique. Il a puisé au sein de styles différents, et notamment dans la country, le gospel, le blues et le jazz, pour créer quelque chose de personnel, et surtout susceptible d'évoluer. Nous partageons cette manière de voir les choses. Iggy Pop est également quelqu'un d'important pour nous, parce que c'est un blanc qui s'est toujours exprimé à travers une musique noire. Enfin presque. Il est plus agréable d'être comparé à des artistes de cette trempe, plutôt qu'à Stereophonics, ou des groupes de cet acabit. Chez DCFC, nous voulons aller au delà de cette dimension, en y apportant notre touche personnelle. Nous avons choisi un style. Une façon de véhiculer ce style. Une façon de le concevoir. Et une manière de l'exprimer. Propre à nous trois. Parce que nous sommes nous-mêmes.

En écrivant " Stooge ", vous vouliez donc rendre un hommage à Iggy Pop, lorsqu'il était encore flanqué des frères Asheton ?

M. : Oui, c'est exact. Mais aussi parce que nous avions envie de prendre notre pied, en studio. Malheureusement, cet épisode a déclenché un flot de critiques. En fait, on nous a reproché de vouloir piller le passé d'Iggy Pop. N'importe quoi ! Nous l'avons fait pour le fun. Alors, je n'arrive pas à comprendre pourquoi on a fait un plat de toute cette affaire ?

A. : D'autant plus que d'autres avaient déjà opéré le même exercice dans le passé. Mais parce que c'était DCFC, ce n'était pas bien. Ces réactions nous ont vraiment foutu les boules…

Les rythmes tribaux d'Iggy et de ses Stooges, doivent vous toucher au plus profond de vous même, et en particulier Laurence, le drummer ?

L. : Ouais ! Notre musique flaire le sexe. La baise, quoi. En fait, copuler est un des instincts basiques de l'être humain. C'est pour cela que notre musique recèle des aspects tribaux. Elle te prend en dessous de la ceinture. Notre musique est à la fois une affaire de cul et de cœur. Et de tout ce qui se trame entre les deux. N'importe quel bon musicien ou bon artiste est déchiré par ce combat perpétuel entre le haut et le bas (NDR : traduction littéraire : entre le corps et l'esprit). Et la façon dont il l'exprime. C'est cet esprit que nous essayons de préserver. Celui qui nie cette évidence contribue à l'extinction de la race humaine. Or nous voulons qu'elle survive…

A. : Et ce n'est pas l'apogée des ordinateurs qui y changera quelque chose. Car, un jour, ils seront dépassés, à leur tour. Mieux, ils péricliteront. Tant qu'à faire, il vaut mieux empoigner une gratte sèche, s'asseoir derrière des drums et dénicher l'un ou l'autre instrument acoustique, quitte à jouer 'à l'arraché'…

L. : Nous n'avons recours aux amplis que par nécessité…

M. : Il y a des gens qui pensent que l'électronique a une âme. Nous pas. Il n'y a rien d'humain dans une machine. Ce qui ne veut pas dire que nous n'y avons pas recours. Mais avec circonspection. En fait, lorsqu'un effet technologique ne contient pas suffisamment d'âme, nous l'éliminons. Nous sommes des gens qui privilégions l'émotion. Il y a des groupes qui peuvent compter sur de très bons musiciens, mais qui travaillent en pure perte. Lorsqu'on monte sur scène, c'est pour faire passer quelque chose, un feeling au public. Je crois qu'il est surtout important de rencontrer les bonnes sensations. C'est à quoi nous voulons arriver. Avec ce deuxième album, nous sommes parvenus à atteindre de nouvelles émotions, une certaine grandeur d'âme, alors que sur le premier opus, on n'était nulle part. Et c'est en reconstruisant sur notre merde qu'on est parvenu à un résultat…

Lorsque vous avez écrit " Billy chic ", vous vouliez faire une ode à la cocaïne ?

M. : Non, pas du tout. La cocaïne n'est pas une drogue créative. Elle permet simplement aux mecs d'avoir l'illusion d'être Dieu, lorsqu'ils sont sur scène. Ce n'est pas du tout un produit que j'ai envie d'essayer. Parce que si j'atteins un jour la spiritualité ultime, ce ne sera pas avec de la came. En fait, celui qui en prend n'est pas bien dans sa peau. N'a guère confiance en lui. Estime qu'il est piètre chanteur ou mauvais musicien. J'ai un bien meilleur opinion de moi-même. Ce qui explique pourquoi je pense pouvoir arriver à cet état d'élévation de l'âme, sans avoir recours à ces artifices. " Billy chic " n'a rien à voir avec un quelconque éloge de la drogue, et de la cocaïne, en particulier. Il s'agit en fait, d'un état des lieux des médias en Angleterre. La cocaïne, est un voyage très onéreux destiné à te réduire à l'état d'épave. C'est de la merde, de toutes façons. Et une épave est incapable de créer, tombe dans la dèche, n'est plus qu'un pauvre type sans talent, dont on a même oublié l'existence. Et cela, c'est la pire des choses qui pourraient m'arriver.

Qu'est ce qui est gothique chez Dream City Film Club ?

A. : Rien ! Et si tu penses que nous sommes gothiques, alors on va se chamailler !

M. : Ce matin, nous nous sommes réveillés à Gand. Une ville dont l'architecture est gothique. Leurs architectes bâtisseurs étaient gothiques. Les artistes des années 80, qui jouaient du phaser, en ajoutant un peu de reverb derrière, n'avaient rien de gothique. Nous ne croyons que dans le gothique d'il y a 800 ans. Donc, quand tu me parles de gothique, c'est à cet art que je pense…

Pourtant, DCFC a une tendance à explorer la face la plus sombre, la plus pessimiste de la nature humaine ?

M. : Oui, mais c'était dans le passé ; et en particulier sur le premier album. Notre volonté est de se débarrasser le plus rapidement possible de cette image ténébreuse. En fait, il est plus facile d'écrire au sujet de choses tristes. C'est comme un trou noir qui vous aspire. Notre prochain album sera plus éthéré, davantage enclin à une forme d'élévation de l'âme…

Vous préférez sans doute troquer cette image noire contre de l'humour noir, je suppose ?

M. : Evidemment, parce que les gens prennent tout trop au sérieux. Ils sont horrifiés par ce qu'on raconte, car ils prennent tout au premier degré. Et cette situation nous amuse…

Merci à Vincent Devos.

(Version originale de l'interview parue dans le n° 73 - mai 1999 - de Mofo)

Luna

Le jour et la nuit

Écrit par

Mercury Rev, House Of Love... les références évoquées par "The Days Of Our Nights", le nouvel album des Américains, sont toutes de cette veine doucement mélancolique où les chansons trahissent une émotion à fleur de peau... Malgré cette cinquième plaque fort réussie, le groupe mené par Dean Wareham, l'ex-Galaxie 500, vient néanmoins de se faire jeter par sa firme de disques aux States. Une injustice qu'évoque, entre autres, le guitariste Sean Eden.

Ce nouvel album, produit par Paul Kimble (Grant Lee Buffalo), fait une fois encore la part belle aux guitares et aux textures musicales ; tu les travailles beaucoup au préalable?

Certaines d'entre elles en tout cas. Aux sons les plus bizarres et les plus complexes auxquels nous voulons arriver, nous consacrons bien sûr un peu plus de temps. Pendant l'enregistrement, je me retrouve parfois avec une vingtaine d'effets différents à traiter ; c'est plutôt long et parfois même, je n'arrive pas au résultat escompté, mais ce que j'obtiens est intéressant aussi. Evidemment, nos albums ne sont pas de ceux qui accrochent dès les premières secondes, surtout le dernier ; ils nécessitent quelques écoutes répétées.

Est-ce qu'un guitariste peut avoir les mêmes sources d'inspiration qu'un auteur ?

Je suis en général plutôt impulsif. C'est de la musique du groupe que je m'inspire le plus souvent, jamais des textes. Tout dépend de ce qui m'entoure. Quand je suis dans ma chambre à travailler sur une idée, je tombe parfois sur une ligne dont je deviens... amoureux, et je la développe. Mais ce travail reste instinctif, ce n'est jamais étudié ou préparé. Quand je fais des prises, je garde toujours celle qui m'inspire le plus. En studio, je travaille de la même manière, que je joue un solo ou un rythme basique. On sent tout de suite ce qu'on aime le mieux, sans y penser vraiment, instinctivement. C'est le plus important à mes yeux : une fois sur bande, on entend tout de suite dans quel état d'esprit le morceau a été joué, même s'il ne s'agit que de deux notes. Certains guitaristes sont trop réfléchis, je trouve, et ça s'entend aussi.

A quel genre d'activité peut-on dès lors se livrer en écoutant ce disque? Quelque chose d'impulsif également?

Peut-être (rires). Une chose est certaine : ce n'est pas un album de rock. Nous ne sommes plus rock que sur scène. C'est un disque à écouter en nocturne, éventuellement dans un état second, qui a du sex-appeal aussi. Il ne faut pas forcément l'écouter en faisant l'amour... Disons qu'il circule dans une certaine veine romantique...

Vous être romantiques?

Non, enfin d'une certaine manière... Je ne sais pas. Je crois que nous sommes surtout cyniques. Et romantiques d'une certaine manière? Qui sait? D'une manière compliquée, parce que la vie est compliquée (rires).

Pourquoi tant de différence chez vous entre le disque et la scène?

D'une certaine façon, c'est naturel : les choses ont toujours tendance à être un peu plus brutes et énergiques sur scène. Je crois que c'est autant dû au groupe lui-même qu'aux gens qui l'entourent. Je me suis parfois dit que les chansons que nous avons enregistrées auraient pu être plus agressives, mais quand nous sommes en studio, nous avons une sorte de tendance naturelle à être plus profonds, plus... propres. Il y a tellement d'occasions en studio de se lancer sur des pistes très différentes, d'en faire toujours plus, parfois trop... Nous sommes différents selon les circonstances, ce qui est appréciable, du moins à mon avis.

Vous avez opté pour un producteur pas forcément réputé... mais vous en êtes manifestement contents!

L'enregistrement s'est effectivement très, très bien passé. Même parfois trop bien, dirais-je. Paul Kimble est un type qui ne traîne pas en route. Avec lui, pas la peine de multiplier les prises. Avec moi qui suis probablement le plus perfectionniste du groupe, ça aurait pu se passer nettement plus mal. J'ai juste été frustré de ne pas pouvoir accorder une ou deux heures de plus à l'une ou l'autre chanson...

Au rayon des comparaisons entre Luna et d'autres groupes, on cite parfois Mercury Rev...

Ce sont des amis à nous. Nous avons tourné ensemble, mais nous sommes différents. Ils sont plus psychédéliques que nous ; sauf peut-être sur "Deserter's Song", que je trouve plus romantiquement grandiose, avec plus de claviers et de cordes. Ceci dit, c'est un excellent disque...

Pourquoi cette étonnante cover de Guns N'Roses sur "The Days Of Our Nights"?

A l'origine, elle ne devait être qu'une face B. Puis, Elektra, notre firme de disques aux States, nous a demandé de l'inclure sur cet album. Et ensuite, ils nous ont virés (rires)... L'actuel président a dû décréter qu'il avait fait assez de fric sur notre dos et qu'il était temps pour lui de redevenir un peu plus conservateur! C'est un peu le cas chez toutes les majors, pour l’instant, du moins aux Etats-Unis. Bref, cette cover était au départ une petite plaisanterie faite en répétition. A force, on s'est mis à l'aimer.

Des commentaires de la part d'Axl Rose?

Je ne connais pas ce type, à mon avis, il doit être con... Je ne pense pas que Guns N'Roses soit un grand groupe, mais c'est une bonne chanson. Je ne suis même pas sûr qu'il soit au courant que nous l'ayons reprise...

Et cette chanson, plus ancienne, que vous avez intitulée "23 Minutes In Brussels", elle parle de quoi?

Elle fait référence à un disque de Suicide qui s'intitulait "14 Minutes In..." quelque chose... Je crois qu'à l'époque, ils avaient dû se faire jeter d'une scène à Bruxelles... C'est un peu vague comme réponse, désolé de ne pas pouvoir être plus précis!

 (Article paru dans le n° 73 du magazine Mofo de mai 1999)

Paradise Lost

Host (b)

Fondé en 1988, ce quintette d’Halifax, dans l’ouest du Yorkshire, en est déjà à son septième album. Pour Paradise Lost, les eighties constituent la décennie la plus riche en création musicale. Ils étaient pourtant trop jeunes pour vivre cette époque ; mais lorsqu’ils l’ont découverte, ils en ont fait leur credo. Pas étonnant, dès lors, que leur expression sonore soit aussi sombre et mélancolique. Puisant tour à tour chez Depeche Mode, Bauhaus, Cure, Tubeway Army, Human League, New Order et consorts, l’essentiel de leur inspiration. Et lorsqu’on sait que la voix de Nick Holmes campe un hybride entre celle de Dave Gahan et de Peter Murphy, on imagine facilement la sensibilité cold wave qui règne tout au long de cet opus. Un disque qui n’apporte rien de neuf, il est vrai, mais qui est tellement soigné et raffiné par la production de Steve Lyon (The Creatures, The Cure), qu’il devrait plaire à toute la génération du " Paradise lost "…

 

Paradise Lost

Host (a)

Écrit par

Cette fois, il n’y a plus l’ombre d’un doute. L’ex-figure de proue du métal extrême anglais a pris la tangente. Paradise Lost avait pourtant ouvert la porte, au beau milieu des années 90, à la vague métal gothique. Et ses plus dignes représentants (Tiamat, Theatre of Tragedy, Moonspell…) seraient encore réduits aujourd’hui à animer des fêtes dans les maisons de jeunes locales, si le groupe de Nick Holmes n’avait sorti le sublime " Icon " en 1994. Mais nonobstant son passé glorieux, Paradise Lost a décidé de remiser les guitares en arrière plan, pour donner le pouvoir aux machines. Gothique, électronique, parfois new wave, chanté et non hurlé, " Host " est chargé de refrains de toute beauté et sonne plus Depeche Mode que l’album " Ultra ", dernière tentative studio du groupe de Martin Gore. Il a fallu un certain courage au combo pour se couper brutalement de la frange la plus sectaire de ses fans, prenant le risque d’affronter un nouveau public qui ignore probablement tout de son passé death metal. De toute beauté, mais pas franchement heavy !

 

Idlewild

Une combinaison à quatre secrets...

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Après avoir lu tout ce qu'on a pu raconter sur ses prestations scéniques, il était assez facile d'imaginer que ce quatuor écossais cultivait une image de groupe punk pur et dur. Dans l'esprit de Manic Street Preachers circa " Generation terrorists ". Après avoir écouté leur deuxième album, " Hope is important ", et surtout rencontré le guitariste, Rod Jones, puis le chanteur lyriciste, Roddy Wooble, il a fallu revoir, ce qui n'était finalement qu'une accumulation de préjugés. Rod et Roddy, pourtant méchamment grippés, se sont d'ailleurs relayés pour chasser de notre esprit, tout ce qui aurait pu encore nous permettre d'en douter…

Idlewild symbolise-t-il, quelque part, le futur du punk ?

Rod : Je ne pense pas que nous soyons un groupe punk. Mais plutôt pop. Noisy pop, pour être pus précis. Enfin, pour l'instant. Parce que nous sommes toujours aussi incapables de prédire l'avenir. Faudrait voir comment nous allons évoluer et surtout à quoi ressemblera notre prochain album…

Franchement, j'ai du mal à voir Idlewild dans la peau de My Bloody Valentine ou de Jesus & Mary Chain !

Rod : A nos débuts, nous véhiculions l'image d'un groupe dévastateur, incapable de jouer sur plus de trois cordes. Je crois que c'était un peu exagéré. Il est exact que nous ne faisions pas dans la dentelle, mais nous avons toujours accordé beaucoup d'importance au sens mélodique. La mélodie, pour nous, a toujours été primordiale, même lorsqu'elle est sculptée dans le bruit. Car il est excessivement rare de composer une bonne chanson, si au départ, on ne dispose pas d'une bonne mélodie…

Roddy est le responsable des lyrics ; mais qui s'occupe de la musique, au sein du groupe ?

Rod : Pour l'enregistrement de cet album, je me suis pointé avec les mélodies échafaudées à la guitare, et Roddy y a mis les mots. Bob a ajouté les parties de basse et Colin les drums. Chacun joue en quelque sorte sa propre partition. Ou plus exactement, nous fonctionnons comme une combinaison à quatre secrets. C'est ainsi que nous élaborons nos chansons. Faut dire que nous avons tous des sensibilités musicales différentes. A l'origine, nos influences gravitaient autour de quatre axes. Sonic Youth, dEUS, Nirvana et Pavement. Mais comme elles ont évolué, notre musique a également évolué. Parce que nous apportons tous notre propre contribution au processus d'écriture. C'est peut-être également la raison pour laquelle, nous ne sonnons pas nécessairement comme un autre groupe. Si nous écoutions tous les mêmes artistes, il est probable que nous leur ressemblerions

Pourtant, dans un magazine britannique, j'ai lu dernièrement que votre musique était très proche de celle d'un Fugazi qui aurait mangé de la viande. Je suppose que vous n'êtes pas végétariens ?

Rod : Non, pas du tout !

Que penses-tu de cette allusion ?

Rod : Rien ! Je trouve à la fois bizarre, mais en même temps flatteur d'être comparé à de bons groupes. Surtout, lorsque nous les apprécions tout particulièrement. Mais sincèrement, je ne vois pas du tout l'utilité de ce type de comparaisons.

Qui est ce 'captain', régulièrement évoqué dans vos chansons ?

Rod : Notre producteur…C'est son surnom !

Etes-vous angoissé par l'incertitude du futur, comme le sous-entend la chanson " A film for the future " ?

Rod : Nous sommes plutôt en prise avec le temps présent. Si tu es perpétuellement tracassé par tout ce qui peut t'arriver, tu risques de devenir fou. Le futur n'est pas, pour nous, une obsession. Personnellement, je me concentre sur le quotidien. A chaque jour suffit sa peine…

En intitulant votre album " Hope is important ", vous accordez quand même de l'importance à l'espérance, donc à l'avenir. Mais qu'attendez-vous réellement du futur ?

Rod : Nous souhaitons enregistrer de bons albums. Et j'espère que le prochain sera meilleur que celui-ci. Mais j'aspire surtout que nous progressions, afin que notre aventure, en tant que groupe, puisse se poursuivre le plus longtemps possible…

Et si on parlait un peu de Roddy (NDR : d'autant plus qu'il n'est pas encore arrivé, et que le stock de questions commence à s'épuiser…) En écrivant " Paint nothing ", pensait-il nostalgiquement aux copains qu'il avait fréquentés à l'école des beaux-arts ?

Rod : Oui, je le crois. Roddy a notamment composé plusieurs chansons sur cet album, consacrées à des aventures qui sont arrivées à des personnes qu'il côtoyait. Il tient cependant à rester le plus vague possible dans ce domaine, de manière à permettre à chacun de pouvoir en avoir sa propre interprétation.

Pourquoi une chanson est un mensonge magnifique (NDR : par référence à la chanson " A song is beautiful lie ") ?

Rod : Je n'en sais rien, il vaut mieux écarter cette question… (NDR : heureusement Roddy Wooble arrive. Juste le temps des présentations d'usage, de reformuler la question, et l'entretien peut se poursuivre…)

Roddy : Il s'agit simplement d'une locution, comme en trouve des tas dans nos chansons. " I am a message " en est une autre. Et tu as certainement dû également te poser le même type de question, à son sujet. En fait, chacun est libre d'en retirer sa propre signification. La plupart des lyricistes imaginent souvent que ce qu'ils disent a valeur d'évangile. Pour nous, pourvu que nous puisions faire passer un feeling, une émotion, peu importe que nos textes aient une signification différente chez l'auditeur.

Roddy, est-ce que ton journal intime est une source d'inspiration pour tes lyrics ?

Roddy : Non, il s'agit plutôt d'un aide-mémoire. Je ne m'en sers pas pour écrire les chansons. Enfin, pas directement. En fait, ce journal ne sert qu'à consigner mes observations personnelles sur tout ce qui se passe autour de moi. Tu penses qu'il serait intéressant de plaquer de telles annotations sur des accords ?

Tu es également attiré par l'art en général. La photographie et le dessin en particulier. Considères-tu la musique comme un tremplin pour ces activités artistiques ?

Roddy : Lorsque tu fais partie d'un groupe, tu as l'occasion de te frotter à tout ce qui touche à l'art. Aussi bien en dessinant une pochette qu'en prenant des photos, en réalisant une vidéo, en écrivant des lyrics ou en composant de la musique. C'est ce qui m'intéresse. Parce que lorsque tu écris un bouquin, tu ne vois pas la réaction des gens. Tandis que lorsque tu sors un disque, celle des auditeurs est immédiate…

Au cours de ta jeunesse, tu as vécu successivement en Amérique et puis en France. Est-il exact que tu refusais de fréquenter l'école ?

Roddy : En fait, à l'époque, j'étais très jeune. Et le système de scolarisation ne me convenait pas. Et c'est ma mère, qui était prof, qui s'est alors chargée de me dispenser les cours…

Ce séjour aux States explique-t-il ta passion pour la musique country ; et en particulier pour des groupes ou des artistes tels que Tom Waits, Gram Parsons, Smog ou Will Oldham ?

Roddy : Pas vraiment. Lorsque j'ai vécu aux Etats-Unis, je ne prêtais pas tellement attention à la musique. A la limite à l'une ou l'autre chanson populaire. En tout cas, cela n'a pas trop dû me marquer. J'aime la musique country parce que je la ressens au plus profond de moi-même. Plus tu écoutes cette musique, plus tu te sens capable de séparer le grain de l'ivraie ; et lorsque tu parviens à en faire le tri, tu cherches à te l'approprier…

En tant que grand fan de REM, que penses-tu de leur dernier album ?

Roddy : J'aime beaucoup REM. En plus de 20 années d'existence, il a toujours fait preuve d'une qualité constante. Le dernier album est différent, c'est vrai. Mais je l'aime autant que les autres. Parce qu'il est avant-gardiste et exige une certaine tournure d'esprit pour véritablement être apprécié. Une faculté d'adaptation pas toujours évidente à acquérir…

Merci à Vincent Devos.

(Version originale de l'interview parue dans le n°72 - avril 1999 - de Mofo)

 

 

Skunk Anansie

Mais ce sont les brady bunch!

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Le quatuor emmené par la charmante Skin a de la chance! C'est elle qui le dit. Il se passerait, entre la demoiselle et ses trois petits camarades, cette sorte d'alchimie dont peu de groupes peuvent se vanter. De celles qui cimentent ses membres qui en deviennent alors autant des amis que des collègues. C'est peut-être pour cette raison qu'au bout de trois albums ("Post Orgasmic Chill" étant le récent et dernier en date), les Londoniens n'ont pas perdu une once de leur mordant...

Qu'est-ce que vous avez fait après votre dernière et longue tournée?

Skin : Ça faisait quatre ans que nous étions ensemble jour après jour, et qu'est-ce qu'on a fait pour les vacances? Nous sommes partis ensemble! Cass et moi sommes allés faire du snowboard, et Mark et Ace se dorer la couenne en Australie.

Ace : Pendant qu'on se brisait les bras et les jambes, ils sont allés se faire bouffer les leurs par des requins (rires).

S. : Hormis dans le groupe, nous nous sommes engagés dans quelques activités parallèles. Des trucs politiques, pour moi. Je suis partie en Namibie et au Cap. Comme nous n'avons pas trop l'occasion de voyager de la sorte, j'en ai profité. Et Mark, lui, est allé faire de la plongée...

Mark : Oui, aux Maldives où j'ai passé mon brevet d'"advanced open water". Les Maldives, c'est vraiment le paradis pour les plongeurs qui veulent voir quelque chose dans l'eau...

S. : Cass est aussi parti en Malaisie, et Ace à Milan...

A. : ... où j'ai passé mon brevet de "staying up late in clubs drinking and partying". Et j'ai réussi, en plus (rires)!

Aux Etats-Unis, où vous êtes allés enregistrer ce nouvel album près de Woodstock, vous avez également vécu quelques longues semaines ensemble; vous n'en avez jamais marre l'un de l'autre?

A. : Non, là, vraiment, tout s'est très bien passé. Nous avions chacun notre coin. En plus, en tournée, nous passons six mois ensemble dans un bus, ce qui crée une habitude. Et puis, il faut voir le bon côté des choses: au studio, nous avions la chance d'avoir un excellent cuistot!

S. : Qu'est-ce qu'il nous a fait rire, celui-là. Il me faisait penser à la nounou des Brady Bunch!

A. : Il n'y a rien de tel pour rester de bon poil que d'avoir un bon chef à portée d'estomac! Ce mec était vraiment tordant!

S. : C'est vrai! Et nous aimons bien manger!

Un texte pour maman...

Vous parlez aussi de ce genre de choses dans vos textes?

A. : Absolument! Nous ne restons pas enfermés dans un seul sujet, ou braqués sur des trucs bizarres...

S. : Si, nous sommes les soldats du mysticisme (rires)!

A. : Nos textes reflètent notre vie en général: nos personnalités, nos voyages, nos sorties, les nuits, enfin, tout quoi. Mêmes nos relations. Et tout ça est retravaillé par Skin, traduit, codé dans des sortes d'histoires. Chacun de nos albums est comme un témoignage de ce que nous étions à l'époque de son enregistrement. Au moment du premier, nous étions quatre obtus, inintéressants, qui voulions se lancer. Celui-ci nous a vus voyager, rencontrer des gens bizarres, vivre des expériences étranges, mais il témoigne d'où nous en sommes aujourd'hui.

S. : Comme une photo!

Ces textes ont déjà provoqué des réactions inattendues?

A. : Je me souviendrai toujours de celle qu'a provoquée "Charity". Quelqu'un nous a demandé pourquoi nous avions écrit une chanson à propos de Mère Theresa... Elle venait de mourir, et visiblement, cette personne ne pigeait pas pourquoi nous chantions "I don't want your charity"...

S. : Oui, je me souviens de l'anecdote. Le fait est que ce titre avait été écrit près de quatre ans auparavant. Et voilà qu'elle meurt au moment où sort notre album.

Cass : Quel timing!

S. : Ouais. Ça fiche la trouille, non?

Un album bien torché

Quel est le contenu politique de ce nouvel album, dans la mesure où les deux précédents en avaient un?

S. : Nous ne sommes pas des politiciens. Et nous ne prétendons pas non plus avoir lu tous les bouquins de la planète. Nous traitons donc de politique à notre manière. Mais de toute façon, elle nous touche presque tout le temps. Le contenu politique de nos albums serait plutôt un ensemble de points de vue sur les choses qui nous arrivent quotidiennement.

Il y a des sujets plus légers qui ne vous inspirent pas du tout? A propos desquels vous auriez du mal à écrire?

S. : Evidemment, nous pourrions très bien chanter des trucs joyeux! Mais quand un texte est terminé, il faut se rendre à l'évidence et faire preuve d'un peu de réalisme. Qu'est-ce qui détermine une bonne chanson? Le fait d'y parler du droit des animaux. Du fascisme? Ce n'est pas suffisant! Un album ne peut pas être fait que de bons sujets, surtout quand un groupe comme le notre tourne dans des pays où l'anglais n'est pas la langue la plus parlée. C'est encore et avant tout par la musique, par son contenu émotionnel qu'on y touche le public!

Interview parue dans le n° 72 (avril 99) du magazine Mofo

 


Mogwai

La musique, ça se passe dans l’oreille plutôt que le cerveau…

John Cummings et Stuart Leslie Braithwaite, membres de Mogwai, sont plus à l'aise derrière une guitare que devant un journaliste. Ils balbutient deux mots, se regardent et replongent dans leur mutisme... Durs à décoincer, les deux Ecossais, âgés respectivement de 21 et 23 ans! Mais on croit y être arrivé. Après avoir sué...

Evacuons d'abord la question obligée sur l'étiquette ‘post-rock’, puisque Leslie ne manifeste aucun enthousiasme à fournir une réponse: "Pff... Si les gens veulent utiliser ‘pop-music’, c'est bon aussi. Et ‘music’, tout court, me paraît encore mieux". "Avant, nous étions égoïstes, auto-satisfaits", finit par avouer John. "mais demain, nous serons des requins durs et déterminés". "Ouais," rigole Leslie "notre ambition est de devenir fameux et d'avaler la concurrence". Pour arriver à bâtir leur mur de guitares, tous deux mettent en avant les vertus du travail, presque exclusivement. "On a énormément bûché", avouent-ils, la bouche en cœur. "Et si c'était si facile, tout le monde aurait créé cette musique avant nous. Pour ‘Young Team’, notre premier véritable album, on n'avait pas assez écrit de chansons en entrant en studio. Aussi, en prenant du recul, on s’est rendu compte que le résultat n'était pas satisfaisant. Ici, on a le sentiment de s'être vraiment pris en mains, d'avoir consacré beaucoup de soin à ce projet. Ce qui, paradoxalement, nous a semblé plus facile". Ah oui? "Il doit y avoir plusieurs raisons. La principale est sans doute que nous avions enregistré ‘Young Team’ à Glasgow, une ville où on avait évidemment nos habitudes. Résultat: on n'était pas totalement concentrés. Pour la circonstance, nous sommes allés à Buffalo, près de la frontière canadienne, un endroit très tranquille qu'on ne connaissait pas. On y a bossé douze heures par jour".

Le titre de ce deuxième album, dont la sortie est imminente, s’intitule ‘Come On Die Young’. En référence au vieux mythe du rock? "Non", corrige John, "ce n'est pas vraiment sérieux. Ce titre s’inspire de l’histoire d'une bande qui a sévi plusieurs décennies dans les rues de Glasgow. Mon père en faisait d'ailleurs peut-être partie... On est vite tombés d'accord entre nous pour utiliser cette expression de gang. C'est un peu sarcastique". Après ‘Young Team’, on a encore droit à un titre incluant le mot ‘Young’. Pour insister sur leur jeunesse? "C'est une coïncidence. Oui, nous sommes jeunes. Mais le fait d'être jeune induit forcément une comparaison avec d'autres personnes, ce que nous ne souhaitons pas spécialement".

L'intervention d’Iggy

On reproche souvent à la musique de Mogwai, presque totalement instrumentale, de verser dans une sorte d'intellectualisme. Ils sont d'accord? "On n'est pas des intellectuels", intervient John, "ce qui n'empêche pas de penser. A mon sens, la musique doit d'abord être brute, émotionnelle et naturelle. Si on doit réfléchir à la musique, c'est peut-être qu'elle n'est pas aussi bonne qu'on pourrait le croire. La musique, ça se passe dans l'oreille plutôt que dans le cerveau. Malgré tout, lors des interviews, forcément, on est amenés à la théoriser. Mais ce n'est pas nécessairement sans intérêt, c'est plus intellectuel qu'athlétique en tout cas". "Au collège", continue Leslie, "j’ai dû analyser la musique classique et c'est cette étude qui m'en a éloigné. On peut réfléchir bien sûr, mais il ne faut pas aller trop loin, l'important c'est d'écouter"

Le nouvel album de Mogwai s'ouvre sur ‘Punk Rock’, un titre où on entend une sorte de discours prononcé par... Iggy Pop! "Il est très intelligent et très sage", estime John. "On a piqué ses propos lors d'une interview accordée à la  télé. Elle collait parfaitement au feeling de notre album. C'est aussi un bon résumé de notre opinion sur notre musique". "En fait", renchérit Leslie, "on avait enregistré ce morceau comme un instrumental. On a collé le bout d'interview et le résultat sonnait impeccablement bien. C’est tout ! Non, on n'a pas demandé d'autorisation, mais on fait appel à la sagesse d'Iggy. De toute façon, ce n'est sûrement pas de notre part une recherche de profit. Alors...".

Défi et séduction

Ont-ils quand même l'impression que leur musique est accessible? "Certains éléments le sont", estime John, "Mais tout le monde possède un avis différent sur la question, non? Personnellement, je ne pense pas que le ‘country & western’ soit particulièrement accessible ; et pourtant, il y a plein de gens qui en écoute". "Parfois", précise Leslie, "on essaie d'être élémentaires, de garder les chansons en un état fort simple, mais celles-là, on ne les aime pas particulièrement. Pour moi, chaque chanson doit être un défi, et si elle n'est pas accessible au grand public, ce n'est pas rédhibitoire. Le tout est de combiner le défi et la séduction. C’est ce qui est difficile à réaliser, aussi bien d'un côté que de l'autre d'ailleurs".

On conclura l'entretien sur le côté surréaliste d'une tournée promotionnelle à laquelle le groupe est confronté pour la première fois. "On doit parfois faire face à des questions inattendues. Un journaliste américain nous a demandé un truc bizarre où il était question d'un Tampax qu'on trempait dans un verre de vodka. Je n'ai pas tout compris. Mais de toutes manières, cette question n'était pas aussi étrange que la réponse que nous luis avons réservée."

"Très souvent, lors des interviews, une question revient régulièrement sur le tapis : quand allons-nous nous décider à composer une musique de film. Mais ça, c'est quand on veut! Moi, je me verrais bien composer pour un film d'horreur ou pour un James Bond. Ou mieux encore pour un Batman réalisé par Tim Burton". Quand on lui dit que la place est prise par Danny Elfman, le visage de Leslie s'illumine: "C'est vrai que c'est un des rares bons compositeurs de musique de film".

Interview parue dans le n° 72 (avril 99) du magazine Mofo

 

GusGus

Le rasoir ? Avec ou sans (sex-ap)peal ?

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Ils sont neuf, islandais, tirent leur nom d'un film de Fassbinder et viennent de signer, avec "This Is Normal", un second album technopop aussi efficace qu'un bon Underworld, l'humour nordique en plus... Ils sont impliqués dans des activités aussi différentes que la musique, la photo, l'épilation, le ciné, la mode et l'informatique. Gus Gus peut en outre s'enorgueillir d'avoir remixé Depeche Mode, Juan Atkins, Zazie et Noir Désir. Sans oublier Björk à qui, comme tout artiste islandais qui se respecte, chacun de ses membres voue un culte sans bornes... Y compris Siggi Kjartansson!

Existe-t-il une seule bonne raison de vivre à Reykjavik?

Non, il en existe plusieurs. On y trouve la sécurité, la joie de vivre et de très bons alcools. C'est une ville propre où il est très facile de se concentrer sur son travail. Il suffit de rouler dix minutes en voiture pour se retrouver au milieu de nulle part.

Quelque chose de gentil à dire à propos de Björk?

Björk est quelqu'un d'exceptionnel et d'extrême. Elle sait ce qu'elle veut et n'a pas peur de dire ce qu'elle pense sans tenir compte des normes.

Pourquoi avoir écrit une chanson à propos d'un rasoir pour femme?

Comme toutes nos chansons, "Ladyshave" nous a été inspirée par une expérience personnelle...

Tu as donc eu une expérience personnelle avec un rasoir pour femme?

Oui, j'ai toujours beaucoup aimé raser ma copine. Je me suis dit que ce serait un bon sujet de chanson. J'avais envie d'expliquer au monde combien ça peut être agréable et déstressant.

Le groupe de rock français que tu préfères...

Je n'en connais pas beaucoup...

Un belge alors?

Je me souviens d'un groupe qui s'appelait La Muerte. J'avais deux ou trois albums de ces types que j'aimais vraiment bien.

Gus Gus a pourtant remixé Noir Désir...

Je ne connaissais pas du tout Noir Désir avant de les remixer. J'aime bien Air aussi, mais ils ne sont pas très rock.

Vous avez déjà joué à Bruxelles?

Oui, une fois. Le Pautaniik... Excellent catering!

Qui refuserais-tu de remixer, même pour un tapis de billets verts?

Billy Joël. Enfin, n'écris pas ça! Je le remixerais peut-être, mais on m'a dit qu'il était raciste. Je n'ai pas envie de travailler avec de mauvaises personnes!

Le disque le plus nul de l'histoire de la musique?

Heu... En général, je ne me souviens pas des mauvais disques.

Tu seras où, le 31 décembre 1999?

A Tokyo, j'espère!

Tu as peur du bug de l'an 2000?

Un ami à moi m'a dit que je ne devais pas avoir peur. Donc je n'ai pas peur!

Et s'il fout en l'air toutes vos machines?

Ça tombe bien: Daniel et moi avons déjà parlé d'enregistrer un album acoustique.

L'an 2000, tu le vois comment?

Je ne sais pas. Tout dépendra de la manière dont 99 va se terminer.

Un journaliste du NME a écrit que Gus Gus avait découvert la house... La mauvaise house! Tu vas aller lui refaire le portrait?

Il y a des journalistes du NME qui aiment bien ce que nous faisons et qui n'ont pas hésité à l'écrire. Tout dépend des goûts musicaux de celui qui écoute nos disques.

Quelle est la chose la plus extraordinaire que Gus Gus ait faite en tant que groupe?

Organiser un concert dans un lieu touristique à Reykjavik et y amener 300 journalistes du monde entier. En plus, l'endroit n'était vraiment pas fait pour.

Qu'est-ce qui te plait le plus dans le fait d'être dans Gus Gus?

D'avoir la possibilité d'enregistrer une chanson comme "Ladyshave" avec une complète liberté artistique. Pour ses membres, Gus Gus est une plaine de jeux qui offre à chacun la possibilité de faire ce dont il rêve.

Tu crois?

Oui!

En quoi?

En l'amour!

Quelle personnalité voudrais-tu rencontrer?

Ma copine!

C'est pas déjà fait?

Si, mais j'ai envie de la rencontrer maintenant! Je crois que si on a très envie de rencontrer quelqu'un, on finit toujours par y arriver.

Interview parue dans le n° 72 (avril 99) du magazine Mofo

The Herbaliser

Very hip hop

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En l’espace de trois albums, tous parus sur Ninja Tune, Jake Wherry et Ollie Teeba se sont construit une réputation des plus festives. Si leur formation ne s’appelle pas The Herbaliser pour rien, leurs prestations live (on se souviendra d’un set très chaud accordé lors d'un récent Axion Beach) y sont aussi essentielles. Curieusement, pourtant, elles sont moins hip hop que ne pourrait le laisser supposer une bonne partie de la discographie de ces deux Britons. Une impression que confirme « Very Mercenary, le petit dernier. Ollie Teeba nous en donne son explication…

Ce qui frappe d'emblée, sur ce nouvel album, c'est la quantité de rappeurs invités. A dessein?

Nous avons toujours voulu atteindre un équilibre parfait entre musique et rap. A nos débuts, nous ne connaissions qu'un rappeur. Ce qui explique pourquoi « Remedies » ne recelait qu'une plage hip hop. Depuis, nous avons eu l'occasion de rencontrer des gens, et surtout, de nous développer musicalement, donc d'affiner notre idée de départ. Musicalement, les disques de hip hop sont trop souvent simplistes et linéaires ; c'est le rappeur qui y apporte du rythme et des couleurs. Au fil du temps, nous avons acquis une grande liberté musicale que nous restituons maintenant en dessous des raps...

Et vous continuez à jouer des instrumentaux. Qui ressemblent à de la musique de film, parfois...

C'est à cause de ce que je viens d'évoquer. Mais oui, ils peuvent susciter nombre d'images dans la tête de l'auditeur. En fait, le but de notre musique est surtout de créer des atmosphères. Elle ne véhicule d’autre contenu particulier. Il y avait un grand nombre de chouettes breakbeats funky sur notre premier album ; mais il manquait cruellement ces atmosphères et ces émotions. A l'époque de "Blow Your Headphones", nous avons voulu corriger le tir en explorant cette musique, mais la plupart de nos expérimentations nous ont emmenés dans son spectre le plus sombre et étrange. Aujourd'hui, nous avons tout simplement appris à mieux nous exprimer.

Que deviennent alors toutes ces collaborations dont « Very Mercenary » s'est enrichi?

Sur scène, nous jouons essentiellement des instrumentaux, pour diverses raisons. Emmener tout ces invités nous coûterait trop cher évidemment, et puis ces périples les empêcheraient de poursuivre leurs propres activités. D'autre part, comme je l'expliquais, entraîner un rappeur dans cette aventure, restreint la liberté d'expression des musiciens Et jusqu’ici, nous sommes toujours arrivés à compenser l'absence de voix sur scène, par la richesse des musiques. Ce qui n'empêche pas l'un ou l'autre invité de nous rejoindre occasionnellement, comme les Dream Warriors à Toronto, il y a peu. Et comme nous tournons aussi en compagnie de Roots Manova, il est probable que nous lui accordions également un peu de place.

God save the rappers

L'évolution actuelle du hip bop britannique te satisfait?

Le hip hop britannique reprend du poil de la bête. Mais je ne m'attends pas à ce qu'il explose aussi aux Etats-Unis au point d'influencer leurs rappeurs ; parce que les Américains sont convaincus que le hip hop est né chez eux…

Le hip hop anglais n'a aucune influence hors d'Angleterre?

Il y a moyen d’établir un parallèle avec le rock anglais des années 50 et du début des années 60. A l'époque, il n'était qu'une imitation de la scène américaine. Même les Beatles, au départ, jouaient une sorte de r’n’nb. Progressivement, les musiciens et les auteurs ont acquis une certaine expérience qui leur a permis de développer un son britannique qui, à son tour, est parti à la conquête du monde. Les Anglais ont élaboré leur propre style de rap, leur propre manière de concevoir les beats pour donner naissance à d'autres genres. A mon avis, la jungle est née, et du hip hop, et elle a déjà fait son chemin hors de Grande-Bretagne.

Ah?

Ce constat est perceptible au sein des plus récentes productions hip hop issues de New York. Busta Rhymes par exemple, utilise des sons et des raps très rapides. Missy Elliott, c'est définitivement drum'n'bass dans un sens. Et ces sons-là sont typiquement anglais. A la fin des années 80 et au début des années 90, le hip hop britannique est devenu de plus en plus rapide, notamment au niveau des breaks, avec des gens comme Silvah Bullet, Blade, Hijack...

Quelle grosse ‘règle’ du hip hop The Herbaliser a-t-il brisée?

La plus évidente, à mon avis, est que nous utilisons de vrais instruments de musique. Mais je ne sais pas s'il faut vraiment parler de règles. En tout cas, celles qui existent sont constamment redéfinies. Prends un hip hop old school comme celui de Sugar Hill Gang : à l'époque, la technique du sampling digital n'existait pas. Les rappeurs invitaient donc des groupes à jouer pour en récupérer la musique. La situation a évolué depuis le développement du sampling. Certains me disent encore et toujours que les roots du hip hop ne comportent pas d'instruments live; c'est une connerie!

Ce qui explique la présence d’un titre comme « Who’s the realist », sur votre album...

Oui, il traite de ce type de sujet : chacun avance sa propre définition du vrai hip hop ; ce qui, déjà, enlève pas mal de sens au terme lui-même. Tout dépend finalement de l'endroit d'où tu viens et de la perception que tu en as. Pour moi, un bon hip hop, c'est un bon texte, des bons scratches et un peu de 2-toning. Pour certains, ce que fait Puffy n'est pas du vrai hip hop parce qu'il est trop commercial. Pourquoi? Les disques de Sugarhill sont commerciaux! Il ne fait rien de bien différent de « Rapper’s delight » qui est du Chic avec du rap plaqué dessus. Pourquoi ce que fait Puff Daddy ne serait-il pas du hip hop? C'est de la merde, d'accord, mais bon...

(Article paru dans le n° 72 d’avril 99 du magazine Mofo)

Quickspace

Un mélange de nature et de consumérisme?

Écrit par

Fondé en 1995 par le compositeur, guitariste et leader spirituel, Tom Cullinan et le bassiste, Sean Newsham, Quickspace a perdu en chemin son Supersport, puis tous les autres musiciens. Qu'ils ont remplacé assez facilement, il faut le souligner, mais sans que la musique ne souffre de ces changements de line up. Sean est, en outre, propriétaire du label Kitty Kitty Corps. Un atout supplémentaire pour ce toujours quintette londonien, qui mériterait un autre statut que celui de culte underground. Et leur dernier album, " Precious falling ", sorti l'an dernier, en est la plus belle illustration. Tom et Sean à l'interview, c'était donc plus qu'un choix, mais une nécessité…

Pourquoi Quickspace a-t-il perdu son épithète Supersport, en 1996 ?

S : Parce qu'il était grand temps de l'éliminer. De toutes manières, les journalistes l'auraient fait, un jour, à notre place. Les gens ont une tendance naturelle à raccourcir un nom dès qu'il leur semble un peu trop long…

T : Au sein du groupe, on devisait rarement de Quickspace Supersport, mais plus simplement de Quickspace. En fait, cette épithète ne servait rien. Le nom était trop élaboré. Mais ce que je n'ai jamais trop bien compris, c'est pourquoi le public ne l'a pas laissé tomber avant nous…

Qu'est-ce qui a fondamentalement évolué au sein du groupe, depuis deux ans ?

S : Notre âge. Nous avons deux ans de plus. Mais nous avons aussi enregistré le remplacement de quelques musiciens, ce qui a inévitablement entraîné une évolution de notre style musical.

T : Le premier line up a donné tout ce qu'il avait dans le ventre. Nous affichions des attitudes différentes, notamment au niveau des besoins et des ambitions. Aujourd'hui, nous sommes passés au chapitre suivant. Au départ, on a imaginé Quickspace comme un ensemble solidement défini, par une structure de base, autour de laquelle des tas d'invités pourraient se joindre, au gré des circonstances. Un peu comme un groupe à géométrie variable. Finalement, ce projet a toujours été plus solide que nous ne le pensions. Mais ces changements de line up ne sont pas toujours faciles à gérer, même s'ils se révèlent, au bout du compte, plutôt enrichissants pour permettre à une formation d'évoluer…

S : Nous avons eu de la chance, car ces perturbations ont été très bénéfiques ; surtout à l'esprit d'équipe…

The Faith'n Healers était le groupe précédent de Tom, un groupe à vocation plus métallique, plus heavy, à la limite du grunge. Avec le recul, comment évalues-tu cette période ?

T : On s'amusait beaucoup, rien qu'à brancher une guitare et à en tirer le meilleur parti possible. On faisait tout ce qu'on voulait. Enfin, presque. Le plus possible, quoi. Mais au bout d'un certain temps, on doit pouvoir s'arrêter et se remettre en question. Sans quoi on tombe dans la routine…

Comment réagissez-vous face aux fréquentes comparaisons, effectuées dans la presse, entre la musique de Quickspace et celle de Stereolab ?

S : Ce sont les élucubrations de journalistes stupides…

T : C'est vrai qu'on en a marre de toutes ces comparaisons primaires. Je suppose que c'est par fainéantise que les journalistes cultivent ce type de comparaison. Et nos copains de Stereolab partagent certainement notre avis, à ce sujet… Il s'établit souvent une certaine sympathie entre les groupes qui appartiennent au même label. Autrefois, nous les rencontrions régulièrement. Mais aujourd'hui, nous ne nous voyons presque plus. Nous sommes cependant toujours en bons termes avec eux. Mais en général, lorsqu'ils sont en studio, nous sommes en tournée, et vice versa…

Peut-on dire que la musique de Quickspace est à la fois psychédélique, cosmique et visionnaire ?

T : Ca fait beaucoup de choses à la fois ! Je ne pense pas qu'elle soit visionnaire, même si je reconnais qu'on y voit beaucoup de choses (rires)…

Lesquelles ?

S : En fait, nos observations sont plus hallucinatoires que visionnaires. Nous ne sommes pas des prophètes. C'est un exercice difficile, parce qu'il exige un travail à la limite du monde au sein duquel on vit. Visionnaire veut dire voir quelque chose, à moins que quelqu'un d'autre devine ce que vous pressentez. Je sais ce que je veux dire, mais je parviens difficilement à l'exprimer. En fait, c'est un sentiment qui vous tombe dessus sans crier gare, et lorsque vous vous en apercevez, vous en faites ce que bon vous semble. Finalement, c'est un peu l'antithèse de la perspective visionnaire. Nous avançons à tâtons, en espérant qu'une idée émerge. Et lorsqu'elle n'est pas bonne, nous l'écartons et remettons notre métier sur notre ouvrage…

Apparemment, vos textes n'ont qu'un rôle secondaire au sein de vos chansons. Une explication ?

T : C'est exact ! Pour nous, ils doivent simplement enrichir les mélodies, pas les supplanter. Si on met trop l'accent sur les paroles, ils volent la vedette à la mélodie. Ce qui est judicieux pour Bob Dylan, Léonard Cohen, et ce type de chanteur, ce n'est pas notre truc. Ce qui nous intéresse le plus, c'est le son des instruments dans leur ensemble. L'orchestration si tu préfères. Ni les paroles, ni l'instrumentation ne peuvent devenir envahissantes. Nous recherchons la complémentarité de toutes les composantes de notre musique, y compris les parties vocales…

Quelle place réservez-vous à l'improvisation dans votre musique ? Live ? Et en studio ?

T : L'improvisation est une technique merveilleuse. Mais en général, nous n'y avons recours que " live ". En fait, lorsque nous improvisons en studio, c'est pour écrire de nouvelles chansons. Mais en public, nous apportons un plus à la chanson, plutôt que de la transformer. Pour être honnêtes, nous ne sommes pas des experts dans ce domaine. Nous avons besoin de structures ; l'impro se résume à donner la répartie instrumentale. Mais en général, nos standards, sont assez figés.

S : Disons que nous improvisons endéans certains paramètres bien définis…

Pourquoi y a-t-il deux versions différentes de " Quickspace happy song ", sur votre dernier album ? Est-ce un exercice de style ?

S : Non, non, ce ne sont pas deux versions différentes d'une chanson. Ce sont deux chansons différentes !

Pourquoi le mot " mountain " revient régulièrement dans le titre de vos chansons ?

T : Parce qu'il s'agit de la même chanson interprétée différemment. Que ce soit " The precious mountain ", " The mountains wolves " ou " Goodbye mountain ". La mélodie est identique. La première composition est la version originale. Plus lente, la deuxième se déroule comme une bande son, avec des cordes superposées aux claviers. La troisième est une adaptation folk un peu loufoque, que Shaun et moi même avons agrémentée de petits gadgets insolites, et notamment des clochettes…

Est-ce que la deuxième version de " Precious mountain ", enregistrée en 1997, est un hommage à Enio Morricone ?

T : Oui, on aime beaucoup la bande sonore cinématographique, et en particulier celle d'Enio Morricone.

Pas encore eu l'idée d'en composer ?

S : Si, mais jusqu'à ce jour, nous n'avons pas eu de proposition concrète pour y être associée.

Vous avez participé à l'émission de John Peel en octobre 98. Une bonne expérience ?

T : Pour être honnête, pas vraiment ! Nous adorons John Peel, c'est quelqu'un de formidable, mais cette aventure fut loin d'être une réussite.

Pourquoi ?

S : En fait, nous souhaitions réaliser quelque chose de nouveau. Mais nous sommes beaucoup trop habitués à évoluer dans notre studio. Aussi, lorsque nous ne sommes plus dans nos meubles, nous avons d'énormes difficultés à tenir la rampe…

On ne doit donc pas espérer de " Peel session " consacrée à Quickspace ?

S : Non, le résultat était nettement insuffisant, et puis surtout le son était trop terne. Cette expérience reste pour nous un échec…

Les illustrations de la pochette de votre album sont exclusivement consacrées à des arbres. Vous avez un message écologiste à faire passer ?

T : C'est assez long à expliquer. En fait, tous les membres du groupe rêvent d'un monde plus clean. Mais paradoxalement, nous continuons à utiliser des camions, camionnettes ou empruntons des avions pour nous déplacer. On aggrave, en quelque sorte, la pollution. Nous sommes des consommateurs, et par conséquent nous serions hypocrites de nous proclamer de purs écologistes. Evidemment, nous souhaitons, au plus profond de nous même, que le monde soit moins pollué. Mais pour atteindre cet objectif, il faudrait que les gens au pouvoir se préoccupent sérieusement du problème. A notre niveau, nous n'avons aucun pouvoir. Nous aimons les arbres et la nature. Quickspace est en quelque sorte un mélange de nature et de consumérisme…

Sean tu es le propriétaire du label Kitty Kitty Corps. Tu le réserves uniquement à Quickspace ?

S : Non, non. Novak et Ligament viennent d'ailleurs d'enregistrer un nouvel album en nos studios. Des disques qui devraient sortir début 99. Tout comme celui de Penthouse, d'ailleurs, un groupe qui après avoir transité par quelques labels est finalement atterri chez Kitty Kitty Corps. Au départ, la raison d'être de ce label était de soutenir Quickspace; mais au fil du temps, nous avons changé notre fusil d'épaule, en y adjoignant d'autres formations, en leur permettant de travailler dans nos studios, en enregistrant leur création, en sortant leurs disques, en faisant leur promotion, en leur donnant des conseils, et en assurant le suivi. Tout ce que nous pouvons faire pour les aider. De manière à ce qu'ils puissent réaliser leur objectif. C'est une réelle satisfaction pour nous de pouvoir aider d'autres artistes. Parce que chaque disque a sa valeur intrinsèque, ses propres mérites. Et j'en suis très heureux.

Pas trop difficile de cumuler les fonctions de manager, de production et de musicien ?

S : Ce job est full time, et on a absolument intérêt à bien gérer son temps. Heureusement que je peux compter sur Tom. Lorsque je me consacre à un groupe qui travaille en studio, Tom vaque à d'autres occupations, comme par exemple celle de préparer la sortie de l'album. On se relaie constamment en apportant mutuellement notre propre expérience. Une anecdote ? Lors de l'enregistrement de l'album de Novak, il se tapait la cuisine…

Quelques réactions bien tranchées :

Tortoise ? Bon, jazzy.

Labradford ? Connais pas !

Mogwai ? Dynamique.

Spacemen 3 ? Une réelle source d'inspiration !

Sonic Youth ? De la merde, pardon, de l'art rock !

La new age ? De la musique pour néo hippies !

Neu, Can, Faust et le " krautrock " en général ? Germanique !

Merci à Vincent Devos

(Version originale de l'interview parue dans le n° 71- mars 1999 - de Mofo)

 

Blondie

La Vengeance d'une Blonde

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Ressorti du frigo après 16 ans d'absence, Blondie n'est pourtant pas un produit périmé. A plus de 53 balais, Debbie Harry collectionne encore les... cheveux, laissant au caillou de Chris Stein, la pérennité de la coupe grisonnante. Les hommes noirs qui flanquent la toujours pulpeuse ‘baby doll’ sont certes un peu plus ventripotents qu'au début des années 80, mais grâce à "No Exit", cette bande de quinquas a repris son parcours musical là où elle l'avait laissée...

Ils proposent toujours une pop légèrement aseptisée qui a du goût lorsqu'elle est bien dégelée. Avec l'âge, voilà même qu'elle en devient succulente... Alors quoi, Blondie reformé, c'est à nouveau pour pouvoir garnir le garde-manger? Et puis d'abord, était-ce difficile de faire sonner ce nouvel album comme les anciens?

Debbie Harry: Non, c'était très naturel, puisque nous avons toujours eu un son bien à nous.

Il semble un peu plus poli, plus doux qu'autrefois...

Chris Stein: C'est peut-être un peu ‘glossy’, à cause du rap qui a entre-temps percé. Pourtant, j'avoue aimer cet album, et même le préférer à certains anciens. Mais c'est vrai qu'il est moins trash que les précédents.

Est-ce un résumé de ce que vous avez fait auparavant?

Jimmy Destri: Yeah, exactement. Nous avons eu la même démarche que pour les anciens albums, c'est-à-dire que nous voulions y mettre les influences que nous avons subies. Et en 16 ans, elles ont été nombreuses.

Blondie For All

Croyez-vous bénéficier du revival punk qu'on observe actuellement?

C.S.: Non, parce que nous n'avons pas l'impression de faire du revival mais de reprendre notre travail là où nous l'avions laissé. Les Sex Pistols m'ont déçu quand ils se sont reformés ; je pensais vraiment qu'ils allaient entrer en studio pour pondre un nouvel album. La différence entre la musique des Pistols et la nôtre, c'est que la leur est plus limitée en terme de hits. Et puis, Blondie pratique des musiques multiples comme le ska, la dance... Tous les genres qui nous viennent à l'esprit se retrouvent dans ce disque.
D.H.: La chanson qui traite, par exemple, des vampires se voulait une contribution de Blondie à la scène gothique. Pour nous, Coolio était le choix évident pour interpréter le côté rap de celle-ci.

Tu te considères comme la mère du rap?

D.H.: Oh yes (rires)! Non!
C.S.: Yo! Mother!
D.H.: Quelque part, je suis très fière du fait que nous ayons contribué à en faire quelque chose de légitime et de populaire. Mais je pense que le rap était tellement puissant qu'il y serait parvenu sans notre intervention. C'est tout simplement arrivé plus tôt grâce au succès de "Rapture".
Clem Burke: Pour ma part, j'ai contribué à une chanson reggae et un morceau plus jazzy inspiré du travail de Debbie chez les Jazz Passengers.

Qui espérez-vous ce disque va-t-il intéresser ? Les gens qui avaient 20 ans en 82 ou... 

C.S.: Tout le monde et chacun! J'espère que ce disque touchera des gosses qui n'ont jamais entendu parler de Blondie. Notre désir le plus cher est d'apercevoir plus de kids dans les salles. Mais beaucoup de gens viennent aussi nous voir parce que durant notre première époque, nous étions un groupe assez limité en termes de concerts et beaucoup de fans n'ont jamais eu l'occasion de nous voir jouer live. Mais le public des premiers rangs semble déjà plus jeune que celui qui se tient derrière... C'est le Blondie Viagra Tour (rires)! D'ailleurs, on est tous sous Agra, sauf Debbie bien sûr!

Vous sentez-vous toujours Blondie, comme à l'époque, lorsque vous montez sur scène ?

C.S.: Oui! Malheureusement, la réalité est très différente (il se marre)!

Debbie dans le ‘Muppet’

Debbie, ton rôle dans les Jazz Passengers était-il très différent de celui que tu as au sein de Blondie?

D.H. : Oui. Ma position était plutôt celle de l'artiste invitée. Leur routine était établie depuis 11 ans. Sur la scène jazz, c'est plutôt un groupe culte sur lequel le succès populaire a peu de prises. C'est donc un univers totalement différent du milieu rock. En termes d'idéologie aussi: leur vie est véritablement dédiée à la musique. Ils pensent vraiment que la pop music n'est qu'une blague. C'était donc très facile pour moi, et très élégant aussi puisque que je n'avais qu'à penser à la musique et me considérer comme une artiste. Formidable!

Blondie avait beaucoup plus de succès en Europe qu'aux Etats-Unis...

J.D.: Sauf à New York, notre ville. Mais c'est vrai, beaucoup de gens du Midwest croyaient que nous étions un groupe anglais. Nous appartenons à la pop culture. Chris et Debbie étaient très proches d'Andy Warhol.

Voyez-vous un lien entre vous, Sonic Youth et les Pixies, un autre groupe américain plus populaire en Europe qu'aux States?

D.H.: Oui, bien que nous ayons eu plus de succès aux States que les Pixies. Mais nous avions une collection de chansons plus variées, certaines marchant là-bas et pas du tout ici, et inversement. "Denis", par exemple, a cartonné ici mais n'a rien fait aux States.

Debbie, quels souvenirs as-tu de ton travail en compagnie d’Iggy Pop? Ensemble, vous aviez enregistré "Swell Party" de Cole Porter...

D.H.: J'adore travailler avec lui! C'est un type formidable et une inspiration pour tous!
C.S.: Oui, moi j'ai de grands souvenirs de l'enregistrement de "Zombie Birdhouse", l'album d'Iggy Pop auquel j'ai participé. Nous avons de terribles souvenirs des premières parties que nous faisions pour lui dans les années 70.

Debbie, de quoi es-tu la plus fière: d'avoir travaillé comme Bunnie dans un bar ou d'être apparue dans le "Muppet's Show"?

D.H.: D'avoir participé à l'aventure du "Muppet's Show", bien sûr. Les Muppet's constituaient une expérience fabuleuse. Jim Henson était génial, à la fois très créatif et professionnel. C'était instructif de voir comment il travaillait. Les marionnettistes avaient de si jolies mains et n'arrêtaient pas de parler entre elles d'ailleurs.

Interview parue dans le n° 71 de mars 99, du magazine Mofo.

dEUS

Cette fois, c'est du sérieux! (archive du mois)

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Et de trois! Transférés sur une ‘major’, les Anversois ont manifestement emprunté la voie d'un plus grand professionnalisme en concoctant "The Ideal Crash". C'est en tout cas le sujet sur lequel Tom Barman a tenu à insister. Si son groupe n'a pas définitivement troqué les robes à fleurs pour les trois pièces, il semble pourtant bien que le dEUS new look soit arrivé...

Nouvel album, contrat récent chez une ‘major’; tout baigne pour vous?

Eh bien... Nous sommes restés les mêmes! La relation avec Island est toujours bonne. Pas mal de remous ont secoué les firmes de disques, ces jours-ci. Je ne dirai pas que nous ne les avons pas ressentis, mais quand même, l'atmosphère générale a un peu changé. Beaucoup de gens ont perdu leur job, des groupes se sont fait virer. Chez Island, récemment, ils en ont mis quatre à la porte! Il faut dire aussi que nous sommes la seule formation du label à ne pas avoir éclaté complètement. Ce qui donne quand même l'impression qu'ils croient en nous. That's a good feeling!

C'est vrai que dEUS a enregistré quelques changements de line up. C'est grâce à toi que la sauce a chaque fois repris?

Comme je suis à l'origine de dEUS, c'est normal que ma présence provoque les effets les plus intenses. Mais il y a eu des moments où je n'y croyais plus. Et puis d'autres d'incroyable bonheur. Celui de tomber sur des gens aussi talentueux que Stef ou Rudy. Aujourd'hui, nous sommes six puisque Tim, de Superstars, nous a rejoints. Pour une raison bien simple: en live, nous ne pouvions pas tout jouer à cinq. Je trouve génial qu'il ait accepté d'être incorporé. Il a 22 ans, du talent et sait tout faire, des guitares aux claviers en passant par le chant et la scène où il a une présence remarquable. Et il est tout jeune. Pas que nous soyons vieux, même si Jules a déjà 40 ans, mais Tim dégage tellement d'enthousiasme que ces 8 mois de studio n'ont pas réussi à nous achever!

dEUCE!

Ce nouvel album, si l'on en croit certaines rumeurs circulant notamment sur le net, aurait dû inclure une chanson dédiée à Martina Hingis... C'était une blague?

Jeeeesus, non, c'est vrai! Mais elle ne figure pas sur l'album. Elle s'intitule "You Can't Deny What You Liked As A Child". C'est un bon morceau, plus up tempo, qui sert de face B à "Instant Street", le premier single. J'ai toujours rencontré quelques problèmes à écrire un texte de ce genre, qui est... disons, plus éclatant, que des choses plus sombres. En fait, j’étais dans l’avion pour Malaga. Et en feuilletant un magazine, je découvre une photo hyper sexy de Martina Hingis que j'apprécie beaucoup. Elle est géniale, cette tennis woman! Elle n'est pas très jolie, mais sexy. Et puisque j'ai aussi vécu une histoire de sportif (NDR : lui, c'est le squash), j'ai combiné les deux...

Tu aurais pu tomber pire! Sur une photo de Martina Navratilova par exemple...

Oui, mais son nom n'apparaît pas dans le texte, hein (rires)!

C'est la première fois que tu en consacres un à quelqu'un de bien réel?

Disons plutôt que mes chansons combinent la réalité et la fiction. Comme l'année passée a été vraiment moche pour moi sur le plan sentimental, je n'ai pas eu trop de mal à écrire. En fait, c’était comme une révélation! J’estime même que cet album constitue un grand pas en avant, tant du point de vue des paroles que du chant. Pour la première fois d'ailleurs, j'ai beaucoup travaillé les parties vocales.

Tu as suivi des cours?

Non, pas du tout, mais j'ai beaucoup bossé. Dans le groupe, nous avons toujours été critiques sur le feeling du chant. Je ne sais pas si c'est vraiment frappant, mais cette fois, je chante bien plus qu'auparavant. Les textes sont aussi plus élaborés. J'ai même vécu des moments de pure extase! Par le passé, au stade des démos, ce n'était jamais pareil. Quand j'avais une hésitation, j'appelais Craig qui est un peu mon arbitre à ce point de vue. C'est un bon écrivain, il est complètement honnête et m’indique toujours si telle ou telle phrase sonne cliché ou stupide. Voilà. Ceci dit, ce n'est pas la première fois que je consacre une chanson à une personne. En fait, tu peux chanter sur tout. Hier, j'écoutais la compo d’un groupe dont le texte parle d’une taverne et de sandwiches au thon. Et c'est un joli morceau!

dE-USA

Qu'avez-vous retiré de votre expérience américaine?

On a eu une très, très bonne presse, mais ce périple n'a rien donné. Rien! D'ailleurs, je ne veux plus jamais travailler avec la maison de disques là-bas! Mais nous nous sommes bien marrés! Nous avons joué en compagnie de Morphine, de Blur. Nous devions aussi partager l’affiche de Cake, mais la formation a finalement annulé. Les musiciens étaient épuisés. Mais, et c'est assez ironique, nous avons accordé de très bons concerts dans des petits clubs, devant 100 personnes à peine. A San Diego, par exemple; waow!

Quelles ont été les réactions du public américain en découvrant un groupe belge comme le vôtre?

Il était bien sûr conscient de notre nationalité et il a bien réagi. Mais ce qui est ironique, c'est que nous avons aussi eu d'excellentes réactions de la part des journalistes. A New York, le ‘Village Voice’ nous a consacré une page entière. Et nous avons joué de bons concerts à New York. Mais dEUS n'a rien vendu! Bien sûr, je sais que Rome ne s’est pas construit en un jour, mais entre ‘rien’ et ‘un tout petit peu’, il y a toujours une différence...

dEUS reste finalement ‘le’ groupe belge, mais il y a eu une période où tu souhaitais en voir davantage. Ce n'est toujours pas le cas, dirait-on...

Tu rigoles? Et K's Choice? Bon, ce n'est pas à moi de déterminer au sein de quel créneau ils évoluent, mais en tout cas, c'est un grand groupe belge. Soulwax marche pas mal non plus. Ils fonctionnent bien en Wallonie? C'est timide? Ah... Et Zita Swoon? En tout cas, moi je trouve qu'il y a beaucoup de bons groupes. Et qu'ils durent. Au début des années 90, on a cru que le milieu allait éclater en une foule d'artistes ; mais ce dénouement ne s’est jamais produit, même si on a pu penser le contraire à un certain moment... Prends Dead Man Ray; ils vendent beaucoup d'albums. Soulwax aussi, comme Zita Swoon. D'accord, à une certaine époque, c'était dEUS et point final. Mais c'est fini, aujourd'hui. Quand je vais assister aux concerts de ceux que viens de citer au Vooruit, c'est sold out! Bien sûr, ce sont des groupes qui ne se rendent pas souvent à l'étranger, parce que la maison de disques... parce que blablabla... On connaît les raisons. Et donc, forcément, en dehors de la Belgique, c'est encore K's Choice et nous. Et Hooverphonic.

Tu as pu suivre tout ce qu'on réalisé tes ex-collègues de dEUS?

Ouais, bien sûr. Bon, Rudy, je ne peux pas le suivre parce qu'il sort trop de disques. Mais oui, bien sûr... On se voit aussi souvent... De plus en plus en fait; à un moment, ils étaient en Belgique et moi constamment en tournée. Aujourd'hui, Stef et moi sommes tous les deux à Anvers, et je le vois chaque semaine.

Will & les autres...

Tu étais un grand fan de Will Oldham; c'est toujours le cas?

Oui, absolument! Son dernier album, je n'écoute plus que ça! Je m'endors chaque soir avec! Textuellement, il va de plus en plus à l'essentiel. A ses débuts, ce n'était pas le cas, mais maintenant, c'est vraiment joli. J'adore ses textes. C'est le meilleur; tout simplement!

D'autres auteurs t'inspirent de la sorte?

Oui, Beck! On parle toujours de son show et de ses samples, mais jamais de ses textes. C'est pareil pour Tricky dont j'aime beaucoup le style. Et hormis Palace, évidemment, il y a aussi les vieux poèmes et Randy Newman.

Tu n'avais pas un projet de collaboration en compagnie de Tricky?

Je l'ai rencontré à quelques reprises. C'est un mec très étrange. En fait, c'est lui qui avait pris contact. Mais le projet n'a jamais abouti. Et puis, c'était il y a longtemps...

Ton apparition sur l'album de Cinerex, c'est le genre d'escapade salutaire?

Oui, parce que c'est intéressant de combiner ma façon d'écrire, qui est assez vieux jeu, et leur connaissance des ordinateurs. Les deux titres que nous avons composés ensemble datent déjà un peu. J'ai écrit "One Advice, Space" avec Kelvin, ici, chez USA Import (NDR : disquaire anversois) où il travaille, après trois jours horribles qui m'ont laissé complètement cassé à tous les points de vue. Le jour où on s'y est mis, tout est sorti en une seule fois. Kelvin l'a enregistré, loopé et je l'ai proposé au groupe. Craig y a rajouté quelques éléments musicaux, et puis voilà, il figure sur l'album. J'adore ce titre!

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L'an 2000, et après?

"Je ne pense pas que dEUS vendra des millions et des millions d'albums", déclare modestement Tom Barman. "Mais je crois que nous pouvons toucher un public plus large que celui que nous atteint actuellement". Quant aux fans purs et durs, qu'ils se rassurent, le groupe ne s'arrêtera pas d'ici l'an 2000 pour cause d'envie de film manifestée par son leader, Comme le laissait sous-entendre une interview parue dans ‘Humo’. Cette envie est cependant toujours présente: "C'est un projet sérieux, même si je n'aime pas trop en parler parce que ça fait ‘plan de carrière’. Mais j'y tiens. Je tourne des clips, je viens d'achever un court-métrage, j'ai collaboré à la création d'un opéra, donc oui, j'y tiens absolument". L'une des principales préoccupations de notre homme pour les mois à venir sera par contre sa... santé! "J'ai eu de gros problèmes de dos l'an dernier, notamment une hernie atroce. Il paraît que cette situation est consécutive à l'arrêt brutal d'un sport intensif. Et probablement aussi aux cigarettes, à la bière et à une vie irrégulière. Finalement, la santé, c'est le plus important".

The Ideal Crash

Huit mois de dur labeur, en Espagne notamment, auront été nécessaires au groupe pour accoucher de cet officiel troisième album studio. Passé le cap des problèmes techniques (dEUS a commencé par des démos fignolées), l'enregistrement final s'est achevé sous la houlette de David Bottrill (Tool, Real World) dont la patte est, le moins que l'on puisse dire, caractérisée par une grande maîtrise technique. "Nous cherchions effectivement un technicien confirmé plutôt qu'une force artistique", explique Tom Barman. "Nous souhaitions un album qui sonne mieux, plus plein dans toutes les zones du spectre auditif". D'où la présence, discrète, d'un quatuor à cordes et d'un certain nombre de plages plus calmes. D'une certaine manière, sur plastique comme sur scène, dEUS semble être devenu plus pro. En septembre 98, au Botanique, certains auront peut-être trouvé les Anversois trop parfaits, mais c'est la direction qu'ils souhaitent emprunter, au risque d'avoir l'air, un jour, trop sages: "Nous avons vécu cette époque où toutes les improvisations nous semblaient cool. Aujourd'hui, nous avons envie de changer. Nous avons en tout cas appris que s'il était permis d'être nonchalants, et nous le resterons, il y avait aussi des limites. Et un public qui paie sa place de concert! Les gens se demanderont peut-être, en découvrant ce disque, où sont passés les amplis qui explosent. Mais voilà, nous ne pouvons pas toujours refaire la même chose"...

Interview parue dans le n°71 du magazine Mofo de mars 1999

 

The Black Crowes

Make up your own fuckin' mind!

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Les Black Crowes ont sorti le meilleur de leurs albums de nostalgie seventies dont ils se défendent être les représentants : "By Your Side". Heureusement, ces jeunes hippies américains qui traînent derrière eux une carrière chahutée vieille de dix ans déjà ont un discours autrement plus convaincant quand il traite des remous puritains qui secouent (hé, hé) leur pays...

Pour l'un de vos albums, "Amorica", vous aviez commis une pochette choquante ornée d'une photo d'un monokini aux couleurs du drapeau américain d'où dépassaient quelques poils pubiens... Quelle est ta réaction face à ce qui s'est passé aux Etats-Unis pour Bill Clinton?

Chris Robinson : Je ne suis pas vraiment surpris que des gens baisent, que le président baise... Je ne suis pas tellement étonné par ce qui se passe non plus. Aux States, c'est le règne de la fausse moralité qui prévaut: les couples dorment dans des lits séparés... Je ne regarde pas les infos. Je ne crois pas au gouvernement américain, je crois aux gens. Les politiciens manipulent pour leur propre bénéfice. Ils sont pires que les rock-stars. Il faut être diablement machiavélique pour devenir président. Tout le monde semble surpris qu'il ait menti: savez-vous combien de gens mentent là-bas à Washington? C'est devenu ‘l'American Way Of Lying’! Aucun politicien ne dit la vérité car elle est trop dangereuse. Quand on ose la dire, il y aura toujours quelqu'un pour ne pas être d'accord. Et cette situation, les politiciens veulent absolument l'éviter parce qu'ils ont besoin du vote de tous. Je n'ai besoin du vote de personne. Pour qu'on ne s'attarde pas sur les sujets importants, les médias et le gouvernement tentent de dévier notre attention vers des histoires de grosses dondons à cigare.

Pourquoi n’en parles-tu pas dans tes chansons?

Chris Robinson : Ce consumérisme, cette rapacité est un mensonge pour moi, et je ne veux ne rien avoir à faire avec lui. C'est pourquoi je ne m'intéresse pas aux nouvelles.

Mais en tant que personne médiatisée, tu pourrais avertir ton public de...

Chris Robinson : Pourquoi? Je parle de ma politique en matière de relations humaines et d'émotions. Si je commence à dire aux gens ce que j'en pense et ce qu'ils doivent faire, je deviens alors moi-même un politicien. ‘Make up your own fuckin' mind’! Je dis ce que je pense, mais je ne pense pas que ce soit forcément bien pour tout le monde... Chacun doit avoir son propre jugement.

Tous les soucis rencontrés par le groupe vont finalement donner un certain sens de la sérénité?

Chris Robinson : Oui. Comme le reste. Au plus longtemps on reste sur cette planète, au plus de merde on doit traiter... Moi, je peux écrire des chansons à ce propos, mais des chansons qui peuvent signifier quelque chose à quelqu'un dans une situation similaire. Et nous passons tous par là des périodes différentes ou identiques de la vie. C'est ce qu'on appelle apprendre, la sagesse en quelque sorte.

Croyez-vous que l'accomplissement total d'un album, peut se faire uniquement dans la douleur et l'effort?

Steve Gorman : Pas nécessairement. Travailler dur peut aider mais ce n'est pas nécessaire. On se sent bien mais après être passés par la douleur, la confusion et l'angoisse. C'est la vie.

Chris Robinson : Les seules personnes qui sont constamment heureuses sont les chrétiens ou les gens qui se sont fait lobotomiser. Le reste du temps, c'est... je fais face!

Croyez-vous que la nostalgie des seventies vous a aidés dans votre carrière?

Steve Gorman : Non, parce que s'il existe une nostalgie pour les années 70, j'imagine qu'elle va rapidement céder sa place à une autre pour les années 80.

Chris Robinson : C'est ce qui se passe...

Steve Gorman : Si les gens qui écoutent nos albums se rappellent leur jeunesse, c'est leur perception de notre musique.

Chris Robinson : Notre musique n'a rien à voir avec les seventies. On a beau porter les cheveux longs et des boucles de ceinture imposantes... Les gens du heavy metal avaient les cheveux longs lorsque nous avons débarqué. Et je déteste le heavy metal.

Que pensez-vous de tous ces vieux groupes qui se reforment?

Steve Gorman : Ca dépend. Si on se réunit pour le chèque, les gens le voient. C'est leur choix, leur formation et leurs chansons. C'est mieux qu'un autre groupe les imitant pour chanter la même chose. L'âge n'est pas un problème dans le rock si tu as conscience de l'âge que tu as et que tu n'entres pas en compétition avec toi-même. Avec toi à 21 ans ou avec quelqu'un qui a cet âge alors que tu en as déjà 10 de plus. Mick Jagger aurait dû grandir il y a bien longtemps je crois. Il pourrait, en tant que plus grand frontman du monde, être un peu plus sincère, je pense.

Voyez-vous des liens entre vous, les Stones, Aerosmith et Ten Years After?

Chris Robinson : Nous nous sentons plus proches de Bob Dylan ou de Neil Young.

Steve Gorman : Ils enregistrent des disques qui leur ressemblent et c'est sans doute la raison pour laquelle ils sont toujours populaires. Ils restent sincères.

Quel bilan tirez-vous de vos dix ans d'existence?

Chris Robinson : Le bilan est... que quelque chose a survécu, ce qui n'est pas rien... Il est bon de savoir que nous avons fait ce que nous avions envie de faire et que nous sommes toujours là. C'est comme quelqu'un qui atteint la maturité, qui se retourne et voit dix ans dans le rétroviseur en se disant qu'il peut réellement jouir du moment présent parce qu'il sait que c'est ici et maintenant. Et qu'il espère survivre à d'autres épreuves et connaître d'autres joies.

 

Interview parue dans le magazine Mofo n° 71 de mars 99.

Pulp

This is hardcore

Après le départ du guitariste/violoniste Russell Senior, nous avions craint que Pulp ne connaisse une période d’incertitude. Situation tout à fait normale, au vu de la place prise par ce musicien au sein de la formation. Pourtant, le groupe de Sheffield vient de commettre son meilleur elpee à ce jour. Et, sans aucun doute, un des ‘must’ de l’année 1998. Une œuvre produite par Chris Thomas, c’est-à-dire le même personnage qui avait mis en forme " Different class ". Avec pour résultat des compositions qui atteignent une profondeur impressionnante et une sensibilité mélodramatique que nous ne leur connaissions pas encore. Tout ceci sous la forme d’un concept album découpé en douze chapitres parodiques, dans le sens le plus pervers du terme. Faut dire que Jarvis Cocker est un chanteur qui possède un sens de l’ironie sombre, morbide, paranoïaque et libidineux, ses lyrics dévoilant les faiblesses les plus vulnérables et paradoxalement ordinaires de l’être humain. Des lyrics qu’il chante d’un timbre déclamatoire, susurré, de plus en plus souvent inspiré par celui de Steve Harley (Cockney Rebel). Même si ses inflexions lorgnent tantôt du côté de Bowie circa " Scary monsters ". On pense ici surtout au glamourueux " Little soul ". Ou de Ric Ocasek. Indiscutable sur la composition la plus carrée de l’opus, " Little soul ". Un disque dont la richesse des arrangements atteint également celle de My Life Story. Symphoniques bien entendu. Notamment sur les deux meilleures chansons de l’album. Tout d’abord le titre maître. Ensuite sur l’exorcisme psyché soul " Seductive Barry ". Et avant de boucler un épilogue pathétique, paroxystique, diffusé sous la forme de " The day after the revolution ", Pulp s’offre une petite excursion dans la musique prog rock des seventies. Celle du Genesis de Peter Gabriel ; les cordes de guitare épousant des envolées dignes de " Nursery crime ". Fabuleux !

 

Natacha Atlas

Transglobal Overground

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Superstitieuse, Natacha Atlas considère que le chiffre trois lui porte bonheur. Trois, c'est également le nombre d'albums solo que cette bruxelloise de naissance et vocaliste de Transglobal Underground a enregistrés à ce jour, "Gedida" étant le petit dernier en date. Certains l'ont donc classé pile entre l'option dance et les mélopées arabisantes qui partageaient "Halim" et "Diaspora", ses deux précédents opus. 

Doit-on comprendre que tu as tourné le dos à l'esprit de tes deux précédents albums qui n'étaient pas des produits réellement commerciaux?

Non, les deux précédents n'étaient pas vraiment commerciaux. Je n'y chantais par exemple ni en français ni en anglais, mais la plupart du temps en arabe. A priori, c'est une démarche qui peut avoir l'air anti-commerciale quand on est signée comme moi sur un label basé en Europe... Sur "Gedida", j'ai enregistré une chanson en français et je chante pour la première fois en anglais, mais toujours dans mon style, avec mon attitude. Bien que le feeling soit resté oriental, le public francophone par exemple pourra y entrer de manière plus immédiate.

Trans, Plant & Page

Comment es-tu perçue par les artistes des pays du Moyen-Orient?

De manière très variée selon les endroits. J'ai ainsi eu l'occasion de me rendre au Liban et je sais donc que j'y suis appréciée. En Jordanie également, même si ma réputation y est bien moindre. En Egypte, par contre, c'est surtout des artistes que je suis connue, et certaines pop-stars comme Hakim connaissent bien mon travail. Ce dernier prépare d'ailleurs en ce moment un album qui rappelle les miens par certains égards, notamment parce qu'il aime ce que je fais. Il a aussi voulu que Tim, de Transglobal, travaille avec lui sur les arrangements des cordes... arabes! 

Arriver à se faire connaître dans un pays comme l'Egypte ou l'identité culturelle est aussi forte, c'est plutôt pas mal...

Puisqu'on parlait de Hakim, je trouve fantastique qu'il s'intéresse à de nouvelles sonorités. C'est quelqu'un qui aime l'aventure. Il sait que la musique égyptienne n'a pas évoluée depuis 20 ou 30 ans. En fait, elle est carrément devenue ennuyeuse! Sauf pour le public local qui est non seulement très difficile à convaincre, mais qui est en plus devenu conservateur et qui souffre toujours de ce complexe de supériorité hérité des années 50 et 60. A l'époque, c'est vrai, la culture musicale égyptienne signifiait réellement quelque chose et était vraiment 'en avance' sur celle des pays voisins. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Ce conservatisme est en partie dû au fait que la liberté d'expression n'y est pas vraiment encouragée, ce qui freine évidemment tout développement artistique.

Que penses-tu de l'intérêt marqué par certains artistes occidentaux pour la musique arabe? Jimmy Page et Robert Plant, par exemple, qui ont emmené Transglobal en tournée?

La plupart du temps, si l'intention de ces artistes est bonne, le résultat n'est pas vraiment heureux. On dirait bien souvent qu'il manque un ingrédient dans leur recette. Bien sûr, tout dépend de qui il s'agit. L'intérêt pour la musique arabe manifesté par Jimmy Page et Robert Plant est réel, bien connu et ne date pas d'hier. Ils la respectent, mais ne viennent pas de cette tradition. Pour bien la comprendre, saisir ses racines, je crois qu'il faut s'y être dévoué pendant de longues années, comme certains très bons joueurs de oud qui ne sont pas arabes. Transglobal Underground l'a fait et la meilleure preuve en est cette collaboration avec Hakim. Et tout cela, sans divorcer de la pop occidentale, ce qui est encore moins évident. Page et Plant sont des rockeurs et ne prétendent pas autre chose. Leur but n'est pas non plus d'intégrer la musique arabe. Sur un titre comme "Most High", ils utilisent des éléments marocains dans une sorte de séquence que j'ai eu l'occasion d'entendre plusieurs fois pendant leur tournée. J'avais un peu de mal à accrocher au départ, mais je m'y suis faite... Aussi parce que ça me rappelait certains titres de Led Zeppelin que ma mère écoutait à quatre heures du matin...

World Family

Tes racines sont très diverses. Tu t'es même un jour décrite comme une 'bande de Gaza humaine'...

Disons que je me sens anglo-arabe, entre l'Orient et l'Europe. Je suis née à Bruxelles, j'ai été à  l'école en Angleterre, et ma famille est originaire de Meknes, au Maroc, d'où elle a essaimé. En Palestine, en Egypte, en Europe, j'ai même un oncle qui vit au Brésil. La Seconde Guerre Mondiale et les années qui ont suivi ont poussé mon grand-père à cacher en quelque sorte ses origines juives sépharades. A l'aube du 21ème siècle, je crois qu'il n'y a plus vraiment de raison de taire ainsi ses origines. Moi, je me sens bien par rapport à elles, d'où mon 'coming out'...

Sur le plan religieux également?

L'héritage familial légué par nos ancêtres inclut trois religions: le judaïsme et l'islam, ainsi que la religion chrétienne du côté de ma mère. J'ai toujours été libre de choisir, parce que mes parents se sont continuellement intéressés à différentes philosophies religieuses. Eux-mêmes se sont essayés à diverses expériences philosophiques. Moi, j'ai choisi d'être musulmane. 

Et tes racines bruxelloises?

Même si je suis née à Bruxelles et si j'y ai passé quelques années, j'éprouve beaucoup moins d'affinités qu'il y a 8 ou 9 ans. Le Bruxelles de l'époque n'existe plus pour moi. Beaucoup d'endroits où j'allais, où je travaillais, ont disparu. Pas mal de mes connaissances sont retournées au Liban ou au Maroc. J'ai juste encore un peu de famille ici, et quelques cousins ou tantes...

Interview parue dans le n°71 du magazine Mofo de mars 1999

 

Garbage

Etat des lieux

Remplir Forest National après avoir seulement sorti deux albums, n’est pas à la portée de tout le monde. C’est pourtant la performance que vient de réussir Garbage. Faut dire que depuis quatre ans, le quatuor a beaucoup tourné, sans jamais oublier la Belgique. Et que malgré son succès, il n’a pas attrapé la grosse tête. Ce qui explique, sans doute pourquoi, il attire la sympathie, aussi bien du public que des médias. Leur simplicité et leur gentillesse sont plus que légendaires. Il serait d’ailleurs malheureux de ne pouvoir se forger une opinion, lorsqu’on a la chance de les rencontrer pour la quatrième fois. Pas le temps, cette fois, de parler de la pluie et du beau temps. Quinze minutes nous étaient imparties. Butch Vig et Steve Marker ont donc fait le maximum pour nous dispenser une interview à la fois riche et intense…

Dans quel état d’esprit êtes-vous quelques heures avant d’accorder un concert dans une des plus grandes salles de Belgique?

S.M. : C'est incroyable. Lorsque nous avons commencé à booker la tournée, c’est un des premiers endroits à avoir été sold out! Nous devons compter une foule de fans, ici, en Belgique.

N'avez-vous pas parfois peur d'être dépassé par la situation? Comment faites-vous pour garder la tête froide?

B.V. : Ce n'est pas facile du tout (rires). Heureusement, nous avons de la bouteille. Nous ne sommes pas forcément plus malins, mais nous avons en tout cas cette faculté de pouvoir garder les pieds sur terre, quand les événements se précipitent autour de nous. Et nous l’avons démontré tout au long des nombreux concerts que nous avons accordés, ainsi que lors de la sortie de notre premier album qui a cartonné un peu partout dans le monde... Des expériences auxquelles nous avons pris beaucoup de plaisir. Le groupe a ainsi pu rester très soudé, et je crois que cette ‘union sacrée’ explique notre calme au sein de la tourmente…

Vous avez beaucoup eu recours à la technologie sur votre dernier album. N'avez-vous pas peur de perdre l'élément humain dans vos chansons? Et qu'à brève échéance, les hommes cèdent leur place à des machines?

S.M. : Ce serait cool que nous puissions nous asseoir en attendant que les machines fassent tout le boulot, non? Imagine un peu que lors de l’enregistrement de notre prochain album, toute la programmation soit mémorisée sur ordinateur ; mais que lors du bug de l'an 2000, au réveillon de 99, nous perdions toutes les données, parce que toutes les machines se seraient crashées. Nous serions alors obligés de sortir un album folk, avec des guitares acoustiques (rires). Du bluegrass... de la country, parce que nous n'aurions plus accès à nos synthés...

Vous n'avez jamais joué ‘unplugged’ pour MTV?

B.V. : Ils ne nous l'ont jamais demandé. Mais nous en serions capables. Nous avons donné quelques concerts acoustiques. Avec des guitares sèches, une batterie jazz et ce genre de matériel. A Portland dans l'Oregon, notamment, devant près de 10 000 personnes. Bien sûr, nous étions plus nerveux sur scène, mais nos chansons n'ont cependant rien perdu de ce traitement.

Parfois, ça fait du bien, de jouer en acoustique?

B.V. : Oui, c'est agréable. Et puis, l'essence même de la chanson est toujours présente. Juste les guitares et la voix de Shirley.

Il y a une cover de Big Star sur le single, vous en êtes de grands fans?

S.M. : Oui, mais « Thirteen » est la seule chanson que nous n’ayons jamais jouée d'eux. C’est un grand groupe. Alex Chilton s’est toujours montré à la hauteur, aussi bien au sein des Box Tops, de Big Star qu’en solo. C'est une chanson que Shirley a toujours voulu interpréter, parce qu'elle trouvait que le texte pouvait prendre une signification différente, s'il était chanté par une femme. Peut-être que nous la chanterons ce soir, je ne sais pas encore. (NDR : ils l’ont interprétée !)

Si vous aimez Big Star, vous devez alors également apprécier Teenage Fan Club et les Posies?

S.M. : Oui, surtout les chansons des Posies.

Sur votre nouvel album, Shirley a écrit l’essentiel des textes, mais ils semblent faire référence à la vie de Butch. C'est vrai? Si oui, pourquoi?

S.M. : Tu penses vraiment que les textes ont un rapport avec la vie de Butch, alors qu'ils ont été écrits par Shirley, c'est ça? Qu'est-ce que tu en dis, Butch?
B.V. :
(Apparemment ennuyé) Lorsque Shirley nous a rejoints, les lyrics se rapportaient à des épisodes qui nous concernaient. « Version 2.0 » inaugure ses premiers textes pour Garbage. Elle en est d’ailleurs responsable à 95%. Je crois qu’aujourd’hui, Shirley se sent mieux quand elle écrit. Ils peuvent être interprétés de différentes manières selon les auditeurs. C'est vrai que certains donnent l’impression d’avoir l'air d'être écrits par un voyeur, quelqu'un qui porte un regard sur des événements qui lui sont extérieurs ; mais cette façon d'écrire relève de son interprétation personnelle. A part ça, je ne peux pas t'en dire plus (rires).

Dans la chanson « Temptation waits », Shirley clame : ‘Je suis un vampire qui attend son heure…’ Partagez-vous une même perspective gothique que celle des Cramps?

S.M. : Les Cramps? Haaaa... Nous aimons les Cramps! Mais personne ne nous a jamais posé cette question. C'est peut-être de là que nous tirons notre nom. Va savoir!
B.V. :
Ils ont toujours véhiculé cette espèce de vibration psychobilly, ce truc un peu fou. Nous possédons un de leurs clips : ils jouent dans une espèce d'asile d’aliénés, en Californie, et au bout d'un certain temps, tu ne peux plus faire la différence entre le groupe et les patients. C'est assez surréaliste. Là où je discerne un parallèle entre eux et nous c'est que Shirley a cette faculté de pouvoir se glisser dans la peau d'un personnage ; ce que ce groupe new-yorkais faisait très bien. Surtout Lux Interior.

Et ce côté gothique, alors?

S.M. : Disons que c'est un peu plus ‘tongue in cheek’, un peu ironique. Certains journalistes nous accusent parfois d'être gothiques. On a un peu de mal à les comprendre. On ne se déguise pas en croque-morts, on ne reprend pas de vielles chansons de Cure, de Siouxsie & The Banshees ou de Bauhaus. Peut-être que cette image vient de la manière dont Shirley interprète un personnage gothique. Enfin  intrinsèquement, nous sommes peut-être un peu gothiques. Mais alors un peu.

« Special » est un hommage à Chrissie Hynde des Pretenders. Que représentent les Pretenders pour vous?

B.V. : Leur premier album est absolument génial. Grand groupe, grandes chansons, Honeyman-Scott était un tout bon guitariste. La semaine dernière, nous avons joué à Wembley, c'était sold out. Chrissie Hynde nous a rejoints sur scène pour chanter « Only Happy When It Rains ». Pour nous tous, cette rencontre restera inoubliable. C’était incroyable ! Le simple fait d'entendre sa voix, et de voir comment elle a pu soulever l’enthousiasme de milliers de gens, m’a donné la chair de poule... Coup de bol, on avait mis le son bien clair, et quand on l’a réécoutée, après dans le bus, tout le monde était sur le cul. A ce jour, c’est déjà un des grands moments de notre tournée. Elle est une de nos idoles. Shirley adore sa façon de chanter, et quand elle joue de la guitare, elle a un de ces looks. Elle a toujours été un ‘role-model’ pour nous. En plus, nous avons pu discuter avec elle après le concert. Elle est vraiment gentille, très marrante et intelligente.

C'est vrai que vous avez dû payer votre place quand vous avez joué chez vous, à Madison, parce que tout le monde avait demandé une exonération?

S.M. : Nous avons dû payer notre place?
B.V. :
Non, nous avons reçu des tickets gratuits. En fait, c’était la première fois que nous jouions au Dane County Coliseum, qui est une des plus grandes salles de concert du coin. Je crois que sur la guest-list, il y avait à peu près 500 personnes. Tout le monde voulait obtenir un backstage. Cette situation a failli tourner à l'émeute. Comme le public était chaud, nous en avons profité pour tourner quelques plans de foule. C’était vraiment très intense. Après le concert, nous sommes allés dans un bar qui est un peu notre QG officieux, et là aussi c'était la folie. C'est amusant de jouer chez soi, en sachant que tous tes fans de la première heure seront présents pour t'encourager...

Garbage figurait sur une compile intitulée « Women of the 90's ». Imagine qu’il y en ait une autre qui sorte sous titre « Boys of the 90's », vous y figurerez aussi?

S.M. : J'espère! Nous ne sommes ni vraiment un boy band, ni vraiment un girl band. Nous sommes un peu des deux. Les deux perspectives sont présentes au sein de Garbage. J'espère effectivement que nous figurerons sur ces deux compilations.

Jérémy & Bernard Dagnies.

(Merci à Didier Stiers)

Version originale de l’article paru dans le n°70 du Magazine Mofo de février 99

 

Unbelievable Truth

La mélancolie, un passage obligé…

Écrit par

Chez Unbelievable Truth milite un certain Andy Yorke, le frère de Thom, leader de Radiohead. Une formation née en 1993 et responsable d’une pop pleine de douceur et de mélancolie. Un peu à la manière des si belles ballades dispensées par REM ou Radiohead. Une musique imprégnée d’émotions, de fragilité et de chaleur que le trio tente de faire partager avec son public. L’an dernier sortait « Almost here », un premier album tout simplement splendide. Une des nombreuses raisons qui nous ont poussés à s’intéresser de plus près à une future locomotive de la pop anglaise et qui est déjà une révélation à nos yeux. Nigel, batteur et producteur du groupe nous donne ses impressions quelques mois après la sortie de l’album.

-  Sur certaines compositions de votre premier album, "Atmosphere", vous avez introduit une section à cordes. Pourquoi avoir opté pour de tels arrangements?

J'aime ce type de formule, même si je ne suis pas enclin à en abuser. Pour certaines chansons, le violon semblait être la meilleure solution. Une section à cordes procure une atmosphère à la fois étrange et délicate…

-  Pourquoi la mélancolie est-elle considérée de manière si positive chez Unbelievable Truth?

Je crois que tous les membres du groupe partagent ce sentiment. Nous avons tous eu des expériences quelque peu douloureuses. La mélancolie n'est pas négative. C'est davantage une émotion qui vous en procure d'autres... encore plus intenses. Je pense malgré tout qu'il y a une différence entre la mélancolie et la tristesse. Les sentiments de faiblesse, de pessimisme, de tristesse, d'impuissance, sont assez particuliers. Ils n'ont rien à voir avec la mélancolie qui est plutôt un passage, un processus que l'on traverse. Selon moi, la tristesse, la déprime, c'est comme une sorte de piège, de cul de sac.

-  Le nom de votre groupe, Unbelievable Truth (NDR : traduisez ‘vérité incroyable’) a-t-il une signification particulière ? Penses-tu qu’il soit impossible de découvrir la vérité ? Et cette vérité est-elle unique ?

Je suis incapable de répondre à la question. Pas mal de gens nous ont demandé des renseignements sur le nom du groupe. Unbelievable Truth, ce sont deux mots qui sonnaient bien. C'est pour cette raison qu'on s'appelle ainsi. Parfois, je me pose quand même des questions sur ce sujet... mais je n'ai pas encore trouvé de réponse. (NDR : en fait, il s’agit tout simplement du titre d’un film de Hal Hartley, sorti en 1989)

-  Apparemment, vous ne voulez pas devenir des rock-stars. Un choix délibéré?

Nous nous concentrons sur ce que nous faisons. Il y a des formations qui ne visent qu'un seul objectif, devenir d'énormes célébrités, sans aucun souci artistique. Actuellement, des groupes comme les Spice Girls ou les boys band illustrent bien cet état d’esprit. Je ne suis pas convaincu de leur souci artistique. Je pense aussi à des formations pop qui sont uniquement capables de reproduire les B-sides d'Oasis. C'est aussi une question d'argent. On veut être riche. Et un des moyens pour arriver à ses fins est de former un groupe, de sortir un disque et de se remplir les poches, si ça marche... mais après?

-  REM, Jeff Buckley, Crowded House, Nick Drake. De bonnes références pour vous?

REM a eu beaucoup d'influence sur nous. Les 3 autres un peu moins. En fait, nos références proviennent de différentes sources. Throwing Muses, par exemple, et toute la musique acoustique des USA nous ont beaucoup marqués. Le son du groupe est une combinaison de trois expériences individuelles. J'aimais écouter la musique progressive des 70's. Jason était plutôt branché ‘hip hop’. Quant à Andy, il était habitué à écouter des groupes postcard comme les Smiths, James ou Orange Juice.

-  Qu'est-ce que représente Talk Talk pour U.T.?

Andy est un grand fan des deux premiers albums de Talk Talk. Et lorsque nous avons produit ce disque nous nous sommes demandé comment ils auraient fait à notre place. Nous avons essayé d'éviter une construction trop traditionnelle des chansons, et opté pour l'introduction de petits éléments qui donnent au disque une atmosphère toute particulière.

-  Peut-on dire qu’« Amost here » soit un concept album ?

Non, ce n'est pas vraiment comme dans la musique progressive. Nous nous sommes concentrés sur la place à donner à chaque composition de l'opus. Mais je parlerais plutôt d’enchaînement plutôt que d’élaboration d'une œuvre entreprise avec l’intention d’en faire un concept album. Lorsque vous écoutez les Pixies, c'est un peu la même chose. Sans le vouloir, lorsqu'on met bout à bout chacune de leurs compositions, en partant de leur première chanson à la toute dernière de leur carrière, on a l'impression que cela forme un tout. Nous voudrions faire quelque chose de semblable. Mais je ne suis pas convaincu que cela soit une réussite totale.

-  N’est-il pas trop difficile, pour un jeune groupe, de compter pour chanteur, le frère de Thom Yorke ?

Non, pas vraiment. En fait, c’est surtout la presse anglaise qui y fait allusion. Même si Andy est le frère de Thom, nous ne faisons pas vraiment la même chose que Radiohead. Le public qui vient nous voir n’est d’ailleurs pas celui qui achète les disques de Radiohead.

-  Unbelievable Truth est un groupe plutôt intellectuel. Une attitude qui va à contresens des ensembles issus de l’actuelle scène britannique. Un commentaire ?

C’est sûr, nous sommes plus intellectuels que bon nombre de groupes anglophones. Et nous avons d’ailleurs été fortement critiqués à ce sujet. C’est une caractéristique très particulière de la Grande-Bretagne. La plupart des Anglais considèrent l’intellect comme quelque chose de mauvais. Pourtant, je crois que la qualité musicale n’a rien à voir avec le niveau d’éducation. Dans la musique, tu peux venir de n’importe quel milieu et faire quelque chose de très bien. Il n’y a pas d’obstacle pour faire de la bonne musique.

(Article paru dans le n° 70 du magazine Mofo de février 1999)

 

The B-52’s

Time capsule

Nouvelle compile pour ce groupe georgien, d’Athens très exactement, qui a marqué l’histoire de la pop/rock américaine entre 1978 et 1985. C’est à dire jusqu’au décès de son guitariste et membre fondateur, Ricky Wilson. Responsable d’une musique sucrée, insouciante, bourrée d’humour, caractérisée par un beat légèrement funk, épileptique, un orgue farfisa intrépide et un son de guitare popularisé vingt ans plus tôt par les Ventures, les B 52’s pouvaient aussi compter sur la complémentarité des vocaux juvéniles de Cynthia Leigh et de Kate Pierson, qui répondaient au débit déclamatoire de Fred Schneider. Le groupe va d’abord accumuler les hits à une cadence vertigineuse : " Rock lobster ", " Planet claire ", " Give me back my man " ou encore " Party out of bounds ". Et la liste est loin d’être exhaustive. Puis connaître une traversée du désert jusque 1988, avant de connaître une résurrection glorieuse lors de la sortie de l’album " Cosmic thing " et surtout du single " Love shack ". Commis en 1992, le très énergétique elpee " Goodstuff " coïncidera cependant avec le départ de Cindy… Bonne nouvelle, après six années d’absence, elle a réintégré le noyau. Qui s’apprête à enregistrer un nouvel album. D’ailleurs, sur cette compilation, qui réunit la plupart des tubes des B 52’s, on y remarque deux nouvelles compositions, " Hallucinating Pluto " et " Debbie ", hommage à la chanteuse du mythique Blondie…
 

 

Rocket From The Crypt

RFTC

Si Rocket from the Crypt entretient une image revivaliste empruntée aux sixties (cheuveux gominés, vêtements clinquants mais uniformisés, tatouages, attitude scénique théâtrale), musicalement ce groupe pratique un garage punk pur et dur. A l’instar de Rocket From The Tombs, formation issue de la mi-seventies, devenu légendaire faute de succès. Pour mieux situer le style de ce sextet californien, de San Diego très exactement, imaginez la rencontre entre les Stooges et Dexys Midnight Runners. Soit du métal urbain et de la soul de type " Stax ". Faut dire que si RFTC possède deux guitaristes à la dégaine féroce, il peut compter sur une section rythmique solide et viscérale, mais surtout sur deux cuivres talentueux. Un trompettiste et une saxophoniste. Ce qui donne une coloration très chaude aux hymnes sauvages, rebelles, mais également chargés d’ironie et d’humour grinçant, chantés d’une voix puissante, gutturale, par Speedo…