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L’heure personnelle de Lucie Valentine

L'artiste belge Lucie Valentine dévoile « Minuit Moins Toi », le titre phare de son nouvel Ep éponyme. Une chanson touchante, lumineuse, qui célèbre le moment de bascule : celui où la douleur laisse place à la paix après une séparation. Née d’un atelier…

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La vérité toute nue...

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Isabel Monteiro est brésilienne. Elle chante et joue de la basse. Mike Chilysnki, américain. Il se charge des drums. Enfin, le britannique Daron Robinson assure les parties de guitare. Le trio cosmopolite vient d'enregistrer un deuxième album, " White magic for lovers ", dans la foulée d'un single, pardon d'un hit single, sur lequel, Thom Yorke est venu donner de la voix. " El president ", pour ne rien vous cacher. Isabel n'a pas sa langue en poche, pas seulement parce qu'elle a beaucoup de choses à raconter, mais parce qu'elle possède une vision de la vie très personnelle, profonde aussi, mais le plus souvent déconcertante…

Thom Yorke, le leader de Radiohead, chante sur votre hit single, " El president ". Comment s'est passé votre rencontre en studio ? N'est-il pas trop difficile à vivre ?

D.R : On s'est vraiment fait chier... Il n'avait pas grand-chose à nous raconter.

M.C. : C'est vrai qu'il n'était pas du tout marrant.

D.R. : Et en plus, c'est un gay !

I.M. : Non, c'est tout à fait faux (rires), il a vraiment été génial, très très bien. Nous avons chanté " live ", tous les deux, trois ou quatre de nos chansons. Il possède une voix étonnante, fantastique. Lorsqu'on le regarde chanter, son expression est très douce, très pure. Cette rencontre a été un véritable plaisir. Je pense qu'il était beaucoup plus difficile pour moi d'atteindre son niveau de qualité. Il enchaîne chanson après chanson sans jamais faiblir. Sa voix est imperturbable, ne perd jamais en intensité. La mienne se fatigue progressivement, car je fume un peu trop. Mais cette rencontre était à la fois très amusante et enrichissante, car nous devions chanter face à face. C'était comme si il voulait essayer de gagner un concours. Finalement, il y avait une sorte de compétition entre nous, mais dans le bon sens du terme…

Mais pourquoi a-t-il accepté de chanter en duo avec toi ? Parce que vous repreniez, " Blackstar ", 'live'?

I.M. : C'était il y a deux ans, lors d'un festival. Radiohead occupait la tête d'affiche, mais ils étaient tous extrêmement nerveux. Nous n'avions jamais imaginé qu'un groupe pareil puisse se sentir aussi tendu, à l'idée de devoir se produire comme tête d'affiche d'un festival. Nous les avons rencontrés en coulisses et nous les avons invités à rejoindre notre loge. Là, nous avons joué " Blackstar " ; et puis nous avons beaucoup discuté ensemble. Nous leur avons répété qu'ils méritaient cette tête d'affiche, parce qu'ils étaient géniaux sur scène. Depuis, ils nous ont toujours voué une profonde gratitude. Et puis, nous avons tourné aux States avec eux, et nous sommes devenus des amis. Avec le recul, je comprends mieux, que le succès d'un groupe puisse causer une telle pression ; mais d'autre part, je pense qu'ils nous observent en pensant que nous sommes toujours capables de nous amuser sur scène. Eux ne peuvent plus. Sur les planches ils doivent délivrer un set très professionnel. Mais, en nous regardant, ils se rappellent que quelques années plus tôt, ils disposaient toujours de la liberté d'oser faire les choses qu'ils souhaitaient…

Pour en revenir à " El president ", il appert que cette chanson traite de l'interventionnisme des Yankees à El Salvador, au Chili et à Cuba. Vous détestez l'impérialisme ? Ne pensez-vous pas que le communisme comme le néo libéralisme, sont d'autres formes d'impérialisme ?

I.M. : Je ne pense pas que tous ces systèmes soient fondamentalement mauvais. Mais il est absurde de penser qu'il soit possible d'établir un système qui plaise à tout le monde, parce que tout le monde a des objectifs différents, dans la vie. Bien sûr, nous sommes contre l'impérialisme américain, mais c'est un mouvement inévitable, un développement inéluctable de l'humanité. Il existe des étapes différentes dans le progrès. C'est parfois moche, mais il ne faut pas seulement regarder le mauvais côté de la médaille. Il y a aussi des choses positives. Cependant, je ne me sens pas suffisamment experte pour mener un tel débat. Je ne souhaite pas que cette chanson se limite à montrer du doigt la CIA des Etats-Unis, mais qu'elle prenne une dimension humaine. Nous rappelle qu'il existe des gens, des être humains qui ont souffert et souffrent encore, qui se sont battus et qui se battent encore pour défendre ou arracher leur liberté….

Lors d'une interview, tu as proclamé que le patriotisme pouvait s'avérer dangereux. Ne penses-tu pas que tu aurais dû parler de nationalisme ?

I.M. : Tu as tout à fait raison. Je pense qu'il est important de se reconnaître à travers une culture, de développer sa propre identité en retenant les bonnes choses qui appartiennent à ton pays. Je pense que les humains sont divisés en tribus ; et c'est naturel, mais cette situation peut devenir franchement dangereuse…

Pourtant, tu as déclaré que les choses dangereuses peuvent se présenter aux humains sous une forme magnifique?

M.C. : Bonne question ! Pourquoi ? Dis le nous !

I.M. : La chose la plus dangereuse que tu puisses faire, c'est de dire aux gens ce que tu penses vraiment. Mais telle est notre manière de vivre que nous essayions de faire passer à travers nos compositions. Il est important pour nous de dire ce qu'on pense vraiment.

Pourquoi la vie est un choix entre l'amour ou la liberté, mais jamais une association ?

I.M. : Quel terrible poids ! Pourquoi ne peut-on jamais avoir les deux. Nous vivons tous cela. C'est notre idée d'atteindre l'amour et d'être libre, mais ils ne viennent pas facilement ensemble. L'amour est une prison, qui emprisonne les émotions…

Drugstore est un groupe mélancolique. Mais pourquoi essayez-vous de traduire la dépression en douce mélancolie. Parce que vous êtes vraiment mélancoliques, ou par simple exercice de style ? Que pensez-vous de la mélancolie cultivée par des groupes tels que Cowboy Junkies, Mazzy Star et Jesus & Mary Chain ?

I.M. : J'ai l'impression que ces groupes sont un peu plus intelligents, plus doués que Drugstore. Je ne pense pas que nous ayons l'idée, ni la patience d'essayer d'atteindre leur statut. Nous ne sommes pas davantage académiques. Lorsque j'écris, c'est très naïf, très pur. Pour moi, c'est le seul moment vrai, l'écriture spontanée. Tout ce qui arrive après, c'est de la merde.

D.R. : C'est absolument vrai !

I.M. : Il y a un long voyage entre le moment où tu écris une chanson, dans ta chambre, jusqu'au moment où tu la joues devant 25.000 personnes, et puis encore un autre avant d'être capable de faire face aux interviews. Je pense qu'il y a un côté de mon cœur qui est mélancolique. Je pense que ce côté existe dans le cœur de chacun ; si vous êtes une personne sensible, on ne peut rien faire contre la peine, les sentiments, pas seulement les siens, la vie en elle même…

Entre les enregistrements de vos deux albums, vous avez vécu des moments difficiles. Est-il exact que vous étiez sur le point de splitter ?

I.M. : Je ne pense pas que nous étions sur le point de nous séparer, mais nous étions parvenus à une sorte de panne, en tout cas une panne financière, parce lorsque notre label a été racheté par Polygram, nous nous sommes dit que nous allions connaître les vacances. Cependant, au bout d'un certain temps, nous avons dépensé tout notre argent, et puis on a dû vendre tous nos biens. Nous avons alors vécu des moments difficiles, et franchement, nous n'avions vraiment pas l'idée de ce qui allait pu nous arriver.

D.R. : Nous étions liés à ce label, et nous avons dû attendre plus d'un an avant qu'ils ne décident ce qu'ils allaient faire de nous…

I.M. : Ces moments ont été pénibles, mais nous ne voulions pas nous séparer, car d'une certaine manière, cette épreuve nous avait rapprochés. On ne fout pas un groupe en l'air, juste pour une question de droit…

Isabel, tu chantes et tu joues de la basse, en même temps. Lorsque nous avons rencontré Kevin Ayers, il nous a raconté, que c'était difficile de faire les deux en même temps, parce que la voix doit passer à travers. Partages-tu son point de vue ?

I.M. : Je pense que si c'était difficile, je ne le ferai pas. Je joue de la basse très simplement. Cet instrument est d'ailleurs une antiquité. Je ne pense pas que ce soit si difficile. Il est amusant de constater que certaines personnes peuvent faire des choses différentes en même temps. Je suis incapable de conduire une voiture, parce que je trouve cet exercice extrêmement difficile : coordonner ses pieds, sa main gauche et les yeux, ainsi que les feux de signalisation, sans oublier les piétons. C'est beaucoup trop ! Je n'arrive pas à imaginer une vielle damne de 85 ans au volant de da voiture… mais je parviens à jouer de la basse tout en chantant; et cet exercice ne me demande aucun effort…..

Tu préfères le vélo ?

I.M. : Je ne suis pas plus brillante sur une bicyclette !…

Tu as un jour avoué que lorsque tu dormais, tu avais des rêves vivifiants, psychiques, complètement fous. Mais qu'ils étaient une des tes principales sources d'inspiration. Exact ?

I.M. : Parfois, il m'arrive de vivre des rêves sexuels…c'est vraiment génial…je pense que les rêve sont liés à ce qui nous arrive dans la vie. Il m'arrive de rêver que je me produis nue sur scène, et que tout le monde se barre… (NDR : Pourquoi, pourquoi ? Y a pas de raison !)

Quelque part dans les chansons de Drugstore, on retrouve une atmosphère carnavalesque ; et en particulier sur la composition " Funeral song ". Est ce que l'esprit du carnaval est éternel dans l'âme d'une femme brésilienne ?

I.M. : Je pense que Daron et Mike peuvent répondre.

M.C. : Tout ce qu'elle fait en est imprégné…

I.M. : Parce que les funérailles sont une célébration de la vie, vraiment. Nous sommes complètement désensibilisés par rapport à la mort…

Pourquoi la tragédie de la vie est un thème récurrent dans vos chansons ?

I.M : Quelle question difficile ! Nous sommes à l'affiche d'un festival, et il y a du soleil ! Mais soit, parlons un peu de la souffrance. Je pense qu'être conscient de la mort, de la tragédie de tout le monde, est une chose importante. Ainsi, tu peux te mettre sur la bonne voie, c'est-à-dire apprécier la vie, faire le maximum dans ta vie, parce qu'inévitablement, cela se terminera un jour. C'est sûr !

Pourtant, tu as affirmé qu'il n'y avait pas de Dieu, d'espoir, et probablement pas de but, dans la vie. Penses-tu que ce soit une vision positive des choses ? Personnellement, nous ne partageons pas ce point de vue. Pourquoi ce nihilisme ?

I.M. : Ce n'est pas un nihilisme intégral. Je pense que c'est parce qu'il y a un côté positif à notre attitude. Nous vivons tellement étroitement, tellement inquiets de ce que les gens pensent. Chaque fois que l'on quitte sa maison, on a ce poids de savoir comment vivre, parler, comment on devrait être ou ne pas être. Penser qu'il n'y a pas de raison d'être pour cette raison. Cela vous libère en quelque sorte. Tu peux être toi même, sans avoir peur. Ce qui compte, c'est toi, tes amis, tes relations, les choses que tu aimes faire dans la vie. Le reste n'a pas beaucoup d'importance. C'est donc bien une forme de nihilisme qui n'est pas complet, qui ne va pas jusqu'au suicide. La vie est quand même chouette…

Merci à Jean-Baptiste Ducrotois.

(Version originale de l'interview parue dans le n° 67 - Octobre 1998 - de Mofo)

Moloko

Un homme, une femme et un sampleur

Écrit par

Quand ils répondent ensemble aux interviews, Mark Brydon (le garçon) et Roisin Murphy (la fille) donnent l'impression de deux gosses occupés de se chamailler. Le premier semble peser ses mots et développe ses idées avec pondération, tandis que la seconde le reprend constamment, comme si elle craignait qu'on prête moins d'attention à sa version des événements. La différence d'âge, peut-être... Quoi qu'il en soit, le deuxième album du duo reflète cette même envie d'aller plus loin dans les directions (musicales) choisies.

Mark : Il est vrai que notre premier album était très léger. Disons: ‘insouciant’. Quand nous avons commencé à travailler sur « I Am Not A Doctor », nous n'étions déjà plus dans le même état d'esprit.
Roisin :
J'avais vingt ans quand « Do You Like My Tight T-Shirt » est sorti. On peut y retrouver tout ce que nous avions en tête depuis des années. C'est un peu comme si tu avais laissé entrer un gosse dans un magasin de jouets pour qu'il se serve. Depuis, nous avons beaucoup tourné, rencontré du monde et nous nous connaissons forcément mieux. Nous nous sommes rendu compte que si la musique était notre obsession, nous étions d'accord sur beaucoup de points. Mark est revenu à cette avant-garde, à cette fusion qu'il écoutait dans les années 80. Moi, j'étais moins dans ce trip, mais j'ai beaucoup appris, sur la musique, la musicalité, je suis devenue plus critique. Ce qui explique pourquoi nous avons pu travailler sur ce second disque, sans que des divergences ne nous bloquent en cours de route.

Ne restez pas coincés!

Considérez-vous ce second elpee comme un disque plus sérieux?

M. : Nous l'avons en tout cas travaillé plus sérieusement, de manière réfléchie pour qu’il puisse mieux atteindre sa maturité. Mais l'humour est toujours présent ; peut-être un rien plus noir, néanmoins. Ce disque est peut-être aussi plus parano, dans le sens où il nous a cette fois confrontés à nous-mêmes.
R. :
Au fur et à mesure, nous nous sommes d'ailleurs pris au jeu en nous disant: ‘Mais oui, pourquoi ne pas être un peu parano?’.

Ce qui frappe aussi sur cet opus, c'est son éclectisme musical...

R. : Nous ne sommes pas obsédés par la house, ni particulièrement fans de techno... C'est difficile de nous coller une étiquette. De toute façon, ceux qui prétendent faire un truc pur racontent des conneries. A la limite pourrions-nous nous rapprocher d'un peu plus de pureté, tant sur le plan de la musique que sur celui des mots. Mais il reste que les gens ont parfois du mal à comprendre notre musique.
M. :
Comme nous, d'ailleurs...

A propos d'étiquette, la presse en avait vite collée une sur votre premier long playing, non?

M. : Au départ, c'est vrai, les gens ont parlé de trip hop, c'est le terme qui avait été utilisé. Alors, forcément, c'était les deux ou trois mêmes références qui revenaient sans cesse : Portishead, Massive Attack... A part le fait que nous étions un type, une fille et que les samplers nous avaient permis de réaliser pas mal de choses, la comparaison, à mon avis, s'arrêtait là. S'il faut parler de références, j'irais plutôt les chercher dans les années 80, du côté des B-52's, des Talking Heads ou même de Grace Jones. Et encore, ce serait bien plus sur le plan de la mentalité que de la musique
R. :
Le public a parfois du mal à voir d'autres influences que celles qui sont strictement musicales. Sans parler de toutes celles que tu subis inconsciemment, quand tu sors en boîte par exemple, et que tu entends des tas de disques dont tu ne connais ni le titre ni l'auteur...

Quelle est alors, votre mentalité ?

M. : Jouer avec le feu! Expérimenter l’univers de la pop, par exemple. C'est dangereux. Beaucoup pensent en effet que la pop est sans contenu. Vas donc leur expliquer que tu expérimentes avec du vide, ils ne te prendront jamais au sérieux. Or, la pop peut être le champ d'investigation le plus intéressant qui soit. Et les choses y sont encore plus belles quand elles y naissent par accident.
R. :
Et en même temps, nous ne voulons pas en rester à ce stade. Il faut à la fois continuer à expérimenter, mais aussi t’engager intelligemment dans une certaine direction. Rester à expérimenter constamment est trop simple à nos yeux.

(Article paru dans le n° 66 de septembre 1998 du magazine Mofo)

 

Kent (Sweden)

C’est en Suède que ça se passe!

De Kent, vous ne connaissez probablement que le hit single, doublé d’un clip flamboyant, « If you were here ». Pourtant, le quintette suédois est très populaire dans son pays et vient d’enregistrer son troisième album, « Isola ». Juste avant de partir en tournée et de participer à la plupart des festivals de cet été, en Europe. Comme celui du Pukkelpop. A l’issue de leur excellent set, nous avons rencontré un des deux compositeurs, Martin Sköld, bassiste également, flanqué, non pas du chanteur (NDR : l’autre lyriciste), mais du claviériste Markus Mustonen…

Pour enregistrer votre dernier album, Chris Gordon, le chanteur de Baby Chaos, vous a donné un coup de main. Vous le connaissiez depuis longtemps ?

M.S. : Joakim (NDR : le chanteur), l’avait déjà rencontré, et apparemment, le courant était bien passé entre eux. Il l’a aidé à parfaire son anglais. Il n’est pas toujours facile de bien saisir la signification de ce que tu écris, lorsque tu ne maîtrises pas parfaitement une langue étrangère. Il s’est donc occupé de vérifier les lyrics et de les adapter en quelque sorte, en fonction du contexte. Je pense qu’au fil du temps, ils se sont même mis à composer des chansons ensemble…

Vous aimez Baby Chaos ?

M.S. : Pas vraiment, nous n’avons jamais écouté la moindre de leurs chansons…

Avez-vous l’intention de réenregistrer vos deux premiers albums en anglais ? Eventuellement avec le concours de Chris Gordon ?

M.M. : Non, ces chansons sont trop anciennes. Nous préférons nous concentrer sur de nouvelles …
M.S. :
Nous devrions enregistrer un nouvel album au printemps prochain, car nous avons énormément de titres disponibles, qui n’ont pas encore été enregistrés.
M.M. : Et peut-être, également, un deuxième dans la foulée, dès l’automne 99.

Toujours sous la houlette de Chris Gordon ?

M.S. : Pourquoi pas !
M.M. : C’est vraiment un chouette gars !

Est-ce que ABBA est demeuré un groupe mythique pour vous ?

M.S. : Bien sûr ! Et puis, c’est la formation suédoise la plus célèbre.
M.M. : Un jour, nous avons même eu la chance de les croiser dans un restaurant, et puis de rencontrer l’un d’entre eux…
M.S. : Aujourd’hui, ils se consacrent à la musique folk suédoise.

Paraît que louer leur studio coûte la peau des fesses. Si vous disposiez d’assez de fric, vous y séjourneriez ?

M.M. : Je l’achèterais !
M.S. : Non, nous le prendrions plutôt en location…
M.M. : Leur studio se trouve à Stockholm. Mais, lorsque nous enregistrons, nous préférons nous rendre à l’étranger. M’enfin, j’ai déjà visité les studios d’ABBA, et je reconnais qu’ils sont remarquables ; c’est probablement le plus performant de Suède…

A ce propos, votre dernier album, vous l’avez enregistré en Belgique. Dans les studios « Galaxy » de Mol très exactement. Apparemment, c’est votre producteur, Zad, qui vous l’avait recommandé. Avait-il des raisons particulières pour opérer ce choix ?

M.S. : En fait, il avait travaillé en compagnie d’autres groupes, dans le passé. Il connaissait tout particulièrement les lieux, et puis, au départ, nous souhaitions nous rendre à Berlin, là oµ la plupart des disques de Bowie avaient été enregistrés. On voulait retrouver cette atmosphère toute particulière, qu’il est toujours, jusqu’à présent, le seul à concevoir. Malheureusement, ces studios étaient en pleine phase de rénovation. Nous avons demandé conseil ; et puis Zad, nous a aiguillés sur celui de ‘Galaxy’, nous précisant, que c’était le meilleur endroit qu’il connaissait, pour y avoir déjà travaillé. Finalement, c’est vrai, c’est un endroit idéal pour bosser.

Vous avez ainsi pu rencontrer Luc Van Acker, le propriétaire de ces studios. Votre rencontre a donc dû être très conviviale ?

M.M. : Absolument. Il est même ici (NDR : au Pukkelpop). Nous avons mangé ensemble ; et puis, nous lui avons dédicacé une de nos chansons.

Bowie, c’est un mythe pour vous ?

M.S. : Nous apprécions tout particulièrement tout ce qu’il a sorti entre 1972 et 1976.

Comment expliquez-vous que le clip consacré au single « If you were here » est passé si souvent  sur MTV ?

M.M. : Je suppose qu’ils appréciaient la chanson, et puis également le clip. C’est une question de chance. Nous étions probablement dans un bon jour, lorsque nous leur avons remis la cassette…

Pas d’autres explications ?

M.S. : Non, personnellement, je n’en ai pas. Vous devriez leur demander.
M.M. : La meilleure explication ? C’est une bonne chanson !

Pas facile quand même de s’y imposer. Beaucoup de groupes américains n’y sont même jamais passés !

M.M. : Nous étions en Finlande, pour une tournée, lorsque nous avons vu le clip diffusé, pour la toute première fois, sur MTV. Du coup, on s’est foutu une bonne cuite. Mais, c’est vrai que c’était assez surprenant.

Comment expliquez-vous qu’il y ait une telle prolifération de groupes scandinaves qui s’exportent aussi bien, et notamment, suédois ?

M.S. : Je suppose que c’est parce que l’environnement musical est idéal. Il y a aussi beaucoup de monde qui est prêt à aider les groupes. Suffisamment de salles pour répéter qui ne coûtent pas tellement cher. Le gouvernement apporte également son aide d’une manière substantielle, et surtout financière. Il est assez facile de lancer une formation et de se faire payer en retour. Je pense que c’est notre tour maintenant …

Chez vous, vous êtes devenus célèbres. Pas trop de problèmes, lorsque vous souhaitez sortir et prendre un bain de foule ?

M.S. : Non, en Suède, en général, le public te laisse tranquille, respecte ta vie privée…
M.M. : Ici, ce n’est pas un problème, car personne ne nous connaît.

Je suppose que vous n’aimez pas trop les comparaisons. Mais parmi toutes celles que nous avons pu lire dans les différents articles ou bios consacrés au groupe, celles relatives à Radiohead, Mansun et à l’ensemble australien Church, nous semblent les moins absurdes. Une réaction ? Avez-vous des atomes crochus avec la scène australienne ?

M.M. : En général, nous n’aimons pas trop la musique australienne. Nick Cave, quand même. Mais pas ce que faisait INXS.
M.S. : Si je me souviens bien, The Church avait commis une excellente chanson, « Under the milky way ». C’était déjà, il y a longtemps. Mais la musique australienne ne me tente pas plus que ça.
M.M. : Radiohead est un de nos groupes préférés. Mansun, je ne connais que le nom. Je n’ai jamais écouté leurs disques. Mais  Radiohead et The Church sont de bons groupes (NDR : et certainement de bonnes comparaisons)…

(Version originale de l’article paru dans le n° 66 du magazine Mofo de septembre 1998)

Merci à Jean-Baptiste Ducrotois

Mogwai

La nature abstraite du bruit pur.

Compositeur/guitariste, mais surtout leader de Mogwai, Stuart Braithwaite parle peu. Mais lorsqu'il s'exprime, il le fait à bon escient, et avec beaucoup de bon sens. On comprend alors beaucoup mieux, pourquoi, les chansons de ce groupe écossais, de Glasgow très exactement, soient exsangues de vocaux. Pourtant, elles ne manquent ni d'attrait ni d'intérêt ; mais on a l'impression qu'elles ne savent pas toujours sur quel pied danser. Celui de la simplicité ou de la complexité…

En termes de " noisy ", des formations telles que Slint, Sonic Youth, My Bloody Valentine et Spacemen 3 ont-elles eu une influence majeure sur la musique de Mogwai ?

Nous apprécions ces groupes à leur juste valeur, mais notre principale inspiration " noise ", nous la puisons chez une formation de Philadelphie, Bardo Pond.

En peignant, à l'instar de Labradford, des paysages musicaux atmosphériques, peut-on dire que Mogwai émarge à l'école impressionniste? Avez-vous le sentiment d'avoir récupéré une partie de l'héritage abandonné par Joy Division ?

Impressionniste, oui. Mais surtout pointilliste. Un peu comme Schoenberg (NDR : compositeur américain d'origine autrichienne ; 1874-1951). De la même manière qu'un peintre cherche à traduire ses idées sur sa toile… Joy Division, constitue, à mes yeux, le meilleur groupe qui soit né au cours de ce siècle. C'est une source d'inspiration, je le concède. Et puis, être comparé à cette légende, est un véritable honneur. Cependant, je pense qu'on a encore du pain sur la planche avant de pouvoir espérer atteindre leur niveau…

Tu aimes la nature abstraite du bruit pur. Pour toi, l'explosion du bruit blanc t'apporte un état mental paisible. Pourquoi ?

C'est difficile à expliquer. Sonic Boom y parvenait. En reproduisant le bruit ultime, celui qui apporte la paix de l'âme. Pourtant, si la noise embrasse toutes les fréquences possibles et imaginables, elle a intérêt à atteindre un niveau transsonique, sans quoi, c'est de la merde…

En adoptant un tel style musical, n'as-tu pas peur d'être un jour taxé de revivaliste shoegazer ?

Pas vraiment, parce que les " shoegazers " appartiennent au mouvement pop. Nos sonorités sont beaucoup mieux définies, même si à premier abord, elles s'en rapprochent. Ce que nous interprétons, n'est pas vraiment de la pop, mais plutôt de la musique à l'état pur. En outre, à contrario des ensembles " shoegazzers, nous n'avons pas recours aux pédales de distorsion, telles que wah wah ou autres…

Penses-tu que dans la musique, la violence peur être esthétique et énergétique en même temps ?

Par définition, je suis une personne non violente. Mais il est vrai que la musique de My Bloody Valentine peut libérer une violence extrême. Un état d'esprit qui s'inspire de films comme " Rollerball " ou " Orange mécanique ". Bien qu'appréciant également ce type de long métrage, nous sommes conscients qu'ils ne sont pas réalistes…

Il existe très peu de place pour les parties vocales chez Mogwai. Est-ce parce que tu n'en vois pas la nécessité, ou tout simplement parce que tu n'as jamais déniché un chanteur à ton goût. A moins encore, qu'à l'instar de Tortoise, tu n'aies décidé de remplacer cette fonction par un xylophone ?…

En général, la musique n'a pas besoin de paroles. Elle se suffit à elle-même. Il n'est pas nécessaire d'ajouter des mots sur notre création. En fait, je pense que les parties vocales ont une fonction de remplissage mélodique. Parce que les mélodies sont plaquées sur les accords. Chez Mogwai, nous jouons la mélodie. C'est beaucoup mieux ainsi. Quant au xylophone, il a un meilleur son chez Tortoise, parce que c'est un " glockenspiel "…

Que représente la krautrock de Can et de Faust pour Mogwai ?

Un mouvement intéressant, mais qui ne nous obnubile pas particulièrement. Les rythmes répétitifs, hypnotiques de Can et de Neu ont inspiré Spacemen 3, et puis tous les autres. Nous aussi. Mais, nous ne sommes pas du tout obsédés par le krautrock…

Et les Chemical Brothers, auxquels une certaine presse vous prête une même perspective de la dynamique, une même capacité de libérer la tension optimale ?

Je n'aime pas trop les Chemical Brothers. Tout ce qu'ils arrivent à faire, c'est de la musique disco pour étudiants. Elle est trop fonctionnelle à mon goût pour vraiment m'intéresser. Ils sont certainement dynamiques, mais je déteste cette tendance " backbeat " ou " techno ". Je préfère la démarche entreprise par des formations comme Autechre, Aphex Twin ou Plastic Man…

Et la prog rock de King Crimson ? Circa " Lark's tongue in aspic ", pour être plus précis ?

Non, pas vraiment, Robert Fripp est un excellent guitariste ; mais hormis ses collaborations avec David Bowie et Brian Eno, je ne connais pas très bien l'œuvre de King Crimson…

Qui a eu l'idée de sortir l'album de remixes, " Kicking a dead pig " ?

Au départ, c'était une idée de la firme de disques. Mais comme nous avons eu la liberté de choisir ceux qui étaient intéressés par cet exercice de style, on peut dire que c'est également la nôtre… Je ne pense pas que ce soit un album incontournable, mais il donne une idée différente de notre création. Nous ne voulions pas de version house ou techno, mais plutôt une approche plus personnelle de la matière première. Et le résultat est parfois fort bon, comme celui opéré par Kevin Shields…

Que représentent les Gremlins pour Mogwai ?

Nous avons, en quelque sorte, volé l'idée du film pour choisir le nom du groupe, mais ce n'est pas notre film préféré. En fait, le nom sonnait bien, c'est tout. Nous sommes davantage attirés par des films de science fiction, de la trempe de " 2001 odyssée de l'espace " ; ils correspondent davantage à notre état d'esprit…

Merci à Vincent Devos

Version originale de l'interview parue dans le n° 68 (novembre 98) du magazine MOFO

 

Super Furry Animals

Le rock (des nineties) est mort

Écrit par

Si des prénoms comme Gruff, Guto ou Huw libèrent pour vous un parfum d'exotisme plus appuyé que d'autres comme Liam, Noel ou Damon, ne changez rien, vous avez zappé sur la bonne chaîne. Le rock anglais ne se limite heureusement pas à la Britpop et à ceux que le NME ou le Melody Maker décrivent comme incontournables. Les plateaux et les vallées du Pays de Galles abritent en effet quelques groupes précieux, comme les Super Furry Animals par exemple, dont les Gruff, Guto et autres Huw sont justement les principaux membres...

Etait-ce la bière belge, la chaleur, la fatigue ou autre chose de plus répréhensible, toujours est-il qu'au moment où Gruff le chanteur et Daffyd le batteur nous ont rejoints après avoir assuré la première partie d'Echo And The Bunnymen sur la scène de l’AB, en février dernier, ils étaient tous deux bien explosés. Par charité, l'interview a donc démarré par quelques questions simples...

Beau ? Qui ?

Que pensez-vous de votre prestation accordée ce soir?

Gruff : Je suis très content d'avoir pu jouer ici. Ce n'est pas toujours facile de devoir assurer une première partie et de ne pouvoir dispenser que des sets réduits ; mais le public était assez réceptif. Une situation agréable.

Qu’est-ce qui est essentiel chez Super Furry Animals et dans sa musique?

G. : Sans vouloir faire de généralisation hâtive, euh....
Dafydd : Nous nous intéressons aux sons, à leurs fréquences, aux mots....
G. : Aux textes aussi, aux mélodies, aux harmonies vocales....

Certaines de vos chansons me rappellent les premiers disques de David Bowie...

G. : Tu sais, je pourrais te citer une quinzaine d'artistes qui nous ont influencés. Nous n'idolâtrons pas David Bowie. Je dois avoir deux ou trois de ses albums des années 70, dans ma collection ; mais j'en possède aussi de Lou Reed, John Cale, des New York Dolls, d'Iggy Pop. Cette période nous intéresse beaucoup.

Et Tom Jones, alors ?

Certaines de vos chansons sont écrites en gallois; vous les jouez parfois quand vous êtes en tournée hors de chez vous?

G. : Oui, absolument. Il arrive parfois que nous modifiions notre set et qu'accidentellement, il n'en comporte aucune ; mais ce phénomène ne se produit pas souvent. A tout casser, je dirais que nous avons dû accorder cinq ou six concerts sans aucune chanson en gallois. Evidemment, c'est cool pour nous de pouvoir chanter dans notre langue, mais il n'y a rien de particulier qui nous pousse à le faire ou non.

Vous êtes célèbres au Pays de Galles?

D. : Ça dépend de ce que tu entends par célèbres. Tom Jones est célèbre au Pays de Galles, oui.
G. : Nous avons déjà joué dans de grands festivals, chez nous comme en Angleterre.

Qu'avez-vous de plus original que d'autres groupes britanniques?

G. : Ce n'est pas le genre de question que nous nous posons. Nous raisonnons plutôt en termes de musique. Nous ne nous voyons pas comme un groupe britannique ou gallois, même si nous avons le sentiment d'appartenir à notre communauté. Nous aurions pu venir de Belgique, du Japon ou même d'ailleurs et sortir des disques similaires ou posséder des collections de disques semblables à celles d'autres gens de par le monde. Nous avons grandi avec des disques que bien d'autres gens possèdent: de la musique anglaise, américaine, française, même belge, pourquoi pas?

Vous connaissez la musique belge?

G. : Oui, de l'industriel, Front 242 et des trucs du style…

Vous sentez-vous proches de groupes essentiels issus des années 80?

G. : Pas psychologiquement. Disons que s'il fallait faire un lien, ce serait plutôt au niveau des mélodies pop. Mais ce qui nous plaît le plus, c'est de pouvoir jouer devant un public qui n'a jamais entendu parler de nous et voir ce qu'il en pense. Dire que nous pratiquons une musique britannique, est quelque peu offensant. La musique est la musique, d'où qu'elle provienne. Elle ne doit rien aux nationalismes. C'est ce qui pourrait faire sa force, motiver les gens. Il y a des mélodies, des rythmes qui te font bouger, des émotions, ça oui.

A écouter vos disques et vos concerts, on dirait que vous accordez de l'importance aux sons bizarres que vous pouvez tirer de vos claviers...

G. : Je ne dirai pas ‘bizarres’.

Mais vous n'êtes pas seulement un guitar band ?

G. : Exactement! Nous sommes intéressés par tous les sons. Le bizarre n'a rien à voir là-dedans. Pour nous, tous les sons sont valables. Nous essayons simplement d'être inventifs, de faire fonctionner notre imagination. Il y a tellement de guitar bands chiants, des chansons qui n'en finissent plus, qui se ressemblent toutes, tu vois ce que je veux dire? On dirait qu'il y a une formule nineties, un rock nineties. Nous essayons d'écouter tout ce qui nous passe entre les mains. C'est chouette de pouvoir jouer à l’aide de différents instruments, de recourir à différentes techniques et de les pousser le plus loin possible, de mixer des idées pour notre seul plaisir.

Quel est le disque le plus chiant que vous ayez entendu ces dernières semaines?

D. : Pfff, il y en a des tonnes, tu sais.
G. : Je préfère essayer de penser aux bons trucs que nous avons entendus. Disons que la proportion de bon par rapport aux conneries doit être de 20/80. Cette semaine, j'ai entendu un auteur/compositeur américain dont le nom m'échappe à l'instant mais qui joue des trucs acoustiques vraiment accrocheurs. Ryuichi Sakamoto, c'est pas mal non plus. Je suis tombé l'autre jour sur un groupe de Bruges qui s'appelle Khon, tu connais?
D. : Ce sont vraiment des aliens. Ils jouent des trucs bizarres, très lents comme ça, plein de bruits étranges... Manifestement, ils doivent avoir une bonne raison. C'est le genre d'attitude que nous voulons aussi manifester. Habituellement, nos concerts ont un peu plus de sens parce que nous pouvons les mener à terme.

C'est frustrant de devoir assurer une première partie?

G. : Ce n’est déjà pas mal. Mais un supporting act ne peut s’exprimer qu’à moitié.

Sacrés Anglais!

A quoi peut-on s'attendre de votre part, au cours des prochaines semaines ?

G. : Je ne sais pas exactement ce qui est déjà disponible ici en Belgique. Ce mois-ci (NDLR : en mai) nous sortirons un nouvel Ep, un peu différent de ce que nous avons enregistré jusqu'ici. En septembre devrait paraître une compilation de singles devenus difficiles à se procurer. Et ensuite, nous commencerons à travailler sur notre nouvel album.

Avec une idée particulière derrière la tête?

G. : Nous aimerions pouvoir nous exprimer de manière plus ambitieuse, surtout en dehors de la Grande-Bretagne. L'Angleterre n'est jamais qu'une île à la con plantée à quelques kilomètres de 1’Europe et complètement obsédée par elle-même.

Comment jugez-vous cette manie, dont souffre la presse britannique, d'encenser tout ce qui vient d'Angleterre?

G. : Tu sais, la presse britannique a besoin de créer une nouvelle scène chaque semaine. C'est comme dans un comics: vite, il faut imaginer l'épisode suivant. Il ne faut pas prendre tout ce que les journalistes écrivent au sérieux. Mais elle manifeste quand même un certain sens de l'humour. C'est très amusant de lire toutes ces conneries.
D. : Bien sûr, nous avons eu droit à de bons articles dans cette même presse, mais ça ne veut pas tout dire. L'important reste de pouvoir se faire une opinion personnelle de ce qu’on écoute…

(Interview parue dans le n°64 du Magazine Mofo de Juin/Juillet 1998).

 

Gomez

La vision panoramique de Gomez

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Ils sont jeunes. Très jeunes, même. Et nous viennent du Nord de Liverpool. De Southport, très exactement. Un quintette qui compte, à son actif, quatre singles, dont le remarquable " 78 stone wobble ", et puis un premier album, " Bring it on ", qui a été très bien reçu dans toute la presse spécialisée. Excellents musiciens, les membres de Gomez ne sont cependant pas très loquaces, surtout lorsqu'ils doivent assurer une interview, préférant, soit éluder les questions, soit les tourner en dérision…

La pochette.

Le graphisme du booklet interpelle immédiatement. Des gravures très réussies, mais aux coloris ténébreux et aux motifs torturés qui vous flanquent instantanément une impression troublante de claustrophobie, de désenchantement. Une impression qui pourrait facilement s'expliquer par la situation économique du Merseyside, en proie à un taux de chômage effrayant. Et puis, par l'attitude du multi-instrumentiste, Tom Gray, le moins taciturne des cinq. Il a, en effet, participé aux marches organisées en faveur des mineurs en Angleterre. Maintenant, lorsqu'on lui rappelle cet épisode, il imagine qu'on le charrie. Et si on lui demande si Billy Bragg, régulièrement impliqué dans ce type de manifestation, est pour lui un modèle, il nous rétorque être davantage sensible à l'engagement social et politique de Woodie Guthrie. Mais revenons au graphisme du booklet. En couverture, un homme se pince le nez. Pourquoi ? Paul Blackburn, le bassiste, mais également le responsable de ces fresques n'aime pas trop voir analyser son art pictural. Ses répliques cinglantes corroborent ce point de vue. " Qu'est ce qui pue ? C'est l'haleine de Tom ! "  Et Tom d'en remettre une couche : " Oui, oui, c'est vrai, elle est tout à fait toxique ! "  En ouvrant le dernier feuillet, on découvre un bâtiment lugubre, blafard, jouxtant un autre tableau aussi sinistre, illustré par un visage en détresse, qui contemple cinq traits verticaux biffés d'une ligne horizontale. Est-ce le symbole d'un camp de concentration ? Le cri de détresse d'un détenu qui compte les jours qui lui restent à passer à l'ombre. Paul se défend de véhiculer de semblables desseins. " La tronche du personnage ne transpire pas le bonheur, c'est vrai ; mais le bâtiment n'est ni une prison, ni un camp de concentration ; c'est une usine. J'ai simplement voulu faire passer un message. Celui de l'allergie au travail. C'est tout ! "  (NDR : si on veut bien !)

Le style.

Difficile de comprendre comment de si jeunes musiciens, dont la moyenne d'âge est de vingt-deux ans, ont pu assimiler des styles aussi peu contemporains que le blues, le rythm'n blues, de l'école " Stax " en particulier, le psychédélisme de la fin des sixties ou la country ; et reconnaître pour influences majeures des artistes tels qu'Isaac Hayes, Curtis Mayfield, Marvin Gaye, Canned Heat, les Doors, le Floyd, Flying Burrito Brothers, Robert Johnson et même Ornette Coleman. Leur éducation musicale a-t-elle été tracée par leurs parents ? Tom réagit instantanément. " Pas du tout ! Nos parents n'écoutaient certainement pas Marvin Gaye ou Otis Redding. Un style beaucoup trop sensuel, lubrique pour eux (rires). Ils préféraient se brancher sur une musique plus douce, plus décente. Si nous reconnaissons ces influences, c'est parce que ce sont les disques que nous écoutons depuis notre plus tendre enfance. En fait, nous fréquentions régulièrement les disquaires. De vrais accros. Et dès qu'un vinyle était à notre goût, nous l'achetions. Ce qui explique pourquoi nous possédons une vision aussi panoramique de la musique. Il y a beaucoup d'espace et de volume dans ce que nous faisons. Nous nous intéressons à tous les courants musicaux, pourvu qu'ils correspondent à notre sensibilité. Nous ne nous limitons pas à parcourir un seul style, à adopter une seule formule. Nous élargissons notre paysage sonore, en mélangeant les sonorités les plus diverses. Cela nous permet d'accomplir notre propre voyage sonique, d'affirmer notre propre identité…" Une philosophie partagée par des artistes américains et surtout contemporains tels que Fun Lovin' Criminals, Cake et surtout Beck. Ben Ottewell, chanteur ou plus exactement crooner au timbre vocal aussi rocailleux que Tom Waits concède : " Cake est un très bon groupe. Leur dernier album n'est peut être pas très consistant, mais il recèle d'excellents morceaux. Cependant, je dois admettre ne pas suffisamment connaître ce groupe, pour pouvoir me prononcer à leur sujet. " Tom revient à la charge : " Les comparaisons, on s'en fout. Il faut bien que les médias trouvent matière à disserter. M'enfin, il vaut mieux être comparé à Suede qu'à Slade ! "  (NDR : on voit pas le rapport !) " Je ne vais quand même pas en faire une maladie parce que le groupe est bombardé de références. A priori, elles ne nous dérangent pas, mais il y en a tellement, qu'il faudrait un camion pour pouvoir les transporter ". Intervention soudaine de Ian Ball, le guitariste/harmoniciste : " Je n'aimerais pas que nous soyons comparés à Barbara Streisand ou à quelque chose dans le genre… " Finalement, il est à se demander si Gomez n'incarne pas la réponse britannique au funk post moderniste yankee des Fun Lovin' Criminals, et surtout de Beck. Encore que, côté groove, Gomez semble plutôt marcher sur les plates-bandes de Primal Scream. Et c'est loin d'être une critique négative. Ce qui n'empêche pas Ben de réagir : " Primal Scream ? Ils ont presque tout piqué aux Stones. Même le feeling de 'Gimme Shelter'. Enfin, nous ne sommes pas contre, surtout lorsque c'est bien fait. Leur dernier album m'a, en tout cas, beaucoup plu… " Et nous aussi !

L'identité.

Gomez est un nom qui colle bien à la formation. Parce qu'intrinsèquement, dans sa musique, on y ressent des influences latines, comme la bossa nova. Pourtant, aucun des musiciens n'a d'ancêtre espagnol, brésilien ou mexicain. En fait, Gomez est tout simplement le nom de famille d'un de leurs potes. Jason. Asiatique de surcroît. Mais alors, pourquoi diable, cette sensibilité latino ? Ben confesse : " Il n'y a rien de secret là-dessous. En fait, le rythme a beaucoup d'importance dans la structure de nos compositions ; et lorsque nous interprétons une chanson, un feeling latin domine instinctivement, naturellement, le tempo. Ce n'est pas le fruit du hasard. Ce sont des effets que nous recherchons. Et si c'est un hasard, c'est un hasard heureux. "

Une flopée de labels souhaitait signer le combo. Mais c'est finalement Hut, dont le catalogue épingle notamment Smashing Pumpkins, Verve et Placebo, qui a coiffé tous ses concurrents sur la ligne. (NDR : avec ou sans doping ?). Tom conteste l'idée reçue que le groupe aurait choisi cette firme de disques, en fonction de la notoriété de son catalogue : " Non, non, nous n'y avions pas pensé. Nous avons simplement signé ce contrat, parce que les gens qui travaillent dans cette boîte son sympas. Tout comme le boss, Dave Boyd, d'ailleurs. Et puis, nous sommes libres d'être aussi fous que nous le souhaitons, et aussi pop que nous le désirons… "

Merci à Vincent Devos.

(Version originale de l'interview parue dans le n° 65 - Août 1998 - de Mofo)

 

The Cramps

Du rêve à la réalité...

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Inspirés à la fois du rockabilly, du psychédélisme, du punk sixties déjanté, du surf et des films d'horreur tournés au cours des fifties, les Cramps sont toujours parvenus à reproduire, dans la grande tradition du rock'n roll, leurs propres clichés jusqu'à l'outrance. C'est sans doute ce qui leur a certainement permis de conserver leur brevet d'intemporalité. Ils viennent donc d'enregistrer un nouvel album : " Big beat from Badsville ", et dans la foulée sont repartis en tournée. Qui transitait par l'Aéronef de Lille. Où nous avons eu la chance de rencontrer Poison Ivy et Lux Interior, au sommet de leur forme, alors que le couple avait d'abord décidé d'annuler toutes les interviews…

Vous avez quitté Creation, apparemment de méchante humeur. Pourquoi ?

Poison Ivy : Creation constitue, sans doute, un label idéal pour Oasis ; mais certainement pas pour nous. Le personnel de cette boîte nous détestait et nous a boycottés. Pour eux, nous n'existions pas. Alan Mc Gee était probablement le seul qui nous appréciait. C'est lui qui avait voulu nous signer. Mais il a été victime d'une overdose ; et on s'est retrouvé face aux comptables de la firme… Finalement, nous avions de bien meilleurs contacts avec Sony, qui était pourtant chargé de nous distribuer en Europe. Ce label s'est toujours montré correct et a toujours manifesté beaucoup d'enthousiasme à notre égard…

Pourtant, Jesus & Mary Chain vient de réintégrer Creation. Vous y comprenez quelque chose ?

P.I. : Non, je ne comprends pas leur décision. Mais ça les regarde !

Vous venez de rejoindre les Fleshtones chez Epitaph, formation avec laquelle vous partagez un record insolite ; celui d'avoir transité par le plus grand nombre de labels en vingt années d'existence. Une concurrence ou une coïncidence ?

Lux Interior : J'ignorais que les Fleshtones avaient connu autant de labels. Mais nous ne sommes pas des amis intimes, ni des concurrents. Nous les connaissons pour avoir partagé la même affiche de l'un ou l'autre concert. Et puis, nous respectons ce qu'ils font…

Il n'y a pas de cover sur " Big beat from Badsville ". Des regrets ?

P.I. : Non, non, pas du tout. Ce qui ne veut pas dire que nous n'allons plus en faire. Il y a tellement longtemps que nous pratiquons cet exercice. C'est quelque part notre mode de vie. Mais, pour cet album, nous n'en avions pas trouvé une qui nous plaise totalement. Et puis, finalement, nous nous exprimons beaucoup mieux à travers nos propres chansons qu'à l'aide de celles des autres…

L.I. : Lorsque nous avons fondé les Cramps, les albums de réédition n'existaient pas encore. Nous recherchions les 45 tours dans les marchés aux puces. Nous pensions même, à l'époque, que personne n'aurait jamais entendu parler de ces disques, si nous ne les jouions pas. Mais aujourd'hui, un tas de formations jouent ces morceaux. Aussi, je pense qu'il n'est plus aussi indispensable d'interpréter autant de covers que nous ne le pratiquions auparavant. Mais si dans le futur, une chanson en valait vraiment la peine, nous l'inclurions sur un album. Nous avons d'ailleurs gravé un single, il y a quelques mois, sur lequel figure une reprise en face B. Cela n'a jamais été et ce ne sera jamais une règle générale…

Quelle est la frontière entre l'imagination et la réalité pour les Cramps ?

L.I. : L'imagination génère la réalité. La réalité procède d'une pensée, d'une idée. Et l'intention de concrétiser cette idée correspond à ce que nous appelons la réalité. Si la réalité est un fait qui exige d'être reconnu par les autres, ma réalité est partagée. Dès lors, la définition de la réalité implique un consensus entre personnes. Mais elle est le fruit de l'imagination. Un exemple ? Les Cramps sont nés d'une idée. Or, aujourd'hui, ils sont une réalité, ils doivent donc être une réalité Ils ne peuvent être qu'une réalité et non pas rester au stade de l'imagination. Mais en fait, l'imagination est en amont de toute chose. La réalité sans l'imagination est inconcevable…

P.I. : Les êtres humains qui ont une vie ennuyeuse nous regardent, en pensant que nous ne représentons pas la réalité. Pour eux, notre création n'est pas la réalité. Mais ce que nous faisons est très réel. En fait, pour nous, ce sont tout ces gens portant des costumes/cravates et qui s'ennuient qui ne sont pas la réalité…

L.I. : Toutes les grandes découvertes scientifiques ont débuté par une idée. Einstein était capable d'imaginer ce qui allait devenir vrai. Il ressentait que son idée pouvait devenir réelle. Mais il lui a fallu des années et des années pour la démontrer. Mais s'il n'avait pas fait preuve d'imagination, il ne serait pas connu. Prend le cas d'un avion, il faut d'abord l'imaginer avant de pouvoir le construire…

P.I. : Cette philosophie est démontrée dans un grand livre qui s'intitule " A propos de l'art et de la physique ". Einstein ne serait jamais parvenu à imaginer la théorie de la relativité, s'il n'avait pas découvert une peinture cubiste consacrée au cosmos. La théorie de la relativité est postérieure au mouvement cubiste. Comme la fusion à froid est apparue après la naissance des Cramps (NDR : ! ? ! ? !)…

En extrapolant, vous pensez donc que sans les rêves, il est impossible de changer le monde ?

L.I. : En fait, le rêve vient d'abord. Ensuite, on tente de comprendre pourquoi on a rêvé, selon des théories scientifiques…

Lux, tu as un jour déclaré que les être humains avaient été créés par des extra-terrestres. Mais que pour nous garder sous leur contrôle, ils ont inventé des religions, des pays et des langages différents. Peux-tu préciser ta pensée ?

L.I. : Cette idée n'est pas neuve. Il existe toute une littérature philosophique qui prône cette hypothèse. Je suis, en outre, fort sensible à cette philosophie qui repose sur la transformation de singes en êtres humains par les aliens. Cependant, par erreur, les êtres humains sont devenus supérieurs à leurs créateurs. Particulièrement les femmes. Alors, les envahisseurs ont disséminé cette population aux quatre coins de la planète, leur ont inculqué différents langages, de sorte que leurs différences les poussent à se battre entre eux ; et en même temps, permette aux aliens de contrôler plus facilement les terriens. Et c'est ce qui se passe sous leurs yeux aujourd'hui…

Le 14 juin 1981, vous assuriez la première partie de Siouxsie & The Banshees à l'Ancienne Belgique de Bruxelles. Au cours du set, Lux a pris un crâne et a déclaré : " Ceci est ma mère!…" Pourquoi ne pas avoir également invité ton père ?

P.I. : Mince alors ! Ah ça fait vraiment longtemps. Je ne m'en souviens pas. Mais c'est possible. Est-ce qu'il était déjà mort ?

L.I. : Non, non, il n'était pas encore disparu. Mais aujourd'hui, il est bien décédé. Je me souviens seulement du spectacle. Siouxsie & The Banshees ne nous avait concédé qu'un mètre d'avant-scène. Ce qui devait représenter à peu près quinze mètres carré. Mais heureusement, à l'époque, nous n'avions pas besoin de beaucoup de place pour jouer…

Vous êtes fascinés par les vampires. Mais vous ne mangez pas de viande. Vous préférez peut-être le sang ou le boudin ? (rires)

P.I. : Effectivement, nous ne mangeons pas de viande. Ni ne buvons de sang. J'aime le concept des morts vivants, des vampires, parce qu'il y règne beaucoup de sexualité. C'est une sorte d' " addiction ", un peu comme lorsqu'un drogué est en manque ; il doit absolument prendre sa dose. Donc, ce comportement est pardonnable. Il existe une grande variété de vampires. Pas seulement ceux du sang. Des vampires astraux et puis des vampires qui ont une toute autre dimension. Des vampires de l'énergie. Le sang est seulement une forme. Il faut également tenir compte des mauvais vampires, intéressés par notre énergie. On doit alors se protéger…

L.I : Par exemple, des vampires qui sévissent dans le monde de la musique. (rires)

P.I. : Oui, mais nous, on est bien protégés face à ce type de vampires. Ce qui explique pourquoi on est toujours ici…

Les Cramps sont devenus un groupe culte. Mais, en général, les groupes culte n'ont de succès que lorsqu'ils sont morts. Comment allez-vous faire, lorsque défunts, vous décrocherez un " award " ? (rires)

P.I. : Je vais vous confier un secret. Nous sommes morts. Nous sommes des vampires. Et comme nous n'avons pas l'intention de quitter la scène…

L.I. : C'est dans l'esprit de cette chanson de Screamin' Jay Hawkins, " Je m'en fous pas mal si tu me veux, je suis à toi de toutes façons… ".

Pour les Cramps, les films de série B seraient du blues. Peux-tu préciser ta pensée ?

L.I. : Pas facile à expliquer. Tout d'abord, lorsqu'on parle de série B, il faut bien distinguer celles qui nécessitent d'énormes moyens, qui bénéficient de grands studios, comme tu peux le voir sur la TV ; et puis, les films à caractère artistique. Réalisés par quelques personnes, ils constituent, en quelque sorte, un art populaire. Ils sont authentiques. Très proches de la réalité. Alors qu'un film fabriqué en studio, nécessitant 1.000 participants, n'est qu'un produit, sans grand intérêt, par dessus le marché. En fait, il existe un parallélisme entre les " B movies " et le blues ou le rock'n roll, parce qu'on est en présence d'un art populaire. Ces gens qui racontent des choses à propos de leur propre vie. Il en va de même pour les séries B. Prend l'exemple d'Ed Wood. On remarquait immédiatement sa signature. Mais lorsque la réalisation d'un film réclame un grand studio, un réalisateur célèbre, met en scène des bagnoles Corvett qui explosent ou des hélicoptères qui s'écrasent, on est loin de la réalité…

Vous êtes des collectionneurs invétérés de disques vinyles, de cassettes vidéo, consacrées à ces séries B ; et puis également de bandes dessinées. En avez-vous, un jour dressé un inventaire ? Avez-vous encore le temps de les écouter, de les regarder ou de les lire ?

L.I. : En permanence ! Lors de nos tournées, nous emportons toujours une valise contenant une bonne vingtaine de cassettes vidéo. Nous les visionnons régulièrement. A New-York, nous appartenons à un club qui s'intéresse aux films rarissimes. Nous y découvrons des œuvres qui ne figurent même pas en cassette vidéo. Nous venons d'assister à la projection de " Légende de Leila Clare ". Stupéfiant ! Depuis notre enfance, nous collectionnons les BD des années 50. Elles sont rock'n roll, dans la mesure où elles sont réellement sataniques, hallucinantes (NDR : hallucinogènes ?), procurent des frissons aux adultes de cette génération. Par exemple, sur la couverture d'un magazine, on pouvait rencontrer un globe oculaire transpercé d'un poignard. Un art populaire très étrange ! A cette époque, ces bandes dessinées étaient considérées comme amorales ; et ont été censurées par la législation. C'est ce style de bouquins que nous collectionnons. On y retrouve, un peu, l'esprit rebelle de la jeunesse des années 50 et 60. Et nous disposons même d'exemplaires de ces BD qui remontent à une quinzaine d'années de plus, des BD à l'imagination malsaine, macabre…

Qui est ce Ghoulardi, à qui vous rendez hommage sur " Big beat from Badsville " ?

L.I . : Il avait réalisé la pochette de " Stay sick ". Un passionné de films d'horreur qui était régulièrement invité sur les plateaux de TV. Notamment à Cleveland. Il était très populaire, mais aussi maniaque. Il portait une perruque effrayante et des lunettes de soleil munies d'un seul verre. Il lui est même arrivé de jeter un pétard pirate en plein débat télévisé. Faut dire que l'occasion était belle, puisque pour la circonstance, le présentateur avait invité des scientifiques. Malheureusement, il est mort cette année…

Qu'est ce qui est répréhensible dans le rock'n roll ?

L.I. : Je ne supporte pas les gens qui sont incapables de faire la différence entre le rock'n roll et le rock. Le rock'n roll est un style de vie, un mode de vie. Vous êtes un rock'n roller ou vous n'en êtes pas un. C'est l'un ou l'autre. Ensuite, il y a la musique rock. Et dans ce domaine, on rencontre des gens qui jouent de la musique rock et qui sont jugés par leurs pairs. Et ils décrètent que telle musique est meilleure qu'une autre. Mais le rock'n roll est une musique simple. C'est supérieur au reste. Supérieur ! En fait, le problème, c'est que la plupart des gens ne connaissent toujours pas la définition du rock'n roll !…

Sans Jery Lee Lewis, Link Wray et Elvis Presley, il n'y aurait pas eu de rock'n roll ; mais pas de Cramps, non plus. Qu'en pensez-vous ?

P.I. : Difficile d'imaginer le rock'n roll sans eux. Ils en sont les architectes, les géniteurs…

L.I. : Si tu consultes le catalogue du label " Sun ", tu remarqueras qu'ils sont tous disparus, sauf Jerry Lee Lewis. Et pourtant, il y a vingt ans que tout le monde pense qu'il va passer l'arme à gauche…

P.I : Celui que tout le monde voyait rendre son dernier souffle le premier est toujours là. Il n'a jamais pris soin de lui, commis les pires excès, boit, fume ; mais il est toujours bien vivant. Incroyable !

L.I. : Longue vie à Jerry Lee Lewis ! On l'a un jour rencontré sur le parking d'un studio d'enregistrement. Je me suis précipité vers lui en lui annonçant que nous venions d'enregistrer notre disque aux studios " Sam Philipps " de Memphis, au même endroit qu'il avait commis les siens. Il m'a répondu que c'était bien, que c'était formidable, que j'étais un mec. Mais instinctivement, je me suis placé devant le pare-chocs de ma Dodge 1966, parce qu'il y est inscrit : " Honk if you like Elvis "… Je ne voulais pas que Jerry voie cette mention.

P.I. : En fait, elle est reproduite sur un autocollant…

L.I. : On t'aime bien Jerry !… Mais on se disait : " Surtout ne regarde pas le pare-chocs, Jerry, on t'aime bien tu sais… "

Espérez-vous, tant qu'il est encore de ce monde, pouvoir un jour jouer avec lui ?

L.I. : Jouer avec Jerry Lee Lewis ?

P.I. : Oh, oui ! J'attends ce moment avec impatience. Et je parie qu'il le ferait. Ce serait la concrétisation d'un rêve…

L.I. : Et le rêve devient réalité. C'est vrai que j'ai rêvé de cet instant. Mais je ne pense pas qu'il ait besoin de nous, autant que nous ayons besoin de lui…

Version originale de l'interview parue dans le n° 63 (mai/juin 98) du magazine MOFO

Merci à Vincent Devos ainsi qu'à Danièle (Aéronef), sans qui cette entrevue n'aurait pu avoir lieu.

 

 

 

 

 

Beastie Boys

Hello Nasty (b)

Issu de la banlieue new-yorkaise, Beastie Boys a réussi, au fil des années 80, à se forger un énorme succès à l’échelle mondiale. Leur mélange de rap, de hip hop, truffé de samples slicés, de bruitages programmés, leur humour caractéristique, omniprésent à chaque apparition, ont fait de ce trio américain le porte parole de la scène rap internationale. Leur nouvel album. " Hello nasty " emprunte le même itinéraire que ses prédécesseurs. On y retrouve des bandes torturées, une pluie de scratches, quelques riffs de guitares hardcore, une boite à rythmes toujours aussi speedée, et trois petites voix nerveuses. Un peu à l’image du single " Intergalactic " dont la vidéo, qui met en scène une satire des mauvais films nippons où de méchants monstres s’opposent à de gentils justiciers multicolores, cachés dans un robot électronique, nous a bien fait rire… Un album de très bonne facture, mais peut-être un peu long… c’est vrai que 22 titres dans le style, c’est plutôt indigeste. Un peu à l’image de la pochette. Représentant les membres du groupe, couchés dans une boîte de sardines. Une portion, ça passe. Toute la conserve, ça casse…

 

Beastie Boys

Hello Nasty (a)

Écrit par

Bon, d'accord, c'est pas exactement dans cette rubrique que le dernier album des trois sales gamins devrait se trouver. Sauf qu'il s'agit d'un ‘special bonus CD pack’, incluant quatre remixes dont le plus attractif est à priori le "Body Movin'" revu et corrigé par Fatboy Slim. Avec un peu plus d'écho et des percussions hénaurmes, l'ex-Housemartins ne s'écarte néanmoins pas vraiment du style auquel les Beastie Boys nous ont depuis longtemps habitués. Mouais...

 

The Dandy Warhols

Sex Drugs and Rock n roll

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Originaires de Portland, dans l'Oregon , les Dandy Warhols sont considérés comme le groupe américain le plus anglais des nineties. Version britpop, bien sûr. Encore qu'en y regardant de plus loin (NDR : Pourquoi pas de plus près ?), cette pop britannique contemporaine doit également beaucoup au garage sixties américain… D'ailleurs, Courtney Taylor, chanteur et leader de la formation, ne croit pas (ou si peu) à l'originalité pure et dure, mais plutôt à l'originalité du recyclage…

L'enregistrement de votre deuxième album a nécessité 5 mois. Un accouchement apparemment laborieux ?

Si son enregistrement a duré si longtemps, c'est que nous avions besoin de tout ce temps pour le réaliser. En fait, nous disposions de 5 mois. Personne n'achève jamais tout à fait un album. En vérité, lorsque tu n'as plus de fric, l'enregistrement est terminé. Or, nous disposions de suffisamment de ressources pour y passer 5 mois. Si nous en avions eu pour le double de temps, nous serions resté 10 mois en studio. Notre premier opus, " Dandy's rule O.K. ", n'avait pris que deux semaines. Et nous n'étions pas en studio tous les jours. En fait, sur les 2 semaines, 3 jours avaient été consacrés à l'enregistrement, et 3 autres au mixing. Nous y étions contraints. Et le résultat fut superbe. Nous avons réalisé un grand album en 5 mois, parce que nous en avions les possibilités. C'est vrai que deux semaines, c'est peu, mais c'est toujours mieux que rien du tout…

A propos de ce premier album, vous semblez en être à la fois fiers et embarrassés. Une raison ?

Il est comme il est. Nous l'avons écouté, hier dans le bus. Et lorsqu'il est arrivé à la plage " Lou Weed ", j'ai regardé Pete en lui disant : " C'est ça notre premier album ? " Nous qui écumions les petites salles et les petits clubs depuis à peine une année étions déjà capables d'atteindre ce niveau de maturité. Incroyable ! Le mixing est un peu faible, mais ce disque est un témoignage de ce que nous étions alors capables de faire. En fait, je n'arrive pas à croire que nous étions déjà aussi bons à cette époque…

Tu as un jour déclaré que les Dandy Warhols étaient le produit d'un environnement. Lequel ? De Portland ? De la fin des nineties ? Et pourquoi ?

Simplement parce que nous sommes tous issus de cette région. Naître à Portland n'est pas ce qui pouvait m'arriver de mieux ! Tu parles d'un environnement, d'un décor ; de ce côté là, on n’est vraiment pas gâtés !

Courtney, tu as étudié la musique, la psychologie, la philosophie, la photographie et l'histoire de la civilisation américaine, à l'univ. Mais tu ne sembles guère branché par la politique. Or, suivant l'adage, si tu ne t'intéresses pas à la politique, la politique s'intéressera à toi. Ce n'est pas un problème pour toi ?

Non, pas encore. Pas la politique internationale en tout cas. Ca me dépasse. Elle ressemble à une toile d'araignée (NDR : il éternue.). Et je ne vois pas comment on pourrait s'en dépêtrer. C'est beaucoup trop compliqué d'harmoniser tous ces peuples qui éprouvent des envies et des désirs différents. Je m'intéresse davantage à la politique individuelle. Celle qui me permet de défendre mes propres intérêts face à mon label, face à mes employeurs. Mais je me débrouille plutôt bien dans ce domaine. Je n'insulte pas trop de monde. Et même personne, sauf ceux qui le méritent. Non, sincèrement, je préfère m'impliquer dans la musique. Parce qu'elle répond à un besoin du public. Et puis, c'est beaucoup plus facile.

Que représente Ian Dury pour les Dandy Warhols ?

Je ne comprends pas la question. (NDR : ou il feint de ne pas la comprendre).

La devise des Dandy Warhols, à l'instar de la célèbre chanson de Ian Dury, n'est-elle pas " Sex and drugs and rock'n roll " ?

(Plutôt embarrassé) Tu veux savoir ce que j'en pense ? Je n'ai pas trop envie d'en discuter, à cause du groupe… Pourquoi Ian Dury chantait " Sex and drugs and rock'n roll " ? En fait les trois thèmes sont étroitement liés. Enfin étaient très liés au cours des 80's. Aujourd'hui, c'est beaucoup moins flagrant. En fait, les artistes qui n'abordaient pas la sexualité, étaient opposés à la drogue, jouaient du rock'n roll et s'impliquaient dans la lutte politique. U2, par exemple. Ce choix est personnel. Si tu fais du rock'n roll, tu peux le conjuguer avec le sexe et la drogue. Mais tu peux également associer le sexe et le rock'n roll sans toucher à la drogue. Enfin, tu peux t'abandonner au sexe et à la drogue, sans pratiquer du rock'n roll. Mes parents consomment du sexe, sans pour autant s'intéresser au rock'n roll et à la drogue. J'en suis pratiquement sûr. Il est vrai que s'il n'y avait pas de sexe, il n'y aurait pas de rock'n roll. Et probablement pas de drogue (NDR : ? ! ? ! ?). Aujourd'hui, les critères sont occupés de se modifier fondamentalement. La politique et le sexe sont beaucoup plus liés. Bill Clinton a remplacé la drogue par la politique. Il a ainsi inventé un nouveau concept : sexe, politique et rock'n roll. C'est son tiercé gagnant ! Mais je ne compte pas m'y lancer, parce que la politique est beaucoup plus imprévisible que la drogue. Ian Dury était un idéaliste. Lorsqu'il abordait le sexe, la drogue et le rock'n roll, il parlait de ce qu'il connaissait. Sans plus !

Il paraît que tu rêves de faire du cinéma. La musique n'est donc, pour toi, qu'un tremplin ?

Plutôt une thérapie. Chaque fois que vous écoutez votre chanson, vous affirmez votre identité, parce qu'elle vous ressemble. Je créerais de la musique, même si j'étais un robot. Je dois produire de la musique. Je me sens investi d'une mission. Après avoir accompli une tournée, je passe des journées entières à écouter de la musique, à composer. Des journées, que dis-je, des nuits à fumer des cigarettes, à boire des cocktails, à jouer de la guitare, à pousser mes amplis, le casque sur les oreilles. J'en oublie même d'en aller me coucher. Parfois, je travaille jusqu'au lever du soleil, pour créer, m'éclater. J'éprouve une sensation de chaleur intense, à l'intérieur de mon corps, rien qu'à y penser. Ce comportement reflète parfaitement ma manière de vivre. Ma personnalité. Je me suis toujours comporté de cette manière… Mais j'aimerais également, un jour, pouvoir interpréter un autre rôle que le mien. Au cinéma, par exemple. J'ai des tas d'idées dans ce domaine. J'adore le cinéma. Faire un film. Oui, mais pas seul. Avec mes amis et des tas de collaborateurs, des techniciens aussi. Ce serait drôle, mais bien, j'en suis sûr…

Quelle est ta définition du psychédélisme ?

C'est une question difficile. Quelque chose de profond. De difficile exprimer. Il me faudrait une bonne sieste pour pouvoir réfléchir à la question. Non, je préfère ne pas y répondre…

Avec un pied dans le rock américain des sixties et l'autre dans la britpop des nineties, vous n'avez pas peur de perdre votre équilibre ?

Pas du tout ! Il faut bien mettre les pieds quelque part. Ce qui compte c'est de savoir où on les met. Si notre prochain album devait renouer avec une certaine idée de ce qui se faisait en 1979, à Houston, dans le Texas, je m'en foutrais complètement.

Est-ce un plaisir pour vous de pasticher les autres groupes ?

En quelque sorte. Plus exactement un hommage éhonté. J'ai essayé de me fendre Neil Young. Mais n'y suis pas encore parvenu. En fait, je n'ai jamais rien trouvé de plus stupide que ces formations qui se contentent d'imiter les autres groupes en niant l'évidence. Comme si les influences n'existaient pas. Personne ne serait capable de concocter sa propre musique si quelqu'un ne l'avait pas pratiquée auparavant. Personne n'a inventé la musique. Elle a évolué. Il est impossible de progresser sans regarder dans son rétroviseur. Nous existons parce que d'autres ont existé avant nous. Ceux qui pensent le contraire sont des crétins. Et il en existe beaucoup dans le domaine du rock…

Je sais que tu apprécies beaucoup Neil Young. Mais en même temps, tu as un jour déclaré que les musiciens de Pearl Jam étaient une bande de poseurs stupides. Or ce groupe a joué avec Neil ; et ils ont même enregistré un album ensemble. N'est-ce pas paradoxal de tenir un tel discours ?

En fait, ma remarque s'adressait surtout à Eddie Vedder. C'est un type impersonnel, immature, et certainement pas un idéal. Il se crée un personnage plutôt que d'être lui-même. C'est sans doute dû à l'énorme pression qui pèse sur lui. Je reconnais que le fruit de la rencontre entre Pearl Jam et Neil Young était nickel. D'autant plus que les musiciens du groupe aiment beaucoup Neil Young. A une échelle moins importante, cela nous fait penser à une formation de Portland qui nous aime également très fort. Notre batteur, Eric, les a pris sous sa houlette, et est allé en studio pour produire une de leurs chansons. Il l'a ainsi rendue époustouflante. Ce travail lui a pris sept heures. Il l'a fait, pas parce qu'ils sont brillants, mais parce qu'ils sont sympas. Vraiment des chouettes gars. C'est superbe de pouvoir travailler avec des gens qui aiment ce que vous faites. Je suis convaincu que les musiciens de Pearl jam ont passé de bons moments en compagnie de Neil…

Quels sont les plus noceurs ? Oasis ou les Dandy Warhols ?

Oasis ! Parce qu'ils gagnent plus de fric. Ils sont des rebelles totalement insouciants et vivent à cent à l'heure. Ils se comportent comme des gosses sans scrupules qui auraient décidé de ne plus se rendre à l'école parce que leurs parents, décédés, leur auraient légué une fortune. Personne ne pourra les arrêter. Ils semblent vraiment hors de contrôle. Et leurs pitreries n'amusent plus personne. Ni eux, ni leur entourage. Nous sommes beaucoup plus conservateurs. Nous ne passons pas des nuits blanches à guindailler sous l'influence des drogues. Sauf lorsque le lendemain on peut dormir… Nous n'emmerdons pas les gens, sauf lorsqu'ils nous font chier. Là est toute la différence…

Tu as déclaré qu'il était utopique de croire que quelqu'un puisse encore réinventer la technique de la guitare. Tu n'as jamais cru en Sonic Youth ?

Ils sont formidables. Mais ils n'ont rien inventé ni réinventé de nouveau. En fait, ils régurgitent ce que d'autres, avant eux, avaient déjà fait. Tu peux tout disséquer si tu veux, tu retrouveras le canevas ou le beat de Can ou de Suicide. L'astuce est de capter des sources différentes et d'essayer de les brasser pour obtenir quelque chose de nouveau. Mais pas consciemment. Instinctivement, comme elles arrivent. On se fiche pas mal de l'origine ou de l'existence des influences. Inévitablement, il existe toujours un moment où vous avez l'impression de gratter quelque part dans le passé. Mais pourvu que cette sensation ne vous envahisse pas au point de vous agacer, et qu'elle soit suffisante pour que vous aimiez. Ce qui est important, c'est d'imaginer quelque chose qu’on n’entende pas, mais qui ressort. Sans quoi, on penserait trop, et on ne créerait plus rien…

Merci à Vincent Devos.

(Version originale de l'interview parue dans le n° 62 - avril/mai 1998 du magazine Mofo)

The Pastels

On ne fait jamais la couverture des magazines...

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Du line up initial, fondé en 1982, il ne reste plus que Marc Robbie, mieux connu sous son pseudonyme Stephen Pastel. Prophète effacé de la noisy, ce groupe glasgowégien a influencé une pléiade de formations. Entre autres, Jesus & Mary Chain, Wedding Present, Primal Scream, Vaselines et bien d'autres. Pourtant, malgré ses 16 années d'existence, un soutien inconditionnel de la presse spécialisée britannique, mais surtout un style aussi rafraîchissant qu'agréable, les Pastels continuent de végéter dans la zone crépusculaire de l'underground. Nous avons essayé de comprendre cette situation, pour le moins paradoxale, en compagnie de Stephen…

Les Pastels incarnent-ils l'antithèse du rock'n roll ?

Nous avons toujours refusé d'être complices d'un système, de nous conformer à des règles, à des traditions. Nous avons essayé de modifier la conscience du rock'n roll, en la dotant d'un nouveau vocabulaire, en suscitant de nouvelles idées ; parce que nous pensons qu'il a trop longtemps abusé de clichés, qu'il s'est évertué à faire l'apologie du business en érigeant un mur entre les artistes et le public. Les Pastels ont toujours voulu rester proches de leur public, en partageant des attitudes, en entretenant une certaine confidentialité…

Tout comme Aztec Camera, Orange Juice, voire James, les Pastels appartenaient, au cours des eighties, au mouvement " Postcard ". Par la suite, on vous a même affublé du sobriquet " anorak ". Pourquoi toutes ces étiquettes ?

A départ, nous étions influencés par Orange Juice. Personnellement, j'estime que c'était le meilleur groupe issu de la scène de Glasgow. Une formation réellement novatrice. Il faut croire que certaines personnes ont décelé certaines affinités entre eux et nous, car, lorsque les Pastels ont débuté, le mouvement " Postcard " s'était déjà éteint. Le terme " anorak " visait notre tenue vestimentaire de l'époque. Mais au fil du temps, il est devenu une insulte…

Vous ne les avez pas portés longtemps, alors ?

Pendant quelques années ; puis je m'en suis débarrassé, car les gens riaient de moi ? Aujourd'hui, il me viendrait plus à l'idée de me fringuer de la sorte…

Pourquoi avoir adopté une perspective féminine dans vos compositions ?

Probablement parce qu'au sein du line up, on y retrouve deux femmes. En fait leur concours tempère mes excès et permet un meilleur équilibre des morceaux…

Crois-tu que la musique permet de conserver la jeunesse éternelle de l'esprit ?

Absolument ! A chaque concert, à chaque enregistrement, nous sommes transportés par l'enthousiasme ; comme si c'était la première expérience. Nous recherchons constamment de nouvelles teintes sonores, de nouvelles harmonies, défrichons tout ce qui nous tombe dans l'oreille. Notre but n'est pas de sortir des disques à une cadence infernale, de respecter un planning imposé par tel contrat ou telles obligations. Nous voulons simplement mettre au monde quelque chose de bon, d'intemporel. A cet égard, nos disques reflètent l'image du groupe. Ce qui explique sans doute pourquoi nous bénéficions d'une jeunesse d'esprit unique, par rapport aux autres groupes…

Quelle place accordez-vous à la fragilité de l'être humain, à l'angoisse de l'adolescence, dans vos chansons ?

Une place très importante. C'est une forme de naïveté qui est restée au fond de mon âme, et que j'essaie de transposer dans la musique…

Ecrire des chansons plongées dans la mélancolie et l'amour de la nature écossaise, est-ce traduire ta propre façon de décrire la beauté ?

D'une certaine façon. Nous essayons de capturer un certain feeling de notre environnement. Prend l'exemple de Glasgow. C'est une ville à l'âme mixte. D'un côté, il y a cette dureté ; mais de l'autre une architecture élégante, de magnifiques arbres, etc. C'est également ce que je tente de faire passer dans la musique…

Tu as déclaré que les idées étaient ce qu'il y avait de plus important. Ne penses-tu pas que leur concrétisation l'est davantage ?

Je pense que les mauvaises idées qui ont été bien réalisées et les bonnes idées qui ont été mal exécutées, c'est du pareil au même. Dans cette optique, je partage ton point de vue…

Les Pastels ont toujours eu bonne presse. Mais malgré ce soutien médiatique, vous ne vendez pas beaucoup d'albums. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Difficile à dire. Il est possible que, dans le passé, nous ayons sorti une chanson qui aurait pu plaire au grand public ; mais que celui-ci n'ait pas lu ces articles. A moins que le fait de ne pas jouer suffisamment " live " annihile la capitalisation de ces échos. Autre explication plausible, notre passé peu ambitieux. Une raison qui donne peut-être l'illusion à la presse de nous avoir beaucoup soutenus. C'est vrai que nous faisions l'objet de bons papiers, mais jamais la couverture des magazines. Beaucoup de groupes reçoivent ou ont reçu de bonnes critiques. Et ils ne vendent pas ou n'ont jamais vendu tellement de disques. Tout dépend de la manière dont les événements se déroulent…

Oui, mais le groupe existe depuis 1982 ?

Pas vraiment. Nous avons enregistré notre premier disque en 1982. Mais nous n'existions pas vraiment. Je venais juste de quitter l'école. C'était simplement un hobby partagé entre amis. Nous ne sommes devenus un véritable groupe que depuis 1990, lorsque Katrina nous a rejoints. Depuis, nous avons travaillé beaucoup plus sérieusement, et depuis trois ans avec assiduité…

Kevin Shields participe à l'enregistrement de votre dernier album, " Illumination " ; une bonne expérience ?

Oui. Mais il n'a pas joué. Il a simplement mixé et mis en valeur une des compositions de l'album. Mais c'était une bonne expérience, parce que j'ai toujours voulu savoir comment les Pastels sonneraient s'ils se mettaient dans la peau des Valentines. Et le résultat est excellent. Pour moi, ce groupe est très important, c'est un de mes préférés. J'ai adoré la plupart de ses disques…

Hormis l'une ou l'autre participation à des sessions de studio, les musiciens de My Bloody Valentine se montrent plutôt discrets. Toujours pas de nouvelles de leur nouvel opus ?

Pas de nouvelles, bonnes nouvelles. Je pense qu'ils vont enregistrer un disque cette année. Enfin, on verra…

Leur dernier album remonte certainement à plus de cinq ans ?

Et même plus, il date de 1991 !

Pourquoi la musique des Pastels a autant d'affinités avec les groupes néo-zélandais du label " Flying nun ", tels que les Chills, Clean, JPS Experience et autres Verlaines ?

Vous n'êtes pas les premiers à me faire cette réflexion. Je pense que c'est à cause de la manière rafraîchissante avec laquelle on aborde le psychédélisme…

Jonathan Kilgour joue sur ton album ?

Oui, mais cela n'a rien à voir avec les Kilgour néo-zélandais. Jonathan et son frère Gordon sont issus d'Edimbourg ; et je ne pense pas qu'ils aient un jour été de l'autre côté de la planète. Mais c'est vrai qu'ils possèdent un fameux nom de famille !…

TV Personalities et les Membranes, toujours des influences majeures pour les Pastels ?

Non ; d'ailleurs, je ne pense pas que nous ayons été un jour été influencé par ces deux groupes. Peut-être le message colporté par TV Personalities. Mais il est vrai que j'aimais beaucoup leurs disques, la manière dont ils faisaient vibrer leurs chansons. Pour les Membranes, c'est une toute autre histoire. Nous aimions partager l'affiche de leurs concerts. Parce qu'ils étaient très amusants. Live, c'était un de mes groupes préférés. On y prenait chaque fois notre pied. Leurs prestations viraient même parfois à l'émeute. Ce sont d'excellents souvenirs. Je suis toujours en contact avec le guitariste, John Robb… Beck a un jour déclaré avoir été influencé par les Membranes. Je ne suis pas tellement étonné… S'il existe un groupe qui nous a beaucoup inspiré, c'est Sonic Youth. Il a remis en question la technique de la guitare; tout en conservant l'esprit de la pop. Depuis 1982, la formation n'a jamais cessée d'aller de l'avant, de développer de nouvelles idées, d'expérimenter, elle a véritablement bousculé l'écriture de la musique contemporaine...

Un peu comme le faisait le Velvet Underground à son époque ?

Ils m'ont appris l'alphabet de la musique. Ce fut un point de départ. Cependant, aujourd'hui, je me sens très loin de leur inspiration ; mais c'est vrai que j'ai toujours aimé ce groupe ; comme j'ai aussi toujours aimé ce que faisaient Jonathan Richman et les Modern Lovers…

Par contre, tu n'as pas tellement l'air d'apprécier les Go Betweens ?

Pourquoi ? Je ne suis pas un inconditionnel de leur musique, mais ils ont écrit de bonnes chansons. Je pense qu'ils ont réalisé des choses intéressantes, mais la communication entre nous n'a probablement jamais été de bonne qualité. J'apprécie la musique des Go Betweens. J'ignore pourquoi on s'est toujours évertué à nous monter l'un contre l'autre…

A contrario, les musiciens de Jesus & Mary Chain vous apprécient énormément et reconnaissent les Pastels comme influence majeure. Est-ce important pour vous, ou préféreriez-vous avoir plus de succès et gagner plus d'argent ?

Le succès et l'argent !

Un jour, dans un article du Melody Maker, Everett True a rapporté que les Stone Roses considéraient les Pastels comme le meilleur groupe du monde. Mais, un peu plus tard, lorsque ce journaliste vous a demandé si vous connaissiez un meilleur groupe que les Pastels, vous avez répondu les Stone Roses. C'était une boutade ?

En effet, à une certaine époque, Everett avait la manie de parler de nous dans la plupart de ses articles. De sorte que tout le monde pensait que nous étions ses amis. Lorsqu'il parlait de nous à ses interlocuteurs, ils répondaient chaque fois : " Oui, oui, ils sont bons ". Ce qui débouchait finalement sur des situations ambiguës et tronquées, puis le rendait agressif…

Stephen, est-il exact que si ta voix n'est pas toujours en harmonie, c'est parce que tu essaies de chanter comme les grands chanteurs de rythm'n blues ou de soul ?

Je reste un grand admirateur d'Otis Redding, d'Aretha Franklin, de Maxime Brown, d'Archie Bell et d'autres vocalistes noirs issus des sixties. La plupart de ces illustres personnages sortaient littéralement de l'harmonie, pour extérioriser tout leur talent de chanteuse ou de chanteur. Je suis très loin du compte et ne serais jamais une star de ce calibre. En fait, je suis incapable de chanter autrement…

Merci à J-B Ducrotois

(Version originale de l'interview parue dans le n° 63 - mai/juin 98 - de Mofo)

 

 

(The) Nits

La grande aventure d’une vie…

Écrit par

Malgré le départ de Robert Jan Stips, leur claviériste fou, les Nits persistent et signent un nouvel album. Et l'an prochain, le groupe amstellodamois fêtera son quart de siècle d’existence. Malgré quelques succès fugaces, cette formation modeste et parfois brillante n'a vraiment jamais reçu la consécration populaire. L'occasion était donc belle de recueillir les propose de Henk Hofstede, leur chanteur et porte-parole…

- Les Nits, c’est devenu toi et seulement toi, non?

Non, nous ne sommes plus que deux, mais d’autres personnes gravitent autour de nous. Je ne me suis jamais senti seul leader. Lors du tournage d’un film, il y a un réalisateur, mais aussi différents collaborateurs, dont des acteurs, des producteurs et des techniciens. C'est un peu pareil. Plutôt que leader, je dirais que je suis un porte-parole des Nits, ça oui.

- Que signifie "Alankomaat'; le titre du Cd?

C'est la traduction finnoise de ‘Pays-Bas' ; nous entretenons des relations privilégiées depuis longtemps avec la Finlande. Depuis 83, je crois. J'y ai beaucoup d'amis. J'y connais des musiciens. Certains nous ont aidé pour réaliser ce disque, et j’estimais que c'était un bel hommage d'intituler ainsi notre album. Parmi les musiciens, figure notamment Kimmo Kajasto, un claviériste qui a repris le rôle abandonné par Robert Jan Stips. Mais en principe, il n'est pas impliqué à temps plein : les Nits pour l'instant, c'est moi et le percussionniste Rob Kloet. Mais cc n'est probablement qu'une étape. Normalement, l'un ou l'autre membre qui nous accompagne sur scène devrait progressivement entrer au sein du line up, à titre définitif.

- Sur la pochette, vous êtes représentés par des figurines en miniature. Une explication?

Je n'ai pas trop envie de m'étendre là-dessus. Mais la maison, qu'on y voit est celle de ma mère (également reproduite au verso de la pochette). Cette demeure représente un endroit important de mon passé. Ma mère y vit toujours. Moi aussi, j’habite toujours à Amsterdam, mais à l’autre bout de la ville. C’est un ancien immeuble que j’occupe depuis 10 ans et où il y a une très belle vue sur le parc…

Clin d’œil à Simon & Gardfunkel

- Tout album nouveau est censé apporter quelque chose de neuf. De quoi s’agit-il, cette fois-ci?

C'est le genre de question à laquelle il m'est vraiment difficile de répondre. Je peux juste enregistrer les réactions des gens. A mon estime, cet album propose plusieurs ambiances différentes, il est plus pop, il y a des aspects folk, la fin de l'album est mélancolique et concerne les personnes que je connais. Aller plus loin dans l’analyse, sans recul, je n’y parviens pas.

- Sur la chanson « 3 Sisters », le mot ‘frightened"’(‘effrayé’) revient sans cesse. Est-ce un sentiment que personnellement, tu éprouves souvent?

J'aime le sujet, même s'il ne s'agit pas exactement de moi. Ici, c'est l'histoire de trois petites filles égarées dans un zoo, à la recherche de leurs parents…

- L’album recèle aussi une chanson intitulée "Robinson" qui fait une référence évidente à « Mrs Robinson »; le célèbre hit de Simon & Garfunkel et donc au film "Le lauréat" (sorti en 67). Quel était le but?

L’idée de cette chanson m'est venue en réalisant une maquette à la maison. J'ai imaginé aujourd'hui que le gars qu'interprétait Dustin Hoffman se souvenait... J'ai donc emprunté les paroles de la chanson originale, mais en utilisant une autre mélodie. J'ai envoyé une lettre à Paul Simon pour avoir son accord, mais apparemment cette autorisation soulève des problèmes juridiques! Bref, reprendre une chanson ne pose pas de problèmes ; mais uniquement les paroles, ce n'est pas permis... C'est logique? L'affaire est toujours en discussion par avocats interposés.

La Grande Aventure

- Comment les plus jeunes, Hollandais ou non, évaluent-ils ton travail?

Aucune idée, je dois avouer que je ne vais pas à la rencontre des jeunes, et n'aime pas trop assister aux concerts... Et je dirais d'ailleurs, qu'en règle générale, j'ai très peu d'amis dans le monde de la musique.

- Les Nits se sont formés en 1974 ; ce qui fera donc 25 ans de carrière, l'an prochain. Avez-vous prévu de marquer le coup?

Non, je ne suis pas sûr qu'on aille célébrer cet anniversaire. Mais peut-être devrais-je y penser? On pourrait sortir un nouvel album, peut-être? Ce serait une idée constructive, ça, non? Une grande fête? Non, c'est pas trop notre genre.

- Comment considères-tu ta carrière en cette fin de siècle?

Avant tout, comme une grande aventure. On a enregistré de bons disques, on n’a pas suscité que de l'indifférence. On a pu se produire sur scène, et les concerts, j'adore ça. Et puis, c'est un métier où on voyage beaucoup ; ce qui rend déjà la vie moins prévisible et plus passionnante. Je considère les Nits comme une grande aventure, la grande aventure de ma vie. Je ne retiens que des points positifs. On est à notre niveau et je ne voudrais pas, en définitive, qu'il en soit autrement. Si je devais donner deux cents concerts par an, je crois que le rythme finirait par me dégoûter.

Article paru dans le n°98 du Magazine Mofo d’avril 1998.

 

Massive Attack

Mezzanine

Lors de la sortie du dernier opus de Portishead, nous avions le sentiment que le trip hop était arrivé au pinacle de son existence, tant la production, la finesse des compositions et la recherche du son touchaient la perfection. Il faut croire que ce style musical venu tout droit de la côte sud anglo-saxonne recèle encore bien des trésors cachés, que l’on croyait inexplorés. Massive Attack vient de sortir l’un des plus beaux albums de l’histoire du trip hop, repoussant ainsi encore plus loin les limites de la technique et de l’esprit humain. Déjà très impressionnés par les deux singles " Risingson " et " Teardrop ", nous ne pensions pas l’être encore plus par " Mezzanine ", 3ème album du combo. En dix compositions, Massive Attack bouleverse, à nouveau, tout notre univers, nos perceptions, cherchant constamment à stimuler notre mystérieux sixième sens. Par une soul déstructurée imprimée sur un dub puissant et traversée d’effets atmosphériques impressionnants. Et que dire, alors, lorsque la voix enchanteresse d’Elizabeth Frazer émerge ! On a alors l’impression de naviguer dix lieues au dessus de notre corps. Une métempsycose suscitée non par des substances illicites, mais bien par la musique étonnante, envoûtante d’un futur grand. Superbe !

 

Hurricane # 1

De Stones Roses à Oasis…

Ride, c’était avant tout Mark Gardener et Andy Bell. Aussi, lorsque le premier cité a décidé de quitter le groupe, Andy n’a plus eu la force de poursuivre l’aventure. Il a préféré décrocher quelque temps, histoire de remettre de l’ordre dans ses idées. Quelle n’a pas été notre surprise d’apprendre qu’il avait déjà repris du service au sein de Hurricane # 1. Quoique, après avoir écouté leur premier album, nous devons avouer qu’il n’a pas manqué son retour. D’abord, l’opus est excellent, et puis, sur les planches, la formation a vraiment la pêche. A un tel point qu’on se demande si un nouveau super groupe n’est pas occupé de naître. Accompagné de Gareth Farmer, son drummer, Andy s’est enfin décidé de rompre le silence ; bien que de confidences, il en soit toujours aussi avare…


Qui est responsable du split de Ride ? Mark ou Andy, Et pourquoi ?

A : Officiellement, Mark est responsable de la séparation, puisqu’il a quitté le groupe, mais d’une manière générale, nous sommes tous responsables, parce qu’il doit exister une raison à son départ. Je pense qu’il a quitté le groupe parce que personne n’a eu le courage de dire que nous ne partagions plus son point de vue. En fait, l’origine de ce conflit remonte déjà à la naissance de la formation. A cette époque, les personnalités des différents musiciens s’accordaient à la perfection. Et nous n’avons jamais imaginé que nos conceptions de la musique auraient pu un jour, nous diviser. Aussi, plutôt que de parler, nous sommes restés polis, calmes, refoulant nos ressentiments, nos secrets, au plus profond de nous-mêmes. Et ce comportement a perduré jusqu’au moment où on a plus été capables de se supporter. Personnellement, j’ai beaucoup souffert de cette crise, dont le point culminant s’est situé au cours de la tournée que nous avons effectuée entre 92 et 93. C’était vraiment très pénible à supporter. Et puis curieusement, les choses ont commencé à s’améliorer. La vie d’un groupe est une situation que l’on ne peut constamment maîtriser. C’est à la fois étrange et difficile à expliquer. Parce que le public ne comprend pas toujours bien les raisons d’une séparation. Lorsqu’on a été heureux et fier de faire partie d’une formation comme Ride, on tombe de haut de tout voir s’effondrer. En plus, à ce moment là, je ne m’y attendais vraiment pas…

Andy, tu as déclaré que “Tarentula” aurait pu être le premier album de Hurricane # 1. Un regret ?

A : Aujourd’hui, j’ai changé d’avis. C’était un disque curieux pour moi, et je ne suis toujours pas convaincu, même pour l’instant, d’avoir pris la bonne décision en le sortant. Nous vivions, tous les membres, des moments difficiles, et on ne donnait pas cher de la peau de notre album. Aussi, un doute subsistera toujours dans mon esprit ; mais je ne pense pas que les regrets puissent changer quelque chose. Tu dois décider sur le moment ce que tu veux faire et vivre avec…

On suppose que lorsqu’un journaliste s’est permis d’écrire, lors de la sortie de cet album : ‘Oublie Ride, ils étaient occupés de revenir au style du premier album des Stone Roses !’, cela n’a pas dû te faire plaisir ?

A : Qui a écrit cela ?

Le Melody Maker !

A : Je suis incapable de répondre quoi que ce soit à ce propos. Cela ne veut rien dire. Sans commentaire.

Pourtant, tu as déclaré tout récemment que Hurricane # 1 était un secteur de la ligne qui va de Stone Roses à Oasis. A ce propos, tu parlais de britpop ou de Manchester ?

A : Si je dois opter entre la britpop et Manchester, je vous laisse le choix. Mais je suis d’accord pour admettre l’idée que nous faisons partie d’une ligne directe qui mène Stone Roses à Oasis.

Stone Roses et Primal Scream sont des références pour Hurricane # 1. Quels sont leurs disques que vous préférez ?

G : Des influences ? Certainement. Le premier opus des Stone Roses, parce qu’il est aujourd’hui considéré comme un classique.
A : Je préfère le single qui est sorti juste après l’album. Sur ce disque figurent les deux meilleures chansons qu’ils n’aient jamais composées. Quand à Primal Scream, j’ai surtout un faible pour “Vanishing point” et “Screamadelica”.

Quelle est la composition des Beatles la plus importante pour Hurricane # 1, “Tomorrow never knows” ou “Magical mystery tour” ? Et pourquoi ?

A : “Tomorrow never knows”, définitivement ! C’est l’époque où la musique nous a rattrapés, et en même temps c’est le moment où le reste du monde a rattrapé les Beatles. Je pense que Chemical Brothers nous donne aujourd’hui un nouvel exemple de ce phénomène. Et c’est en même temps un souvenir important. J’avais 12-13 ans lorsque j’ai entendu cette chanson pour la première fois, et je n’envisageais pas les Beatles capables de créer une telle musique. Je les imaginais toujours occupés à ressasser des trucs comme “Please, please me” ou “Help”. Et soudain, il y a eu cette chanson, vraiment différente. Je ne pensais pas que c’était permis. Quelque part, c’était peut-être criminel…

Dans les textes de vos chansons, on retrouve souvent des invitations au rêve. Quelle place prennent-ils dans la musique de Hurricane # 1 ? Composez-vous en rêvant ?

A : Lorsqu’on écrit les chansons, on est supposé être responsable de ce phénomène. Donc, il m’appartient de répondre à cette question. Je ne compose pas encore en rêvant. Mais je voudrais essayer ces ‘rêves lucides’. J’étais presque sur le point, un jour, d’acquérir une de ces ‘machines à rêver’. Mais alors quelqu’un m’a dit que Kurt Cobain en avait une, et qu’elle était responsable de son état dépressif. Quand il l’utilisait, il s’enfonçait de plus en plus, et s’approchait du suicide… Mais j’aime l’idée…

Avez-vous un goût particulier pour les tournesols ?

A : Pas particulièrement.

Pourtant, sur de nombreuses photos destinées à la presse, vous êtes entourés par ce type de fleurs.

G : Il s’agissait simplement d’un décor destiné à meubler les poses prises à Amsterdam…

Paul Oakenfoald a remixé la meilleure chanson de votre album, “Step into my world”. Etes-vous satisfait du résultat ?

A : Nous avions toujours rêvé de travailler avec lui. C’est chose faite aujourd’hui. Mais le plus fantastique, c’est qu’il était ravi du résultat. Autant que nous, si pas plus !…

Merci à Jean-Baptiste Ducrotois et à Tim Rowan.

Version originale de l'interview parue dans le n°60 de février/mars 1998 du magazine Mofo

Bis

Blur plutôt qu’Oasis…

Écrit par

En 32 ans d'existence, le ‘Top of the Pops’ n'avait jamais connu un tel événement : programmer un groupe non signé. Au début 96, Bis, jeune trio écossais n'avait pas encore conclu le moindre contrat au moment de son passage télé. Depuis, la formation –constituée de Manda Rin, de John Disco et de Sci-fi Steve– a déniché un label (Wiiija, en l'occurrence), sorti quelques Eps et un premier album (« New transistor heroes »). Le groupe a aussi effectué un saut par la Belqique, au Pukkelpop, où Bis a donné une prestation remarquable au point qu'on peut considérer qu'il figure parmi les rares révélations du festival. C'est Manda, la chanteuse/claviériste et John, le bassiste, qui ont accepté de répondre à nos questions.

Ce passage à ‘Top of the Pops’ est un bon souvenir? 

J : Oui, nous nous en souviendrons encore longtemps. Beaucoup de monde nous associe, encore aujourd'hui, à l'émission. Même si depuis, nous n'y avons plus été invités...
M : Ce qui était exaltant pour nous, ce n'est pas d'y être passés alors que nous n'avions pas de contrat, mais bien d'être programmés dans cette émission légendaire, entre Take That et Gary Numan... qui est un héros de John! C'est un rêve d'enfance de pouvoir y participer. ‘Top of the Pops’ nous semble avoir toujours existé...

Lorsque vous étiez jeunes, vous regardiez souvent cette émission?

J : Oh, tu sais, Top of the Pops était programmé tous les jeudis soirs. On la regardait après avoir avalé son 4 heures. On ne l'aurait manquée pour rien au monde.

Sci-fi Steve, John Disco et Manda Rin : pourquoi tous ces surnoms?

J : Pour le plaisir, l'esthétique. Les noms de famille sont ennuyeux !
M : Et ce choix permet d'éviter qu'un tueur fou ne regarde dans l'annuaire pour rechercher notre adresse!

Qui a dessiné de la pochette de votre album? Que représentent pour vous la BD japonaise, les mangas ou ‘Dragonball’?

M : C'est moi qui me suis chargé du graphisme de la couverture, mais nous avons tous collaboré aux dessins et au montage à l'intérieur du livret. J'aime beaucoup le dessin, tandis que John et Steve préfèrent le collage et l'assemblage... Je me suis toujours beaucoup intéressée à la BD japonaise, mais elle n'est pas très populaire en Ecosse. En ce qui concerne l'art japonais, je ne l'ai découvert que récemment, et je dois avouer qu'il a quelque chose qui me fascine.
J : Nous apprécions tous la culture asiatique, japonaise en particulier. En plus, nous sommes devenus rès populaires au Japon!
M : Nous y avons vendu 100 000 albums au cours des deux premières semaines de sa sortie. C'est dingue. Nous sommes donc devenus des stars quelque part dans le monde!

Un amour pour Blur

Est-il exact que vous souhaitez devenir aussi populaires qu'Oasis et Blur réunis?

M : Et même plus importants!
J : Ce serait vraiment bien si nous pouvions convaincre les fans d'Oasis d'aimer Bis. Mais apparemment, auprès des fans d'Oasis, cela n'a pas tellement l'air de marcher.
M : De toute façon, moi, je ne suis pas une grande admiratrice d'Oasis. Et puis, ils ne sont pas très intéressants, lorsqu'ils se produisent sur scène : il n'y a rien à voir! Je préfère un concert de Blur. Ca déménage beaucoup plus. Blur est un des rares groupes que nous aimons tous les trois! En fait, nous avons des goûts musicaux différents. Nous sommes très proches de Blur, parce que leur musique change constamment. Lorsqu'ils composent de nouvelles chansons, on ne sait jamais à quoi s'attendre. Elles peuvent être rapides, lentes. Alex et Graham peuvent aussi suppléer Daman au chant. Et cette formule s'apparente très fort à celle de Bis. Oasis, on sait exactement à quoi leur prochain single va ressembler : toujours le même rythme. Ce n'est pas le cas chez Blur.
J : Ouais, et Radiohead aussi est bien plus attachant que le groupe des frères Gallagher...
M : Il y existe beaucoup de groupes plus passionnants qu'Oasis. J'ai l'impression que les gens se sentent obligés d'acheter leur album pour être dans le coup. En ce qui nous concerne, nous voudrions réussir, mais tout en conservant le contrôle de notre création, de notre avenir. La plupart des formations qui deviennent très importantes sont souvent dépassées par les événements. Elles prennent leurs distances vis à vis de leurs fans. L’idéal pour nous, ce serait de rester proches de notre public.

Que représentent pour vous les influences qu'on vous prête comme X-Ray Spex ou les B52's?

M : X-Ray Spex? Je les ai seulement découverts lorsque des magazines nous ont comparé avec eux et finalement, j’avoue qu'ils me plaisent beaucoup. Leur album est remarquable. Et dans ces conditions, si nous sommes souvent comparés à ce groupe, c'est plutôt bien.
J : Les B52's n'étaient pas non plus un groupe ordinaire. Ils avaient quelque chose d'unique, le public n'était pas trop habitué à leur style. C’est sans doute ce qui les a rendus célèbres.
M : ils n'ont pas peur de montrer qu'ils sont heureux. Beaucoup de groupes ont peur de sourire sur les photos, de peur de ne pas avoir l'air cool. Je suppose aussi que les mélodies au clavier ont quelque chose de commun avec nous. Et puis peut-être aussi cette joie qui transpire de leur musique? Hors de ce contexte, la chanteuse des B52's ne serait sûrement pas très heureuse si on comparait ma voix et la sienne! Ce serait d'ailleurs abusif ! Pourtant, j'adorerais chanter comme elle, mais je ne sais pas, question de timbre! Et puis, il y a plus de mordant dans mes inflexions, non ?

Sur votre album, deux chansons (« Everybody thinks » et « Dinosaur germs ») sont particulièrement marquées par le ska. Comment avez-vous pu être influencés par cette musique qui était en vogue alors que... vous veniez à peine de naître?

J : Les Specials et Madness sont mes groupes préférés! Ce sont des formations sur lesquelles nous pouvons nous appuyer, parce que leur musique était rafraîchissante et leurs prestations live toujours délirantes. A 2 ou 3 ans, j'avais déjà leurs disques! Et j'ai continué à les écouter jusqu'à mes douze ans.

L’école forcément !

Pourquoi la plupart des vos textes concernent-ils l'école, les drogues et le vandalisme?

M : John, comme moi, n'a que 20 ans, et Steven à peine 21. La plupart de notre vécu, c'est l'école où nous avons passé plus de 10 ans. Et puis, l'école est forcément un épisode de la vie qu'on n'oublie pas. Les autres sujets que tu cites : la violence? Je ne sais pas vraiment... La drogue? Je suis tout à fait contre...

N'est-il pas paradoxal d'afficher un look très juvénile, alors qu'au moins l'un d'entre vous pense que l'enfance était horrible? 

J : Le commun des mortels pense que dès tes 18 ans, tu dois devenir un adulte, te comporter comme un adulte et penser comme un adulte. Il est utopique de changer d'apparence et d'état d'esprit, à cet âge-là. Nous n'avons pas honte de chanter les plaisirs de la jeunesse, même si en général, il n’est pas courant de se focaliser sur ce type de sujet. Nous décrivons ce qui nous rend heureux ou tristes, et puisque nous avons souvent été heureux pendant notre jeunesse, nous en parlons. La jeunesse nous inspire plus que l'amour, par exemple, parce que là, nous ne savons pas très bien de quoi parler!

(Merci à Jean-Baptiste Ducrotois)

Article paru dans le n°51 de mars 1998 su magazine Mofo

Dinosaur Jr.

Hand it over

 

Vous avez certainement déjà eu l'occasion d'entendre " Take a run at the sun ", sur l'une ou l'autre station radiophonique, en pensant peut-être que cette chanson émanait de la plume d'Evan Dando des Lemonheads. Non, non! Il s'agit bien d'une composition de John Mascis écrite pour le film d'Alison Anders, " Grace of my heart ". Tout comme " Don't you think it's time " et " The pickle song ". Ces trois titres figurent d'ailleurs sur le bonus CD de l'édition limitée du nouvel album, " Hand it over ". Mais, pas de panique! La musique dispensée tout au long de l'opus est toujours aussi savoureusement électrique. L'intensité blanche qui s'en dégage, fastueusement crazyhorsienne (NDR: par rapport au Crazy Horse de Neil Young, pas à la revue parisienne, bande de coquins!) ou alors capricieusement lo-fi, comme chez Pavement. Pas sur tous les morceaux. M'enfin, sur les meilleurs. Ce qui ne veut pas dire que le reste ne soit pas à la hauteur. Que du contraire! Notamment lorsque, à l'instar de Smashing Pumpkins, le mellotron s'infiltre au cœur même des mélodies, accentuant ainsi l'aspect torturé, dramatique, des compositions. Autoproduit, " Hand it over " a, en outre, reçu le concours de Kevin Shields, matière grise de My Bloody Valentine. Pas à la guitare, mais aux backing vocaux. Ce qui doit vous permettre de vous faire une petite idée de la qualité des harmonies vocales.

 

 

The Verve

Urban hymns

Pourquoi les deux premiers opus de cette formation britannique, fondée en 1993, n'ont pas récolté le succès escompté et amplement mérité ; et en particulier sur le Vieux Continent ? Insuffisance de la couverture médiatique ? Manque d'esprit d'ouverture des médias en général ? Probablement ! Pas en Angleterre, en tout cas, puisque la presse est dithyrambique à leur égard. Mais, comment voulez-vous qu'un consommateur s'intéresse à ce produit, si les médias n'en parlent pas ? En fait, il s'agit d'un phénomène dont souffre notre société contemporaine. Et qui ne se traduit pas seulement dans le domaine de l'art, de la culture et bien sûr de la musique. Un système dont l'hermétisme est entretenu par des dirigeants, qui paradoxalement le critiquaient violemment, voici maintenant près de trente ans... Résultat des courses, tout le monde parle de la même chose, raconte les même choses et plus personne (NDR : ou presque !) n'ose prendre la moindre initiative. Transposez cette réflexion à tous les échelons de la vie quotidienne, et vous verrez que nous ne sommes pas loin de la vérité...

Mais venons-en à cet " Urban hymns ", troisième elpee de Verve. Que nous considérons, à ce jour, comme le meilleur album de l'année. Pas la peine de revenir sur la symphonie moderne de " Bitter sweet symphony ", sinon qu'elle recèle des samples de " The last time " des Rolling Stones. Si vous ne l'avez jamais entendu, c'est que vous n'écoutez jamais la radio. Ni de l'ex-n° 1 en Angleterre, le ‘lennonesque’ " The drugs don't work ". Mais abordons plutôt le reste, qui vaut son pesant d'or... Certaines compositions nécessitent pourtant parfois plusieurs auditions, avant de pouvoir être véritablement appréciées. Notamment les plus luxuriantes, celles qui passent à la moulinette une grosse partie de l'histoire de la pop et du rock. Avec des arrangements de cordes et des envolées stratosphériques qui se partagent un espace sonore déchiré par le falsetto profond, torturé de Richard Ashcroft. Psychédélisme ‘hawkwindien’, mais épuré de ses lourdeurs métalliques chez " The Rolling people " et " Come on " (" A storm in heaven " ?). Psychédélisme éthéré, mais cauchemardesque pour " Catching the butterfly ". Hymne à la solitude sur " Space and time ". House gracile avec " This time " (Seahorses ?), ainsi que pop fragilisée par la douleur sur " One day " et " Velvet morning ". La rencontre entre Oasis et Tears for Fears vous paraissait improbable ? " Wheeping willow " la réalise à la perfection. Enfin, il y a ce " Lucky man ", dont le sens mélodique semble hérité en ligne droite de Cast, alors que Richard emprunte le phrasé vocal de Robbie Grey, chanteur du défunt et mythique Modern English. Nous ne vous en dirons pas davantage, question de ne pas trop vous gâcher la sensation de surprise...

 

The Wannadies

Bagsy me

Lorsqu'on évoque les Wannadies, on pense immédiatement au formidable single qu'ils avaient commis en 95, " You and me song ", une composition qui avait littéralement cartonné au sein des charts internationaux. Une chanson que l'on retrouve, à nouveau, sur le deuxième album de cet ensemble scandinave. Un choix que nous estimons cependant peu judicieux. A moins qu'il ne s'agisse, de la part du groupe scandinave d'un aveu d'impuissance à dénicher un autre tube. Et ce n'est pas avec ce " Bagsy me " qu'ils risquent d'en décrocher un nouveau, même si l'opus est de très bonne facture. Avec ses mélodies à l'esthétisme glacé, caressées par des harmonies vocales aussi impeccables que délicates, ce deuxième elpee fait la part belle au power pop hérité en ligne droite des Buzzcocks, Undertones, Big Star et consorts...

 

Chris Whitley

Terra incognita

Il y a une bonne quinzaine d'années que ce virtuose de la guitare roule sa bosse sur les scènes du pays de l'Oncle Sam. Un Texan qui chante également. Et qui a pour maîtres Johnny Winter, Little Walker, Elmore James, Ry Cooder, Jimmy Page, Jimi Hendrix et Neil Young. Un artiste dont le talent n'a toujours pas été reconnu à sa juste valeur. Et notamment en Europe. Et pourtant, Chris possède un talent fou. Qu'il ne met pas au service de la performance technique, mais plutôt de chansons au climat sombre, douloureux, viscéral, déchirées quelque part entre le désir et le désespoir. Un sentiment douloureux qu'il exacerbe de son falsetto marécageux, presque imprévisible, souvent languissant. Beau et sinistre à la fois!

 

Wired To The Moon

Pure

Nous ne comprenons vraiment pas pourquoi Wired to the Moon a dû attendre plus de 3 ans avant d'obtenir un contrat et sortir un premier opus. Issu de la tendre et profonde Irlande, cette formation distille une musique pop, celtique, proche de celle des Waterboys. Des chansons simples, chargées d'émotion, dont la voix angélique de Roisin Malone épouse parfaitement la texture instrumentale. Un texture qui mêle à une base classique batterie-basse-guitare tantôt de l'harmonica, de l'accordéon ou du piano, tantôt du banjo ou de la mandoline. Un bien bel album...

 

Wuhling

Extra 6

Wuhling! C'est le patronyme exact de ce groupe. Pas Wuming comme nous avions cru le comprendre lors de la sortie de son premier single, l'an dernier. Faut dire que le graphisme du nom porte à confusion. Mea culpa! Ce trio allemand, berlinois très exactement, est allé enregistrer son premier opus aux States, sous la houlette de Steve Albini. Et le résultat, déchiré entre le folk punk de Wedding Present et la lo fi de Sebadoh, est assez convainquant, nonobstant le recours à la langue de Goethe, adopté par Anne Rolf, dont le timbre puéril, falsetto, se prête pourtant très bien au style musical du groupe... Elle joue également des claviers et surtout de la guitare, ne laissant finalement que la basse et les drums à ses deux partenaires masculins, soudés en une même section rythmique à coloration cold wave...