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Absynthe Minded

Absynthe Minded

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Le paysage musical belge ne serait-il pas malade ?

Pas le temps de respirer pour Absynthe Minded (NDR : pseudonyme imaginé en hommage aux poètes français du XIXème siècle). Dès son arrivée dans l’univers musique en 2004, la formation gantoise se projette rapidement sous les feux des projecteurs et croule d’emblée sous le poids des éloges. Presse dithyrambique, récompenses en cascade, reconnaissance absolue de ses pairs, flux continu sur les ondes radios, portes ouvertes des Majors… Tant les spécialistes de la presse musicale que les artistes belges saluent rondement le travail compulsif du quintette flamand (3 albums en 4 ans et plus de 300 concerts européens en 36 mois !!!) La bande de Bert Ostyn (auteur-compositeur-interprète et guitariste) se présente dès lors comme LE phénomène musical belge de cette dernière décennie !!!

Cette agitation médiatique –mini séisme de magnitude principalement flandrienne– mérite  un arrêt sur image sur le combo jazz-rock belge.

En effet, dès 2004, notre Arno national décrit Absynthe Minded, dans la presse, comme l’un des futurs grands parmi les groupes européens. Année de sortie de son premier elpee qui sera hâtivement salué par cette presse. Ainsi, « Acquired Taste » est élu meilleur album 2004 belge par De Morgen et considéré comme ‘le meilleur album belge de cette décennie’ par l’hebdomadaire Knack. A peine le temps de respirer et « New Day » plonge dans les bacs le 1er janvier 2005 et inonde les stations radio de notre ‘Plat Pays’ pendant 8 mois (NDR : tempête sonore particulièrement observée dans le nord du pays). Battage médiatique qui offre son premier disque d’or au combo flandrien. Année où il reçoit également deux Zamu Awards (‘The Belgian Music Awards’). L’un pour le très joli single « My Heroics, part one » (best song of 2005) et l’autre pour la voix atypique de Bert Ostyn (best singer of 2005). Année ponctuée par une victoire au Bilborock Festival, le plus grand rassemblement rock européen qui réunit chaque année plus de 15 000 groupes venus d’horizons différents à Bilbao (Espagne). Soulignons également sa première participation au Rock Wechter 2006 (troisième plus grand festival européen).

En 2007, Tom Barman déclare dans le quotidien De Morgen qu’Absynthe Minded est coupable d’avoir composé le meilleur morceau (« My Heroics, part one ») jamais réalisé par un artiste belge. Fan absolu du groupe, le leader de dEUS invite les 5 phénomènes de scène à assurer un grand nombre de dates sur la tournée européenne du groupe anversois (Pays-Bas, Portugal et Allemagne). Le troisième album « There is Nothing », compilation sortie sous le label français Abeille Musique, se fait plus discret.

La révolution Absynthe Minded ne cesse de s’étendre et atteint réellement son apogée lors de la sortie du dernier nouveau né. L’album éponyme voit le jour en 2009 dans le Studio Ferber à Paris, sous la houlette bienveillante de Jean Lamoot (Bashung, Raphaël, Salif Keïta, E. Daho, Dominique A, Girls In Hawaii…) Soulignons également le contrat de disque en attente signé auprès du label français AZ (Universal), en octobre 2009. Pour couronner le tout, « My Heroics, part one » est élu meilleur titre de la décennie par la radio flamande Studio Brussel.

Alternant rythmiques rock et jazz, ce long playing complexe décroche 4 Music Industry Awards (MIA : ‘Victoires de la musique flamandes’) lors de sa troisième cérémonie du 8 janvier 2010, et non des moindres : Meilleur disque 2009 – Meilleur groupe 2009 – Meilleur single 2009 (« Envoi ») – Meilleur groupe rock alternatif !!! Certes, la concurrence lors de cette édition 2010 n’était pas particulièrement féroce… Seuls adversaires potentiels : une très mauvaise cuvée Daan et le ‘phénomène’ flamand Jaspers Erken (NDR : un nom qui évoque davantage l’enseigne d’un magasin de décoration que le pseudonyme d’une révélation musicale !).

On peut dès lors constater, sans la moindre difficulté, qu’une certaine presse à grand tirage s’échine à faire d’Absynthe Minded l’une des références, voire la référence musicale majeure du paysage musical belge contemporain. Assertion qui reste cependant contestable tant par la qualité artistique intrinsèque du groupe que par le spotlight médiatique régional. En effet, le quintette gantois ne brille ni par son originalité ni par sa fibre créative. Excepté une légère coloration jazzy bien orchestrée, rien de neuf sur la planète pop-rock. Un dernier elpee cruellement ordinaire.

Lorsque les différents médias belges –surtout ceux du nord du pays– exaltent la formation gantoise et les placent sur les cimes aux côtés de dEUS, Zita Swoon, Daan, Arno… un rictus nerveux déchire mon visage ! Malgré une production irréprochable et quelques morceaux remarquables, rien de transcendant sur cette galette. Cette exultation médiatique ne trahirait-elle pas plutôt une absence temporaire de créativité au sein de nos groupes belges ? N’est-elle pas révélatrice d’une cruelle carence de matière substantielle à débattre ?

En dépit d’une production lisse et formatée prédominante, on peut cependant trouver  quelques morceaux de bonne facture. En ouverture, « If you don’t go, I don’t go » nous offre un délicieux moment de swing jazzy qui laisse subitement place à « Heaven Knows », un doux et généreux pop-folk qu’éclaire la jolie voix de Bert Ostyn (chant/guitare).

Les deux curiosités qui méritent l’étiquette expérimentale attribuée au groupe se concentreraient davantage sur deux morceaux : « Multiple Choice » et « Fortress Europe ». L’un propose un habile spoken word nappé d’un psychédélico-pop et l’autre un jazz manouche original hanté par les âmes de Django Reihnardt et Stephane Grapelli.

Quant au reste de la galette, elle nous réserve des surprises contestables. Des ballades qui nous baladent et soufflent le chaud (« Heaven Knows ») et le froid (« Moodswing Baby), des morceaux incroyablement ordinaires dont les compos s’empâtent de marsh(m)all(ow) aux saveurs de guimauve (« Papillon », « Dead on My Feet »).

« Absynthe Minded » : phénomène incontournable de la scène belge ? Maintenant, à vous de juger !

 

Absynthe Minded

There is nothing

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En 2003, cette formation gantoise sortait un premier Ep. Intitulé " History make science fiction ", il m’avait immédiatement interpellé. Auteur de deux albums de bonne facture, « Acquired taste » en 2004 et « New day » l’année suivante, le groupe a démontré tout le bien qu’on pouvait penser de lui lors de ses multiples tournées. Aujourd’hui, son troisième opus devrait lui permettre d’entrer dans la cour des grands. Sur les treize titres qui ont de nouveau bénéficié de la production de l’ex T.C. Matic, Jean-Marie Aerts, deux se révèlent cependant dispensables. Ce qui n’est quand même pas mal ! Tout d’abord la ballade paisible « I’ll be alright » et ensuite « I wanna forget » (il porte bien son titre), un titre de pop rock au format seventies assez conventionnel. La formule instrumentale basique (guitare acoustique, contrebasse, piano, chant et violon) est aujourd’hui enrichie d’une gratte électrique et d’un clavier. Et la musique ne se contente plus uniquement de puiser dans le jazz, le folk, le blues ou la pop. Se frottant au funk/r&b, tout d’abord. Sur « Ask me anything », en cherchant à faire le lien entre Booker T et Parliament. Un spectre de Booker T que l’on retrouve sur « You back door ». A cause des claviers délicieusement rognés. Encore qu’au fil du temps, la plage vire au prog circa Atomic Rooster. Même la voix de Bert épouse ici les inflexions de Vincent Crane. Brrr… Parce que le timbre mélancolique, chaleureux d’Ostyn évoque très souvent un certain Mark Olivier Everett (Eels), mais aussi Henk Hofstede des Nits. Surtout sur deux titres plus raffinés, bien dans la lignée des Amstellodamois. Tout d’abord « It’s all around you » et puis le final « Silent song », un morceau minimaliste qui nous plonge dans une forme de mélancolie douce. Parmi les compos les plus électriques, « There is nothing » mérite la palme. Imprimée sur un tempo très enlevé, presque échevelé, elle réverbère des échos de guitares gémissants comme chez Mud Flow. Plus étonnant encore, le titre d’ouverture, « Plane song » libère un groove irrésistible digne de Foo Fighters. Sans pourtant négliger le sens mélodique. Un sens mélodique, avouons-le que Bert Ostyn cultive à la perfection. S’ébrouant sur les accords d’une sèche, « Stuck in reverse » monte en crescendo, s’enrichit de cordes de guitares geignardes et de claviers ‘vintage’ pour finalement se lover dans un climat proche du célèbre « I’m a man » du Spencer Davis Group ». Epatant ! Le violon de Renaud Ghilbert se met enfin en évidence sur « Nowhere to go », un titre assez rétro mais bourré de swing. Et puis tout au long de « A great height ». Ses interventions à la sensibilité jazz/tzigane illuminent ce titre presque ragtime. Si dEUS est toujours le meilleur groupe du Nord de la Belgique, Absynthe Minded risque fort de devenir, à court terme, son dauphin…

 

Absynthe Minded

New day

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Auteur d’un premier elpee fort intéressant l’an dernier (« Acquired taste »), cette formation nous revient avec un deuxième opus. Un disque pour lequel Absynthe Minded a reçu le concours de l’ex TC Matic, Jean-Marie Aerts, à la production. 16 plages qui oscillent essentiellement du jazz à la pop, en passant par le blues, et le ragtime. Essentiellement, parce qu’elles se chargent constamment de nuances. « Mary’s hotel », le titre d’ouverture porte ainsi les stigmates prog du Vandergraaf Generator de l’époque Graham Smith. A cause du violon de Renaud Ghilbert, bien sûr. Un violon qui donne pourtant, le plus souvent, une coloration tsigane, baroque (dEUS ?) ou jazzyfiante (Django Reinhart). Il flirte même avec le swing sur « Clock is ticking », un morceau cabaret réminiscent de Paolo Conte. L’orgue hammond domine le premier single « To the boredom dying slowly », un titre ténébreux, rythm’n blues dans l’esprit des Animals, nonobstant les accès de guitare psyché. Un clavier toujours très présent sur le latino « Singalong song », dont le climat fiévreux aurait pu naître d’une rencontre entre les Doors et Santana, mais sans la guitare. Etonnant ! « One way or another » opère une rencontre entre le funk et le tango alors que « My heroics, part one » adopte un ton ‘emo’. Et puis, il ne faut pas oublier Bert Ostyn. Le leader. Le chanteur aussi. Il possède une très belle voix, dont le timbre mélancolique, chaleureux, évoque très souvent un certain Mark Olivier Everett (Eels).

Absynthe Minded

Acquired taste

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L’an dernier cette formation gantoise avait commis un Ep fort prometteur. Intitulé « History make science fiction », les six titres de ce morceau de plastique oscillaient du jazz au folk en passant par le blues et la pop. Si la trame de base est demeurée identique, la solution sonore du premier opus a pris de l’amplitude. Et puis un petit côté rétro, désuet, cabaret, qui le rend fort attachant. Et en particulier sur « Conversation strike error », un fragment imprimé sur un tempo charleston et balayé par un accordéon et un clavier musettes. « (That’s a) long story », également. Un morceau qui flirte tour à tour avec le ragtime, le rock n’ roll, et le charleston. Et puis le minimaliste « Walk with me ». Limité à la guitare sèche, au banjo et à la voix, il aurait pu carrément être gravé sur un 78 tours. La voix de Bert Ostyn évoque de plus en plus un hybride entre celle de John Wetton et Mark Olivier Everett (Eels). Titre le plus pop, « Acquired taste » épouse la sensibilité mélodique contagieuse du trio californien. En plus allègre ! Lorsqu’on parle de John Wetton, on ne peut s’empêcher de penser à King Crimson. Celui de « Lark’s tongue in aspic ». Qui manifeste une flambée d’adrénaline sur le surprenant « Copy in black and white », nonobstant ses accès de guitare syncopés, funkysants. Et lorsqu’on évoque le Roi Cramoisi, on ne peut s’empêcher de penser à la prog. Qu’embrasse l’échevelé, swinguant « People of the pavement », dans l’esprit de Nice, « I’ve been there (old love never dies ») » dans celui de Curved Air (NDR: sans Sonja Kristina), tout en conjuguant envolées de claviers et de violon. Un violon que Renaud Ghilbert peut mettre à la sauce « Django Reinhart » ou tout simplement lui donner des accents tsiganes. A l’instar d’I am fan », ou de la ritournelle « Let’s go », imprimée par le rythme du piano. Celtiques aussi. Sur le beatlenesque « In her head » (Perry Rose ?). L’elpee ose même un titre expérimental. En l’occurrence, le boogie insolite « Twisted ». Et on n’et pas encore au bout de nos surprises, puisque « It could be » réalise la fusion entre le flamenco et le funk. Toutes des caractéristiques susceptibles, à tout instant, de déraper dans le jazz acoustique. C’est ce qui fait le charme de cet elpee.

Absynthe Minded

History make science fiction

Écrit par

A l'origine (NDR: c'est à dire en 1999), Absynthe Minded était le projet du seul chanteur/compositeur/multi-instumentiste, Bert Ostijn. Un projet fatalement lo-fi puisqu'il était partagé entre un huit pistes et l'artiste, dans son appartement à Gand, qu'il avait aménagé en studio. Au bout de quelques démos, Bert se décide à s'entourer de quelques collaborateurs. Quatre musiciens en compagnie desquels il concocte une nouvelle démo (" Sweet oblivion ") avant de partir en tournée. Nous sommes alors en 2002. " History make science fiction " constitue son premier EP. Six titres qui oscillent du jazz au folk en passant par le blues et la pop. Faut dire que la formule instrumentale (guitare acoustique, contrebasse, piano, chant et violon) se prête bien à ce style qui évoque tour à tour à Zita Swoon, Tom Waits ou à Hawkley Workman. Avec même un zeste de Howlin' Wolf sur le blues " John Lee Hooker ", de Dutronc tout au long du cool " Pretty horny flow " et d'Ozark Henry pour le final " From nowhere to return ". Excellente surprise, au sein du line up, figure Renaud Ghilbert, l'excellent violoniste qui épaule régulièrement Sioen. Renaud est un grand admirateur de Django Reinhardt, et ses excellentes interventions au violon, tout au long de ce six titres, communiquent une fameuse dose de swing aux compositions. On devrait y voir plus clair lors de la sortie de l'album. Mais à première vue, les choses se présentent plutôt bien.