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Julie Compagnon & Antoine Goudeseune

The Ballad Of J and A : The Beatles are Dead. Long live the Beatles !

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Reprendre les Beatles est probablement l’une des meilleures façons de se casser les dents sur scène. Tout le monde connaît les chansons, chacun possède sa version préférée et la moindre fausse bonne idée peut rapidement transformer l’hommage en karaoké nostalgique. The Ballad of J&A choisit heureusement une autre voie. Pas de vestes militaires bariolées, pas de coupe au bol, pas de faux accent de Liverpool ni de reconstitution maniaque d’Abbey Road. Au Zik-Zak d’Ittre, Julie Compagnon et Antoine Goudeseune débarquent avec presque rien : une voix, des guitares et un répertoire qui, lui, pèse quelques tonnes dans l’histoire de la musique populaire. Et cela suffit largement. Car plutôt que de vouloir « refaire » les Beatles, The Ballad of J&A préfère démonter leurs chansons pour en retrouver l’ossature. Une démarche qui peut sembler évidente mais qui demande une certaine audace quand on s’attaque à Lennon, McCartney, Harrison et Starr. Une fois les arrangements luxuriants retirés, une question demeure : les chansons tiennent-elles encore debout ? La réponse ne tarde pas. Deux personnes face à une montagne. Le décor du Zik-Zak est réduit à l’essentiel. Quelques lumières, des projections, deux artistes et cette proximité caractéristique de la salle d’Ittre où il est difficile de tricher avec le public. C’est précisément le terrain de jeu qu’il fallait à The Ballad of J&A. Sous une telle configuration, impossible de se réfugier derrière un mur de décibels ou une section rythmique. Chaque accord est exposé, chaque respiration devient audible et le silence lui-même participe aux arrangements. Dans ces conditions, les compositions des Beatles apparaissent sous un autre jour. Des mélodies entendues plusieurs milliers de fois retrouvent soudain quelque chose de presque fragile. Et c'est là que le duo commence véritablement à séduire.

Julie Compagnon, c’est surtout :  ne pas jouer à Lennon ou McCartney. La première bonne idée de Julie Compagnon consiste à ne jamais essayer de ressembler à quelqu’un d’autre. Cela semble basique. Ça ne l’est pas. Combien de formations consacrées aux Beatles finissent par transformer leurs chanteurs en imitateurs plus ou moins convaincants de Lennon ou McCartney ? Ici, rien de tout cela. Julie prend les chansons, les fait passer par sa propre sensibilité et leur impose naturellement une autre couleur. Sa voix peut se montrer délicate, chaleureuse, parfois plus ample, mais ne vient jamais écraser les morceaux. Sur les titres les plus dépouillés, l’effet devient particulièrement convaincant. Privées de leur habillage original, certaines mélodies semblent presque révéler leurs coutures. On entend mieux les harmonies, les changements d’accords, les petites trouvailles mélodiques qui ont permis à ces chansons de traverser les décennies sans véritablement vieillir. Julie possède également cette qualité indispensable pour une soirée de ce type : elle parle au public sans donner l’impression de réciter une fiche Wikipédia consacrée aux Beatles. Quelques anecdotes, quelques explications, quelques sourires. Rien de pesant. Le concert garde ainsi son mouvement et évite le piège de la conférence musicale entrecoupée de chansons.

Antoine Goudeseune fait le boulot de quatre musiciens. À quelques mètres de là, il possède une mission nettement moins confortable qu’elle n’en a l’air. Faire oublier l’absence d’une basse, d’une batterie, de plusieurs guitares, d’un piano et parfois même d’un orchestre avec seulement six cordes. Bonne chance. Mais Antoine connaît suffisamment bien l’univers des Beatles pour ne pas chercher à tout reproduire. Et c’est précisément ce qui fonctionne. Sa guitare ne copie pas les versions originales : elle les suggère. Quelques lignes mélodiques surgissent ici, une basse apparaît entre deux accords ailleurs, une rythmique prend momentanément possession du morceau avant que le fingerpicking ne vienne remplir l’espace. Il joue beaucoup. Mais surtout, il joue ce qu’il faut. Pas davantage. Dans un exercice acoustique, cette retenue vaut parfois beaucoup plus qu’une démonstration de virtuosité. Les morceaux respirent et, chose assez remarquable, ne semblent pratiquement jamais « vides ».

On en oublierait presque qu’il manque trois Beatles derrière eux. Heureusement, personne ne déguise personne. Le grand mérite de The Ballad of J&A réside finalement dans cette volonté permanente de rester à distance du tribute band traditionnel. Les Fab Four sont évidemment partout pendant la soirée. Mais leur fantôme ne vient jamais étouffer les deux artistes présents sur les planches. Le duo préfère célébrer l’écriture plutôt que l’iconographie. Ce qui change beaucoup de choses. Car les chansons de Lennon et McCartney, mais également celles de George Harrison, peuvent supporter presque toutes les transformations lorsqu’on ne touche pas à ce qui les rend essentielles. Une mélodie. Quelques accords. Et parfois trois minutes de pop quasiment parfaites. Cette approche permet également au projet d’élargir son horizon au-delà des seules années Beatles. Les carrières solos de John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr viennent naturellement prolonger le voyage. Une excellente idée. Non seulement parce qu’elle permet de sortir des incontournables, mais aussi parce qu'elle raconte implicitement ce qui s'est passé après l'explosion du combo. Quatre musiciens qui avaient construit ensemble une machine pop presque parfaite avant de partir chacun de leur côté. The Ballad of J&A ne propose donc pas simplement une collection de « greatest hits ». Il dessine un parcours.

Un Zik-Zak transformé en salon. Au fil de la soirée, une autre composante devient progressivement essentielle : le public. Pour les Beatles, il suffit parfois de quelques secondes. Trois accords. Une mélodie familière. Et les souvenirs remontent. Certains spectateurs chantonnent. D’autres reprennent franchement les refrains. Quelques-uns ferment simplement les yeux. Le Zik-Zak prend alors des airs de gigantesque salon dans lequel chacun semble connaître les chansons depuis toujours. Cette proximité fonctionne d’autant mieux que Julie Compagnon et Antoine Goudeseune n’installent jamais cette frontière artificielle que certains concerts imposent entre scène et salle. Les regards circulent. Les sourires également. Quelques plaisanteries viennent détendre l’atmosphère et l'on sent surtout deux musiciens qui prennent du plaisir à jouer ensemble. Cela peut sembler secondaire. Ça ne l’est jamais. La complicité ne se programme pas sur une pédale d’effet. Et lorsqu’elle existe, le public la ressent immédiatement. Ce soir-là au Zik-Zak, pas besoin de traverser Abbey Road pieds nus, de ressortir les uniformes de Sgt. Pepper ou de demander où était Paul en 1966. Une voix. Une guitare. Des chansons. Et environ 60 ans après leur naissance, elles font toujours le boulot. The Beatles are Dead. Long live the Beatles.

(Organisation : Rock Nation + Zik-Zak)

Antoine Goudeseune

Antoine Goudeseune plays The Beatles

Écrit par

Le Zik-Zak a entamé sa saison d’été le 3 juillet dernier par le concert de Fred and The Healers. Vu le déconfinement, les salles de moins de 250 personnes peuvent réouvrir leurs portes, bien-sûr en respectant la distanciation sociale et en autorisant un nombre limité de spectateurs. Soit un maximum de 60 âmes. Pour se déplacer, il faut porter le masque. Assis à une table, vous pouvez l’ôter. Dans la salle, il ne manque que Zorro et son fidèle étalon Tornado. Seul l’artiste qui se produit sur les planches n’est pas masqué. Ce vendredi 10 juillet, place à Antoine Goudeseune, un grand admirateur des Beatles. Une passion qu’il assouvit en interprétant leurs chansons à la guitare, en fingerpicking. Si en 2012, il avait intitulé son premier elpee, « Fingerpicking The Beatles », il a baptisé les deux suivants « Abbey Road » et « Let it be », parus respectivement en 2014 et en mai dernier, deux long playings enregistrés aux studios Abbey Road. Pour le premier, il avait reçu le concours de Mathias ‘IA’ Eklundh, du groupe Freak Kitchen, sur « Here come the sun », un LP exclusivement instrumental. Lors du deuxième il a bénéficié de la participation de Jacques Stotzem, de Fred Lani ainsi que de Julie Compagnon (si, si, celle qui faisait partie de l’équipe de l’émission ‘On n’est pas des pigeons » présentée alors par Sébastien Nollevaux), sur l’un ou l’autre titre…  

La première partie du set débute à 20h30 précises. Antoine Goudeseune s’installe sur son siège haut et salue le public. Il se sert d’une gratte semi-acoustique, d’un looper et d’un Mac.

Antoine relate avant de débuter chaque chanson, l’historique de chaque chanson et ce qu’il ressent, en l’interprétant. L’interactivité avec le public est parfaite.

Il entame sa prestation par « For You Blue ». Les sonorités de cordes sont fidèles aux originales. Puis embraie par « Come Together », en prenant soin de respecter les arpèges. « Don’t let Me Down » succède à « With a little help from my friends ». Antoine a décidé de puiser essentiellement dans ses deux derniers opus pour la setlist. On a l’impression de replonger un demi-siècle dans le passé. Pas de Fred Lani en chair et en os pour « One after 909 », mais bien sa partition à la ‘six cordes électrique’ qui émane du Mac.

Le concert est presque exclusivement instrumental, sauf sur deux morceaux, pour lesquels Julie Compagnon vient poser la voix. Soit la dernière chanson de la première partie, « The Long And Widing Road » et la dernière de la seconde, « Across The Univers ». Et ma foi, superbe et juste, sa voix est capable de monter très haut dans les aigus.  

Le second volet commence par une cover magistrale du tube « Ob-La-Di, Ob-La-Da », une piste qui figurait sur le « Double blanc », œuvre pourtant la plus expérimentale du quatuor. Oui, c’est vrai, la vie continue, comme nous raconte cette chanson bien de circonstance. Hymne à la nature, « Mother Nature’s Son » rappelle le séjour des Fab Four en Inde.  

Eric Clapton assurait la fameuse partie de guitare sur « While my guitar gently weeps » que chantait George Harrison. Ce dernier expliquait d’ailleurs que la présence d'un invité incitait toujours les Beatles à masquer les conflits ; car à l’époque, les tensions étaient très vives entre les quatre de Liverpool…

Finalement le temps a passé très vite. Un vrai régal pour les tympans délicats…  

Setlist partie 1 :

« For You Blue »,« Come Together », « With A Little Help from my friends », « Don’t Let Me Down », « I Want You », « Dig A Pony », « Two Of Us », « Penny Lane », « Strawberry Fields », « Here Come The Sun », « One After 909 » feat Fred Lani en virtuel, « The Long and Winding Road » feat Julie Compagnon

Setlist partie 2 :

« Ob-La-Di, Ob-La-Da », « Mother Nature’s Son », « While My Guitar gently weeps », « Helter Skelter », « Something », « Eleanor Rigby », « I Me mine », « I’Ve Got A Feeling », « Golden Slumbers / CTW», « Let It Be », « Across The Universe » feat Julie Compagnon. 

(Organisation : Zik Zak)

Antoine Goudeseune

Abbey Road

Écrit par

L’album « Abbey Road » des Fab Four a été réinterprété, en entier, en fingerpicking (NDR : c'est-à-dire à l’aide d’une guitare folk, dont les cordes sont en métal) par Antoine Goudeseune. Et dans l’ordre du tracklisting. En outre, cet elpee a été enregistré au sein du même studio mythique (studio 2), en janvier 2014. Et la pochette est identique ; sauf que c’est Antoine qui traverse la rue…

Cet opus est paru ce 26 septembre 2014, soit 45 ans jour pour jour après la sortie de celui des Beatles. Natif de Binche, virtuose et professeur de guitare au Conservatoire Marcel Quinet de Binche et à l'Académie de musique de Morlanwelz, Antoine vient donc de réaliser son rêve. Il a commencé à jouer de la guitare classique dès l’âge de 8 ans. Il a reçu son premier prix de guitare à 18 printemps, au Conservatoire Royal de Mons. C’est en 2011 qu’il s’est lancé dans ce projet ‘fingerpicking The Beatles’, qui consiste à reprendre et arranger les titres des Beatles uniquement à la six cordes et en utilisant cette technique. En fait, elle évolue à la limite entre celle du classique et du picking pur et dur. Antoine y reproduit les arrangements complexes des titres des Beatles sur sa gratte. Et il publie un premier opus du style, « Fingerpicking The Beatles », en 2012. Il n’est cependant devenu fan inconditionnel des quatre de Liverpool que depuis une vingtaine d’années. Il estime même qu’au plus on écoute les Beatles, au plus on découvre de nouvelles sonorités dans leur musique.

En Belgique deux artistes pratiquent ce type de fingerpicking. Tout d’abord, Jacques Stozem. Un maître incontesté qui remplit des stades en Asie. Et puis Antoine. Ce dernier a réalisé son projet via le crowdsufing (financement participatif) de KissKissBangBang. Une plate-forme qui permet aux internautes et fans d'Antoine de le financer, en échange d’une gratification personnelle (un disque, un vinyle, un concert privé, etc.) Et le montant nécessaire a vite été atteint. Preuve que ce guitariste est hors pair.

Pour la petite histoire, le studio avait été réservé pour 2 x 12 heures. Antoine avait emmené son ingé-son et son luthier (pour préserver son instrument de tout contretemps). Particulièrement motivé, il a mis en boîte l1 plages, le premier jour. Il était donc à l'aise, le second, pour enregistrer les six pistes restantes.

Il a fallu douze mois de travail à l’artiste pour adapter les 17 morceaux en fingerpicking. Un travail de réécriture a même été nécessaire. Lors des sessions, il a reçu le concours du guitariste suédois Mattias IA Eklundh, pour la chanson « Here Comes The Sun ». De l’opus, j’ai beaucoup apprécié le superbe « Come Toghether », « Oh! Darling », « You Never Give Me Your Money » et « Sun King ». Et le disque est également paru en vinyle!

Antoine a parfaitement réussi son exercice de style. Son style est léché et ne s’adresse pas exclusivement aux fans des Fab Four. Un disque à écouter par une belle soirée d'automne devant un bon feu de bois…

La tournée d’Antoine passera par le ‘Beatles Day’ de Mons, ce samedi 11 octobre 2014.