Le rire de Will Paquin

Will Paquin sortira son premier elpee, « Hahaha », ce 12 septembre. Orienté guitare, psychédélique et garage-rock, il est décrit comme un chaos créatif à haute tension et imprégné d'humour, un élément souvent oublié dans le rock. En attendant, il a partagé…

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La couleur intérieure de The Intemperate Sons…

The Intemperate Sons a fait irruption sur la scène rock alternative de Dallas (Texas), à l'été 2019, se distinguant immédiatement par un son mêlant riffs de guitare brûlants, mélodies obsédantes et profondeur émotionnelle brute. En 2021, son talent…

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Blur

The Magic Whip

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Ceux qui connaissent Jojo dans la vraie vie le savent. Dans celle de tous les jours, si vous préférez. Celle au cours de laquelle il signe de son véritable nom sous une ligne qui s’autorise 5 fautes de français. Celle qui l’autorise les ‘lol’, ‘mdr’, voire même les ‘rooooh’ ou les ‘put1’. Ouais carrément.

Ceux là donc, ces témoins de ma désinhibition, peuvent confirmer toute ma neutralité, mon impartialité et mon objectivité, en toute circonstance…

En toute circonstance, sauf une… et elle tient en un nom et un prénom : Damon et Albarn.

Mais soyons sincère, avez-vous déjà été déçu par cet homme ? Indifférent peut-être ? On devrait peut-être en discuter, ce n’est pas trop grave. Bon !

Ou encore. Grahan Coxon vous a-t-il un jour lassé ou rendu triste ? Alex James s’est-il abandonné dans la monotonie ? Dave Rowntree entêté dans la redondance ? Et Damon Albarn vous a-t-il refilé un cafard carabiné ?

Non ? C’est normal !

Ce quatuor est tout simplement génial. Puissant, inventif, audacieux. Comme si les astres avaient décidé que leurs chemins se croiseraient, même s’ils finiraient par emprunter des directions différentes, à un moment ou un autre.

On n’attendait plus d’album de leur part. Et pourtant, depuis douze ans, on en rêvait secrètement. « Tink Tank » était pourtant un titre suffisamment significatif, ne laissant planer que peu de doute.

Tout au long de « The Magic Whip » Blur nous communique un sentiment de fraternité et d’amour. Et malgré cette maturité acquise au fil de leur aventure, les musicos ont conservé cet esprit potache. Ce qui leur permet de bousculer, d’exploser, de virevolter, de réconforter, de réveiller, de percevoir… Et même de faire douter les plus sceptiques.

Blur est une clef, une pièce maîtresse de la pop. Et « The Magic Whip », un véritable bijou. Capable de vous tenir en haleine de bout en bout et d’envoyer balader le menu fretin…

Cet opus devrait être prescrit par la faculté. Il est remarquable. Il célèbre le retour de l’enfant prodig(u)e, du Lazare de la britpop…

 

Blur

All The People / Live at Hyde Park 03 July 2009

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La sortie d’un album de Blur est une aubaine pour le fan inconditionnel que je suis. Je devrais me lever et hurler ma joie même si celui-ci n’est qu’une galette ‘live’. Transmettre cette frénésie qui m’envahit et danser une gigue endiablée. Malheureusement, cet opus répand un parfum résolument bien triste. Il sent l’encens et la bougie. Il s’apparente à un faire-part de décès. Il ne lui manque que la croix et la colombe dans un coin. Si Blur sort « All The People – Blur Live at Hyde Park 03 July 2009 », c’est pour marquer définitivement la fin de l’histoire du groupe. Plus d’albums, plus de concerts, rien, nada, le néant absolu et sidéral. Quelle vilaine claque. Mais ce n’est pas vraiment une surprise. Le dernier elpee studio date de 2003 (« Think Tank ») et sentait déjà le sapin. Mais bon, quand en 2008 Albarn et sa bande balance l’info d’une reformation pour quelques dates de concerts, j’en avais presque le zizi qui piquait en imaginant leur retour en studio. Blur reprend du service, mazette je retourne à Lourdes !

« All The People – Blur Live at Hyde Park 03 July 2009 » signe l’avis nécrologique ; grand mal nous fasse. Divisé en deux rondelles, l’album nous balance de la première à la dernière note ce qui s’est passé ce soir là dans ce fameux parc de Londres. Pour la petite histoire, chaque concert accordé par le groupe a été enregistré dans son intégralité et sera commercialisé. Pour les bonus, veinards et écœurants chanceux des ces événements, ils choisiront le soir où ils étaient présents. Pour les collectionneurs névrotiques, ils les acheteront tous. Même si la tracklist est identique pour chaque concert. Albarn et ses potes reprennent tous les grands classiques qui ont fait le succès de leur Maison : « Girls and Boys », « Out Of Time », Coffee & Tv », « Parklife », « Chemical World », et j’en passe des plus frissonnants. Sur un peu plus de deux heures de show, les Bitons haranguent et remercient leur public de la plus belle des manières en s’offrant corps et âme dans l’oraison funèbre qu’ils déclament au fil des morceaux. Le public, hyper réactif et complètement sous l’emprise du groupe hurle et les suit sans même douter un instant de leur attachement aux mélodies qu’ils ont sublimées depuis pratiquement 20 ans. Comment pouvoir s’imaginer qu’avec autant de talent, de succès et un public si répandu, Blur ne veuille plus être. Insidieusement, on n’a pas envie d’y croire et c’est peut-être là, la clef du mythe. Sur ce, je vous laisse, j’ai quelques prières encore à adresser à Sainte Rita, patronne des causes perdues…

 

Blur

Think tank

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Après quatre années d'attente, Blur nous revient avec son sixième album. Premier changement, mais il est de taille, Graham Coxon a quitté le groupe. Il est quand même venu donner un bon coup de guitare sur le dernier fragment de l'opus (" Battery in your leg "), un morceau qu'il a d'ailleurs composé. Un titre ambient, cosmique, abordé dans l'esprit de Brian Eno voire de Bowie circa " Berlin ". Peu de guitare, donc, sur cet opus. Mais davantage de claviers et de rythmes. Produit au sein de différents studios (NDR : à Londres, au Maroc et à Devon), " Think tank " a reçu le concours de deux producteurs. Norman (Fat Boy Slim) Cook pour l'excellent " Crazy beat ", un morceau impétueux, puissant, punkysant, au tempo new wave (NDR : les mauvaises langues insinuent qu'il ne s'agit que d'un remix de " Song 2 "). Ainsi que pour la bossa nova futuriste " Gene by gene ". Deux plages probablement inspirées par Clash ! Le reste de l'elpee a été mis en forme par William Orbit. Et on y ressent très fort la griffe de Damon Albarn. Si Graham Coxon cherchait la beauté à travers le feeling le plus sombre, le plus douloureux, Albarn privilégie davantage l'amour à travers la sensibilité pop. Un instant, il vous invite à pleurer, le suivant, à danser. Tout au long de ce disque, il réalise ce dont il a toujours rêvé et qu'il expérimentait au sein de son projet Gorillaz : le free jazz, le trip hop, les vocoders, les rythmes de danse, le gospel, le punk, le hardcore, l'électro-funk, l'eurotrash, l'électronique, et j'en passe. Sans oublier la world qu'il avait explorée sur l'album " Mali Music ", en compagnie d'Afel Bocoum, Ko Kan Ko Sata Doumbia et de Toumani Diabate. Au fil de cet opus, les esprits de Can, de Joe Strummer, d'Eno, de Primal Scream et d'Orchestra Baobab planent à travers le son et le temps, le sentiment et l'attitude, la forme et le contenu. Et si l'œuvre est marquée du sceau de l'excellence, du groove et de l'exotisme, elle laisse aussi la place à l'une ou l'autre chanson plus tendre, plus mélancolique, plus poignante. Difficile de croire que Blur et Oasis ont été, à une certaine époque, rivaux, tant les deux formations sont devenues, aujourd'hui, incomparables. Un must !

 

Blur

The best of

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Fondé en 1989 dans l'Essex, Blur est probablement le véritable détonateur du mouvement britpop. A l'origine principalement influencé par XTC et les Kinks, parce qu'il relatait de façon satirique, les mœurs des Britanniques, et en particulier des Londoniens, le quatuor va aligner une pluie de hits jusqu'en 1996, tubes que l'on retrouvera d'ailleurs sur leurs albums. Depuis le baggy mancunien " She's so high " commis sur son premier maxi à " Country house ", devenu titre maître de l'elpee du même nom, en passant par le premier hit national " There's no other way " et les inévitables classiques " Girls and boys ", " Parklife ", " To the end ", chanté en duo par Damon et Laetitia Sadier de Sterolab, " This is a low ", et bien d'autres… Toutes des chansons qui figurent sur cette compile. Il y manque bien " Popscene " et " Modern life is rubbish " ; mais les dernières créations n'ont pas été négligées. A l'instar du beatlenesque " Beetlebum " et de " Song 2 ". Soit dix-huit fragments en tout. Auxquels le label Food a eu la bonne idée d'adjoindre, sur un deuxième CD, 10 titres enregistrés live le 11 décembre 1999 à l'Arena de Wembley. Il est aujourd'hui loin le temps où, par voie médiatique interposée, Blur et Oasis se disputaient le titre de meilleur groupe anglais (NDR : ou du monde !). D'abord, les motivations ont radicalement changé. Depuis 1997, la bande à Albarn a pris une orientation beaucoup plus alternative, tout en demeurant fondamentalement pop ; alors que les frères Gallagher passent plus de temps à se disputer ou à défrayer la chronique des faits divers qu'à se remettre en question. Avec cette compile, Blur vient probablement de tourner définitivement une page importante de son passé…

 

Blur

13

Après s’être imposé comme la réponse britannique à Pavement, sur son précédent opus, Blur, vient de prendre un nouveau virage à 180°. En gravant " 13 ", son sixième album. D’abord, et c’est une première, Stephen Street n’assure plus la production, mais William Orbit. Après avoir filé le parfait amour, Damon Albarn et Justine Frischmann, la chanteuse et guitariste d’Elastica, se sont séparés. Une blessure qui s’exprime inévitablement à travers les lyrics de Damon. Mais aussi de la musique. Il règne, d’ailleurs, tout au long de ce disque, une impression de mélancolie déchirante…

 

Ce morceau de plastique pourrait être divisé en deux parties. Une première plus agressive, plus bruitiste. Exceptions qui confirme la règle, " Coffee & TV ", grisé par une sorte de pop lo fi cool. Puis le single " Tender ", qui a bénéficié du concours du London Community Gospel Choir ". Mais dont le résultat est un peu trop mielleux à notre goût ; un peu comme si le " Give peace a chance " de Plastic Ono Band avait été gonflé par les chœurs gospel de Primal Scream… Une agressivité qui se traduit sur le punkysant Bluremi (Dead Kennedys ?), le grinçant et noisy " 1992 ", le " ledzeppenlinesque " " Swamp song ", et puis sur " Bugman ", fruit de la rencontre entre Bowie circa " Suffragette city " et le Roxy Music originel, c’est à dire lorsque Brian Eno et Bryan Ferry faisait encore partie de la même équipe.

Une agressivité que l’on ne retrouve plus, en deuxième phase, que sur le seul et excellent " Trimm trabb ", composition qui s’ébroue dans le minimalisme vertigineux de Syd Barrett, avant de s’électrifier au contact du ‘batcave’ gothique de Bauhaus. Mais venons-en à ce second volet. Beaucoup plus atmosphérique et surtout expérimental, il passe en revue, tour à tour le krautrock, le psychédélisme, la trip hop, la musique post industrielle et le jazz moderne. Même les mythiques Soft Machine et Wire, ainsi que le plus contemporain Sonic Youth auraient apprécié. Etonnant !

 

Blur

Blur

Evidemment, toutes celles et tout ceux qui s'imaginent que Blur vient d'enregistrer un nouvel album de britpop risquent une grosse désillusion. Pas que cet opus éponyme soit de mauvaise facture. Que du contraire! Mais il marque un changement radical de style dans le chef du groupe insulaire. Pas de section de cuivres, ni d'arrangements sophistiqués; et ce nonobstant le concours de Stephen Street à la production. Pas de caractéristiques excentriques typiquement britanniques ni de commentaires acerbes sur la vie sociale dans l'Albion. Mais des chansons dépressives, ténébreuses qui devraient plaire au public américain. Paradoxal, lorsqu'on sait que la dernière tournée du quatuor aux States, s'est soldée par un flop magistral. Mais pas une véritable surprise pour ceux qui connaissent le cheminement de ce groupe, dont les cinq albums sont aussi hétéroclites les uns que les autres. Evidemment, de là à penser que la bande à Damon Albarn allait piocher dans le jardin de l'Oncle Sam... Blur n'a d'ailleurs jamais été, ici, aussi proche de Pavement; notamment lorsqu'il s'aventure dans l'underground déjanté. Bien sûr, certaines compositions s'essaient au trip hop ou à la house. On a même droit à une composition du guitariste, qui assure pour la circonstance le chant (" You're great "). Et en réservant une place au hardcore, sur " Chinese Bomb ", Blur rappelle que ses chansons n'ont jamais manqué de relief ou de rythme. Pourtant, cet elpee traduit un sentiment profond de désillusion, de désenchantement, éprouvé par son leader, Damon. Blur serait-il le premier groupe à avoir pris conscience de la mort très prochaine du 20ème siècle...

 

Blur

The great escape

A l'issue de la sortie de son premier elpee, Blur incarnait le meilleur ambassadeur de la pop britannique. Au deuxième, il n'était plus qu'un groupe secondaire... La presse britannique venait ainsi, suivant sa mauvaise habitude, de brûler ce qu'elle avait adoré. Un peu hâtivement, car aujourd'hui, elle fait complètement volte-face en présentant ni plus ni moins Blur, comme les nouveaux Beatles. Et Oasis alors? Personnellement, nous aurions plutôt opté pour les Kinks... Damon Albon, chanteur du groupe, vient de déclarer qu'il voulait devenir le plus grand groupe anglais en Angleterre. Précisant même qu'il n'en avait rien à cirer du nombre de disques vendus outre-Manche! Voici donc le nouveau Blur, "Great escape". Un disque qui s'inscrit parfaitement dans la lignée du précédent, "Park life". C'est à dire un pastiche de la pop insulaire destiné à faire vibrer la fibre nationale. A quand une nouvelle version du "God save the Queen"? Selon toute vraisemblance, le combo sera invité à composer l'hymne de l'‘Euro 96’, coupe d'Europe de football, qui se déroulera en juin de l'année prochaine dans l'Albion. A moins que ce ne soit Oasis! Ou même un troisième larron, si la fédération décide de départager les deux antagonistes. Bref, revenons à notre morceau de plastique découpé en seize fragments. Depuis le percutant et même complexe "Stereotypes" à la version française de "To the end (la comédie) interprétée en compagnie de Françoise Hardy, en passant par les singles "Country house", "Best days", les désopilants "Charmless man" et "Fade away", "Top man" dans une sorte de new wave décontractée, le ‘rollingstonien’ "Mr. Robinsons'Quango", le ‘pulpien’ "It could be you", le féroce "Globe alone", le ‘fallien’ "Entertain me", l'atmosphérique "He thoughts of cars", etc. Un disque qui comporte inévitablement quelques petites faiblesses, mais qui en vertu de sa durée (plus d'une heure!) mérite franchement de figurer parmi les meilleurs albums de l'année...

 

Blur

Parklife

Pour le commun des mortels, Blur est le responsable du hit single "Girls And Boys", une chanson dont la version electro disco, revue et corrigée par les Pet Shop Boys, fait aujourd'hui un véritable tabac dans les charts internationaux. Et pourtant, le quintet insulaire (Colchester) compte déjà trois albums à son actif! Produit par Stephen Street (Morrissey), "Parklife" se révèle, dans l'ensemble, palpitant. Dans l'ensemble, puisque son ventre mou (!) s'abandonne un peu trop facilement dans la romance mielleuse, un peu comme si Style Council s'était vu priver de ses propriétés jazzyfiantes. Un intermède qui par bonheur n'excède pas quatre fragments. Pour le reste, l'opus recèle quelques morceaux post mod, post adolescents de la meilleure veine. Le hit en puissance "London Love", par exemple. Et puis une composition monochrome, déchirante, à laquelle Laetitia Sadier (Stereolab) et l'acteur Phil Daniels sont venus apporter leur concours aux backing vocaux ("To The End").

 

Blur

Néo-mod / anti-mode

Écrit par

A l'heure où bon nombre de ses compatriotes se tournent vers l'Amérique, Blur glorifie le patrimoine musical de son pays, l'Angleterre. ‘Modern Life is rubbish’, le 2e album du groupe, aborde les années 90 avec une imagerie presque désuète, célébrant la mémoire d'un passé recomposé pour l'occasion. Dans le sillage des Kinks, Small Faces, Jam et Smiths, le quatuor assure la pérennité d'un genre indémodable: la pop immédiate, harmonique, acidulée, teintée d'humour et de cynisme; l'expression la plus raffinée de l'esprit anglais. Rencontre avec deux brillants archivistes: le chanteur Damon Albarn et le guitariste Graham Coxon.

Damon prend la parole "Ce qui caractérise notre époque, c’est le recyclage des déchets pour en fabriquer d’autres. Si on étend cette considération à notre musique, on peut dire que Blur fait du neuf avec de l’ancien. La pop d’aujourd’hui n’est plus aussi révolutionnaire qu’il y a 10 ans, elle ne possède plus le même degré de créativité. Elle est devenue une institution, mais ça ne nous préoccupe pas trop."

Gardiens de la tradition

Pour mieux assurer son rôle de gardien de la tradition, Blur a décidé de ne rien laisser au hasard. Pas même l'image. Finis les jeans larges et les cheveux tombant sur les yeux, le quatuor affiche aujourd'hui un look néo-mod résolument anti-mode. Retour en arrière. Remarqué en 90 grâce à des mélodies sixties et des rythmiques dansantes, le groupe n'a pas hésité à monter dans le train baggy, au moment où celui-ci emmenait son chargement d'opportunistes vers des destinations inconnues. Acclamé par le public (NDR : baggy) mais descendu par la critique, ‘Leisure’, le premier album, n'est pas exempt de tous reproches, malgré sa fraîcheur (trop) évidente.

Damon poursuit : "On ne renie pas cet album mais il faut reconnaître que depuis lors, nous avons progressé. Nous n'avons pas régressé, du moins! On n'a pas vraiment pris le train en marche à l'époque, je dirais plutôt qu'on faisait notre apprentissage. On était conscients d'appartenir à une mode musicale, à la différence de plusieurs de nos contemporains qui ont réellement cru que le baggy ou la noisy allaient durer une éternité"

A la mort du baggy, Blur retombera sur ses pattes grâce à la vague noisy-pop à laquelle, il fut assimilé, un rapprochement qui doit plus aux fréquentations du groupe (musiciens, clubs branchés) qu’à son attitude… Damon et compagnie n’ont jamais pris leur pied à fixer leurs chaussures en jouant. N’empêche qu’à cette époque, ils n’en mènent pas large, l’alcool et la drogue aidant. C’est dans le courant de l’été 92 que s'amorce la métamorphose. En tournée aux Etats-Unis, les 4 Anglais on le mal du pays. De plus, ils ne supportent plus que le public américain les compare à EMF et aux Happy Mondays. C’est le point de départ d'une formidable remise en question. Les chansons du nouvel album, presque toutes écrites là-bas, portent les traces de cette amertume. Elles sont en quelque sorte des anticorps fabriqués pour éloigner toute influence US, ce qui explique leur couleur typiquement britannique.

"Sans changement radical. Blur n'avait aucun avenir", confesse Damon. "‘Leisure’ allait un peu dans toutes les directions pour n'aboutir nulle part. On s'en est rendu compte pendant la tournée qui a suivi sa sortie. On s'est vite lassés de ces chansons. C’est là qu'on a décidé de revoir notre copie. Qui plus est, lorsqu'on se trouve dans un pays étranger, on a t'occasion de s'interroger sur sa propre identité, Ensuite, on peut comparer. Plus de la moitié du dernier album a été composée aux Etats-Unis, on a ressenti le besoin de se protéger du dragon américain, incarné par son industrie musicale. C’est peut-être la raison pour laquelle ‘Modern Life’ dégage un parfum si ‘british’."

Et l'audace?

‘Modern Life is rubbish’ est un exercice de style magistralement exécuté (sous l'égide de Stephen Street (producteur des Smiths). Mais l’audace, direz-vous ? Les chansons, le concept et la pochette du disque (reproduisant une vielle locomotive à vapeur) trahissent un certain conservatisme empreint de nostalgie. Blur aurait-il étouffé toute volonté de révolte contre l’ordre établi?

Damon argumente : "Le grunge a remis à mode cette idée selon laquelle les enfants n'écoutent pas la musique de leurs parents, pour, soi-disant, affirmer leur personnalité. C’est un leurre: les parents écoutaient Black Sabbath, les enfants écoutent Soundgarden! Franchement, où est la différence? De nos jours le rock ne peut plus s’opposer à l'ordre établi, puisqu’il en fait partie. C’est un combat perdu d'avance. Dans l’expression ‘pop music’, pop signifie populaire". La pop n'a pas été inventée pour diviser les générations, mais pour les rassembler. Les vieux, les moins vieux et les plus jeunes devraient tous chanter ensemble. De toutes façons, les jeunes n'ont plus l'énergie pour être rebelles."

Coca colonisation

Si 92 avait été dominée par le rock US, 93 a marqué le réveil de la pop britannique (Suede, Dodgy, Auteurs, James, Radiohead et... Blur). Cependant, l'américanisation de l'Europe en général, de la Grande-Bretagne en particulier continue d'inquiéter Damon qui parle même de ‘coca-colonisation’; un sujet d'actualité à l'heure où les Européens revendiquent l'exception culturelle dans l'économie de marché. Initialement, l’album devait s’appeler ‘England Vs America’, puis ‘British Image’, des titres militants…

Damon ajoute : "Aujourd'hui, la plupart de nos compatriotes se concentrent sur leur propre héritage musical et culturel. C’est une réaction naturelle face à l'invasion du rock américain. Le succès de Suede est peut-être dû à une réaction patriotique de la part du public mais surtout des medias. La presse musicale anglaise est excessive. Pendant un an, elle a rabâché les mêmes groupes américains ; maintenant, des numéros entiers du Melody Maker ou du NME sont consacrés au renouveau anglais avec des titres racoleurs comme ‘L'Empire contre-attaque’. C’est ridicule ! Lorsqu'on parle d'exception culturelle, je suis pour, d'une certaine manière mais d'un autre côté, ce serait dommage que le public arrête d’acheter des disques africains, indiens ou sud-américains. En tous cas, il faut empêcher qu'une nation ait un monopole culturel dans le monde entier, particulièrement les USA, qui ne sont pas un modèle en la matière. C’est un sujet délicat parce qu'il ne faut pas cloisonner les différentes cultures mais il n'est pas bon non plus de les enchevêtrer sauvagement, au risque de perdre toute identité. Une chose est sûre: la musique, le cinéma, l'art en général, ne doivent pas être mis au même niveau que les autres produits parce qu'il constitue la mémoire des générations futures."

La culture européenne est-elle réellement en danger devant la menace américaine?

"Pas vraiment", poursuit Damon. "C’est normal qu'une culture évolue; l'Angleterre a été enrichie par de nombreux apports étrangers. Le problème avec l'Amérique, c'est qu'elle veut vendre ses produits et renforcer son hégémonie économique dans le monde entier. De plus, cette culture imposée n'est pas le résultat d'une pensée multiraciale ; la différence entre les hispaniques, les noirs et les blancs est énorme là-bas. Ce n'est pas un exemple à suivre, l'Europe est en avance à ce niveau-là."

MTV cristallise dans une certaine mesure la culture américaine des années nonante. La cible idéale donc.

Graham réagit : "C’est une chaîne ennuyeuse, abrutissante et dénuée de créativité mais ce n'est pas une raison pour interdire sa diffusion en Europe."

Damon n'est pas d'accord: "MTV devrait être bannie dans le monde entier, non pas parce que c'est une télé américaine mais parce qu'elle offre peu par rapport à ce qu'elle reçoit, c'est une sorte d'éponge. En outre, quand on dit que Nirvana a changé le visage du rock, ça me fait bien rigoler... C’est le lavage de cerveau exercé par MTV qui a poussé les gens à bouffer du grunge. Le meilleur moyen d'échapper à cette chaîne est de ne pas la regarder, ce qui est le cas en Angleterre."

Selon les dires du producteur Stephen Street, le troisième ouvrage de Blur, dont les deux tiers sont déjà écrits et enregistrés, prendra place parmi les plus grands albums de rock anglais de ces 15 dernières années, aux côtés du ‘Ali Mod Cons’ de Jam, du ‘The Queen is dead’ des Smiths et du ‘London Calling’ des Clash.

Mais qu'en pense Graham? "Aujourd'hui un groupe qui veut réussir doit être composé d'excellents musiciens, capables d'assimiler une multitude de styles musicaux différents. Notre dernier album montre clairement qu'on s'est donné les moyens d’atteindre nos ambitions."

Article paru dans le n°19 du Magazine Mofo de janvier 94