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La vie explosive de Fine Lame

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The Hidden Cameras

Silence on tourne...

Trois groupes aux ambiances contrastées se partagent l'affiche de l'Orangerie en ce samedi automnal. Parts & Labor est un trio de Brooklyn qui fait beaucoup de bruit : deux hommes se tiennent prostrés sur leurs machines en s'agrippant parfois au manche de leur guitare/basse, tandis qu'un troisième larron martèle sa batterie comme s'il allait mourir demain. On pense parfois à Wolf Eyes au niveau visuel, à Oneida et à Whirlwind Heat pour la musique. Si les deux machinistes se partagent le micro, on aurait préféré qu'ils se taisent un peu plus : instrumentale, leur musique aurait encore gagné en puissance et en évocation. Le public, encore clairsemé à cette heure-là de la soirée, se laisse pourtant aller.

Ce n'est qu'un échauffement, avant la tornade pop, The Hidden Cameras. Entouré de sept musiciens à l'air décontracté (deux violonistes, un violoncelliste, un bassiste, deux claviéristes et une batteuse), Joel Gibb entame son set par « A Miracle », petit bijou tiré de l'excellent « The Smell Of Our Own », sorti en 2003. Après c'est « Lollipop », et l'on évitera toute blague potache sur les homosexuels, les sucettes, et tout le toutim, puisque ensuite Joel Gibb nous fait cadeau de « Smells Like Happiness » et de « Day is Dawning », pour rappel deux pièces majeures de « The Smell Of Our Own », leur meilleur disque à ce jour. « Music is my Boyfriend » enfonce le clou (à défaut d'autre chose…), puis « Bboy » et « I Want Another Enema » rappellent que « Mississauga Goddam » valait lui aussi le détour. En fin de compte, seuls les titres de « Awoo », le nouvel album, donnent moins envie de se donner des claques sur les fesses (« Learning the Lie », « Heji », « Waning Moon », « Death of a Tune »). En rappel, un bon vieux « Golden Streams », de l'excellent « The Smell Of Our Own », achève de nous convaincre : s'il y a bien un disque à posséder de ces gays Canadiens, c'est l'excellent « The Smell Of Our Own ». A noter également que l'un des violonistes ressemblait étrangement à John Locke de « Lost » : et nous qui pensions que c'était Jack qui allait se faire Sawyer !

Rien que pour son nom, I Love You But I've Chosen Darkness vaut la peine qu'on s'y attarde. Surtout que le premier disque de ces Texans est produit par Paul Barker himself, l'ex-compère d'Al Jourgensen de Ministry. Pas d'inquiétude, cependant : on ne parle pas ici d'indus metal mais bien de cold wave rigide, qui ne manque pas de puissance et de quelques refrains efficaces. Set court, qui prendra surtout de l'altitude vers les derniers titres : I Love You… ne connaîtra sans doute pas la trajectoire brillante d'Interpol, mais il y a chez ces types une élégance qui pour une fois n'a rien de tape-à-l'œil. Quand on sait qu'ils ont des accointances avec les exemplaires Windsor For The Derby, on ne peut donc que taper des deux mains. C'est ce que beaucoup de gens ont fait ce soir. Comme quoi le spleen à la Psychedelic Furs s'accorde parfois bien avec la fièvre du samedi soir.

Camera

Motorikissime

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Les Berlinois de Camera entamaient ce mardi leurs trois dates belges à Liège. Un concert que votre serviteur attendait impatiemment, suite à la sortie de leur formidable nouvel album, "Remembre When I Was Dioxide Carbon" (voir rubrique chronique de notre site). Leur premier passage à Liège, dans le cadre du Microfetival 2013, m'avait laissé un peu sur ma faim. Le groupe, de fort mauvaise humeur suite, semble-t-il, à un conflit interne et des soucis techniques, n'avait pas vraiment justifié sa réputation de brillant performeur. JauneOrange avait alors promis de les inviter une nouvelle fois, à la première occasion. Ce nouveau rendez-vous a par contre amplement répondu à mon attente. Camera a démontré de la plus brillante manière qu'il est bel et bien une machine motorik exceptionnelle rôdée par des années de concerts sauvages dans les lieux publics berlinois et une tournée dans le monde entier quasi ininterrompue depuis 2012.

Mais commençons par évoquer la prestation du trio liégeois Back to Whitworth. Né sur les cendres d’Eté 67, le band n’a pourtant rien en commun avec le groupe de pop champêtre. Si le début du set peut rappeler la musique cosmique des années 70, en particulier les sonorités spatiales de l'orgue vintage, le propos se muscle progressivement et évolue vers des compositions plus math-rock saupoudrées de stoner. Agréablement surpris au départ, cette évolution me parle moins. Le son métallique de la batterie est agressif et cet instrument prend trop de place. On peut louer la technicité mais elle finit par lasser. Difficile de trouver un fil conducteur dans les courts morceaux finaux. Surtout quand on n'a jamais été grand fan de ce style. Ceci expliquant sans doute cela.

Chez Camera aussi, la batterie tient la place centrale. Motorikissimes, les rythmes de Michael Drummer (apparemment ce n’est pas un pseudo ; de quoi croire en la prédestination) sont l'élément moteur (fatalement) de la transe qu'impose progressivement le groupe. A côté de lui, sérieux comme Joseph Ratzinger, Timm Brockmann distille quelques drones sur son laptop mais surtout des sonorités synthétiques tournoyantes. Les deux compères sont accompagnés par un guitariste dont on n'apercevra le visage qu'à la fin du concert. Penché sur son instrument, les cheveux ballotant dans l'air rare de La Zone, il livre les accords cosmiques bouclés propres au krautrock.

D'interaction avec le public, il ne sera pas question. Pas un mot, pas un regard, pas un geste. Une froideur toute teutonne qui pour votre narrateur n'a pas d'importance mais peut-être, explique en partie le manque de réaction d'un public nombreux mais majoritairement amorphe voire même peu concerné.

Et pourtant, cette musique est terriblement excitante. Transique, psychédélique, faite de répétitions évolutives, elle passe de moments d'accalmie à des passages ébouriffants d'une rapidité extrême au gré du tempo des rythmes tribaux de Drummer.

Le premier morceau dure 15 minutes, le second 20. Enormes, hallucinants. On est entraîné sur les montagnes russes des percussions, le corps en ébullition et le cerveau déconnecté. On voudrait qu'ils nous emportent encore plus loin, on espère les mélodies synthétiques de l'album, des envolées de guitare. Elles ne viendront pas. Qu'importe. La scène semble pour Camera un monde à part où la transe prime, engendrée par les variations d'énergie et la répétitivité. Et tant pis pour ceux qui voulaient une copie conforme de leur remarquable travail en studio. Aucun morceau ne semble familier. C'est le royaume de l'improvisation maîtrisée. La dernière saillie, un peu plus brève et sans doute un rien moins intéressante donne à nouveau la part belle aux rythmiques. Drummer est vidé. Rideau.

Ce concert a provoqué en moi ce que seules certaines musiques africaines traditionnelles ont réussi à engendrer. Une déconnection quasi spirituelle, un état modifié de conscience. Pourtant, en y repensant, je suis certain de ne pas avoir assisté à la plus grande performance de Camera ce mardi soir. Mais je sais que la prochaine fois, l'expérience qu'ils me proposeront sera totalement semblable et complètement différente. Le propre du Krautrock. L'essence d'un grand groupe.

(Organisation JauneOrange)

Camera

Remember When I Was Carbon Dioxide

Écrit par

Décidément, Bureau B ne cesse de nous livrer de très bons albums. Cette fois, c'est le retour de Camera, qui nous avait déjà séduits lors de la sortie de son premier elpee, "Radiate!", il y a deux ans. Depuis lors, il n'a cessé de tourner, s'accordant juste une respiration pour enregistrer le maxi 4 titres "Système solaire". A ses débuts, le duo se produit régulièrement dans le métro, les gares et autres endroits publics sans autorisation. Ce qui lui vaut le surnom de Krautrock Guerilla. Les Berlinois aimeraient pourtant qu'on cesse de les cantonner à ce style. Ils clament haut et fort que leur musique n'est pas une simple copie de Can, Neu! ou Faust.

Il est pourtant impossible de ne pas voir une évidente filiation avec les légendes de la Kosmische Muzik, vu la place dominante de l'improvisation dans leurs compositions. Le premier opus est en effet le fruit de longues sessions d'expérimentation cherchant à reproduire fidèlement les atmosphères de leurs jams sauvages. Les rythmiques motorik, les synthés cosmiques, les guitares spatiales et la répétitivité transique, si caractéristiques du genre, constituent en outre la base de leurs compositions. Difficile donc de blâmer ceux qui les considèrent simplement comme de dignes successeurs des pionniers du Kraut. Et ce ne serait déjà pas mal tant le résultat est probant. Peu de groupes sont arrivés à une telle excellence dans le style depuis les années 70.

"Remember When I Was Carbon Dioxide" confirme d'ailleurs ce lien du sang par son utilisation encore plus massive de la technique de l'overdub. En effet, sur le premier opus, seul Franz Bargmann était crédité à la guitare. Ici plus de trace du monsieur mais différents guitaristes sont dans un premier temps venus laisser leurs empreintes sur l'oeuvre lors de sessions d'improvisation si chères au duo. Michael Drummer et Timm Brockmann ont ensuite retravaillé, superposé, enrichi le résultat de ces jams, explorant bien plus loin les possibilités de la production en studio. C'est là la principale évolution de ce nouvel et formidable LP.

Isoler des morceaux est malaisé ou plutôt terriblement subjectif. Contentons-nous de dire qu'aucun ne peut être considéré comme du remplissage. C'est une histoire que Camera nous raconte, tour à tour dansante et hypnotique, pleine de psychédélisme et de mélodies spatiales. Il ne reste qu'à se laisser porter et succomber à cette Autobahn sans fin.

Oui il y a bien du Can et du Neu! dans le moteur voire un zeste de Kraftwerk mais il y aussi beaucoup de rock psychédélique apatride et même quelques très agréables remous de Garage. Loin d'être un énième ersatz, Camera démontre au contraire que "When I Was Dioxide Carbon" affirme une réelle personnalité et trouve sa place dans la cour des très grands groupes instrumentaux actuels. Ne ratez pas la bretelle.

 

 

Camera

Radiate !

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Derrière l’œil de cette caméra turbinent trois têtes pensantes plutôt armées de solides références faisant la part belle à de fulgurantes excellences dont le but avoué est de libérer le Krautrock de son carcan.

Ce trio berlinois décline donc sa vision non passéiste d’un genre que certains pensent à tort hermétique. Et pour y parvenir, ces trois lascars n’hésitent pas à offrir des prestations live improvisées qui leur ont valu d’être estampillés Guerilla Krautrock (somme toute, une étiquette comme une autre).

Mais la formule concoctée ne s’est pas satisfaite de faire renaître le Phoenix de ses cendres, dans des endroits improbables.

Entre escalades spatiales (« Lynch ») et cosmiques (« Morgen »), les synthés déploient des océans d’étoiles et offrent un voyage hors de toute dimension temporelle, tandis que les guitares déchirent ce qu’il reste de la toile onirique.

Pas étonnant dés lors de les voir s’acoquiner avec Michael Rother (Neu !, Harmonia ) et Dieter Moebius (Cluster, Harmonia), le temps de poser quelques jalons supplémentaires sur cette route irradiée par la lumière de soleils qu’on croyait éteints depuis des lustres…

 

Camera 237

Alone in an Empty Bed

Écrit par

En Italie, l’économie s’effondre. Un clown met fin à sa carrière politique (du moins on espère) ; et comble du cynisme, il est remplacé par un symbole de cette même crise économique. De toute évidence, il ne doit pas être facile, tous les jours, de vivre dans ce si beau pays (NDLR : bien dit !) Heureusement, la musique et la culture en général, sont encore le meilleur moyen pour s’évader de cet univers machiavélique, au sein duquel les dirigeants, plus cons les uns que les autres, sévissent depuis de trop nombreuses années. Camera 237 est certainement un groupe capable de mettre un peu de baume au cœur des Transalpins…

Originaire de Cosenza (NDR : c’est dans le sud du pays), le groupe jouit déjà d’une certaine notoriété à l’intérieur de ses frontières. Si aujourd’hui il participe, chaque année, aux plus grands festivals italiens, vu sa notoriété acquise pour ses prestations ‘live’, avant de se forger cette réputation, il a remporté toute une série de concours organisés dans l’univers de l’indie rock.

« Alone in an Empty Bed » constitue le troisième elpee de Camera 237. Une œuvre recelant des tubes en puissance qui auraient pu figurer au répertoire de Metronomy (« Carry On ») voire même de Postal Service. L’aspect romantique, visionnaire et tendre de leur pop est alimenté par des synthés atmosphériques, mais également par le timbre vocal du chanteur. Et la face la plus âpre, dynamisée par la section rythmique. Bref, pas de référence ici à Pavarotti et consorts, mais plutôt à The Notwist. Ce qui devrait, on l’espère, permettre au combo de s’exporter. Enfin, c’est ce qu’on leur souhaite. Et puis, en attendant, au mélomane autochtone de se changer les idées, avant de retomber dans la dure réalité contemporaine…

 

Camera Obscura

Service minimum

Écrit par

Niché au creux du doux et chaleureux AB Club, Magic Arm était venu, sans complexe, nous présenter les mélodies simples et désarmantes de son dernier elpee, « Make Lists Do Something ». Première partie aux singulières saveurs mancuniennes durant laquelle ce multi-instrumentiste aux pédales magiques occupe seul la scène (assisté sporadiquement d’un saxo) avec une impressionnante sérénité. Marc Rigelsford semble atteindre le ciel sans verser une goutte de sueur et nous livre des pop-songs d’une simplicité désarmante. Mélodies sur lesquelles vient se greffer de plus en plus d’instrumentation avant de se décomposer en une résolution subtile. A la frontière de tous les genres, l’astucieux bricolo anglais réforme le psychédélisme et apparaît tel un dérangeant intrus sur la scène paralysée de Manchester.  

9 :00 pm à Bruxelles. Un brouillard (machine à fumée) et des lumières fragiles dessinent un paysage automnal d’Ecosse sur les planches de l’AB Club. Ensuite Tracyanne Cambell. Un accent glaswégien, qui résonne et nous invite rapidement à pénétrer le nébuleux univers de « My Maudleen Career ». Théâtre subtilement habillé pour accueillir les souffles passionnels du quintet écossais exceptionnellement accompagné d’un discret multi-instrumentiste (tambourin, cuivres…), Camera Obscura livre un set de pure poésie soutenue par de tendres mélodies sophistiquées. A travers ses histoires et confessions, Tracyanne Campbell vainc sa  timidité d’artiste subtile et vulnérable pour nous chanter le reflet de son triste amour de la vie. Timidité palpable par l’austérité et la sobriété de la performance. A travers les treize compos, la chanteuse écossaise souffle le chaud et le froid. Passant de fleurs-pop bluettes et rutilantes (« The Sweetest Thing » ou « French Navy ») à des mélodies sombrement romantiques (« Tears For Affairs »), « Honey In The Sun » résume assez bien l’ensemble du concert : des chansons radieuses sur des sujets doux-amers.

Deux rappels (« Come Back Margaret » et « Razzel Dazzel Rose ») viendront saluer les chaudes acclamations du public pour clôturer cette soirée à l’atmosphère hautement britannique.

Malgré une jolie prestation, le quintet écossais aurait pu afficher un visage plus radieux et plus exalté pour la présentation d’un album qui se prétend ‘purely about love’. Sans nier le talent indéniable et d’ailleurs confirmé de ces 6 musiciens, on reste cependant sur une impression de service minimum. Un set linéaire qui ne reflète pas les nouvelles ambitions affichées par le groupe et que l’on peut voir furtivement scintiller sur des morceaux comme « French Navy ».   

Tracyanne Campbell aurait-elle vraiment quitté les eaux troubles de ses amours marécageux ? 

Organisation AB  

Camera Obscura

My Maudlin Career

Écrit par

Digne représentant de la scène glaswégienne, Camera Obscura voit le jour dans la capitale écossaise, en 1996. Le groupe présente nombre de points communs avec Belle and Sebastian, formation à laquelle la presse l’associe fréquemment en raison de leur identité géographique, temporelle et musicale. Tous deux formés à Glasgow en 1996, ils partagent le même référentiel musical. D’ailleurs, Stuart Murdoch soutiendra régulièrement ses compatriotes britanniques.

Camera Obscura nous livre ici son quatrième album. Il a été enregistré en Suède, sous la houlette du producteur Jari Haapalainen (Ed Harcourt, Peter, Bjorn & John, The Concretes, ...) Il s’agit de leur premier elpee signé pour 4AD. A l’instar de nombreux artistes, Tracyanne Campbell, leader du groupe, nous dépeint ce dernier opus comme le plus abouti du quintette écossais : ‘I truly believe it’s the best we’ve done so far’.

"My Maudlin Career" est pure poésie vêtue d’un souffle passionnel.

Grâce à cet album Tracyanne Campbell exorcise ses peurs et quitte les eaux troubles des amours marécageuses. Son univers tissé de sentiments ombragés, éphémères et destructeurs se dissout dans un océan plus limpide. Les replis de la nuit intérieure s’estompent. Le visage lumineux de Tracyanne quitte alors la chambre noire de son existence et se projette sur les onze microsillons en vinylite.

La jeune auteur/compositeur/interprète vainc sa fragile timidité et s’ouvre sur un monde innocent d’amour. Car vous vous en doutez, le quatrième opus de Camera Obscura est ‘purely about love’. Tracyanne Campbell est amoureuse et nous le murmure délicatement tout en manifestant beaucoup de pudeur. Ses fleurs-pop bluettes touchent au cœur sans tomber dans le piège de la mièvrerie. Seul l’amour rend la vue et elle voit sans nuages. Le romantique désabusé appréciera certainement la plume habile de la jeune Ecossaise.

Quelquefois, Camera Obscura garde cependant sa nature profonde et barbote encore dans les eaux noires de ses influences initiales : Nico et le Velvet Underground. « You Told A Lie » est d’ailleurs inspiré de Lou Reed. Simple hasard ou choix délibéré, le dernier album de la chanteuse Nico s’intitule tout naturellement « Camera Obscura ». Les stigmates demeurent et les cinq Ecossais voyagent encore entre optimisme et pessimisme, romantisme et drame.

Malgré « The Sweetest Things » et « Told you a lie » qui s’ouvrent à de nouvelles histoires d’amour aux mélodies heureuses et ensoleillées, les cicatrices du passé s’inscrivent naturellement sur des mélodies plus sombrement romantiques comme « Careless love » ou « Forest and sands ». Les deux premiers titres cités et « French Navy » rendent ouvertement hommage aux Ronettes (girl group américain des années 60) et, plus largement, au travail de Phil Spector. « Honey in The sun » résume relativement bien le ton général de l’album : des chansons radieuses sur des sujets doux-amers. Même lors de ses joies intenses, les démons de Tracyanne ne rôdent jamais très loin et chantent le reflet de son triste amour de la vie.

A travers ses histoires et confessions –exercice proche du journal intime–, la voix aux doux accents glaswégiens de Tracyanne Cambell nous invite vers son ailleurs désormais plus calme aux brillances acoustiques proche de l’univers de Kings of Convenience. Quelques élans d’optimisme qui s’effondrent soudainement. Puis, des instants de réflexion inquiète, des interstices imprégnés de doutes, de regrets, de solitude sur « Away with Murder ». Compréhension de la mélancolie proche de celle de Mazzy Star. En constante douleur existentielle du bonheur, la jeune Ecossaise souffle le chaud et le froid tout au long du « French Navy » voyage. La très belle ballade « James », morceau atypique, en est l’expression.

Maudlin Career aux mélodies sophistiquées, aux orchestrations discrètes présente une pop amoureuse aux ballades romantiques –proches de celles de Band of horses– qui déshabille subtilement la douce mélancolie de l’amour. Le poète-dramaturge Florian ne disait-il pas ‘Plaisir d’amour ne dure qu’un moment. Chagrin d’amour dure toute la vie’ ? Tracyanne Campbell illustre cette maxime avec talent.

 

The Hidden Cameras

Awoo

Écrit par

L’heure du troisième album des Hidden Cameras a sonné. Face à la débauche d’énergie dégagée par cette chorale lesbienne, enfermée depuis deux ans dans une chapelle désertée de tous ses Saints, un constat historique s’impose. Il sera sans doute accepté de tous. En 2003, le collectif canadien publie « The Smell of Our Own », son premier album. A l’écoute de cette pop multicolore, le cœur palpite, les corps s’élèvent. Ceux qui sont tombés sur ce disque ne s’en sont pas encore relevés. L’année suivante, une deuxième livraison (« Mississauga Goddam ») séduit les oreilles vierges du choc provoqué par le premier album. L’orchestration et les chansons des Hidden Cameras se découvrent telle une évidence. Et, dans les mémoires, la première rencontre avec l’univers du groupe demeure impérissable. Que ceux qui sont passés à côté des deux albums précédents se procurent « Awoo », nouvel album de ces gays lurons. Le coup de foudre est garanti.

Oui, chaque année, c’est comme ça : on attend un arrivage festif en provenance de Toronto, capitale de l’Ontario. Jamais déçu. Toujours convaincu. Et les treize nouvelles compos des Hidden Cameras ne dérogent pas à la règle : des cordes, des harmonies raffinées et une avalanche de mélodies entraînantes. Comment ne pas succomber ? Les hits s’accumulent : « Lollipop », « Heji » ou l’éponyme « Awoo ». Derrière le micro, la voix de Joel Gibb s’affole sur des orchestrations soignées, déjantées. Les Hidden Cameras évoquent une nuit de luxure entre Michael Stipe (R.E.M.) et Brian Wilson (The Beach Boys). Le premier pour le chant, le second pour les arrangements. Décidément, ces deux-là jouiraient d’une place de choix sous la couette de notre chorale arc-en-ciel. « Awoo » ! Approbation générale.

Camera Obscura

Let´s Get Out Of This Country

Écrit par

Ecossais, mélodieux, doux et racé. La filiation avec Belle and Sebastian est inéluctable. Un certain Stuart Murdoch aurait même signé la pochette du précédent disque. Mais à l'égard de ce troisième effort, Camera Obscura sort de l’imposante ombre de ses augustes maîtres et se forge peu à peu une identité propre. Tracyanne Campbell, reine mère du projet, écrit d’intimes et tendres ballades dont les moindres inflexions lyriques, flots de cordes ou harmonies vocales sont propices à vous briser le cœur. Le disque débute d’ailleurs par « Lloyd, I’m Ready To Be Heartbroken » hommage et réponse tardifs au « Are You Ready To Be Heartbroken » de Lloyd Cole and The Commotions. Qu’elle chante d’une voix mielleuse et directe est un imparable atout pour propulser les déchirantes « Country Mile » et « Dory Previn » dans une dimension parallèle ou le spleen constituerait le dessein ultime de toute âme. Loin de s’engoncer dans des poncifs asthéniques, la troupe s’adonne également à une pop de haute volée, jamais racoleuse. Le jeu fin et retenu du groupe et la production de Jari Haapalainen ( Ed Harcourt, The Concretes mais aussi The (International) Noise Conspiracy) contribuent à enrober ces parfaites friandises que sont « Tears for Affairs », « If Looks Could Kill » ou l’appel « I Need All The Friends I Can Get ». Ca tombe bien, je suis disponible en ce moment...

The Hidden Cameras

Mississauga Goddam

Forcément, difficile de faire mieux que « The Smell Of Our Own », ce chef-d’œuvre de pop orchestrale : les Hidden Cameras, cette « chorale gay » emmenée par Joel Gibb (aucun lien avec les Bee Gees), avaient pondu un des disques majeurs de l’année dernière. Mais si ce nouvel opus est condamné à rester dans l’ombre de son mirobolant prédécesseur, il parvient quand même à nous émouvoir… En cause cette formule maintenant maîtrisée sur le bout des doigts par ces adeptes des « golden shower » (hum) : vocalises angéliques, lyrisme exacerbé, instrumentation arc-en-ciel, et ces mélodies si parfaites, qui donnent envie de courir nu dans la rue, une harpe à la main et des pâquerettes dans les cheveux. D’accord, l’effet de surprise n’est plus au rendez-vous, mais peu importe : si vous avez adoré « The Smell Of Our Own », vous aimerez « Mississauga Goddam »… Si Dieu existe, il est peut-être homo.

Camera Obscura

Under Achievers Please Try Harder

Camera Obscura, sans doute l’autre nom de Belle and Sebastian : même genre de musique (de la pop bucolique et angélique, pleine de cuivres et de chœurs extatiques), même genre de pochette (signée Stuart Murdoch, leader de… Belle and Sebastian), même genre de paroles (pas drôles). Ne manque plus qu’Isobel et son joli minois pour que la comparaison soit parfaite… Qui sait, d’ailleurs, si Camera Obscura n’est pas le nouveau groupe de l’ex-muse à Murdoch ? La fille qui chante possède le même timbre, candide et apprêté. Sans plus d’informations, on laissera à ce groupe (?) le bénéfice du doute… Murdoch, si c’est là l’une de tes plaisanteries, sache que les plus courtes sont toujours les meilleures : la prochaine fois, tâche de mieux cacher ton jeu.

The Hidden Cameras

The Smell of Our Own

Les chorales sont de rigueur dans la pop, cette année : après Polyphonic Spree, voire The Coral, voici The Hidden Cameras, un collectif canadien composé de quatorze ( !) membres, gays et fiers de l'être. Des paroles (" Ban Marriage ", " Boys of Melody ", " The Man That I Am With My Am ") à la pochette (pleine de culs nus), Joel Gibb et son armée arc-en-ciel revendiquent leur homosexualité avec vigueur et gaieté, sans détours. Leur musique, elle aussi, se pare des plus beaux costumes, ici pop-folk, voire orchestraux : ainsi, sur " The Smell of Our Own ", on entend des flûtes célestes, des cuivres dodus, des violons joyeux, des mandolines hilares et des guitares extatiques. Remarquable de beauté, cet album ne contient que des perles, entre gospel élégiaque et contemplations 'brianwilsoniennes'. Sans rire : écoutez " Golden Streams ", " Boys of Melody ", " Smells Like Happiness ", au hasard. De l'or en barre, d'une délicatesse inouïe. Le genre de musique qui vous élève, dans l'insouciance la plus reposante. Tel un escalier vers le paradis, " The Smell of Our Own " nous conduit au septième ciel. Une véritable bouffée d'oxygène, à respirer à pleins poumons. Splendide.

 

Aztec Camera

Frestonia

La première écoute du sixième album d'Aztec Camera ne nous avait pas laissé une très forte impression. Probablement encore sous le coup de la déception du précédent opus, "Dreamland", nous n'avions retenu que le seul et excellent "Phenomenal world", sorti par ailleurs en single. Par déontologie, nous nous sommes quand même forcés à revenir sur le sujet. Et bien nous en a pris, puisque cette oreille plus attentive nous a permis de déceler les richesses profondes de ce "Frestonia"... Roddy Frame possède toujours ce timbre vocal nonchalant, douloureusement translucide, mais il a presque totalement abandonné sa guitare semi-acoustique au profit d'une râpe électrique, et puis surtout d'un piano, voire d'un clavier granuleux. Une instrumentation qu'il tisse subtilement comme un tapis mélodique aux motifs insidieusement orientaux. Nous sommes cependant ici à des années lumière du style postcard, qu'Aztec Camera partageait au tout début des eighties avec Orange Juice ou Haircut 100. Ce qui n'empêche pas Roddy de revisiter, mais d'une manière astucieuse, plus lisse, "Highland", "Knife" et même "Stray". Et en particulier sur "On the avenue", romance ciselée dans la sensibilité cristalline...