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Cathy Lemons

Black Crow

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Quoique née dans le Wisconsin, Cathy Lemons a passé une bonne partie de sa jeunesse au Texas où elle s’est convertie au blues ; mais c'est bien en Californie, dans la baie de San Francisco, que cette jolie femme a accompli sa carrière, puisqu'elle y réside depuis plus de 25 ans. En 2010, elle avait publié "Lemonace", un excellent opus, enregistré en compagnie de son compagnon d'alors, Johnny Ace.

Les sessions de "Black Crow" se sont déroulées au sein du studio de Kid Andersen, qui co-produit l’elpee avec Miss Lemons et l’omniprésent Stevie Gurr. Cependant, Cathy ne se confine pas seulement à un seul style ; elle aime varier son répertoire.

Oscillant entre le style Memphis et de la Louisiane, "I'm a good woman" est une plage solide, écrite par le brillant Kim Wilson, une plage au cours de laquelle la guitare de Steve Gurr est à la fois élégante et sobre, alors que sémillant, le saxophone baryton de Doug James communique la coloration R&B. Les percus de Robbie Bean garantissent la légèreté du rythme tout au long d’"Ain't gonna do it", une délicate ballade roots que chante Cathy d’un timbre clair, pendant que Gurr souffle sans excès dans l'harmonica. Et sa voix prend tout son relief sur "Black crow", une autre ballade blues dont l’environnement est raffiné par les cordes acoustiques et les effets sonores d'Andersen. Introduit par l'harmonica, "Hip check man" est un boogie musclé, dynamisé de bout en bout par Gurr. Cathy manifeste beaucoup de conviction pour chanter "You're in my town now", un blues lent, dépouillé, au cours duquel Stevie joue parcimonieusement des cordes, pendant que Kevin Zuffi brille au piano. Kevin a régulièrement soutenu l'harmoniciste californien Mark Hummel. Autre ballade roots, "It all went down the drain" est issue de la plume de feu Earl King, musicien notoire issu de la Nouvelle Orléans. Invité, Volker Strifler injecte énormément de feeling dans cette plage, à l’aide de son dobro. Dans le passé, Volker a souvent apporté sa collaboration à Robben Ford. Cathy interprète "The big payback" de James Brown, un funk coloré par les saxophones de Doug James, le piano de Zuffi et les chœurs. "I'm going to try" est une ballade soul indolente, mais surtout bouleversante. Derrière son micro, Cathy y met tout son cœur. Kevin Zuffi siège derrière l'orgue Hammond. Et Stevie Gurr libère son plus bel envol, avant que James ne nous réserve son intervention divine au saxophone. Miss Lemons n’a pas oublié qu’elle a longtemps vécu au Texas. Et nous le rappelle à travers "Texas shuffle", une parfaite définition de son style. Elle y a même fréquenté de véritables maîtres du genre. Et Volker Strifler y semble totalement hanté par Stevie Ray Vaughan. Chargée d’émotion, "The devil has blues eyes" baigne dans le Delta blues original, une finale caractérisée par la voix offensive de Cathy et les cordes acoustiques de son partenaire… 

 

Cathy Lemons & Johnny Ace

Lemonace

Écrit par

Cathy Lemons vient de fêter ses 52 ans. Elle nous vient d'Eau Claire, dans le Wisconsin. Elle est née au sein d’une famille presque nomade. Qui finira quand même par se ficher au Texas, en 1971. A Dallas, très précisément. C'est là que Cathy tombe sous le charme du blues. Elle monte régulièrement sur scène, en compagnie de jeunes formations en plein essor. Et en particulier où sévissent déjà Anson Funderburgh, Darrell Nuslish et même Stevie Ray Vaughan. En 1986, elle émigre à San Francisco. Vu son bon goût et son talent, elle partage les planches de Mark Hummel et Paris Slim. Elle attire même l'attention du vétéran John Lee Hooker et participe aux shows du Coast to Coast Blues Band. Elle décide ensuite d’embrasser une carrière individuelle. Bénéficiant du concours, d’abord du guitariste David Workman, puis en 1995, du bassiste Johnny Ace. Ce dernier est aujourd’hui âgé de 61 ans. Il est issu de New York City. Il a joué auprès des plus grands ; et en particulier Otis Rush, John Lee Hooker, Lowell Fulsom ou encore Charlie Musselwhite… Depuis cette époque Cathy et Johnny partagent leur aventure musicale. Leur premier elpee est paru en 1999 : "Dark road". Chez le label Saloon Recordings. Parmi les invités guitaristes figurent quelques noms prestigieux : Tommy Castro, Rusty Zinn et Steve Freund. Depuis, 2006, leur backing group implique guitariste Pierre Le Corre (NDR : il est originaire de Marseille) et le batteur Artie Chavez. Cathy et Johnny se sont partagé l’écriture de la quasi-intégralité des titres.

"Brand new day" ouvre le bal. Une compo très nerveuse, au cours de laquelle le couple partage le chant. Pierre joue en rythmique ; mais son attaque est tellement déjantée, qu’elle se mue en funk détonant. "Love like a fire" baigne dans le même style. Terriblement cohérente, la section rythmique soutient l’ensemble. Johnny se révèle excellent bassiste. Premier invité, Kid Andersen entre en scène. Il semble armé pour accomplir ce superbe voyage, périple psychédélique étincelant, chargé d’intensité, au cours duquel Le Corre lui donne la réplique à la slide. Tommy Castro –l’ami de toujours– dispense un solo troublant et torturé sur "Used to this blues", une plage indolente, parcourue par la voix reverb de Cathy, réminiscente de la Grace Slick des grands jours, lorsqu’elle sévissait chez le Jefferson Airplane (NDR : nous sommes même ici très proche du San Franciso sound !) "Sink or swim" en revient au funk ; mais Johnny se paye un rap à la newyorkaise, pendant que Pierre sort sur le fil du rasoir! Plage atmosphérique, "Shoot to kill" est introduite par la slide de Ron Thompson, un autre pensionnaire émérite du Coast to Coast Blues Band. Une compo de 8’ qui trempe au sein d’un climat menaçant, malsain, inquiétant, malveillant. En fin de parcours, Le Corre vient y injecter sa dose de slide toute personnelle. Chicago blues, "When bad luck looks good" est imprimé sur un tempo enlevé. David Maxwell siège derrière le piano. Un maître du style qui s’offre rapidement son billet de sortie, avant d’être relayé par Tommy Castro. "Gimme a penny" est un autre titre nonchalant. Mais aussi dépouillé. La voix de Cathy est convaincante. Mais Maxwell domine le sujet aux ivoires, dont il partagera ensuite le leadership, en compagnie de Paul Oscher, un ancien membre du Muddy Waters Band, à l’harmonica. "I got it" est sculpté dans le funk pur. La rythmique épaule parfaitement la voix aérienne de Melle Lemon. Cette dernière nous confesse "I'm not the woman I used to be", un blues lent de facture classique, caractérisé par les petites notes concédées par Pierre. Elles font mouche face à Kid Andersen passé à l'orgue. Une bonne ligne de basse balise "Stay", un boogie assez sauvage et de bonne facture, au cours duquel Le Corre s’acharne, en empruntant un ton très John Lee. "Get this thing off's my back" campe un blues saturé par le son Hooker dispensé par le talentueux gratteur norvégien, Kid Andersen. La cover du "Move on" de Baby Washington achève cet elpee. Un peu à la manière d’un rappel, Johnny reproduisant, une nouvelle fois, ses interventions vocales rap. Et pour que votre info soit complète, sachez que ce long playing a été coproduit sous la houlette de Lemon, Ace et Kid Andersen, au sein des studios Greaseland de ce dernier. Perso, je suis surtout ravi d’avoir découvert Pierre Le Corre, guitariste français talentueux…