Il semble qu’on n’ait plus entendu parler de Crash Test Dummies depuis 1993. Le succès de « Mmm Mmm Mmm », devenu un classique du rock de sa décennie, a lancé la notoriété du groupe, mais a aussi évincé le reste de sa production. Entre-temps, pourtant, ils ont discrètement sorti 6 albums, sous la coupe du noyau formé par Brad Roberts et Ellen Reid. En plus de quelques projets solo, les Canadiens sont passés par un son plus métal, plus funk et plus électronique, définitivement pop, alternant le lead vocal entre Roberts et Reid, sans jamais atteindre de nouveau le succès de leur premier single. Les membres originaux de la formation se retrouvent aujourd’hui après un silence de six ans pour revenir à leurs influences plus intrinsèques : un océan de rock, blues, folk.
Les Crash Test Dummies ne réactualisent pas leur son ‘1990s’, et utilisent au contraire expressément, je cite, des ‘jouets musicaux analogues vintage’ (les années 1970, pour être précise, ère que l’album embrasse dans son aspect le plus conforme). En effet, produit par Stewart Lerman (Antony & the Johnsons, The Roches), l’album a recours à un optigan (contraction entre ‘optique’ et ‘organ’), afin de projeter le son d’autres instruments. Comment ? A l’aide de disques en celluloïd et à travers des claviers. Objectif ? Offrir différents éventails de sonorités qui communiquent un effet ‘big band’ à l’enregistrement analogue.
On retrouve également –et c’est un rand plaisir– la voix chaude et aqueuse de Roberts, qui reste fidèle à elle-même tout en mixant les styles. L’elpee remonte dans le temps et les genres : l’envoûtant « And It’s Beautiful » pour cette dernière décennie, « What I’m Famour For » pour la petite touche country, le « Not Today Baby », tout droit sorti d’une BO des années 1970, voire un bon vieux doo-wop intitulé « Now You See Her ».
« Oooh La La ! » semble serein, voire un peu mou (NDR : au cours de cet hiatus de six années, Roberts a survécu a un accident fatal, et s’est, après avoir observé une convalescence en Nouvelle-Écosse, converti au yoga et à la méditation), mais il demeure de bonne facture, solide, riche en styles et aux arrangements pros, même si on est loin du succès mainstream du légendaire « Mmm Mmm Mmm ». La voix chaleureusement grave de Roberts devrait se charger de réchauffer les dimanches gris dans les chaumières.