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Florent Marchet

Gargilesse

« Alors tu t’es marié/A Levallois-Perret/Tu as trouvé une maison/Et un job à la con/(…) C’est bizarre mais à seize ans/Tu étais plus émouvant/Ils étaient moins cons tes héros/C’était Lennon et Mc Enroe » : d’entrée de jeu, Florent Marchet n’y va pas de main morte, détruisant de ses mots cinglants nos petites certitudes de bourgeois confortables. Découvert il y a un an sur la compile CQFD des Inrocks (leur concours de démos), ce Français de province (Lignières-en-Berry) conte les désarrois quotidiens de la masse bien pensante : tous ces gens qu’on rencontre, et qui sont « Tous pareils/(…) A descendre la pente/Dans les surfaces de vente ». Ces gens-là, frappés par l’ordinaire, c’est nous, même si c’est dur à admettre. Tel un Delerm moins cultureux, un Souchon (cette voix !) revenu de la variet’, Florent Marchet libère la langue française en osant la frotter au songwriting à l’anglaise. « Je n’ai pensé qu’à moi », bel ouvrage d’impertinence, pourrait même être un tube : avec ses guitares en vol serré, c’est sans doute le titre qui nous renvoie le plus à nos doutes d’égocentriques urbains. Ailleurs, les violons se cognent au piano, et les paroles à nos bobos. « Bourgeois bohèmes » ? Que Florent Marchet se rassure : nous non plus, on n’aime pas toujours « La vie réelle/De (nos) repas individuels »… Mais grâce à ses chansons, on espère s’en tirer… Parce que comme lui, « on ne veut pas rater le coche/on ne veut pas d’une vie moche ». A partir d’aujourd’hui, promis, on va commencer à sérieusement faire gaffe.