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Gang Of Four

What happens next

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Du line up intitial de ce quatuor fondé en 1977, il ne reste plus que le guitariste/compositeur Andy Gill. Jon King, le chanteur a définitivement (?!?!?) tiré sa révérence. Il a cédé le relais à John ‘Gaoler’ Sterry. Et la nouvelle section rythmique réunit Thomas McNiece à la basse et Jonny Finnegan aux drums. Votre serviteur avait assisté, en décembre dernier, au set de ce groupe new look à l’Aéronef de Lille. Et franchement la prestation avait impressionné l’auditoire. Restait à voir (et surtout à écouter) ce que le nouvel elpee avait dans le ventre.

Pour enregistrer « What happens next », la formation a reçu le concours de quelques collaborateurs et en particulier Gail Ann Dorsey, bassiste de David Bowie (notamment), le gratteur Japonais Hotei, Robbie Furze (The Big Pink), et Herbert Grönemeyer, acteur allemand et musicien qui se réserve le micro sur « Sautbkorn » ; mais aussi et surtout Alison Mosshart (The Kills, The Dead Weather) qui pose la voix sur les excellents « Broken talk », une plage spasmodique mais mélodique qui traite de l’angoisse et de la folie ainsi que l’incisif « England’s in my bones ». Des textes engagés, sociopolitiques, belliqueux, qui traitent, en général de l’identité, de la religion et du capitalisme, tout en soulignant la faiblesse de l’être humain aveuglé par l’idéologie et les idées reçues. 

Si les premiers morceaux de cet elpee sont sculptés dans l’agit pop (ou le funk blanc, si vous préférez), à l’instar de l’énigmatique « Where the nightingale sings », ou le post punk, comme sur le percutant « Isle of dogs », la suite glisse progressivement vers une électro dark voire indus réminiscente de Stabbing Westward voire de Nine Inch Nails (« Dead Souls ») quand elle ne lorgne pas vers l’éclectro pop de Depeche Mode (« The dying rays », « Graven image »). Pas que les compos soient de mauvaise facture, mais elles ne soutiennent pas la comparaison avec les quatre premières pistes de l’opus. Enfin, c’est un avis personnel qui se réfère aux incontournables « Entertainment » et « Solid Gold ». Enfin, ravi de savoir que Gang of Four a encore un fameux potentiel. Le tout est de ne pas le dilapider dans des aventures technologiques hasardeuses…

 

Gang Of Four

Un public en effervescence…

Écrit par

Du line up initial de Gang of Four, il ne reste plus qu’Andy Gill, le guitariste. Le chanteur, Jon King, semble avoir définitivement quitté le groupe, il y a maintenant deux ans. Andy aura 59 balais le 1er janvier 2015 et il est aujourd’hui entouré par trois jeunes aux dents longues. Soit John ‘Gaoler’ Sterry au micro, Thomas McNeice (NDR : dont la chevelure est tissée dans de longues dreadlocks) à la basse et le drummer Mark Heaney. Fondé à Leeds en 1977, Gang of Four est considérée comme un quatuor mythique. Il s’était séparé en 1984 avant de refaire surface 20 ans plus tard. En fait, il s’était alors rendu compte de l’influence que son post punk exerçait alors sur des combos comme Franz Ferdinand, Bloc Party, Radio 4 ou encore Rapture ; et avait fini par conclure que le produit original était tout aussi valable que celui dispensé par ses élèves. Des formations comme Red Hot Chili Peppers, U2, Fugazi et Minutemen le reconnaissent même comme une de leurs références majeures. Leurs guitaristes surtout. Paru en 1981, « Solid gold » est considéré comme un album culte. Enfin, il faut aussi rappeler que Gang of Four (NDR : la Bande des 4) a toujours véhiculé des textes sociopolitiques engagés, critiquant même ouvertement ses contemporains pour la futilité de leurs lyrics. Le gang insulaire se produisait donc ce mercredi 17 décembre au Club de l’Aéronef. Compte-rendu.

Shopping assure le supporting act. Non, non, il ne s’agit pas d’un ‘boys band’ pour les filles (NDR : qui a dit macho ?), mais un trio londonien qui pratique du post punk funk. La chanteuse/guitariste ressemble à Bruce Ellison, le leader de PPZ 30. Enfin quand il était plus jeune et en plus petit. La peau métissée, elle a les cheveux en bataille dressés au-dessus de la tête. Elle s'appelle Rachel ; et franchement, je n'avais pas remarqué (NDR: merci Ludo!), même après avoir taillé une bavette avec elle, à l'issue de la soirée, que c'était une fille (NDR: je vais devoir me méfier des travesti(e)s...) Elle est soutenue par une section rythmique. Soit un drummer et un bassiste. Il s'appelle Billy. Mais c'est aussi une fille ! Qu’on appelle dans un certain jargon, un garçon manqué (NDR : qui a encore crié macho ?) Et il a fallu trois morceaux pour m'en rendre compte... Le band a publié un premier elpee en juin 2013, « In other words ». Et leur musique quoique plutôt aride n’est pas mal ficelée du tout. A suivre de très près et même à revoir ; mais plus juste avant la Noël ou le Nouvel An…

Gang of Four monte sur scène vers 21h30. Et attaque directement par un titre de son tout premier elpee, paru en 1979, « Return the gift ». La setlist va essentiellement se concentrer sur la discographie pré-1995. Et tout particulièrement les classiques. Seuls trois compos de la seconde vie de GOF seront interprétés, soit « Do as I say », de l’album « Content », publié en 2011, et deux plages (*) du nouvel opus, paru en mars 2014 : « Broken talk » (NDR: en studio Alison Mosshart y apporte sa contribution) et « Isle of dogs ». Le son est impeccable et rapidement le public se met à danser. Le set est particulièrement dynamique. Offensif, même. Andy brandit sa gratte comme une arme, alors que Thomas renverse régulièrement les pieds de micros. Si bien que tout un long du show, un roadie va passer son temps à tout remettre d’aplomb. Pas de véritable chorégraphie. Seul le vocaliste s’autorise un peu de show, en se servant alternativement, des trois microphones, étalés en front d’estrade. Quand ils ne sont pas par terre. Ou encore en grimpant sur le petit podium réservé au drummer. Et quand il ne chante pas, il se désaltère. Il boit de l’eau. Par petites gorgées. Dans une petite bouteille d’eau. Sa voix passe pourtant bien la rampe. Angulaires, les sonorités de gratte dispensées par Gill grincent, crépitent, déchirent et régulièrement, il vient les parachever en feedback, devant son ampli ; mais paradoxalement, ses interventions ne sont jamais envahissantes. On a même parfois l’impression qu’elles évoluent un ton légèrement en dessous de l’ensemble. Car manifestement, le groove émane essentiellement de la section rythmique. Les martèlements de drums syncopés et la ligne de basse caoutchouteuse se conjuguent à merveille. Pendant « To hell with poverty » la foule reprend les ‘Ouh, ouh ouh, aah !’ en chœur, avant de repartir dans ses mouvements de danse. Une effervescence qui va durer jusqu’à la fin du set.

Un rappel ? Deux titres. Et puis la nouvelle bande des quatre tire sa révérence. On n’a pas vu le temps passer. Preuve que le concert était excellent.

Setlist

Return the Gift
Not great men
I parade myself
Paralysed
What we all want
Anthrax
He’d send in the army
Isle of dogs*
To hell with poverty
Do as I say (2011)
I love a man in a uniform
Broken Talk *

Rappel

At home he’s a Tourist
Damage Goods

(Voir aussi notre section photos ici)

 

 

 

Gang Of Four

Content

Écrit par

Seize longues années que la formation de Leeds n’avait plus enregistré de véritable nouvel opus. Il y avait bien eu « Return the Gift », paru en 2005, mais cet elpee n’était qu’une nouvelle mouture d’anciennes compos. Et ce parcours, Andy Gill, le guitariste, nous en parle dans une longue interview qu’il nous a accordée, fin de l’an dernier. Mais venons-en à l’album.

Pas parfait, il recèle néanmoins quelques bonnes compos. Surtout les plus explosives. Celles au cours desquelles on retrouve ce rythme tribal et ces interventions de guitare percutantes, croustillantes, mises en couche par Andy. A l’instar de « She said ‘You made a thing of me’ », morceau d’entrée tramé sur une basse dub. De « You don’t have to be mad », dont les riffs sur le fil du rasoir, sont littéralement déchiquetés, du véhément « Do as I say », caractérisé par ses vocaux dispensés sous forme de slogans et puis d’« I party all the time », soutenu par les chœurs féminins d’Eddi Reader. Dans un autre style, on retiendra encore le contagieux et hymnique « Who am I », single en puissance, réminiscent du « Gimme some lovin’ » de Spencer Davis Group, d’« A fruitfly in the beehive », dont la mélodie soignée évoque inévitablement Red Hot Chili Peppers et enfin du final fiévreux, « I can see from far away ». Tout en retenue, il met en exergue les superbes modulations vocales de King. Nonobstant les lyrics engagés mais lucides, qui se penchent sur l’état de notre monde contemporain, le reste du tracklisting fait un peu pâle figure. M’enfin trois titres dispensables sur 10, ce n’est quand même pas si mal. Gang of Four se produira au Botanique ce 19 mars.

 

Gang Of Four

Du contenu, pas du tape-à-l’œil

Écrit par

Fondé à Leeds, en 1977, Gang of Four (NDR: la ‘Bande des Quatre’, patronyme inspiré d'un groupe de dirigeants chinois, parmi lesquels figuraient l’épouse de Mao Zedong, Jiang Qing, dont les membres avaient été arrêtés et démis de leurs fonctions en 1976, peu de temps après la mort de Mao) est considéré comme une référence majeure, dans l’histoire de la musique pop/rock. Une multitude d’artistes se réclament ou se sont réclamés de cette formation insulaire, parmi lesquels figurent Red Hot Chili Peppers, INXS, REM, Nirvana et même U2. Sans oublier le mouvement punk funk, au sein duquel on épinglera The Rapture, Radio 4, Bloc Party, !!! et Futureheads. Fin des seventies, début des eighties, on qualifiait alors leur style de funk blanc, un mouvement auquel relevait également A Certain Ratio. De leur histoire, on retiendra un engagement sociopolitique très marqué, des prestations scéniques explosives, quelques singles incontournables (‘Damaged Goods’, ‘What we all want’, ‘To hell with poverty’ et ‘I love a man in a uniform’), un album culte (‘Entertainment’, publié en 1979) ainsi que plusieurs séparations, réunions et changements de line up. Seuls John King le chanteur et Andy Gill, le guitariste, sont toujours au poste. Leur dernière reformation remonte à 2004. Un album était paru en 2005, ‘Return the Gift’, mais il ne s’agissait que d’une nouvelle mouture d’anciennes compos. Si bien que leur dernier opus studio, ‘Shrinkwrapped’ datait de 1995. Un nouvel elpee sort donc ce 25 janvier, ‘Content’. Ce qui explique la présence d’Andy Gill, en Belgique, pour accorder quelques interviews. Et le guitariste nous a accordé un très long entretien. Très intéressant, par ailleurs. Musiczine vous en livre l’essentiel…

Mais attaquons directement un sujet qui doit interpeller notre interlocuteur. Alors que Gang of Four n’a jamais récolté qu’un succès d’(e) (grande) estime, quel est son sentiment profond vis-à-vis d’un mouvement (NDR : le punk funk) que le groupe a engendré et qui a permis à des formations contemporaines de récolter un succès certain. Andy concède : « J’en suis relativement heureux. Et pour cause, ce sont eux qui nous ont permis de conquérir un nouveau public. Des mélomanes qui n’auraient jamais connu Gang of Four autrement. Ce courant nous a été favorable. Lorsque Franz Ferdinand est devenu énorme, la critique a dit qu’il y avait Gang of Four derrière. C’est ainsi qu’on s’est fait connaître. Et lorsqu’on se produit en concert, on se rend compte qu’une partie du public a moins de 20 ans. Et l’autre réunit des quinquas. C’est superbe ! J’aime beaucoup ce mix démographique. Je suis enchanté que notre musique plaise aussi à la jeune génération. Finalement, ce qui se produit aujourd’hui confirme nos prévisions. Et c’est un juste retour des événements. Des événements que nous avons vécus il y a 30 ans. » Mais pourquoi avoir attendu si longtemps avant d’enregistrer un nouvel album ? Andy argumente : « Les nineties n’ont pas été très favorables pour nous. Au cours de cette période, John voulais faire autre chose, mais je ne souhaitais pas le suivre dans ses projets. Il a mené une carrière solo pendant 2 ou 3 ans. Fin des années 90, Futureheads est né. Et je me suis investi pour eux, à la production. Donc, je n’avais plus beaucoup de temps pour faire autre chose. Début des années 2000, des gens du milieu nous ont suggéré de nous réunir. En 2005, on a publié un cd consacré à d’anciens morceaux retravaillés. A partir de ce moment, on a retrouvé un certain plaisir dans l’écriture et on s’est remis à bosser… » Le line up initial s’est même mis à tourner, mais le drummer Hugo Burnham, puis le bassiste Dave Allen se sont essoufflés, cédant alors le relais à une nouvelle section rythmique composée de Mark Heaney et Thomas McNeice. Et enfin, le quatuor a enregistré un nouvel elpee…  

Intitulé ‘Content’, il proposera une édition limitée luxueuse, incluant un tas de bonus, dont une BD imaginée et dessinée par Andy, racontant notamment les 40 années de leur carrière, un livret consacré à leurs lyrics et des fioles contenant leur sang. Une invitation à collecter pour la Croix-Rouge ou une grosse blague ? Et pourquoi ce titre ? Satisfait du résultat ? Andy réagit : « Il est exact que le don du sang et très important aujourd’hui. Et l’idée de cet échantillon de sang constitue la traduction extrême du don de soi, l’idée de ce qu’on peut offrir de soi-même. En fait, c’est encore la manifestation des faces de Gang of Four qui peuvent se révéler à la fois sérieuses et comiques. On a vécu des tas de discussions au sujet du titre de l’album, il y a un an et demi. Et finalement on s’est accordé à le baptiser ‘Content’. En fait, il se réfère au mot ‘contenu’ de ce qu’on peut trouver dans le hardware. Tout ce qui est l’emballage. Le ‘blabla’, c’est pour faire de la pub. Dans la société, il n’y en a plus que pour Google et Internet. Pour vendre leur marchandise, les fabricants d’ordinateurs, de téléphones et autres privilégient le tape-à-l’œil. C’est un peu la garniture du sandwiche. Donc, la pub, c’est le sandwiche et le contenu, la garniture. C’est la raison pour laquelle on a choisi ce titre. On fabrique d’abord la boîte, et puis on y met le contenu. Et donc, on a inséré du contenu dans notre box : musique, paroles, des photos du groupe, des odeurs d’activités humaines, notre sang et l’histoire des quatre décennies de l’histoire du groupe à travers une bande-dessinée (NDR : il montre les maquettes, en épinglant celle de Berlusconi face à une prostituée). On y a inséré des choses importantes, mais également stupides. Le tout sera glissé dans un box métallique. C’est la coloration externe qu’on attribue à notre travail. Comme nous avions déjà fait pour ‘Entertainment’. On voulait aller plus loin dans ce qu’il y avait à offrir ; et des choses qu’on ne peut pas télécharger, comme notre sang… »

Penchons-nous, maintenant sur le contenu de l’album. Tant au niveau des textes que de la musique. ‘It was never gonna turn out too good for me’ est une compo qui parle de l’histoire d’un immigrant débarquant d’Europe de l’Est. On lui reproche d’avoir piqué le travail des autochtones. Explications : « J’ai écrit cette chanson à la première personne du singulier, pour la rendre autobiographique. Je suis né à Manchester. La population s’inquiète parce qu’elle ne trouve pas d’emploi et colporte que ces jobs leur sont piqués par les immigrés, alors que la plupart de ces demandeurs d’emploi n’accepteraient pas de faire ce boulot. On manifeste de la sympathie vis-à-vis des gens qui se plaignent, parce qu’on a l’impression qu’ils ont perdu leur propre dignité. Et cette chanson parle justement de quelqu’un qui perd son amour-propre. J’utilise un vocodeur, sans quoi cette compo serait trop sentimentale. C’est un peu comme si c’était un robot qui parlait ». Dans sa chanson ‘You don’t have to be mad’, on y parle du nouvel esclavage dans le travail. La conséquence du néo-libéralisme qui s’est imposé en Europe, faute de plate-forme sociale commune ? Andy nuance : « Oui, mais l’Europe est beaucoup plus sociale que les Etats-Unis. Là-bas le marché est beaucoup plus libre que chez nous. Sur le Vieux Continent, il y a encore un équilibre entre le privé et le public. Est-ce que le retour à un plus grand socialisme est envisageable ? Ce n’est pas nécessairement une utopie. Les événements évoluent. On devrait davantage s’inspirer du modèle scandinave… » Sur ‘A party all the time’ on entend des chœurs féminins. Les choristes de Chic sont-elles revenues leur filer un coup de main ? Eclaircissements : « Non, en fait, c’est Eddie Reader qui a participé aux sessions. Au début des années 80, elle nous avait accompagnés en tournée comme choriste. A cette époque, nous étions parvenus à la sortir de Glasgow, et surtout de son Ecosse natale. On l’avait d’abord invitée à Londres. C’est une excellente chanteuse, mais très timide. Il y a deux ans on a fait un périple en Ecosse, et elle a téléphoné pour nous demander si elle pouvait venir nous accompagner sur les planches. On a renoué nos relations et elle est revenue à Londres pour participer à la confection de notre album. C’est une vielle copine. »

Andy a un jour déclaré que dans la musique, il aimait la rencontre entre le passé et le futur. Ce qui méritait une explication. « Davantage le passé que le futur. En réalité, il s’agit de la rencontre entre le passé et le présent. Le sens premier a tendance à faire penser que le temps s’arrête au moment présent. Comme si le moment présent était la fin de l’histoire. Bien, sûr, d’un point de vue abstrait, on sait bien qu’il existe un futur. Et on doit se rendre compte, même si on sait que les conditions actuelles pourraient être meilleures, qu’on se trouve au point suprême de notre développement. Nous sommes cultivés. Notre espérance de vie est bien plus conséquente. On dispose de GSM et de l’Internet. Et quand on regarde dans le passé, on se dit que les gens devaient être bizarres. Etaient-ils vraiment comme nous ? Je pense que quel que soit le moment de l’histoire, les événements sont en constante évolution. Imagine les Victoriens des années 1890, ce qu’ils devraient penser de nous. Parce qu’on est au sommet de la civilisation. Et quand on observe leur organisation, on se dit qu’ils avaient des idées singulières. Notamment au niveau se la sexualité. Vous savez, les pays occidentaux ont toujours tendance à se considérer comme les plus civilisés, alors que lorsqu’on analyse les tranches d’histoire, elles sont émaillées d’actes de sauvagerie. Sur ‘Do I say’, une chanson de l’album, je joue le rôle de l’exécuteur et John de l’exécuté. Attaché à un pieu, il va être brûlé pour des raisons idéologiques. Il y a un dialogue entre nous deux. L’exécuteur dit que le coupable a tort ; et ce dernier lui répond qu’il n’est pas un mauvais type, qu’il est semblable à son bourreau. C’est comme si cette histoire se déroulait au XVIIème siècle et soudain, elle rebondit, au XXIème… En fait, on crée un lien entre ces deux époques. Au cours de la première, il y avait les sorciers et aujourd’hui, les terroristes… »

Punk funk ou funk blanc ? Quelle est la réaction de Gang of Four par rapport à toutes ces étiquettes collées par les journalistes ? « Il existe beaucoup d’influences chez Gang Of Four. Chacun d’entre nous a grandi en écoutant des choses différentes. Depuis James Brown à la Motown en passant par Bob Dylan et le reggae primaire de Desmond Dekker. Pourtant, aucun d’entre eux n’a été une influence majeure pour notre musique. Et si cela a été le cas, c’était de manière très subtile. A nos débuts, on a essayé de créer notre propre langage musical. On n’a pas voulu reprendre un rythme de batterie conventionnel, mais créer un rythme typique, qu’on ne retrouve pas ailleurs. On est parti de zéro. On a créé le beat sur lequel on a greffé la basse. A vrai dire, j’ai toujours été davantage fasciné par le rythme que par la mélodie. Pour le rock’n roll. Alors que notre culture occidentale a été, pendant des siècles, bien plus branchée sur la mélodie que le rythme. C’est ce qu’on appelle le groove. Ce qui fait bouger les gens. C’est ce que je cherche. Et certainement pas plagier James Brown. Simplement développer un concept qui rend le métier plus excitant. Et au final, il reste à poser des mots sur ce rythme. Des mots qui ont du sens. Des mots qui collent au rythme. Ce qui contribue à créer un univers fascinant… » Le blues opère un retour en force. Des formations comme White Stripes ou Jim Jones Revue en sont les plus belles illustrations. Andy a toujours admiré Dr Feelgood. Mais qu’aime-t-il chez cette formation de pub rock ? Andy s’explique : « Il sont arrivés au beau milieu des années 70. Bien avant le punk. C’était un groupe dont la musique était rafraîchissante et excitante en même temps. Il véhiculait une image menaçante et fascinante. Il était aux antipodes de Grateful Dead. Leurs sets étaient efficaces, mécaniques, bourrés d’énergie et recelaient une petite dose de sexualité. Une alternative à Muddy Waters. Mais interprétée d’une manière magistrale, puissante. Il faut les avoir vus en public (NDR : je partage son avis…) Ils m’avaient impressionnés. Probablement un des meilleurs sets auxquels j’ai pu assister. C’était une célébration de l’artificiel. Ils s’amusaient sur scène. Les Sex Pistols sont également importants, mais ils étaient négligés. Dr Feelgood aimait la précision. Il me faisait penser à une voie de chemin de fer. Linéaire. Tout était en place. Les Sex Pistols, c’était du barbouillage. L’influence que nous avons retirée de Dr Feelgood, c’est son sens de la dramatisation sur scène et la rythmique… »

L’album ‘Content’ sort ce 25 janvier 2010 !

Merci à Vincent Devos

Gang Of Four

Return the gift

Écrit par
Gang Of Four vient donc de se reformer. Sous son line up initial, c'est-à-dire John King, Andy Gill, Dave Allen et Hugo Burnham. Une formule qui remonte quand même à plus de 20 ans (NDR : très exactement en 1982, lorsque Dave Allen - futur Shriekback - a été remplacé par Sarah Lee) ; la séparation du groupe décrétée en 1984 et les reformations épisodiques et successives n’ayant plus jamais depuis impliqué la bande des quatre. Issue de Leeds, cette formation devenue mythique exerce aujourd’hui une influence sur une multitude de groupes contemporains. Parmi le plus notoires : Futureheads, Franz Ferdinand et Bloc Party en Grande-Bretagne, Radio 4 et The Rapture aux States (NDR : ces derniers à travers une scène qui répond au nom de punk funk et dont l’épicentre se situe à New York). Responsable d’une musique spasmodique, aride, tendue, angulaire et clinique (NDR : qu’on appellera à cette époque funk blanc), le Gang Of Four manifestait également son engagement sociopolitique à travers ses lyrics ; ce qui lui vaudra une censure régulière sur les ondes de la BBC. Bref, le come-back de Gang Of Four est traduit par ce « Return the gift », une compile découpée en deux volets. Le premier disque réunit des titres issus des trois premiers elpees (« Entertainment », « Solid gold » et « Song of the Free »), dont les inévitables « To hell with poverty », « Anthrax », « Paralysed » ou encore « I love a man in uniform ». Bref, la quintessence de leur œuvre. Mais le tout a été remasterisé par la technologie moderne. Le deuxième CD propose 12 remixes. 12 exercices de style opérés par Hot Hot Heat, les Yeah Yeah Yeahs, The Others, Dandy Warhols et quelques autres, parmi lesquels Ladytron (pour « Natural’s not in it ») et Amusement Parks on Fire (sur « Why theory ? ») se montrent les plus convaincants. Reste maintenant à espérer que le gang enregistre un nouvel album. On verra alors ce qu’ils ont encore réellement dans le ventre…

Gang Of Four

Shrinkwrapped

Il faut avouer qu'au départ, l'idée de cette reformation nous avait laissés perplexes. D'autant plus que ni Sarah Lee, ni Dave Allen, bassistes successifs du combo, et encore moins le drummer Hugo Burnham n'étaient impliqués par le projet. Andy Gill et Jon King, respectivement guitariste et chanteur du mythe de Leeds, ont d'ailleurs dû engager une flopée de musiciens de studio pour atteindre leur objectif. Et, le résultat va au delà de nos espérances. Les riffs de guitare cinglants cisaillent les mélodies pop avec une redoutable efficacité. La voix acérée d'Andy essaime ses lyrics intelligents, féroces à défaut de ne plus être aussi engagés. Le tempo est syncopé, en constante effervescence électrique... Gang of Four vient de renouer avec le ‘white funk’ comme au temps de sa splendeur!

 

Gang Of Four

Solid gold (réédition)

Écrit par
Gang of Four reconstitué, l'intérêt pour son back catalogue devenait conséquent. EMI vient donc de ressortir en compact disc "Solid gold". Paru en 1981, il constitue un des albums les plus importants de la dernière décennie. Non seulement il a marqué de son empreinte l'histoire de la new-wave, par la pratique d'un funk blanc métallique, sophistiqué et aride. Mais en plus, il exprimait à travers des textes obliques, intellectuels, féroces, un discours radical et révolutionnaire. Cette réédition bénéficie, en outre, d'une sélection de bonus tracks. Cinq fragments parmi lesquels figurent "To hell with poverty", "Capital (it fails us now)", "History's bunk", et des versions "live" de "Cheesburger" et de "What we all want". "Solid gold" quoi!