Depuis « Wrong-Eyed Jesus » (1999), Jim White trimballe ses démons (la religion, la mort, l’Amérique white trash) à dos de mulet, traversant le désert country tel un Pancho Villa illuminé par la vie et ses petits tracas. Chez lui, raconter des histoires de diable, de paradis et de romances étriquées s’avère une chose tout à fait normale, comme porter un stetson mais critiquer la morale pudibonde des mangeurs de bretzels. Jim White est le ménestrel gonzo de la cause country, le Bukowski de l’americana populaire. Sa musique traduit cet amour pour les mythes salis du Grand Ouest : comme du Canada Dry servi en pleine cambrousse, elle sonne comme de la country US, mais au final ça n’a rien à voir. Qu’une pedal steel se prenne un jour les fils dans le tapis d’un saloon ou qu’une trompette se voit bouchée par un nuage de poussières, Jim continuera toujours à raconter ses histoires de Jésus « conduisant un camping-car » (« If Jesus Drove A Motor Home »). Entouré d’une clique de musiciens balèzes et connus (Joe Henry, Matt Ward, Mary Gauthier, Bill Frisell, Aimee Mann sur le splendide « Static On The Radio »), l’Américain du bayou n’a pas son pareil pour mélanger les genres (country, folk, spoken word, rap/funk couillon à la G Love, soul à la Me’Shell) sans jamais se coincer les doigts dans un seul. De plus en plus raffinées avec le temps, ses mélodies ne cessent d’émouvoir, comme en apesanteur, à des kilomètres du sol argileux de l’Alabama. Un mirage ? Peut-être. Mais il est tenace, et sa vision réconforte, dans un monde où la sincérité n’a plus sa place. Tel le héros du roman de Matheson, Jim White est quasi une légende. Il est unique, et c’est la raison pour laquelle on l’aime.