L’aurore de Lathe of Heaven…

Issu de Brooklyn, Lathe of Heaven sortira son nouvel elpee « Aurora », le 29 août. Né d’un processus d'improvisation, cet opus est propulsif, captivant et structuré, abordant des thèmes lourds et incorporant des influences littéraires. En attendant, la…

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Julian Cope

Interpreter

‘Je viens d'une autre planète’, c'est ce que déclare Julian Cope dès la première chanson de son nouvel opus. Une affirmation qu'il tente de nous faire avaler, en illustrant l'intérieur du booklet d'une carte. Etablie au 150.000ème, elle représente le Malbourough Downs traversé par la St Michaël's Line (!?!?!) Et il nous en raconte bien d'autres, et des meilleures. Pas étonnant que Julian fume de l'esprit. N'empêche, côté musical, ce Liverpuldien (NDR: qui a dit Lilliputien?) est loin d'être un fumiste, puisqu'il en est déjà à son vingtième album. Un disque psychédélique dans le sens le plus pop du terme. Avec ses volutes de claviers interstellaires, ses cordes de guitare acides et cet arôme mélodique trempé dans le garage sixties...

 

Julian Cope

Autogeddon

Le troisième volet de la trilogie consacrée à l'écologie, entamé par "Peggy Suicide" et poursuivi sur "Jehovah Kill", était paru l'an dernier. "Autogeddon" n'avait cependant bénéficié d'aucune distribution officielle à l'extérieur des Iles Britannique, pour la simple raison que Cope venait de se brouiller avec sa firme de disques. Faut dire que le Liverpuldien n'y était pas allé de main morte. Et tant le fondamentalisme religieux, "Gun's Roses, Ministry, U2, et quelques autres en avaient pris plein les gencives. "Autogeddon" dénonce la pollution causée par l'automobile. Et bien sûr, le contestataire a pris une volée de bois vert... Bref, ce néo hippie, inquiet de l'empoisonnement de la planète, s'exprime ouvertement à travers ces huit fragments. Depuis le dylanesque "Autogeddon blues" jusqu'au psychédélisme post "Interstellar Overdrive" de "Starcar", en passant par l'avant rock "Ain't no gettin' round gettin' round". Bref une vision éco-apocalyptique, qui nonobstant son sarcasme frondeur et juvénile, mérite quelques instants, et pourquoi pas un CD de réflexion...

 

Julian Cope

20 mothers

Après avoir recyclé très adroitement le garage rock pendant cinq albums, Goupil le Renard a donc décidé d'élargir son horizon sonore à 180°, tout en multipliant les clins d'œil à l'histoire du rock'n roll. Depuis les Kinks à Syd Barrett, en passant par REM, Tom Petty, les Beatles et les Stones. Julian n'a cependant pas choisi la facilité, (dé)co(u)pant ce "20 Mothers" en 20 fragments (!?!) sur quatre tableaux. Le premier, probablement le plus accessible, implique un des meilleurs singles de l'année, "Try try try", enrichi par ailleurs de 4 inédits sur l'Ep, l'impétueux mais contagieux "Queen/Mother" et la comptine "I'm your daddy". Le deuxième s'ouvre par un deuxième hit potentiel, "Highway to the sun", embraie sur l'hypnotique "1995", et s'achève par un pastiche de Franky Goes to Hollywood ", "Just like poor bear". Le tout saupoudré d'effets spéciaux synthético-pychédéliques. Hormis l'allusion à peine voilée au chanteur du Who, Roger Daltrey, sur "Don't take roots", le troisième est probablement le plus complexe, le plus climatique, voire ambient pour "The Lonely guy", rappelant que Julian Cope a toujours cultivé une image underground. Que ce soit en compagnie de Ian McCulloch, Pete Wylie ou au sein de Teardrop Explodes, rappelé ici par "Greedhead Detector". Sans oublier le psyché baroque. A l'instar de "Cryingbabiessleeplessnights" qui ouvre le quatrième volet. Un fragment plus acoustique, mais infiltré d'interventions de mellotron, un mellotron qui devient même franchement ‘cathédralesque’ au cours du final "When I walk through the land of fear". Cette dernière planche recèle en outre un superbe instrumental, "Leli B", plus new wave que nature. Bref, un chouette album, mais qui exige plusieurs écoutes avant de pouvoir être véritablement apprécié.

 

Julian Cope

Médium, mellotron et chapeau pointu…

La scène se passe durant une belle après-midi de la fin de l'été bruxellois. Les lunettes noires sur le nez, Dorian (NDR : la femme de Julian) porte une robe de lin très classe. Elle promène les gosses du couple : la petite Avalon qui n'a que 15 mois et l'aînée, Albany, qui va vers ses 4 ans. La place Rogier est sous le soleil, les passants sont nombreux devant l'immeuble que certains continuent à appeler le ‘Martiny’ : Julian Cope, lui, se fait photographier... Et il ne passe guère inaperçu! Pensez, l'homme arbore son chapeau pointu d'un jaune fluo parfaitement assorti à l'orange pétant de son fuseau. En plus, il prend des poses pas possible : accroupi ou les bras en croix ! C'est tout ce qu'il y a de plus discret. On a vu plus d'une tête se retourner en lui adressant un regard en forme de point d'interrogation : ‘Il est fou, ce mec?’ Si Julian est très très gentil –et visiblement très papa-gâteau aussi– il a l'air quand même un peu fêlé. Confirmation à 1’écoute de son discours, disons un peu décalé... Et on vous épargne les déclarations tonitruantes sur les alignements de pierres d'Avebury (NDR : le sujet favori de Julian date de 6.000 ans!) Pas de round d’observation, on entre immédiatement dans le vif du sujet…

J'ai eu un moment de lucidité, ma première ‘vision’. C'était un 22 décembre. Lisa St John est une amie et une sorcière blanche. Elle nous a conviés à une séance de transe, dans son appartement. Une heure d'enfer ! Après coup, je lui ai dit que tout ça, c'était de la foutaise. Comme j’avais faim, j'ai quitté 1’appartement. Tout à coup, en haut des escaliers, j'ai eu un flash. Une lumière blanche a dégringolé les marches ; et, là-bas à l'autre bout de l'escalier, je me suis vu à 15 ans. J'ai regardé ce petit garçon qui n'était autre que moi... En fait, j'étais occupé de réinterpréter un rêve que j'avais vécu à 15 ans. Trois mois après sa mort, j'avais vu mon grand-père en haut d'un escalier, sur le point de descendre. A l'époque, je pensais qu'il avait été chassé du paradis et venait chercher de l'aide. Ou alors, il descendait les marches du purgatoire. Et 17 ans plus tard, je me vois dans un rêve futur ! J'étais habillé de la même façon que mon grand-père, avec des lunettes à la Andy Warhol et un chapeau d'ouvrier anglais. Curieusement, cette vision ne m'a pas fait peur, au contraire, je me sentais joyeux! Et depuis ce jour-là, je suis une autre personne. Certains sont capables d'ignorer ce genre d'expérience. Moi pas. Je veux comprendre. Et plus, plus je suis confronté à des événements étranges, plus je fais d'efforts pour comprendre ; un peu comme si, depuis 5 ans, j'étais poursuivi par une malédiction ou par une révélation venant du ciel, de la terre, de tout ce que tu veux... Je ne suis pas devenu dogmatique ou mystique pour autant ; ce n'est de toute façon pas une vision du Christ que j'ai eue. Mais ce que j'ai vu me poursuit encore. En 1991, pendant 6 mois, cette image m'est apparue sans arrêt, partout. Le chemin de la vérité n'est pas celui qu'on t'impose, mais celui qui se présente spontanément à toi.

- Bien, bien, Julian. Ce n'est pas trop difficile d'affronter ceux qui ne croient pas un mot de ce que tu racontes?

Mais ce que j'ai vécu est bien réel ! C'était un trip (NDR : mot favori de Julian) concret, tangible. La preuve ? Mon dernier single « Try Try Try » est entré dans le top 30 britannique. C'est un signe, je dois continuer à chercher dans cette voie ! Je dois tirer avantage de cette situation : avoir un pied dans l'underground et l'autre dans une position commerciale intéressante. Je dois sortir de l'ombre, libérer progressivement mon trip et le révéler au monde. Mais je ne dois surtout pas me dépêcher, ça foutrait le trip en l'air. Avant 1989, je ne suivais aucune direction précise, je tournais en rond...

-Ah oui ?

Avant, c'était de la pure intuition, ce qui est bien d'ailleurs, quand on ne recherche qu'un trip intéressant. Mais lorsque tu es à la recherche d'un trip vraiment excitant, tu as besoin d'une éducation. Quand j'ai commencé à partir à la rencontre de la vraie connaissance, je me suis rendu compte, à ma grande surprise, qu'elle était terriblement vaste. J'ai pris conscience de mon ignorance. J'ai éprouvé le besoin de réfléchir sur les objets de ma croyance. Aujourd'hui, à condition de ne pas avoir bu de bières, je suis capable d'écrire exactement ce que je ressens, et qu'importe si on rit de moi. Ca fait partie de mon rôle social d'être montré du doigt. J'essaie de faire mon boulot du mieux que je peux. Moi, tout ce que je dois faire, c'est écouter ce que mes intuitions me disent. Ce n'est pas vraiment à moi de décider, ça doit venir de l'intérieur.

Une chanson sur Kurt et Courtney

- Venons-en à ton album (1). Dans le titre « Queen Mother », il y a une ligne qui dit ‘I hate myself and I want to die’. C'est vraiment une allusion à Nirvana?

Ben ouais, je sais que ça ne me ressemble pas, mais c'était mon intuition. Je ne pourrais vraiment pas te dire pourquoi j'ai écrit ce morceau. C'est une vision que j'ai eue, cette chanson sur Kurt et Courtney. J'avais l'impression d’être dans leur chambre quand je l'ai composée. Mais je ne peux pas prouver qu'il s'agit d'un vrai trip, parce que Courtney et moi sommes de vieux amis. On s'est retrouvés plus d'une fois ensemble dans la même pièce.

- Ce qui frappe à l'écoute de "20 Mothers", ce sont toutes ces sonorités démodées, ces bruitages d'une autre époque...

Tu veux parler de l'emploi du mellotron, par exemple? Je voulais que les gens écoutent d'abord l'album d'un point de vue strictement musical, qu'ils soient immédiatement accrochés par les sonorités. J'ai volontairement exagéré la balance entre les instruments : si le mellotron est très présent, il faut que le synthé s'entende encore plus fort. Le studio était rempli d'instruments. J'ai acheté deux superbes mellotrons jaunes fluorescents... Enfin, je suis conscient que mon trip est assez bizarroïde et qu'il peut étonner.

- Sur le dernier album il y a des éléments psychédéliques et punks. Recherches-tu un certain équilibre?

Non, pas du tout. Cet album est complètement déséquilibré. C'est un disque cosmique, de science-fiction. Tous les morceaux sont d'une longueur raisonnable, sans remplissage instrumental mais malgré tout, il s'y produit des tas de choses. Pour utiliser une image, disons que j'ai déplacé le piquet de but ; je l'ai éloigné, ce qui m'a laissé davantage de possibilités. Le son est balayé, les chœurs sont euphoriques, il y a du mellotron...

- La presse anglaise te décrit comme un barde. Ca te convient?

Ca ne me dérange pas. Je suis originaire de l'Ouest de l'Angleterre. Je suis préceltique, en quelque sorte, dans mon attitude. Je dirais que chez moi, il y a 50% de tradition et 50% d'innovation. Ma conception de la nouveauté est harmonieuse, ce qui est un état d'esprit typiquement ‘barde’. J'ai la chance de pouvoir enregistrer des chansons depuis l'âge de 19 ans. A partir de là, c'est mon devoir d'y mettre une signification, de les remplir de sens. Je veux que ma musique provoque une sensation d'harmonie dans la tête des gens qui l'écoutent.

(merci à Christophe Godfroid)

Article paru dans le n° 37 du magazine MOFO d’octobre 1995