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Opeth

Les magiciens d’O’

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Alors que la sphère œnologique est actuellement en ébullition, suite à la sortie du Beaujolais nouveau, celle du métal est agitée par la sortie du dernier opus d’Opeth. Rien ne sert de tourner autour du chaudron : « Sorceress », douzième LP de la formation suédoise, est tout simplement magique. L’occasion pour la bande à Mikael Åkerfeldt, leader incontesté du band, de venir présenter ses dernières compositions sur le Vieux Continent. Arrêt à l’Ancienne Belgique, considérée par le groupe (et par tant d’autres artistes), comme une des meilleures salles d’Europe.

S’il doit bien y avoir un défi difficile à relever, c’est de se produire en première partie d’Opeth, tant il est de notoriété publique que les artistes ont l’habitude de placer la barre très haute. Ce défi herculéen, ce sont les Norvégiens de Sahg qui s’y sont collés, en proposant un subtil mélange de Doom et de Stoner. Lente et lourde, l’expression sonore est dominée par une voix claire, telle une fenêtre qui s’ouvre à travers un épais nuage de suie. Un set d’une demi-heure ; huit morceaux qui cherchent à convaincre un auditoire, qui s’est épaissi au fil du concert. Malgré une entrée en matière un peu abrupte, force est de constater que le quatuor est parvenu à insuffler une ambiance suave et envoûtante, tout en emportant le public avec eux. Les applaudissements deviennent de plus en plus nourris. Les traditionnelles cornes ‘métaliennes’ surplombent les têtes. Le public semble charmé. Des morceaux, certes parfois inégaux (mais un « Sanctinomy » particulièrement redoutable et ravageur !), qui ont eu le mérite de préparer dignement le terrain pour les tant attendus Suédois. Pari relevé !

Les roadies s’activent maintenant pour préparer l’espace scénique réservé à Opeth, bien que le band soit volontairement loin de s’encombrer d’artifices en guise de décor, préférant tout au plus jouer avec des effets de lumière. C’est dans cet esprit que sont disposées, de part et d’autre du podium, deux petites colonnes de différents projecteurs. Le fond de la scène n’est pas orné du classique backflag, mais bien de rangées de carrés mobiles, sur lesquels y sont projetés fréquemment des images de la pochette (ou une illustration qu’y s’y rapporte) de l’album interprété par les artistes. La batterie est totalement décentrée vers la droite, la grosse caisse est agrémentée d’un magnifique ‘O’ tout en volutes, symbole de la formation. L’autre partie arrière de la scène est occupée par les synthétiseurs et autres objets de percussion. En avant-plan, deux sobres pieds de micro, armés d’une dizaine de plectres sont prêts à donner de leur plastique pour envoûter les lieux. Bière ou verre de vin à la main, la foule –constituée majoritairement de trentenaires et quadras– qui s’est agglutinée dans la fosse et aux balcons,   sont maintenant prêts à savourer les douces mélodies élaborées par les Scandinaves.

Les lieux baignés d’une lumière rouge pourpre, le silence s’installe. Joakim Svalberg entame au piano les premières notes jazzy de « Sorceress », titre maître du dernier long playing, soutenu par la batterie de Martin Axenrot et la basse fragile de Martin Mendez. Une mise en haleine de plus ou moins une minute, avant que n’apparaissent finalement le patron et son bras droit, Mikael Åkerfeldt et Fredrik Åkesson. Il n’est plus un secret pour personne qu’Opeth est tout simplement l’enfant prodige de Mikael. L’homme aux allures de D’Artagnan (ou de ‘Milou’, selon un fan dans la fosse, qui n’a cessé –et c’est une énigme– de le nommer comme tel) est derrière toutes les manettes : de la composition à la production en passant par le mixage. Une tyrannie soft dont tout un chacun accepte de prendre part et d’y trouver la place qu’il mérite. Cette hiérarchie en découle naturellement sur la présence scénique, où Mikael est projeté en avant-plan, monopolisant la parole pendant les morceaux (à l’exception de certains chœurs entonnés par Åkesson et Svalberg) mais également lors de ces temps morts entre les compositions, au cours desquels le vocaliste s’est taillé la réputation d’un dandy pince-sans-rire. ‘On est tout simplement là pour que vous preniez du bon temps et pour que, quand vous sortiez d’ici, vous vous sentiez bien…’, lance-t-il, avant de poursuivre, sourire aux lèvres et sûr de lui : ‘Mais bon, qui peut douter que ça ne se passe pas comme ça ?’ N’essayez pas de décrocher un mot ou de déceler une quelconque émotion sur le visage de la part des autres musiciens, ces derniers resteront obstinément confinés dans leurs bulles musicales hermétiques. 

Deux heures de show, réparties en onze morceaux, où les Suédois vont faire passer les spectateurs par une foule de sentiments les plus variés : de la hargne à la tristesse, de l’exultation à la mélancolie, du rire à la naissance de larmes. Ces mecs sont des magiciens dont jaillissent de leurs instruments des nappes qui traversent le corps, le cœur, l’âme et l’esprit. Il suffit par exemple de se concentrer sur les réactions du public après l’interprétation de l’envoûtant et tendre « In My Time of Need » pour se rendre compte qu’ils ne suscitent pas qu’une réaction physiologique et pavlovienne de leurs spectateurs, mais bien la catharsis du panel d’émotions provoquées pendant les longues minutes de ce morceau. Certains s’embrassent, d’autres se surprennent à s’enlacer, le tout dans un silence et un respect quasiment religieux. À certains moments, on n’est sûrement pas très loin de l’expérience spirituelle. ‘Ce titre-ci est le morceau Heavy de la set list’, mime Åkerfeldt en roulant des épaules. Il est vrai qu’Opeth a, depuis ses vingt-six ans d’existence, pris quelques tournants abrupts, déstabilisant plus d’une fois ses fans. C’est ainsi que le vocaliste a notamment décidé, depuis 2011, d’abandonner ses growls et de laisser champ libre au vaste panel que peut emprunter sa voix claire. Une décision qui a valu des reproches au band, délaissant son étiquette ‘Death Metal’ pour embrasser une voie dite ‘prog’, aux origines aussi diverses que variées. Il n’empêche que le quintet continue toujours de puiser dans son ancien répertoire, des compos au cours desquelles la voix gutturale de Mikael fait trembler les murs, à l’instar du très sombre et violent « Heir Apparent », de « Demons of the Fall » ou encore de « The Drapery Falls ». Alors que classiquement, le réflexe aurait été de proposer une majorité de compositions issues du dernier elpee, Opeth s’est limité à deux plages, complétant le reste de la set list de pistes issues de ses différentes périodes, ravissant le fan d’hier comme celui d’aujourd’hui. ‘C’est quand même impressionnant que, malgré tous les changements apportés à notre musique, de voir que vous êtes toujours aussi nombreux à nous supporter. Merci à vous !’, s’exclame Åkerfeldt.

Cerise sur le gâteau émotionnel : c’est à l’issue de « Deliverance » (NDR : près de 15’, quand même) qu’Opeth prend congé de son auditoire. Une dernière pirouette de choix, s’il en fallait encore une, afin de convaincre les derniers réticents dans la salle. En prenant un peu de recul, il en résulte –mais avec le sourire !– quelque chose de frustrant : on sait pertinemment bien qu’on va se prendre une claque quand on se rend à un concert du groupe, mais, à chaque fois, on en oublie l’intensité.

Set list : Sorceress, Ghost of Perdition, Demon of the Fall, The Wilde Flowers, Face of Melinda, In My Time of Need, Cusp of Eternity, The Drapery Falls, Heir Apparent, The Grand Conjuration

Rappel : Deliverance

(Organisation : Live Nation + AB)

Opeth

Deux concerts en un…

Écrit par

Il paraissait difficile de ne pas célébrer un quart de siècle d’existence pour Opeth. Et manifestement, la formation suédoise n’a pas lésé ses fans pour cet anniversaire : un peu moins de trois heures de concert, au cours duquel les figures de proue du Metal progressif ont tout d’abord interprété l’album « Ghost Reveries », avant de parcourir, dans un second temps, certains moments marquants de leur discographie.

La soirée n’avait pourtant pas commencé sous les meilleurs auspices. Arrosée par une fine pluie d’automne, la circulation au cœur de Bruxelles tourne, ce jeudi soir, au ralenti, frôlant la paralysie à certains endroits. C’est donc tant bien que mal que votre serviteur débarque à l’Ancienne Belgique, concédant un quart d’heure de retard au compteur. Rage et colère face à une situation incontrôlable, où je ne suis apparemment pas le seul à m’être empêtré dans ce magma urbain. A peine entré dans l’AB, on entend les basses vibrer au loin. Le show a déjà commencé... Je pousse les portes de la salle, me faufile et déniche finalement une place pas trop mal située, sur la droite.

Mikael Åkerfeldt, chanteur/guitariste de la formation, est planté au milieu du podium, sobrement vêtu de noir, le visage partiellement caché par sa chevelure ondulée. Il est entouré par Fredrik Åkesson et Martín Méndez, respectivement guitariste et bassiste. Les visages sont fermés, marqués par la concentration. Derrière eux, Martin Axenrot, décentré sur la gauche, jongle entre effleurements de cymbales et martèlement de ses fûts. Car il s’agit bien là d’une des facettes incroyables de ce groupe, aussi bien capable de s’exprimer à travers des passages lents, sentimentaux et atmosphériques que dans un climat propice aux rafales de blasts et riffs dévastateurs. La plume ou l’acier, la douceur ou le rouleau compresseur, oscillant constamment de l’un à l’autre, sans ambages. Joakim Svalberg parcourt de ses doigts les deux claviers, quand il n’imprime pas le tempo à l’aide de ses percus, dissimulés derrière ses synthés.

‘Nous allons maintenant commencer le troisième morceau de Ghost Reveries’, annonce Åkerfeldt. Bonheur, je n’ai pas manqué grand-chose, bien qu’il faille reconnaître que ceux d’Opeth sont toujours assez longs. ‘Oh mince, c’est quoi le troisième morceau ? J’écoute toujours en mode shuffle avec mon iPod’, se moque ironiquement le chanteur. Ce dernier est d’ailleurs le seul à véritablement entrer en contact avec la fosse, les autres membres préférant rester en retrait, comme absorbés par leur partition. Une ambiance qui par ailleurs semble avoir contaminé les spectateurs : les mines sont fermées et toute l’attention se focalise sur les musiciens. On n’est pas loin du recueillement. En dehors de quelques zélés pour qui tout rythme est propice à se déhancher dans tous les sens, les metalheads écoutent quasi religieusement les compositions envoûtantes des Scandinaves. Des candélabres sont disposés ça et là sur l’estrade, en référence à la pochette de l’elpee à succès « Ghost Reveries », paru il y a tout juste dix ans. Les titres se succèdent naturellement, soutenus par un triptyque d’écrans situés en arrière-plan, tantôt reproduisant des illustrations proches de l’artwork de l’album en question, tantôt affichant des animations dignes d’un fond d’écran Windows des années 90. Un petit bémol pour un combo qui, pourtant, a l’habitude de soigner subtilement le visuel. ‘C’est le dernier morceau de l’album. Ne vous en faites pas, on revient après le break’, annonce Åkerfeldt en fin de set, d’une voix chaude, colorée d’un très bel accent anglais.

Une petite mousse s’impose. Non pas pour avoir spécialement crié à tue-tête en compagnie du groupe, mais bien pour savourer ce moment qui, il faut le reconnaître, est assez atypique et plutôt agréable. Non seulement il n’est pas fréquent de voir et d’écouter une formation jouer un long playing dans son intégralité ; mais qu’il poursuive ensuite par un second set composé de grands moments de son existence est tout simplement jouissif.

Les lumières de l’AB s’éteignent, ne laissant allumés que les écrans en fond, affichant le logo du band, dominé par des teintes rougeâtres. Les musicos opèrent leur retour sur l’estrade. La disposition scénique est la même, candélabres en moins. C’est par « Eternal Rains Will Come », plage issue de son dernier LP, « Pale Communion », qu’Opeth débute son périple au cœur de son quart de siècle d’existence. L’ambiance monte d’un cran ; et pour cause, les titres sélectionnés sont parfois un peu plus pêchus que ceux dispensés en première partie. Ce voyage dans le temps va nous ramener en 2001, pour l’explosif « The Leper Affinity ». S’ensuivent « To Rid the Disease », « I Feel the Dark », « Voice of Treason » et « Master’s Apprentices ». Les intermèdes entre les compos sont parfois un peu particuliers, l’auditoire sollicitant certaines chansons et Åkerfeldt acceptant de jouer le jeu en interprétant la première partie de ces titres, en totale improvisation, suivi tant bien que mal par le reste de la troupe. Des moments de bonne humeur et d’échanges sincères entre le quintet et ses fans ; le frontman se fourvoyant quelquefois dans certains accords. Ou tout simplement se voit forcer de reconnaître qu’il les a tout simplement oubliés. Il confesse même : ‘Merde… je ne me souviens plus de celle-là…’ Il est même pris au dépourvu, juste avant d’attaquer le rappel, The Lotus Eater », lorsqu’il découvre une affiche déployée devant lui, le menaçant ni plus ni moins de mourir s’il n’offrait pas un guitar pick à sa fan. Tenant à sa vie, il n’a pu que s’exécuter. 

Nul doute que cette soirée a marqué les esprits de l’auditoire, autant par la qualité acoustique du concert que par le choix des titres, permettant durant ces quasi trois heures de show de rencontrer pleinement les aficionados d’hier et d’aujourd’hui. Après autant d’années de parcours et d’expériences vécues, les Suédois n’avaient plus rien à prouver. Alors que certains se seraient servis de cet anniversaire à des fins commerciales, Opeth n’est pas tombé dans le piège de l’effet d’annonce et a offert à son public une très belle soirée, démontrant au passage que le Metal mérite tout autant ses lettres de noblesse que d’autres courants musicaux unanimement reconnus.  

Setlist :

Première partie : ‘Ghost Reveries’ : Ghost of Perdition - The Baying of the Hounds  - Beneath the Mire - Atonement - Reverie/Harlequin Forest - Hours of Wealth - The Grand Conjuration - Isolation Years 

Seconde partie ‘Hits’ : Eternal Rains Will Come - Cusp of Eternity - The Leper Affinity -To Rid the Disease - I Feel the Dark - Voice of Treason - Master's Apprentices

Rappel : The Lotus Eater

(Organisation : Ancienne Belgique)

Opeth

Une vision particulièrement ample du metal/prog/rock…

Deux ans exactement après son dernier passage à l’AB, Opeth revenait y accorder un concert dans le cadre de la parution d'un nouvel opus : « Pale Communion ». Emmenée par Mikael Åkerfeldt, la formation suédoise est un des fers de lance d'un style musical que l'on peut qualifier de ‘prog-metal’ ; c’est-à-dire qui combine la puissance du metal (voire black metal) et une richesse de structures et d'harmonies lorgnant vers le rock progressif.

C'est à nouveau au son de « Through Pains To Heaven », un titre que Popol Vuh avait composé en 1978 comme B.O. pour le remake du film 'Nosferatu', qu'Opeth entame son spectacle. Il y deux ans, les deux tendances (metal versus prog) étaient un peu en conflit dans le show,  Åkerfeldt semblant visiblement agacé par les anciens fans qui réclamaient en permanence les titres plus 'metal' et un chant davantage guttural (‘grunts’). Cette année, Åkerfeldt met les choses au point dès sa première intervention humoristique au micro : ‘Nous allons jouer des chansons avec 'grunts' et des chansons sans 'grunts'. Il y a des gens qui n'aiment que les chansons avec 'grunts' et des gens qui n'aiment pas les 'grunts' mais ce soir, nous allons former une belle et grande famille, ok ?’

Opeth démarre en force. Et pour cause, il nous réserve deux extraits de « Pale Communion » : « Eternal Rains Will Come » et « Cusp of Eternity ». Les riffs de guitare sont relayés par des interventions d’orgue et de piano réminiscentes de Jon Lord. L’influence du hard rock épique institué par Rainbow et Deep Purple est affichée d'emblée. Mais au fur et à mesure, les morceaux deviennent plus complexes et virent carrément au prog-jazz-rock. On sent aussi l'influence d'Utopia, le projet très sous-estimé de Todd Rundgren. On est ici clairement dans le nouvel avatar d'Opeth, qui est un véritable patchwork de références diverses, un peu comme chez Porcupine Tree et Steven Wilson (qui a assuré le mixage de « Pale Communion »).

En fait, la setlist du concert présente un panorama complet de la carrière d'Opeth. Hormis le dernier elpee, dont seront extraits trois plages, chaque album est illustré par un titre. Entre les morceaux, Åkerfeldt a pris l'habitude de plaisanter et d'illustrer ses commentaires de traits d'esprit : un roi du 'stand-up' ! Il évoque ainsi la manifestation dans le centre de Bruxelles, à laquelle il s'est mêlé sans arborer l'uniforme requis : ‘Je n'avais pas de vêtements verts ou rouges, je portais une veste de cuir, donc j'ai manifesté pour plus de vêtements en cuir...’

« Bleak » réjouit les partisans des 'grunts'. Cet extrait de Blackwater Park (2001) commence en black metal mais évolue vers des sonorités plus douces, voire acoustiques. La cohésion entre les musiciens est excellente. A côté d'Åkerfeldt et du bassiste Martín Méndez, Fredrik Åkesson s'acquitte magistralement des ‘lead guitars’ tandis que Martin ‘Axe’ Axenrot, à la batterie, et Joakim Svalberg (ex-Yngwie Malmsteen) aux claviers, assurent leur rôle sans la moindre faille. Le son est puissant et précis : il suit impeccablement les énormes variations de dynamique des compositions. Le 'light show' est, lui aussi, remarquable : les LED et les 'vari-lites' évoluent dans une synchronisation parfaite, conférant au spectacle une dimension féerique.

L'introduction de « The Moor » (NDR : cette compo remonte à 1999), permet de découvrir l'étonnante versatilité d'Åkerfeldt à la six cordes. Une nouvelle gratte de couleur blanche et de marque PRS. Elle permet au musicien de jouer les parties metal mais également de reproduire les sonorités de sèche à la perfection. Etonnant !

Après s'être moqué d'un spectateur occupé à envoyer des sms, Åkerfeldt entame ce qui constitue ‘sa partie préférée du concert’. C’est-à-dire « Windowpane », « The Devil's Orchard » et surtout un extraordinaire « April Ethereal ». Ce titre, issu de « My Arms, Your Hearse » (1998) est une pure merveille de black metal. Dans l’ensemble, les musiciens sont assez statiques et se concentrent sur leur jeu. Mais la magie de la musique est bien présente !

Entre deux morceaux, Åkerfeldt s'amuse à organiser un concours de cris, mettant en concurrence les hommes et les femmes. Plus tard, il s’adresse au publie à trois reprises en  clamant « Hello, hello, hello », suite à quoi un fan assez imbibé se met à hurler ‘Is it me you're looking for ?’ à la façon de Lionel Ritchie. Hilarité générale... La fin du show est grandiose, surtout grâce à « Lotus Eater » (Watershed, 2008) et le bijou « The Grand Conjuration » (Ghost Reveries, 2997). Quand le combo se retire, le public, conquis, réclame à tue-tête un rappel.

Åkerfeldt est affable et manie une nouvelle fois l’humour pour remercier l’auditoire et annonce le dernier titre, « Deliverance », issu du long playing éponyme. Et ces 13 minutes de bonheur vont allier une incroyable puissance à une hallucinante dextérité instrumentale.

Il n'y a pas de doute : Opeth contribue, au même titre que Porcupine Tree, Anathema ou Katatonia, à l'enrichissement musical du 'metal', en l'ouvrant à de nombreuses influences extérieures. Un concert éblouissant... (voir photos ici)

En première partie, la formation française Alcest, emmenée par Neige, un multi-instrumentiste qui cumule les projets (Amesoeurs, Mortifera, Phest ou encore Lantlôs), nous a réservé un post-metal atmosphérique, aux ambiances éthérées, oniriques et parfois un peu naïves. Leur dernier LP, « Shelter », est sorti le 17 janvier dernier et leur prestation, très intègre et pleine de sensibilité, donne envie d'en savoir plus ! A découvrir ! Fait étonnant : les deux formations à l'affiche de cette soirée ont clôturé leur show par un titre très semblable : « Deliverance » / « Délivrance »... (voir photos )

Setlist Opeth :

Intro : Through Pain to Heaven (Popol Vuh song)
Eternal Rains Will Come
Cusp of Eternity
Bleak
The Moor
Advent
Elysian Woes
Windowpane
The Devil's Orchard
April Ethereal
The Lotus Eater
The Grand Conjuration

Encore:

Deliverance

(Organisation : AB)


Opeth

Un véritable patchwork de références diverses

Double affiche, ce soir, à l'Ancienne Belgique, puisque deux fers de lance du métal à tendance progressive vont s’y produire. Anathema et Opeth partagent des parcours comparables, puisqu’à l’origine, ils pratiquaient un Death Metal caractérisé par des vocaux gutturaux et des ambiances apocalyptiques. Au fil du temps, ils ont évolué vers un style plus complexe, inspiré, entre autres, par le prog rock. Autre point commun : le ‘Roi Wilson’ (Steven Wilson), le cerveau de Porcupine Tree, a produit les deux ensembles. Il a ainsi eu un rôle majeur dans leur évolution musicale.

Pour lire le compte-rendu consacré à Anathema, c’est ici

La bande sonore qui précède l'arrivée d'Opeth trahit les goûts musicaux de son leader, Mikael Åkerfeldt. D'abord, on a droit au « 21st Century Schizoid Man » de King Crimson ; puis, lorsque les musicos entrent en scène, place au ténébreux « Through Pains To Heaven », un titre que Popol Vuh avait composé en 1978, pour servir de B.O. au remake du film ‘Nosferatu.’ Opeth démarre en force. Et pour cause, il nous réserve « The Devil's Orchard », une plage extraite du dernier opus, « Heritage ». Le riff véloce de guitare est relayé par des interventions d’orgue réminiscentes de Jon Lord. Les vocaux lorgnent vers Ronnie James Dio. L’influence du hard rock institué par Rainbow et Deep Purple est affichée d'emblée. Mais en milieu de parcours, le morceau devient plus complexe et vire carrément au jazz-rock, voire au krautrock, quand il ne marche pas sur les traces de Hawkwind. Manifestement, la nouvelle mouture d'Opeth est un véritable patchwork de références diverses, un peu comme chez Porcupine Tree (tiens, donc...)

Entre les titres, Åkerfeldt se révèle beaucoup plus à l'aise qu'auparavant. Il n’hésite pas à plaisanter ou à illustrer ses commentaires de traits d'esprit : un roi du 'stand-up' ! Il se moque ainsi de son bassiste, Martin Mendez et de son égo 'démesuré'. Il raconte aussi qu'un employé d'un magasin 'Press Shop' à Bruxelles n'a pas voulu le croire quand il avait affirmé que, non il n'était pas un sosie d'Åkerfeldt, mais Åkerfeldt lui-même. Mais son thème récurrent procède de la difficulté des fans de Death Metal à accepter l'évolution de sa musique. ‘J’ai 38 ans, et ils me disent que leur album préféré est le premier ; soit celui que j'ai réalisé quand j'avais 19 ans ! Manifestement, je ne suis parvenu qu’à me dégrader depuis lors !’ (rires).

En fait, la setlist du concert revisite toute la discographie majeure du groupe. Un focus quand même : « Ghost Reveries » (2005). « Ghost Of Perdition », notamment, fait mouche auprès du public : les passages 'heavy' et les 'grunts' alternent joliment avec les moments plus calmes, surtout lorsque vers la 3ème minute, éclot la superbe mélodie... Magnifique ! Åkerfeldt nous confie regretter avoir manqué le concert de Dweezil Zappa, programmé à l'AB la veille. Tout simplement, parce qu'il est allé se coucher à 20h30 ! ‘We're not exactly Mötley Crüe’, ajoute-t-il...

Le band aborde ensuite « White Cluster », une piste gravée sur le 4ème album long playing, « Still Life », un titre qu'il a choisi en référence à la chanson d'Iron Maiden. C'est un brûlot de 10 minutes, où l'on constate l'extraordinaire cohésion entre les musiciens. A côté d'Åkerfeldt et du bassiste Martín Méndez, Fredrik Åkesson s'acquitte magistralement des ‘lead guitars’ tandis que Martin ‘Axe’ Axenrot, à la batterie, et Joakim Svalberg, le dernier venu (ex-Yngwie Malmsteen) aux claviers, assurent leur rôle à la perfection. Probablement le meilleur 'avatar' d'Opeth depuis longtemps, a déclaré Åkerfeldt, lors d’une interview. Le son est puissant et précis : il suit à la perfection les énormes variations de dynamique des compositions.

‘Nous avons aussi des chansons plus calmes’, ricane Åkerfeldt. « Hope Leaves », extrait de « Damnation » (2003), rappelle (à nouveau) Steve Wilson, un morceau qui culmine par un superbe solo de gratte. Un classique pour suivre. Le brillant « Deliverance » (2002). L'intro à la guitare et aux doubles ‘bass drums’ est d’une extrême violence. Au sein de l’auditoire, on distingue de plus en plus de 'headbangers' en pleine action... Cette épopée de 13 minutes a vraiment le don de vous mettre en transe... Regardez ce grand moment ici.

Après une fameuse intro très bluesy à la guitare, Åkerfeldt entame le riff aux accents folk de « Hessian Peel » (« Watershed », publié en 2008). Åkesson le rejoint à la tierce supérieure et nous sommes plongés au cœur d’un univers étrange, bercés par le mellotron et les rythmiques jazzy. Puis une montée majestueuse rappelant le « Shadow Of The Hierophant » de Steve Hackett débouche sur une explosion de 'grunts' et de guitares. Surprenant ! Probablement un des morceaux les plus ambitieux d'Opeth   !

‘Il ne se passe pas grand-chose sur scène à nos concerts’, concède ensuite ironiquement Åkerfeldt. ‘Si vous voulez des feux d'artifice, il faut aller voir Kiss ! C'est bien de rencontrer ici des gens qui s'intéressent surtout à la musique’. « Häxprocess », le deuxième extrait de « Heritage », poursuit dans la même veine néo-prog. Un vrai régal pour les oreilles. Le concert s’achève par « Reverie/Harlequin Forest », tiré de « Ghost Reveries », un nouveau tour de force de 11 minutes ! Quand le combo se retire, le public, conquis, réclame à tue-tête un rappel.

Avec gentillesse et humour, Åkerfeldt remercie l’auditoire et annonce le dernier titre, « Blackwater Park », issu de l'album éponyme. Ce sont 12 minutes de bonheur, alliant une incroyable puissance à une hallucinante dextérité musicale.

Il n'y a pas de doute : Opeth est aujourd'hui au sommet de son art. Åkerfeldt a déniché les collaborateurs parfaits pour son groupe, et s'est épanoui musicalement. Au même titre que Steven Wilson, il synthétise, dans son art, 40 ans de musique. Un concert éblouissant, saperlipopeth...

Setlist

The Devil's Orchard
Ghost of Perdition
White Cluster
Hope Leaves
Deliverance
Hessian Peel

Häxprocess
Reverie/Harlequin Forest
Encore:
Blackwater Park

Organisation : AB

(Voir aussi notre section photos ici)

 

Opeth

Damnation

Écrit par

Attention: OVNI habité! Hyperactif claustrophobe du monde Prog, Steve Wilson s'est trouvé des complices pour assouvir sa soif d'exploration. Choix à priori insolite, il a décidé de produire un groupe suédois adepte des chants caverneux et gutturaux, baston et autres guitares infernales chères au Death-Métal. Un univers bien éloigné de Porcupine Tree. Avec cet opus, toutefois, c'est bien de Prog qu'il s'agit. Et du meilleur crû, mon bon monsieur! La première plage déroutera complètement les fans du groupe: boucles entêtées de guitare électrique pour une courte intro façon 'Canterbury', guitare sèche en rythmique et couple basse/batterie discret mais solide et travailleur. La très belle voix de Mikael Akerfeldt et un mellotron (Si ! Si !) complètent rapidement une séquence d'inspiration, ma foi, très 'camélienne'. Quant à la seconde plage, elle nous ballade sur les traces du Floyd et à l'ombre des Moody Blues. Simplement magnifique ! Après un troisième morceau dominé par la guitare sèche et la voix, 'Closure' opère un développement orientalisant très réussi mais 'accore'. La plage suivante est du Porcupine Tree tout craché. Tout comme 'Is rid the Disease', aux discrets relents de Procol Harum. Après un (superbe) instrumental bien trop court, 'Weakness' clôture les festivités tout en retenue mélancolique et dépouillée. Les compositions séduisent par leur subtilité et leur limpidité. La voix de Mikael Akerfeldt est sensuelle et son jeu de guitare fort sensible doit beaucoup à Andrew Latimer. Wilson accomplit un travail remarquable à la production, restituant notamment cette beauté frissonnante typiquement scandinave. On ne peut enfin qu'admirer Opeth pour ce CD brillant et cohérent, à mille lieues de son registre habituel (NDR : sauf pour le pessimisme du propos). Une des réussites les plus inattendues de l'année!

Opeth

Deliverance

Écrit par

Avec sa naturelle évolution mélodico-progressive, Opeth constitue dorénavant la référence absolue en matière de death metal soigné. Les fans attendaient beaucoup de ce nouvel album. Avec "Deliverance", leurs espérances sont dépassées. Impossible de saisir toutes les subtilités de cette plaque après une simple écoute. Ici, tout est en finesse, en harmonie, en souplesse, à l'image d'une oeuvre de Porcupine Tree, dont le leader Steven Wilson, fan et ami du groupe, signe la production avec dextérité. De mémoire de chroniqueur, il s'agit là d'un cas unique en termes de fusion metal extrême et rock prog. Magique, diront certains, miraculeux affirmeront d'autres ! Opeth ne se contente pas de trouver un bon riff et de le répéter incessamment ; non, sept à huit thèmes différents peuvent se retrouver sur une même chanson. Les voix, claires ou death, la subtilité des percussions, les lignes de basse fluides, les parties acoustiques donnent à l'ensemble de l'œuvre à la fois une impression d'agressivité intense et d'une très grande sensibilité musicale, presque classique sur certaines compositions. La mélancolie demeure la marque de fabrique d'Opeth, mais sa grande inventivité permet d'établir un lien avec la démarche d'un King Crimson ou d'un Led Zeppelin période "Physical Graffiti". A l'instar de ces derniers, Opeth marquera plusieurs générations de fans de heavy et de rock. Une valeur sûre qui sera vraisemblablement reconnue par le grand public quand les mots death et black s'immisceront insidieusement, à l'image du grunge et du gothique, dans le vocabulaire des pontes de l'industrie musicale. Le plus tard possible, je l'espère !