Mr Nande est un jeune bluesman danois. Il est à peine âgé de quarante ans, mais affiche déjà une belle carrière musicale. Après avoir écouté Sonny Terry et les deux Sonny Boy Williamson, il prend goût à l’harmonica. Il n’a alors que 16 ans. Il lui faut cependant un certain temps pour monter sa formation, Peter Nande and the Big Difference. A Copenhague, bien sûr. Nous sommes alors en 1998. Eponyme, leur premier elpee paraît en 2002. Le combo commence alors à se faire un nom en Europe. Malheureusement, en 2005, le combo se sépare. Peter veut goûter l'aventure américaine. Il est vrai qu'il a régulièrement participé à des concerts en compagnie d'harmonicistes notoires. Et notamment James Harman, RJ Mischo et Gary Primich. Mais c’est surtout au contact d’Harman que le courant passe. Et en mai 2006, Peter s'embarque pour la Californie, en entraînant son guitariste Ronni Busack-Boysen. James a tout prévu. Il a réservé le studio Oceanside de son ami Nathan James et réunit une jolie brochette de musiciens pour participer aux sessions, parmi lesquels figurent l’élégant pianiste de boogie woogie Carl Sonny Leyland ainsi qu’une excellente section rythmique réunissant le bassiste Buddy Clark et le drummer Hal Smith, notoires dans l’univers du jazz. La star du west coast blues, Junior Watson, est prévue pour épauler l'ensemble. C'est ainsi qu’est né cet opus. Sous-titré "California sessions Vol I", il est sorti en 2006. Enfin, hormis trois plages coécrites en compagnie d’Harman, Nande signe tous les morceaux.
Vaporeux, "Cat be gone" ouvre l’elpee. Un instrumental qui trempe dans le jazz traditionnel. Pas de basse, mais deux guitares aux tonalités contrastées : celle de Ronni et puis de l’invité de circonstance, Nathan James. Peter chante "I need a woman". Son timbre est ferme, mais un tantinet nasillard. La section rythmique libère un maximum de groove. Chicago shuffle, "Mover & shaker" bénéficie du concours des interventions éclatantes de Leyland au piano et de Busack-Boyen aux six cordes, dont le style jump semble parfaitement assimilé. Mr Nande se réserve "She's mad again" en solitaire. Il se concentre sur sa voix et ses deux harmonicas tout au long de cette compo qui évolue quelque part entre Sonny Terry et Howlin' Wolf. Un rythme de mambo introduit "Confessions of a workaholic". Peter chante à la manière d’Harman. Leyland et Nathan James se débrouillent parfaitement dans ce registre funky. Puissant, "Snollygoster" constitue un des meilleurs morceaux de l’opus. Un instrumental au cours duquel le souffle du leader est magique, alors que Busack-Boysen se met dans la peau d'Elmore James. Epatant ! "Ol' sleepyhead" emprunte le rythme du ska. Carl siège derrière l'orgue. Au sommet de sa forme, Jr Watson dispense un solo intégrant partiellement le thème de "Santa Claus is coming to town". James Harman chante le très dépouillé "Kiss me now". Les tonalités de la musique à bouche concédées par Peter sont graves, proches du meilleur Sonny Boy Williamson II. James Michael Tempo se charge des percus. Léger, traditionnel mais suranné, "King of bad excuses" est parcouru par le piano roadhouse de Leyland et caressé par les balais de Smith. Découpé par un tempo saccadé et illuminé par la guitare sur le fil du rasoir de Mr Watson, "Mr Nice" évolue dans un registre proche de la Nouvelle-Orléans. Superbe ballade lente, "Lucky charm" est parfumé par les swamps de la Louisiane. Peter chante d'une voix nasillarde devant les arpèges des ivoires de Carl Sonny. Une superbe plage qui procède paradoxalement de la nonchalance et de la parcimonie de l’instrumentation, et notamment des cordes de Watson. Harman a surnommé Nande, "Big Boy Pete". Il a participé à l’écriture de la plage finale, "Big Boy boogie". Soutenue par la section rythmique veloutée et balayée par les escapades successives de Ronni, Carl et Junior, ce morceau campe un blues d’excellente facture.
Entre-temps, Peter a monté son Peter Nande Band pour tourner en Europe. Au sein du line up on retrouve Ronni aux cordes, Peter Lapiki aux claviers, Henrik Poulsen à la basse et Soren Poulsen aux drums. Et l’an dernier il a commis une suite à l’elpee chroniqué ; un opus qui porte bien évidemment le titre de "California sessions Vol 2", dont on reparlera d’ici quelques semaines, ainsi qu’un autre elpee intitulé "Jellybean baby". Prolifique le Nande !