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Soko

She is so-cold-wave… mais pourtant si chaleureuse !

De son véritable nom Stéphanie Alexandra Mina Sokolinski, Soko est originaire de Bordeaux et est apparue un peu comme un(e) ovni dans le paysage musical. C'était en 2007, grâce à un hit involontaire et 100% viral, « I'll Kill Her ». Plus tard, elle s'est également illustrée lors de ses prestations d'actrice dans des films comme ‘Bye Bye Blondie’ de Virginie Despentes et ‘Augustine’ d'Alice Winocour. En 2012, elle a gravé « I Thought I Was An Alien », sur lequel figure le hit « We Might Be Dead by Tomorrow », qui, lui aussi, a vécu un rayonnement viral grâce à ce clip où des étrangers s'embrassaient pour la première fois.

Aujourd'hui, Soko est en tournée pour promouvoir son tout nouvel opus, « My Dreams Dictate My Reality », un pur chef-d'oeuvre de dark pop orientée postpunk, qui rappelle The Cure et Siouxsie & The Banshees, sans oublier cette petite touche empruntée à Ariel Pink (qui chante sur deux chansons). La salle de l'Orangerie est presque pleine lorsque Soko monte sur l’estrade, accompagnée d'un groupe au grand complet. Il implique Max Sokolinski et Edible Kate aux guitares, Nico Musset aux drums ainsi que Christine Owman à la basse et au violoncelle.

Pour être honnête, j'avais un peu peur du son de Soko en live. La mise en forme de Ross Robinson, ex-producteur de Cure, est tellement énorme sur le disque qu'il me semblait impossible de reproduire ces sonorités en ‘live’. Et bien, que nenni ! Ces artistes sont des perfectionnistes ! Ayant pu assister au soundcheck, j'ai constaté qu'ils sont prêts à y passer des heures. Et le résultat dépasse toutes les espérances : un son ample, précis et puissant !

Dès le premier titre, la plage titulaire de sa dernière plaque, Soko s'affirme sur scène comme une artiste pleine d'énergie et considérablement déjantée. Son visage de gamine espiègle suscite aussitôt la sympathie et son contact avec le public est immédiat et impressionnant.

Pour « I Thought I Was An Alien », elle convie une de ses fans sur le podium et lui demande d'incarner la 'dancing coach' du public. Avant « Bad Poetry », c'est une autre fan qui est invitée à déclamer un poème en... flamand. Sur son dernier single, « Who Wears The Pants ? », Soko s'adonne sans hésiter au 'stage diving'. En fait, avec Soko, il se passe toujours quelque chose ; et donc on ne s'ennuie à aucun moment !

Après des instants de folie, elle sait aussi jouer sur nos sentiments, notamment grâce au merveilleux titre « Forgive The Ones You Hate », qui donne la chair de poule en ‘live’. Autres grands moments : « Peter Pan Syndrome », une ode au refus de vieillir et « First Love Never Dies », à la fin duquel la formation quitte l’estrade.

En rappel, Soko nous gratifie d'un titre atypique qu'elle interprète seule en s'accompagnant à la batterie : « Nervous Breakdown » : fun ! Le set se termine ensuite tout en douceur. Pendant « Keaton’s Song », on entend les mouches voler, tant l'émotion est palpable, surtout grâce aux sons étranges dispensés par le violoncelle. Et sur « We Might Be Dead By Tomorrow », la voix ingénue et craquante de Soko parvient à nous achever...

Au final, on déduit qu'on a peut-être vu éclore une super star de demain ? Soko a tout pour réussir : talent, simplicité, énergie, personnalité et surtout authenticité. Et c'est très réconfortant pour nous, qui sommes de la génération de Robert Smith, de voir une jeune pousse comme elle, remettre le postpunk et la cold-wave au goût du jour. Soko is so-cold-wave mais pourtant si chaleureuse !

En première partie, votre serviteur a eu l'honneur de s'acquitter d'un DJ set en 'warm-up'. La setlist, qui avait été approuvée par Soko en personne, proposait une sélection de classiques anciens et plus récents de post punk et de new-wave.

Organisation : Botanique

(Voir aussi notre section photos ici)

 

 

 

Soko

I Thought I Was an Alien

Écrit par

J’étais un admirateur caché d’« I’ll Kill Her », le premier mini-tube de l’intrigante Française Soko. Or, l’estime que je lui ai portée, s’est écroulée après avoir lu quelques interviews accordées par l’artiste. A cause de ses points de vue, plus que contestables. En se révoltant contre le monde entier, cette ado rebelle aurait voulu nous faire croire qu’elle en serait arrivée à renier sa carrière pour défendre ses opinions. Une pilule difficile à avaler, lorsqu’on sait qu’elle a signé chez un major ! C’est donc dubitatif que je me suis lancé à l’écoute d’« I Thought I Was an Alien »…

Premier constat : impossible de résister à la voix fragile, à fleur de peau, de Stéphanie Sokolinski. Finalement, ce sont ses lyrics qui me dérangent. Soko aborde, en effet, sa vie sentimentale et ses angoisses, à l’instar d’une jeune adolescente qui s’épanche dans son journal intime. En s’exprimant avec un accent pas possible ; mais définitivement craquant ! Sa voix est saturée d’émotion. Elle rappelle même le Bright Eyes originel. Et son trémolo qui envahit le très réussi « Treat Your Woman Right » en est la plus belle illustration…

A l’image de la première dame de France, Soko murmure ses textes plus qu’elle ne les chante, sur des mélodies sculptées dans une instrumentation acoustique minimaliste. Le résultat oscillant entre le sublime (« First Love Never Die », « Don’t You Touch Me ») et le ridicule (« Soon Enough We Will die »). Si l’opus semble avoir été enregistré au sein d’une chambre, hantée par l’esprit anti-folk (« Happy Hippy Birthday »), il manque aux compos le second degré qui permet à un Jeffrey Lewis de faire la différence, même si Soko ne se débrouille pas trop mal dans le style.

La nouvelle coqueluche de Virginie Despentes ne supporte apparemment pas l’écoute de ses propres albums. Elle possède pourtant un certain talent. Qu’elle dissimule malheureusement sous une certaine attitude. Non, Soko, tu n’es pas une extra-terrestre ! Juste une artiste très douée qui aurait tout intérêt à le reconnaître…

A découvrir le 5 juillet aux Ardentes à Liège.

 

Vincent Ségal & Ballaké Sissoko

Chamber Music

Écrit par

Composer une macédoine à base d'instruments issus de traditions différentes, c’est tendance, mais le résultat n’est pas toujours garanti, surtout lorsqu’elle se limite à accumuler les influences et les ingrédients (imaginez un couscous incorporé à un hachis Parmentier, agrémenté de morceaux d’ananas). Le parti pris par Vincent Ségal et Ballaké Sissoko est plus prudent, car il se limite à agréger deux instruments : un violoncelle et une kora (cet instrument d'origine mandingue qui s'apparente à une harpe). Mais plus audacieux aussi, car, dans un tel dépouillement, aucune sauce d’artifices ne se charge d'associer les deux univers.

Ce disque est né de la collaboration entre deux amis qui se sont patiemment apprivoisés, tels le renard et le Petit Prince. Ballaké Sissoko, tout d’abord. Né pour ainsi dire d'une kora (puisque son père et son grand père étaient eux-mêmes des joueurs de kora), ce grand nom de la musique malienne a apporté sa collaboration à moult griots et chanteurs. Vincent Ségal, ensuite. Ce violoncelliste notoire a forgé son expérience auprès d'artistes comme M, Cesaria Evora et Malik Mezzadri de Magic Malik, pour ne citer que les plus célèbres ; il est également membre fondamental du groupe Bumcello.

Reposant, le son créé par Ségal et Sissoko a été enregistré de nuit, et s’y prête particulièrement bien. On s’imagine sous les étoiles, dans un village d’Afrique. Deux amis discutent à voix basse, assis dans des fauteuils, les yeux rivés dans le ciel. Nul bruit alentour, pas de lumières. Le temps est une chimère. Et les deux compères, à l’aide de leurs instruments en guise de mots, refont le monde. Les deux cultures millénaires parviennent à s’entendre, à trouver une langue commune, et parfois la limite entre kora et violoncelle s’estompe, lorsque Ségal pince les cordes comme Sissoko. C’est une harpe de plusieurs octaves, jouée simultanément aux doigts et à l’archet, par quatre mains sages.

Les deux musiciens discutent avec l’aisance de ceux qui se connaissent depuis toujours. Musique nocturne, elle est aussi désertique. Ses silences sont des respirations, ses mélodies parlent et apaisent l’âme. Aucun soubresaut ne pointe à l'horizon.

Contrairement à l’expression sonore de Bumcello, dont le beat vitaminé est bien de notre époque, « Chamber Music » propose une musique expérimentale certes, mais séculaire. Ce disque est plus intimiste, comme produit en retrait du monde. C'est peu dire que le métissage entre la musique classique occidentale et la musique traditionnelle africaine est ici réussi. Il faudrait plutôt parler d'une harmonie mystérieuse, qui, si l'on se laisse bercer, nous fera passer une nuit à la belle étoile.

Sasha Sokol

Por un amor

Écrit par
Actrice, auteur de chansons et interprète, Sasha Sokol jouit d’une belle popularité en Espagne, où elle a commencé sa carrière, dès son enfance. Pour ce nouvel album, elle a décidé de remettre à l’honneur ces racines mexicaines en reprenant une poignée de traditionnels (dont le célèbre « La cucaracha ») issus du pays d’Amérique Centrale. Une plaque entièrement acoustique mais qui fait appel à des instruments peu usités chez les mexicains : des guitares flamenco, des violons tsiganes, contrebasse et violoncelle. Les arrangements ont été ciselés par le guitariste Toya Arechevala, tandis que la belle Sasha se limite à poser sa voix très latine (c’est-à-dire rauque et grave) sur ce tapis velouté. Vu l’importance des paroles, il est clair que cet opus plaira surtout aux hispanophones. Ceux qui ne pratiquent pas la langue de Cervantès, mais apprécient les atmosphères lascives, devraient trouver leur compte dans cette collection de ballades à la sexualité marquée et aux arrangements soignés.