Originaire du Delaware, Taylor Stephen (TS) Bruton a passé sa jeunesse à Fort Worth, au Texas. Dans un univers bercé par la musique, puisque son père était à la fois batteur de jazz et disquaire. Et puis il aimait autant le blues, la country que le jazz. Il a longtemps côtoyé T Bone Burnett, avant de partir à l'aventure. Du côté de Manhattan. Il y est recruté comme guitariste au sein du band de Kris Kristofferson. Il y militera pendant près de 20 ans. Il accompagne ensuite les chanteuses Bonnie Raitt et Christine McVie. Il faudra attendre 1983, pour le voir enfin entamer une carrière en solitaire… Atteint d’un cancer de la gorge, il est décédé dans son sommeil, le 7 mai dernier. A l’âge de 60 ans. Il s’était forgé une fameuse réputation de guitariste ; et pourtant il était également chanteur, compositeur, producteur (NDR : il a notamment mis en forme des œuvres de Marcia Ball, Alejandro Escovido, Storyville ou encore Jimmy Dale Gilmore) et acteur. Il compte cinq albums à son actif : "What it is" en 1993, "Right on time" en 95, "Nothing but the truth" en 99, "Spirit world" en 2002, et enfin ce "From the five" paru à l’origine en 2005, réédité et considéré comme son testament musical.
L’elpee s’ouvre par le fastueux "Bigger wheel", une compo imprimée sur un tempo tonique entretenu pas les solides percus de Steve Ferrone (NDR : il a milité au sein du band d’Eric Clapton et joue aujourd’hui chez les Heartbreakers de Tom Petty). Glenn Clark se réserve l'harmonica. Les accents rythmiques dispensés aux cordes par Stephen sont cinglants. Une guitare très fluide et mélodieuse introduit "This old world", une bien belle chanson chantée en duo par Steve et Clark. Ses inflexions nonchalantes rappellent le Bob Dylan de ses débuts. Bill Payne, le pianiste de Little Feat, siège derrière l'orgue Hammond. Les lignes de guitare sont pures, séduisantes. Une impression que l’on retrouve sur "That moment when". Un motif rythmique répétitif, hypnotique conduit "Walk in faith". Nous ne sommes pas trop loin du R&B institué par Little Feat. La combinaison des instruments est étonnante. Payne se charge des ivoires. Stephen Barber (NDR : ce musicien issu d’Austin est également compositeur et poète) de l'orgue. Le timbre vocal de Bruton libère beaucoup d'expression! Le Texas est un excellent terreau pour l’americana. Le mélange de folk, de blues et de country engendre de longues ballades, souvent de toute beauté. Et je pense tout particulièrement à "Fading man", enrichi d’orgue et de cuivres. Une instrumentation qu’on retrouve sur le mélancolique "Treasured wounds", une plage au cours de laquelle ces cuivres semblent agoniser… Sonorités de clavier amples et cordes acoustiques illuminent "Put me out of your misery". L’émotion étreint Stephen, lorsqu’il aborde l’autobiographique et très intense "The Halo effect". Ses sentiments y oscillent de la douceur à la colère retenue. Aventureuse, torturée, la guitare alimente l’implacable "The clock". Une seule reprise : "Ordinary man. Caractérisé par ses riffs rythmiques très ‘rollingstoniens’, ce rock’n roll déménage. Et pas seulement parce que Bill Payne est intenable aux ivoires. De toute bonne facture, cet opus d’achève par "In the wind", une compo acoustique empreinte de douceur. R.I.P. TS Bruton…