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Roger Waters

Au sommet de sa forme !

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Lors de la tournée qui a suivi la parution de « Division Bell », le deuxième opus studio depuis le départ de Roger Waters, votre serviteur avait eu l’immense chance d’assister au show du légendaire groupe britannique Pink Floyd sur la plaine de Werchter où avaient été déposées pas moins de 250 tonnes de matériel pour un concert déjà très réussi d’un point de vue technologique.

Près de 30 années plus tard, arborant fièrement 79 piges, la pierre angulaire du Floyd se produisait au stade Pierre Mauroy, également baptisé Decathlon Arena, une structure située dans la bourgade de Villeneuve-d'Ascq, commune de la Métropole européenne lilloise.

Une belle manière de boucler la boucle et de mettre fin à une certaine forme de frustration qui rongeait votre serviteur depuis tant d’années…

En forme de vaisseau translucide, l’édifice est non seulement visuellement impressionnant, mais il offre également différentes configurations en fonction du type et de la taille de l’évènement.

Un constat, entre dénonciations des violences policières, crimes de guerre et discours de politiques véreux, le sergent Waters est loin de s’être assagi.

La météo n’est pas nécessairement de la partie en cette mi-mai. Le trublion anglais se voit donc offrir le luxe de se produire à huis-clos, grâce à un toit mobile de 7 600 tonnes qui peut être refermé en trente minutes, si nécessaire.

Waters et son team vont monter sur une scène en forme de croix revêtue d’écrans gigantesques comme autant de points cardinaux qui va permettre à tout un chacun de profiter du set de manière identique. Une belle prouesse technique à souligner ! Et ce ne sera pas la seule !

Les spectateurs se sont pressés en masse, essentiellement des quinquas et sexagénaires aux cheveux poivre et sel. Normal quand on sait que l’artiste a été un membre actif de Pink Floyd dès 1965, comme bassiste, dans un premier temps, et parolier, chanteur et leader ensuite, après a mise à l’écart du chanteur, guitariste et compositeur, Syd Barrett.

En voix off et sur l’écran, Roger Waters insiste pour que les téléphones soient éteints. Il met aussi en garde le peuple sur ses prises de position. Prière à ceux qui ne les apprécient pas d’aller ‘se faire foutre au bar’. La messe est dite !

Vers 20h30, l’artiste entame son tour de chant par un subtil réarrangement de « Confortably Numb ». Une version down tempo diamétralement opposée à l’originale. Une signature personnelle, épurée et très sombre à la fois, où s’emmêlent projections de gratte-ciels désertés et gens qui déambulent sous des grondements de tonnerre incessants. On relèvera aussi cet ensemble de chœurs puissants qui gravitent majestueusement et font oublier la mythique Fender de Gilmour et ses solos dont il a le secret.

Lors des dernières gammes de cette composition mythique, les hélices d’un hélicoptère vrombissent de part et d’autre du stade. Aucun doute ne subsiste, ce sont bel et bien les deuxième et troisième segments de « Another Brick in the Wall » qui retentissent sous un lit de bombardement de slogans (forcément) idéologiques, le tout relevé par des lumières rayonnantes particulièrement impressionnantes.

Entouré de Jonathan Wilson et Dave Kilminster (guitares), Joey Waronker (percussions), Gus Seyffert (basse), Jon Carin (claviériste, multi-instrumentiste), Robert Walter (orgue), Ian Ritchie (saxophone) et des choristes Amanda Belair et Shanay Johnson, l’ex-boss de P.F., affublé d’un t-shirt noir moulant, manifeste une énergie phénoménale, mais n’en oublie pas son combat primaire : dénoncer les faits les plus abjects et crimes commis par le pouvoir en place. Tout un programme !

Peut-être aussi se rend-t-il aussi coupable d’excès de zèle. Le public est venu pour apprécier un spectacle dans son ensemble et pas forcément pour entendre des discours moralisateurs toutes les cinq minutes.

Cette première partie privilégie également des titres plus personnels comme « The Powers That Be » ou « The Bravery of Being Out of Range » interprétés au piano, insufflant beaucoup d’émotion et de légèreté au set. Des titres aux relents tristement célèbres allant des manifestations et divers débordements policiers (de l’Afro-Américain George Floyd à l’Iranienne Mahsa Amini), aux prises de parole d’anciens présidents américains, de Reagan à Trump. Sans oublier Joe Biden, qui, selon le discours du maître de cérémonie, ne ferait que commencer. L’avenir lui donnera peut-être raison…

Autre moment hors du temps, lorsque, tout en finesse et avec une humilité non dissimulée, Waters s’épanche longuement sur son ami de longue date, Roger Keith Barrett, cofondateur et leader de Pink Floyd, mieux plus connu sous le pseudo Syd Barrett, disparu en 2006 des suites d’une longue maladie. Les musiciens du groupe ont mis un terme à sa collaboration en 1968 en raison de son comportement de plus en plus erratique, principalement dû à une importante consommation de LSD.

Waters lui porte encore aujourd’hui beaucoup d’amour et de respect. ‘On rêvait de vivre un rêve et on l’a vécu. Ça s’est un peu gâté par la suite. Comme mon mariage d’ailleurs’ s’exclame-t-il d’ailleurs sous les cris hilares du public. Véritable icône de l'histoire du rock, Pink Floyd lui a d’ailleurs rendu un vibrant hommage à travers notamment l’album « Wish You Were Here », un opus sorti en 1975.

Waters s’exécute la gorge serrée à travers le triptyque « Have a Cigar » suivi du séculaire « Wish You Were Here » ou encore l’intemporel « Shine On You Crazy Diamonds » alors que Barrett et les membres originels de Floyd sont projetés en filigrane. 

Le spectaculaire « Sheep » et surtout son mouton géant tient la vedette à lui seul en survolant les spectateurs. Une chanson lourde de sens dans laquelle RW pointe du doigt la couche sociale la plus basse, le prolétariat, et y démontre comment le peuple est exploité au sein d’une société capitaliste, ‘à peine conscient du malaise dans l’air’ (‘only dimly of a certain unease in the air’).

Le mouton, rentré dans la bergerie, sonne le glas d’une première partie qui a tenu en haleine même les plus perplexes.

Après une vingtaine de minutes d’un entracte fort mérité permettant tant aux musiciens qu’aux spectateurs de se réhydrater, le plus rock’n’roll des Anglais revient sur les planches, plus combattif que jamais, et affublé d’une longue veste noire en cuir de type gestapo tout en arborant fièrement le brassard ‘marteaux croisés’ de « The Wall ».

A la grande surprise, cette fois, c’est un cochon gonflable qui sort de sa basse-cour, animal issu de l’album « Animals ». On peut y lire aisément ‘Fuck the poor’ (‘on emmerde les pauvres’) et ‘Volez aux démunis, donnez aux riches’. Le mammifère s’en donne à cœur joie virevoltant au gré de son instinct et n’a que faire de cette énième provocation.

Le puissant et grandiloquent « In The Flesh » est alors interprété, toute guitare hurlante. Les marteaux marchent au pas de militaires sur les nombreux écrans floqués, signe du symbole fasciste.

Le chanteur, après s’être exclamé comme un goret, met un terme à ce (triste) spectacle par un tir de mitraillette en direction du public, ranimant aussi dans la mémoire collective le débat des armes à feu aux États-Unis.

Sublime, le show réserve encore des visuels hors du commun, comme sur ce « Run Like Hell » ponctué par une vidéo d’un raid aérien de 2007 à Bagdad, qui avait causé plusieurs morts, dont deux journalistes.

« Two Suns In The Sunset » (cette plage figure sur « The Final Cut », le dernier elpee du Floyd auquel il a participé), permet à Roger de remercier chaleureusement les trois personnes qui revêtent de l’importance dans sa vie : Bob Dylan, sa femme Kamilah Chavis, et son frère John, décédé il y a peu de temps.

L’apothéose de ce spectacle procède d’un medley issu de « Dark Side Of The Moon », le huitième album studio, soit un « Money » illustré par ses images de liasses de fric, de cartes de crédit, etc. et interprété par le guitariste Jonathan Wilson qui se consacre ici au chant, « Us and them » et ses flashs photos sur des visages issus du monde entier, qui finiront par s’unir plus tard dans la soirée, « Brain dammage » et enfin « Eclipse », comme si la lune allait éclipser définitivement le soleil…

Les titres sont mis en lumière par des synthétiseurs stellaires, des solos de guitare à faire pâlir David Gilmour et des faisceaux lumineux recréant ainsi petit à petit les pyramides symbolisant la pochette de l’opus paru en 1973.

Seul bémol au tableau, l’absence de l’inimitable « Great Sky In The Sky », un morceau très apprécié des aficionados. Pour la petite histoire, dans sa version studio, la voix est celle d’une jeune chanteuse de 25 ans, Clare Torry tentant d’improviser un chant pour la musique composée par Wright. Elle est ressortie du studio, convaincue qu’elle n’y était jamais parvenue…

En guise d’adieu, on aura droit à une reprise de « The Bar », suivie de « Outside the » au piano, alors que l’ensemble de l’équipe en profite pour siroter des shots que l’on devine fortement alcoolisés. Un moment de communion surréaliste, magique et fragile à la fois.

Après environ deux heures trente d’un spectacle à marquer au fer rouge, les musiciens et le natif de Great Bookham saluent le public généreusement sous tous les angles de la scène pour se diriger ensuite vers les coulisses tout en continuant de jouer comme s’il s’agissait d’une fanfare de rue. Les caméras suivent cette mise en scène jusqu’à que ce le drummer donne le clap de fin par un solo sur sa seule caisse claire tenue en bandoulière pour l’occasion.

Un Roger Waters au mieux de sa forme qui signe là sans doute un des plus beaux concerts auxquels votre serviteur ait pu assister…

Un homme aussi d’une grande dignité, contestataire dans l’âme, qui combat toutes les injustices de ce monde et tente d’utiliser sa notoriété pour faire changer le cours des événements.

Et enfin, un artiste qui est parvenu à mettre de côté, le temps d’une soirée, ses rancœurs envers David Gilmour tout en parvenant à se réinventer artistiquement.

 

Roger Waters

Wish you were there...

Oh oui : ceux qui n'étaient pas présents vont le regretter en lisant ce compte-rendu. Affichant déjà 74 printemps, ce brave Roger reste un des artistes les plus impressionnants à voir en 'live'. Est-il nécessaire de rappeler qu'il est un des fondateurs et le chanteur/bassiste/compositeur de Pink Floyd, un des groupes majeurs de l'histoire du rock, qui a vendu plus de 250 millions d'albums ? Ce soir, au sein d’un Sportpaleis archi-comble, le Britannique accorde le premier des deux concerts programmés à Anvers, dans le cadre de sa tournée mondiale baptisée ‘Us+Them’...

La période d'attente est rythmée par une musique ambient et, sur l'écran géant disposé en fond de scène, par une vidéo, très relaxante d'une femme assise sur une dune, devant la mer. Vers 20h20, le ciel dans cette projection commence à rougeoyer et le décor idyllique se transforme en cauchemar alors que des sons effrayants retentissent... Les musiciens sont à peine montés sur le podium qu’une explosion assourdissante et en quadriphonie éclate, avant de déboucher –et c’est un contraste absolu– sur les deux accords harmonieux et célestes de « Breathe », le classique de Pink Floyd. Une entrée en matière époustouflante, qui laisse présager un show spectaculaire...

Sur les planches, on reconnaît, bien entendu Roger Waters, traditionnellement vêtu d'un jean et d'un t-shirt noirs. A droite de l’estrade, Jonathan Wilson a la lourde tâche de prendre en charge les parties vocales de David Gilmour, mission dont il s'acquittera avec maestria tout au long du set. Au passage, signalons que le musicien californien mène une carrière solo très intéressante, dans un style proche du Floyd mais également de The War On Drugs.

La première partie de la setlist fait tout naturellement la part belle aux chefs d'oeuvre du Floyd, enfilant « Time », « One of These Days », « Welcome To The Machine » et un superbe « A Great Gig in The Sky » interprété en duo par les deux chanteuses, Jess Wolfe et Holly Laessig (également dans Lucius). Les nouvelles compositions de Waters, parues l'année dernière sur l'excellent opus, « Is This What We Really Want », tiennent parfaitement la route pendant le show. « Dejà Vu » et « The Last Refugee » font mouche et « Picture That » surprend par sa puissance et son côté engagé. Ici, comme à de nombreuses reprises, Donald Trump en prend pour son grade et ses photos sont copieusement conspuées par la foule.

La première partie du set se clôture par un grand moment : « Wish You Were Here » enchaîné à « The Happiest Days of Our Lives » et enfin « Another Brick in The Wall part 2 & 3 ». Suivant une tradition désormais bien établie, Waters a invité des enfants à rejoindre la formation pour un premier final endiablé. ‘Merci, les enfants ! Magnifique’, ajoute-t-il, en français, avant de se retirer…

Au cours de la pause, des inscriptions et des slogans tels que ‘Resist’ sont projetés sur l'écran géant. Dès le début du second acte, on comprend l’affectation de l'énorme rail disposé à l'avant du podium, au-dessus du parterre. Durant les premières notes de « Dogs », une structure semble sortir du rail pour s'élever jusqu’au plafond : c'est un gigantesque écran en huit parties qui s'installe ainsi perpendiculairement à la scène et projette l'image de l'usine iconique de l'album « Animals ». A la fin du track, les musiciens enfilent un masque de cochon et organisent un petit intermède ‘champagne’ sur les planches : très fun ! Waters saisit ensuite une pancarte sur laquelle est mentionné ‘Pigs Rule The World’, un geste qui introduit la version complète (plus de 11 minutes quand même !) de « Pigs (Three Different Ones) », une compo qui lui permet de fustiger tous les dictateurs et les puissants de ce monde. A l’avant du podium, il adopte une posture quasi-christique, les deux bras tendus devant lui, comme pour exhorter le public à prendre conscience de la situation et à agir ! Les images récentes projetées sur les écrans confirment que le morceau (NDR : il remonte à 1977 !) n'a pas pris une ride et son propos est, plus que jamais, d'actualité. Jolie surprise en fin de parcours, lorsque s’affiche sur l’écran l’inscription, en néerlandais, ‘Trump is een idioot’ (Trad : Trump est un idiot) !

En toute logique, Waters poursuit dans la même veine par « Money », une autre pure merveille de Pink Floyd, au cours de laquelle Dave Kiliminster et Jonathan Wilson exécutent à l'unisson le solo de David Gilmour et ce, avec une précision chirurgicale. Coup de chapeau au passage à Kiliminster, qui, d'une façon générale, reproduit à la perfection les parties de Gilmour, même si, dans le legato et certains sons, le génie de Gilmour reste inimitable. Pendant « Us and Them », les images sélectionnées par Waters font clairement allusion au conflit syrien et aux réfugiés. On a la gorge serrée, bouleversés par la beauté de la musique et la tristesse véhiculée par les images.

Mais ce diable de Waters nous réserve encore de belles surprises ! Après avoir goûté au sublime « Brain Damage », place au titre de clôture, « Eclipse ». Soudain, des lasers blancs installés devant l’estrade s’élèvent, dessinant une monumentale pyramide. L’auditoire clame son émerveillement ; et lors de la partie finale de la composition, hypnotique et solennelle, d'autres lasers, colorés ceux-là, descendent pour épouser la forme du dessin de la célèbre pochette de « The Dark Side of The Moon ». L'effet est tel qu'au moment de la dernière note, le public, assez calme jusqu’alors, se lève comme un seul homme et laisse échapper une clameur inouïe…

Au bout de quelques minutes, le groupe revient sur les planches et Roger Waters reste de longues minutes debout dans la lumière, baignant dans les applaudissements, les deux poings serrés en croix sur le coeur. ‘Merci...’, murmure-t-il, visiblement ému. ‘Cet amour que nous ressentons ici ce soir est palpable. Lui seul peut nous aider à changer le monde...’ Il se saisit ensuite de sa guitare acoustique et entame seul le très beau « Mother », un autre grand moment avant l'orgasme final, qui est, comme prévu, procuré par un « Comfortably Numb » d'anthologie.

Au moment de quitter la salle, on a l’impression d’avoir assisté à un concert d'exception, magistral à tous points de vue. Musicalement, bien sûr, même si l'on connaît la difficulté de produire un bon son dans le Sportpaleis, mais surtout visuellement grâce à un show multimédia et multimodal particulièrement innovant. Enfin, il y a le contenu, car ce que Waters nous a apporté ce soir, c'est une vision acerbe, sans concession de notre société et un regard profondément humain sur notre condition...

Pour les photos, c'est ici

Setlist:

Set 1:

Speak to Me
Breathe
One of These Days
Time
Breathe (Reprise)
The Great Gig in the Sky
Welcome to the Machine
Déjà Vu*
The Last Refugee*
Picture That*
Wish You Were Here
The Happiest Days of Our Lives
Another Brick in the Wall Part 2
Another Brick in the Wall Part 3

Set 2:

Dogs
Pigs (Three Different Ones)
Money
Us and Them
Smell the Roses*
Brain Damage
Eclipse

Encore:

Mother
Comfortably Numb

* From Roger Waters' latest album (all the other songs are from Pink Floyd)

Organisation : Live Nation

Lal & Mike Waterson

Bright Phoebus

Écrit par

Lal et Mike Waterson étaient frère et sœur. Responsable d’une musique folk, le duo a sévi il y a un peu plus de quatre décennies. Il avait choisi d’abord, pour patronyme, The Watersons et pratiquaient un folk plutôt traditionnel. Lal et Mike avaient enregistré un elpee, intitulé "Bright Phoebus", paru à l’origine en 1972. Des artistes notoires britanniques, comme Martin Carthy, Richard Thompson, Ashley Hutchings, Tim Hart et Maddy Pryor avaient participé aux sessions. La plupart des collaborateurs militaient alors chez Fairport Convention et Steeleye Span ! Pressé à 2 000 exemplaires, le long playing sera rapidement épuisé. Il vient donc d’être réédité, en version remasterisée.

Pour l'histoire, Lal Waterson est décédée d'un cancer du poumon en 1998, et Mike est également disparu, mais en 2011. Ils n'ont donc pas eu la chance de connaître cette deuxième vie, accordée à leur « Bright Phoebus »… 

"Rubber Band" et "Magical man"empruntent certaines saveurs au "Sgt Pepper" et "Magical Mystery Tour" des Beatles. Des compos empreintes de bonne humeur qu’alimentent les voix multiples et certains instruments, comme les percussions ou la clarinette. Le reste de l’opus propose un folk classique, le plus souvent non amplifié. Si la voix de Mike se révèle fragile, celle de Lal est autrement limpide. Et des plages comme "Fine horseman", traversée par une clarinette ou "Never the same", soulignée par un violoncelle, en sont les plus belles illustrations. "Shady lady" et "Bright Phoebus" constituent les meilleurs titres du long playing. Le premier se distingue par ses voix féminines polyphoniques et des cordes électriques aussi discrètes qu’efficaces. Le second est également le titre maître. Un morceau de folk/rock au cours duquel, elles ces cordes sont à la fois parcimonieuses et élégantes…

 

Roger Waters

Is This The Life We Really Want ?

Musiczine est un des premiers médias belges (et en tout cas, le premier site web) à publier une chronique du nouvel album de Roger Waters. Il sort officiellement dans deux jours. Nous avions déjà eu le privilège de participer à une pré-écoute chez Sony Music Belgium ; mais aujourd'hui, c'est le précieux cd que nous avons dans les mains.

Nous ne vous ferons pas l'injure de vous présenter Roger Waters, le fondateur et co-leader du légendaire Pink Floyd, actif en solo depuis 1985. Intitulée « Is This The Life We Really Want ? », la nouvelle production studio de l'artiste anglais est la première depuis « Amused To Death », parue il y a 25 ans.

Produit et mixé par Nigel Godrich (Radiohead, Beck,...), « Is This... » recèle 12 nouvelles compositions qui marquent clairement un retour à un certain classicisme 'floydien'. Exit les extravagances et les 'featurings' de stars (Eric Clapton, Jeff Beck) qui émaillaient les opus précédents. Place à des chansons plus calmes et davantage dépouillées.

« Smell The Roses », le premier titre dévoilé il y a déjà quelques semaines, évoquait déjà et irrémédiablement « Have A Cigar ». Les autres plages nous replongent avec bonheur dans les chapitres calmes de « Dark Side of The Moon », « The Wall » ou « Animals ». Les thèmes sont, on s'en doutait, à nouveau très engagés politiquement ; et en toile de fond on retrouve ce climat pré-apocalyptique au sein duquel l'artiste a forgé sa marque de fabrique.

Place maintenant à une chronique impressionniste des plages, rédigée dans le style ‘stream of consciousness’, cher à James Joyce.

Un tic-tac d'horloge ouvre la plaque... « Time », un des chefs-d'oeuvre du Floyd, nous traverse l’esprit. Waters déclame, en 'parlando', quelques phrases qu’il mélange à des samples de conversations. Cette intro dure une minute et demie.

La seconde plage. « Déjà Vu ». « Déjà entendue », vu qu'elle a également été publiée sur le web. La guitare acoustique et les premières notes nous replongent dans l'atmosphère d’une ballade lente digne de « Mother » (« The Wall »). Waters chante ‘If I had been God’ ou ‘If I were a drone’. Il exprime sa vision politique et sociale d'un monde qu'il aurait voulu meilleur. Puis il monte dans les tours et éructe toute sa hargne et sa douleur dans une explosion de missiles. Dans la grande tradition de ses folles diatribes 'walliennes'. 

Le rythme ralentit encore quelque peu pour « The Last Refugee », une divagation sur le thème de l'enfant réfugié échoué sur la plage. Quelques extraits d'une radio ouvrent la voie à une lente mélopée enrichie par des paroles ici très poétiques. La compo enfle comme une vague de cordes et de synthés, pour retomber ensuite sur des cris de mouettes...

« Picture That ». Un rythme lancinant, répétitif, menaçant. Une basse pulse et un synthé cristallin scintille... Une batterie 'krautrock' lui sert d’écho... Ou plutôt « Echoes », tant la référence est insidieuse. Débarquent alors les choeurs féminins. L'habillage floydien est alors complet. ‘Wish You Were Here in Guantanamo Bay’ adresse un autre clin d'oeil au titre qui ouvrait ce fameux « Echoes ». Le morceau est puissant, progressif et surtout... excellent ! Sans doute la meilleure compo… jusqu'à présent!

Un loup hurle au loin. « Broken Bones » est tramé par une guitare acoustique à la tonalité rassurante. Mais, à nouveau, ce n'est qu'une douceur apparente. Waters déplore la direction adoptée par notre société après la seconde guerre mondiale. ‘Mistress Liberty, oh we abandoned thee...’ Waters est bien le digne successeur de Bob Dylan.

Après quelques fragments de bavardages, place au titre maître. Il déploie doucement ses harmonies subtiles en arpèges électriques. Un goût de Steven Wilson... Juste renvoi d'ascenseur... La répétition d’« Every time... » réveille en nous le souvenir du final d’« Eclipse » sur « Dark Side of The Moon » ; mais malheureusement, la piste n'atteint pas les sommets épiques de ce classique intemporel.

Des sonorités industrielles amorcent « Bird In A Gale ». Comme une machine à vapeur. Welcome to the machine ! Au-dessus de cette pulsion, Waters construit un univers sonore à nouveau parfaitement floydien, combinant la batterie robotique aux nappes de synthés analogiques (Oberheim!). Sa voix est ici criarde, incantatoire, pour ce qui ressemble fort à un règlement de compte sentimental, transcendé par une dimension sociale. Le final est étonnant : la pulsation mécanique prend de l'ampleur et l'ensemble devient hypnotique, hallucinant, et... BOUM : le son d'un jet passe juste au-dessus de nous et des voix soufflent un ‘wow !’ Saisissant ! Comme dans un film, en 'surround sound'...

Retour à une ambiance plus introspective pour « The Most Beautiful Girl ». Le piano mène le bal tout au long de cette lente et sombre évocation du destin tragique de la beauté, ponctuée de voix angéliques.

Un cigare ? Il « Smell The Roses », dont l'intro, la rythmique puissante et les riffs bluesy évoquent clairement « Have A Cigar ». Retour du tic-tac dans le break central avant le premier solo de guitare depuis le début ! Il est bref mais tant le son que le glissando devraient sans doute faire sourire David Gilmour ! L'imitation est bluffante, au bord de la caricature... Un esprit de revanche ? ‘Pink Floyd, c'est moi !’, semble vouloir affirmer Waters.

« Wait For Her » et « Oceans Apart » ouvrent des parenthèses paisibles avant la plage finale : « Part of Me Died », que l'on espère en apothéose. Mais c'est juste un final délivré en forme d'espoir. Sur une musique épurée, Waters rappelle que seul l'amour permet d'obscurcir la part sombre de l'être humain. ‘When I met you, that part of me died...’

A 73 ans, Roger Waters est parvenu à créer un véritable classique, qui a parfaitement sa place à côté des chefs-d'oeuvre de Pink Floyd. Les thèmes sont ambitieux, les compositions solides et les arrangements, subtils et très riches. Discrète mais efficace, la production de Nigel Godrich est mise au service de la musique. Waters est multimillionnaire ; il n'avait aucune obligation de graver cet opus ; il aurait pu se contenter de pomper la machine à nostalgie ad vitam... Non : il démontre ici sa vitalité et la constance de son inspiration. Keep shining, crazy diamond...

Pour commander l'album : voir ici

Pour écouter « Smell The Roses » : c’est

 

Tracklist :

1. When We Were Young
2. Déjà Vu
3. The Last Refugee
4. Picture That
5. Broken Bones
6. Is This the Life We Really Want?
7. Bird in a Gale
8. The Most Beautiful Girl
9. Smell the Roses
10. Wait for Her
11. Oceans Apart
12. Part of Me Died

Line up :

Roger Waters – vocals, acoustic guitar, bass guitar
Nigel Godrich – keyboards, guitar, sound collages, arrangements
Gus Seyffert – guitar, keyboards, bass guitar
Jonathan Wilson – guitar, keyboards
Roger Joseph Manning, Jr. – keyboards
Lee Padroni – keyboards
Joey Waronker – drums

Jessica Wolfe – vocals
Holly Laessig – vocals

Marry Waterson & Oliver Knight

Hidden

Écrit par

Chez les ‘Knight-Waterson’, le folk est une affaire familiale ancestrale… Oliver Knight et Marry Waterson sont en effet les enfants de Lal Waterson et Georges Knight, illustres songwriters britanniques militant pour la cause du folklore insulaire, depuis des lustres. Après avoir défendu une multitude de projets, les liens familiaux ont finalement poussé Marry et Oliver à unir leurs talents pour concocter ensemble un premier album intitulé « The Days That Shaped Me », un disque paru en 2011. « Hidden » en est la suite logique, un second essai baignant dans une atmosphère bien entendu roots à souhait. Et difficile d’attendre des rejetons de Lal Waterson autre chose qu’une musique boisée et principalement acoustique (« I’m in A Mood »). Les fantômes de Richard Thompson et de David Gilmour ne sont jamais très loin (« I Won’t Hear »), même si certains arrangements épousent un profil nettement plus contemporain (« Gormandizer »). Le tout est enrichi d’interventions d’orgues Hammond ou d’orchestrations de cordes. Un peu trop conventionnel à mon goût et susceptible de susciter un certain ennui, « Hidden » recèle quand même l’une ou l’autre plage réussie, à l’instar de « Scarlet Starlet » ou « Russian Dolls ». Pour inconditionnels du style !

 

Waters

Out In The Light

Écrit par

Issu de la promotion 2011, cet album a sans doute été sous-estimé. En tout cas, il est passé injustement inaperçu.

Si Waters ne réinvente pas le Rock, « Out In The Light » mérite certainement qu’on s’attache à ses compositions dont le sentiment général me renvoie personnellement d’un bout à l’autre de ces dix titres à Sparklehorse.

Après la dissolution de Port O’Brien, son leader s’est donc ressourcé et a accouché ici d’un projet particulièrement attachant.

Les guitares sales de l’introduction « For The One », les mélodies imparables qui jonchent chacun des morceaux, le spleen doucereux qui tapisse la voix de Van Pierszalowski, tout ici tend à mettre en lumière cet elpee au titre pertinent.

 

Muddy Waters

Authorized bootleg

Écrit par

Le sous-titre de cet elpee "Live at the Fillmore Auditorium – San Francisco Nov 04-06, 1966" est sans équivoque. Oui nous sommes plongés au beau milieu des sixties. A une époque où la cité californienne de San Francisco est en pleine effervescence. La vague flower power, l'acid rock et la musique psychédélique connaissent leurs premiers soubresauts ; mais le blues n’est pas en reste. C'est ainsi que le Muddy Waters Blues Band monte sur les planches, trois soirées consécutives, du fameux Fillmore. Le vétéran chicagolais est soutenu par le remarquable harmoniciste Georges Smith, les guitaristes Luther ‘Georgia Boy’ Johnson et Sammy Lawhorn, le bassiste Mac Arnold ainsi que le drummer Francis Clay. Curieusement, le line up n’implique pas de pianiste. Et pour cause, Otis Spann n’avait pas encore était remplacé, même si la future participation de Pinetop Perkins était annoncée.

A l'époque, Waters venait de commettre un nouvel elpee : "Muddy, Brass & the Blues". Mais sur scène, il n'interprète aucun titre de ce disque, se concentrant sur son répertoire basé sur vingt années de blues au plus haut niveau. Les deux guitaristes se révélant plutôt discrets, c'est bien l'harmoniciste George Smith qui tire son épingle du jeu. Il le démontre dès le titre d’ouverture "Forty days and forty nights". Et confirme ce rôle lors de l’exécution du célèbre standard "I'm your hoochie coochie man". La prise de son est impeccable. Le timbre de Muddy est puissant et clair. Il est dans un grand jour. Excellent, Smith le talonne et se retrouve même à l'avant-plan. Autoritaire, la voix de Waters se muscle sur "Rock me". Il est très satisfait et fait quelque peu tinter son bottleneck pour annoncer un galopant "Baby please don't go", un morceau au cours duquel Smith opère une sortie féroce. Enfin, Muddy glisse son bottleneck au doigt pour y montrer toute sa dextérité. Et faire rugir à l'extrême sa slide. Il annonce ainsi un premier slow blues (NDR : la spécialité du roi du Chicago Southside !), le merveilleux "She moves me". Il est tellement dans son trip qu'il en oublie l’harmo de George. Heureusement à la seconde tentative, son souffle revient à la surface. La deuxième soirée est ponctuée par un "Got my mojo working" saignant!

La troisième date s'ouvre royalement par une de ses plus anciennes compositions : "You can't lose what you ain't never had". Pour la circonstance on entend distinctement le jeu de Lawhorn sur la première guitare et le groove libéré par la section rythmique. Trois titres ont déjà été interprétés la veille ; mais beaucoup moins réservée la guitare émerge nettement. "Thirteen highway" constitue la plus long plage, un slow blues vaporeux, évidemment, au cours duquel la slide du maître nous retourne complètement. Elle vous pénètre lentement avant de libérer ses saveurs… Quatre extraits de la première soirée figurent en fin de parcours. Tout d’abord l’inévitable "Hoochie coochie man", "Trouble no more (Someday baby)", une plage bien rythmée, ainsi que deux blues indolents certifiés conformes par Waters en personne : "Honey bee (Sail on)" et enfin "Long distance call". Une excellente tranche de blues urbain!

 

Muddy Waters

Stepping stones

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Paru sur le label anglais Proper, ce coffret est relativement bon marché ; mais surtout, il présente un certain intérêt pour celles et ceux qui ne possèdent pas une discographie exhaustive du grand bluesman. Le box réunit trois Cds et un Dvd.

Intitulé "Rollin' stone", le premier disque épingle des titres célèbres que Muddy Waters a enregistrés en s'inspirant de chansons existantes. Le second, "I'm ready", se concentre sur le répertoire du seul Muddy, au cours de ses années de gloire, vécues entre 1948 et 58. Le troisième, "The headhunters", est réservé à quelques grands bluesmen qui ont, à un moment ou un autre, partagé sa route. Et enfin, le Dvd (NDR : "Talkin' Muddy") est plus spécifiquement consacré à des interviews.

A ses débuts, Waters a été fort marqué par Son House. C’était même une de ses influences majeures. House avait concocté, son "Walkin' blues", en 1930. La version de Muddy date de 1950 et est caractérisée par un extraordinaire jeu de slide! La prise de 1941 implique mandoline et harmonica. Robert Lockwood avait gravé son premier disque en 1941. Chez Bluebird. Son titre ? "Black spider blues". Waters répond en 47 par son "Mean red spider". Chanteuse de R&B, Ann Cole enregistre "Got my mojo working" en 1956. Visiblement séduit, Mr Morganfield l'enregistre à son tour quelques mois plus tard ; et en fait une affaire désormais personnelle. Peu connu, Hambone Willie Newborn avait enregistré une version originelle de son "Roll & tumble the blues", dès 1929. Celle du "Rollin' & tumblin'" de Waters date de 1950. Baby Face Leroy se charge du chant ainsi que de la batterie et Little Walter l’harmonica! La même formule est reproduite pour des compos signées John Lee Sonny Boy Williamson I, Big Bill Broonzy, Memphis Minnie, Big Joe Williams, Sleepy John Estes ou encore Bo Diddley. Et confessons que les versions réalisées par Waters n'ont jamais à rougir face aux originales.

"I'm ready" réunit vingt plages de Muddy Waters, dont la majorité ont été immortalisées après 1954 et écrites par le puissant Willie Dixon. Caractérisée par le jeu primaire et éclatant sur la slide, les plus anciennes sont un réel plaisir, même si la voix est un peu plus lisse, quoique déjà puissante. A l’instar de "Canary bird". Certains titres sont de petites merveilles. Et je pense tout particulièrement à "Gone to main street". Concoctée en 1952 cette plage vivifiante n’a pas pris une ride ; en outre, elle est illuminée par les intervenions extraordinaires de Little Walter à l’harmonica. Le lent "Long distance call" est une plage tout aussi remarquable. Datant de 51, elle implique le même Walter qui est alors le tout premier harmoniciste à se servir de l’amplification. Les versions originales des meilleurs titres de Waters défilent : "Hoochie Coochie man", "Just make love to me" (NDR : étoffé par la basse caractéristique de Willie Dixon), "I'm ready", "19 years old", "Close to you",… "Young fashioned ways" remonte à 55. Le jeu typique d'Otis Spann au piano est savoureux. Et lors du cinglant "Sugar sweet", Junior Wells souffle dans l'harmonica.

"Headhunters" était le surnom des musiciens issu de la bande à Waters. Motif : ils avaient la réputation de ‘coupeurs de tête’ dans tous les clubs et toutes les tavernes du South Side. On en dénombre sept ! Et tout d’abord le brillantissime Little Walter. Harmoniciste prodige et innovateur, il est trop tôt disparu, à l’âge de 37 ans, suite à une bagarre. Lui sont réservés l’instrumental fétiche "Juke", un "Mean old world" qu’il chante en manifestant verve et passion, "My babe" et son "Just a feeling". Le flamboyant Buddy Guy débarque à Chicago en 1957. Il est alors âgé de 21 ans. L'année suivante, il entre en studio et enregistre "Sit & Cry" pour le label Cobra, un morceau qui exsude ses origines louisianaises, ainsi que "Try to quit you baby". James Cotton n'en a que 18, lorsqu’il rejoint le backing band de Howlin' Wolf. Nous sommes alors en 53. Deux ans plus tard, il épaule Muddy Waters. Trois titres se focalisent sut cette période, dont "Cotton crop blues", un superbe blues sevré d’harmonica, mais fustigé par des accords de guitare écorchés. Des compos mise en boîte au studio Sun, à Memphis. Junior Wells vient de fêter ses 18 printemps lorsqu’il succède à Little Walter au sein du Waters Band. Et sans complexe. Il en a deux de plus lorsqu’il adapte de superbes plages comme "Hoodoo man" et " Bout the break of day". Dès 1947, Jimmy Rogers rejoint le Muddy Waters Band. Il y restera jusqu'en 1954, c’est-à-dire avant d’embrasser une carrière individuelle. Il est considéré comme un des guitaristes les plus conséquents du Chicago Southside, et nous réserve trois compos personnelles datant de 1950 : "That's all right", "Ludella" et "Walking by myself". Contemporain de Waters Robert, Lockwood Jr était un musicien de studio notoire chez Chess. Son "Dust my broom", édité en 52, est probablement enrichi de la présence du pianiste Sunnyland Slim. Harmoniciste admirable, au jeu si personnel et expressif, Walter Horton a d’abord enregistré à Memphis. Dont "Black gal blues". Avant d’émigrer à Chicago. Il rejoint Waters au cœur des fifties. Publié en 56, son "Need my baby" en est un bel exemple.

Le Dvd "Talkin' Muddy" se concentre sur des interviews. Un sujet commun : Muddy Waters. Au crachoir : des producteurs, historiens du blues, auteurs, musicologues, et musiciens dont Charlie Musselwhite, Guy Davis et même Phil May, le chanteur des Pretty Things.

Muddy Waters

The Johnny Winter sessions : 1976 – 1981

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Au cours des dernières années de la vie de Muddy Waters, l'albinos texan a beaucoup côtoyé le seigneur du Chicago blues. De son véritable nom John Dawson Winter, le Texan d’adoption était né, en réalité, dans le Mississippi. A Leland très exactement. En 1944. Au cœur des années 70, il est au sommet de sa gloire en pratiquant un rockin' blues, hard et largement amplifié. C’est à cette époque qu’il devient le producteur de Muddy Waters. De cette collaboration, 4 vont naître : "Hard again" en 1977, "I'm ready" en 78, "Muddy 'Mississippi' Waters Live" en 79 et enfin "King Bee" en 81. D’excellente facture, cette compilation réunit des extraits de ces 4 productions, très judicieusement intitulées "The Johnny Winter sessions". Parmi les collaborateurs, on ne décèle que d'excellents musiciens ; et en particulier le drummer Willie ‘Big Eyes’ Smith et le pianiste Pinetop Perkins. Et pour cause, ils sont sur la brèche du début à la fin de l’opus.

L’elpee s’ouvre par un royal "Mannish boy", un morceau inspiré par le "I'm a man" de Bo Diddley. Le riff puissant trame la plage. James Cotton est préposé à l’harmo. La voix du maître est superbe, terriblement expressive. Le tempo hypnotique. La répétition incessante du même accord traduit le pouvoir d’envoûtement de la musique de Waters ; mais aussi son potentiel sexuel! La production de Johnny Winter confère une coloration franchement rock à l'ensemble. De quoi chatouiller les oreilles des bluesmen. A l’instar du "I want to be loved" de Willie Dixon, au cours duquel, les percus de Big Eyes Smith sont littéralement hantées. Des percus qui galvanisent la section rythmique pendant que l'harmo accrocheur de Cotton talonne toutes les phrases du leader. "The blues had a baby and they named it rock and roll" est un titre très significatif. Pour la première fois, Winter se met en évidence à la guitare. "Crosseyed cat" est encore un extrait de l'elpee paru en 77, sur lequel Waters se réservait les vocaux. Un morceau qui met en exergue les interventions bouillonnantes de Cotton. Il est alors au sommet de son art. De son côté, Pinetop Perkins s'amuse comme un petit fou derrière ses ivoires. Un bottleneck détonant mais séduisant froisse l’acoustique, "I can't be satisfied".

Pas moins de sept plages sont issues d’"I'm ready". Bob Margolin est passé à la basse. Le grand Jimmy Rogers est préposé à la guitare et deux souffleurs participent à cette série de toute bonne facture. Un noir : Big Walter Horton. Et un blanc : Jerry Portnoy. Le titre maître est le théâtre d’un véritable festival à l’harmonica. Se succèdent Big Walter. Puis Jerry. La version de "Rock me" est bien plus contemporaine que l’originale. Le leader sort enfin sa slide et impose l’intro tant attendue destinée à attaquer le blues lent magique "33 years". Le "I'm your hoochie coochie man" est un classique parmi les classiques. Johnny Winter s’illustre à la slide et Horton à l'harmo. "Good morning little schoolgirl" autorise Portnoy à prendre un ticket de sortie.

"Baby please don't go" relève de "Live", un opus remontant à 79. Jerry Portnoy s’est affranchi à la musique à bouche. Les échanges de cordes se multiplient entre Winter, Margolin et Luther Johnson. La même équipe embraie par "Trouble no more".

Quatre plages sont extraites de "King bee", le quatrième volume, dont une excellente reprise du titre maître. Et bien rythmée ! Ensuite, une adaptation délicate du "Mean old frisco" d'Arthur Crudup. Puis "Champagne & reefer", que Muddy attaque armé de sa slide, soutenu par Bob Margolin et Guitar Jr Johnson. Et enfin, "Keep me in trouble", un titre au cours duquel plane le souffle magique de James Cotton. 

"Walking thru the park" clôt les hostilités, un fragment immortalisé sur l'album de Winter, "Nothin' but the blues". Epaulés par Cotton, Muddy et Johnny conjuguent leurs vocaux. Vous savez tout ou presque sur le sujet  et ce qu’il vous reste à faire…

 

Muddy Waters

Muddy ´Mississippi` Waters Live

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Né McKinley Morganfield, Muddy Waters a vu le jour le 4 avril 1913. Dans le Mississippi. Il est sans doute un des plus célèbres bluesmen de tous les temps. Un des rares personnages dont le nom sonne familier, même à ceux qui ne connaissent pas le blues. Un musicien que personne n'est prêt à oublier, même 21 ans après sa disparition. Les premiers témoignages transcrits sur support datent d'août 1941, lorsque Alan Lomax et John Work avaient recueilli sa prestation dans Stovall Plantation, où il travaillait. Deux ans plus tard, il émigre à Chicago où il allait très vite créer le blues urbain. Un blues citadin électrifié très caractéristique. Il s'entoure alors de compagnons musiciens devenus légendaires : Jimmy Rogers, Little Walter, Otis Spann,… Il allait enregistrer pour le label Chess sans interruption jusqu'en 1975. Avant de signer pour le label Blue Sky, du groupe CBS Epic, sur les conseils du guitariste texan, Johnny Winter. Quatre albums allaient suivre : "Hard again", "I'm ready", "Muddy Mississippi Waters Live" et "King Bee".
 
“M.M.W.L.” agrège le live susvisé ; mais est enrichi d’un second CD. Un elpee commis la même année, au club "Harry Hope's". L'album original a été immortalisé en août 78 au Harry Hope's à Cary, dans l'Illinois, et en mars 77 au Masonic Auditorium de Detroit. Produit par Johnny Winter, il bénéficie de la participation d’une fameuse brochette de musiciens. Autour de Muddy Waters, on retrouve ainsi les guitaristes Johnny Winter (NDR : of course !), Luther "Guitar Jr" Johnson et Bob Margolin, l'harmoniciste James Cotton, le pianiste Pinetop Perkins, le batteur Willie "Big Eyes" Smith et Charles Calmese, le bassiste de James Cotton.
 
Ce premier elpee recèle une superbe version de "Mannish boy" que Muddy avait écrite en s’inspirant du "I'm a man" de Bo Diddley. Muddy partage les vocaux avec l'albinos texan. Trois superbes blues lents nous permettent d’évaluer l’intensité du son et surtout la maîtrise de Waters à la slide : "She's nineteen years old", "Streamline woman" et "Howling Wolf". L’elpee épingle également d'excellentes versions de "Nine below zero" et de "Baby please don't go", un titre que lui avait enseigné Big Joe Williams lorsqu'ils faisaient route ensemble vers le Sud. Les nouveaux fragments procèdent de concerts accordés au Harry Hope's. La production y a été assurée par Bob Margolin. Muddy est toujours épaulé par Luther Johnson, Margolin, Smith et Perkins, ainsi que Jerry Portnoy à l'harmonica et Calvin Jones à la basse. Les prises s’ouvrent par un long medley de 12' : "After hours : Sormy Monday blues". Muddy y présente ses musiciens. Lorsqu’il aborde "Sormy Monday", il ne peut s’empêcher d’évoquer la disparition récente de T-Bone Walker. "Trouble no more" met en évidence le talent de Jerry Portnoy à l'harmonica. "Champagne & reefer" constitue une version prototype d'un titre qui figurera sur son opus suivant, "King Bee". Il chante également "Corrina, Corrina", "Hoochie Coochie man" (un de ses plus grands hits dans les 50’s) et "She moves me", un slow blues dont il avait le secret. Muddy n’oublie pas son fidèle pianiste Pinetop Perkins. Et le valorise en l’invitant à chanter "Kansas City" ou à assurer (NDR : mais ce n’est pas une surprise !) le "Pinetop's Boogie woogie" de Clarence Smith. Muddy permet encore à Portnoy de briller son instrument tout au long de "Made love". Une œuvre qui recèle encore "Everything's gonna be alright", que chante Guitar Junior Johnson et, en finale, un "Got my mojo working" imprimé sur un tempo élevé. S’étalant sur une bonne heure, ce disque ‘bonus’ constitue une occasion unique de revivre ce blues de haute facture dispensé par un artiste qui aura marqué à jamais l'histoire de la musique, et du blues en particulier...

Roger Waters

In the flesh

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Roger Waters continue de tourner à travers le monde. Où il parvient encore à remplir des stades. Sa dernière tournée américaine a apparemment été un réel succès, puisqu'il a choisi des extraits de sets accordés lors de son passage à Portland, à Phoenix, à Las Vegas et à Irvine pour concocter ce double album. Qui recèle vingt-cinq titres en un peu moins de deux heures trente ! Des compositions issues de ses dernières expériences en solitaire, mais aussi et surtout du répertoire du Floyd. Et en particulier des opus " The Wall ", " Dark side of the moon " et " Wish you were here ". Sans oublier le célèbre fragment extrait de "A saucerful of secrets", "Set the controls for the heart of the sun" ainsi qu'une nouvelle chanson dédiée aux victimes anonymes qui ont été torturées en Afrique du sud, pendant l'apartheid, "Each small candle". Toujours en retard d'une guerre, l'ami Roger ! Pas la peine de tirer à boulets rouges sur cette œuvre, ni encore moins de lui vouer un culte. Waters et son backing band ont de la bouteille. C'est une certitude. Et le concours de James Guthrie à la production est un plus, c'est incontestable. Mais pour l'esprit rock'n'roll, faudra repasser. Ce double CD est donc destiné aux babas-cool qui ont la nostalgie d'un certain passé. Mais également à créer une ambiance intime pour un couple qui a envie de se réserver de gros câlins. Vous voyez le tableau : sofa, champagne, lumière tamisée, etc. Et en deux heures trente, on a vraiment tout le temps de prendre son pied (NDR : pas dans le tapis, hein !).

 

Muddy Waters

The lost tapes

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Le meilleur des enregistrements studio de Muddy Waters date sans aucun doute des 50’s. Dans les années 60 et 70, Muddy était bien pus intéressant live qu'en studio. La redécouverte de bandes live de ce passé est toujours accueillie avec un plaisir non dissimulé par les blues freaks. Ces bandes oubliées ont été prises lors de 2 dates en 1971 aux universités de Washington et de l'Oregon. Muddy réapparaissait alors, après le décès de son pianiste Otis Spann en 1970, remplacé depuis, et comme vous le savez probablement, par Pinetop Perkins.

Mon grand plaisir ici est la présence de George Smith à l'harmonica. Le regretté Georges est devenu aujourd’hui une référence. A cause de l'influence majeure qu'il a exercé sur la génération actuelle de souffleurs californiens ; Rod Piazza et William Clarke principalement.

Deux guitares, celles de Pee Wee Madison et Sammy Lawhorn entourent bien entendu la slide du boss. La section rythmique est composée de Calvin ‘Fuzz’ Jones et de Willie ‘Big Eyes’ Smith. 10 titres, pratiquement tous les plus connus de Muddy.

Priorité au slow blues, le rythme n'étant réservé qu'à "Walking thru the park", "Trouble no more" et "Got my mojo working". Le concert s'ouvre sur un majestueux "Honey Bee". Le festival continue au fil de ces canons du blues que sont "Hoochie Coochie man", "Long distance call" et "Mannish boy". Le sommet est incontestablement "She's 19 years old" introduit par Muddy, compo qu’il partage avec tendresse et excitation auprès de son public. Le climat est dépouillé à l'extrême. Et c’est dans ce vide relatif que l'on goûte le mieux les notes produites par George Smith (à pleurer !), Pinetop et Muddy. L'album ne semble pas pour l’instant destiné à l'exportation; mais il est à espérer qu'il soit disponible à tous au plus tôt, car c'est bien 50 bonnes minutes intenses du meilleur des blues.