Chaque année, les Nuits Botanique proposent, au sein de la programmation, un projet création. Pas de rencontre avec le Mons Orchestra cependant en 2012, mais un concept qui y ressemble fort. En l’occurrence le concert de Dominique A, soutenu d’un collectif de 9 musiciens, dont un quintet à vent, soit l’équipe qui a participé aux sessions d’enregistrement de son dernier album, « Vers les lueurs ».
En fait en montant sur les planches, Dominique nous explique immédiatement que le show sera divisé en deux parties. Une première au cours duquel il va se produire en formule trio pour interpréter son elpee « La Fossette », puis après un entracte, une seconde réservée aux compos de son dernier opus.
Le Cirque Royal n’est pas sold out, mais bien garni, pour accueillir se spectacle. En fait, le parterre concentre le public debout, et l’enceinte (pas le balcon pratiquement vide !), l’auditoire assis. En général, il est aussi le moins jeune…
Lors de ce premier acte, Dominique Ané (NDR : vêtu de noir) est uniquement épaulé par Thomas Poli à la guitare et aux synthés ainsi que le pianiste/accordéoniste Nicolas Méheut. Il revisite ainsi son deuxième long playing (NDR : pas son premier, c’était « Un disque sourd »), dans l’ordre du trackslisting, un exercice de style d’une durée de 45 bonnes minutes, qu’il va opérer de manière un peu moins austère et minimaliste que sur ce disque paru 20 ans plus tôt. A l’instar du tango électrique « Va t’en », de « Mes lapins » et de « La folie », tout en crescendo. Mais de ce tracklisting, on épinglera bien sûr, toujours, le merveilleux « Le courage des oiseaux »…
Pour ce deuxième volet, le quintet à vent s’installe sur des chaises hautes, au fond de l’estrade. Quatre préposés se consacrent à la flûte, à la clarinette, au saxophone et au hautbois. Une au basson. Poli s’installe de nouveau à gauche, pour assurer la gratte et les bidouillages. Derrière lui, Sébastien Buffet prend place à la batterie et à droite, c’est David Euverte en personne (l’arrangeur) qui siège derrière les ivoires ; mais on le voit de dos. Et du même côté, mais au-delà du piano, Jeff Hallam (on ne voit parfois que sa tête) se charge de la basse et de la contrebasse (NDR : probablement une double basse, puisqu’il va s’en servir, épisodiquement, comme d’un violoncelle, à l’aide d’un archet).
Le set s’ouvre par « Contre un arbre », comme sur l’album « Les lueurs » et déjà on sent que l’osmose entre le groupe, le quintet à vent et le piano est parfaite. Le son est limpide mais fort ! Le lightshow est sobre. Cinq carrés sont placés au-dessus de l’équipe et reflètent des lumières chaudes et douces. Mais leur mouvement me fait penser aux enseignes lumineuses des grandes villes. Le morceau « Quelques lumières » nous rappelle le thème central du dernier opus. Et « Ostinato », le goût de Dominique pour les valses lentes. Lorsqu’il s’attaque à « Parce que tu étais là », il s’arrête après quelques mesures. Il juge la compo insoutenable et la reprend à zéro, confessant qu’il ne recommencera plus. Dominique parle peu. Remercie souvent son public et sort de temps à autre une petite vanne, sans plus. Il est même très étonné quand une partie de la foule commence à entonner un ‘Joyeux anniversaire’ (NDR : il est né le 6 octobre 1968 !) Dominique garde constamment une certaine distance entre lui et ses autres collaborateurs. Phénomène de scène ? Son début de carrière en solitaire ? Probablement ! Mais cette remarque a aussi une signification artistique. On est en présence de Dominique A et d’un backing group.
« Vers le bleu » et surtout « Close West » se révèlent plus rock, plus percutants. La basse gronde. Les drums claquent et les guitares crépitent. Lorsqu’il ne gratte pas sa guitare, Dominique balance le bras droit avec élégance et en mesure. Que ce soit à la basse ou à la contrebasse, Jeff ne tient jamais en place. C’est même une véritable pile électrique. Il reprend son bastringue pour aborder le paso doble « Loin du soleil ». Place à « J’entends des cris ». Une angoisse commence à nous envahir, lors de cette chanson dont le final est littéralement déchaîné. Et « Mainstream » titre bonus du dernier essai ne l’est pas moins. Il y une violence intérieure chez Dominique et une puissance inouïe, qu’il met au service de superbes mélodies. Une valse lente, en l’occurrence le douloureux « Ce geste absent », et le tourmenté « Rendez nous la lumière », plus tard, on passe aux plats de résistance. Tout d’abord « Possession », un morceau hypnotique », intense, au sein duquel on ressent à nouveau cette angoisse monter. Splendide ! C’est le moment choisi par Dominique pour interpréter « Le convoi », ce long titre annonciateur de l’apocalypse qui s’élève en crescendo, pour s’achever dans un final épileptique et étourdissant, le quintet à cuivres accentuant même l’intensité du morceau. L’apothéose ! Les cinq musicos se retirent alors sous les acclamations nourries des spectateurs. « Par les lueurs », également dernier titre de l’album, achève la prestation. Une compo mi-ambient, mi shoegaze, destinée sans doute à faire redescendre la pression.
Lors du rappel, A revient tout d’abord uniquement en compagnie de Nicolas Méheut à l’accordéon, pour concéder le bouleversant « Le sens ». Puis Sebastien, Poli et Jeff les rejoignent sur l’estrade et nous balancent quelques titres plus décapants, plus rock si vous préférez, dont « En secret » et « Le métier de faussaire ». Belle ovation, sauf d’une partie du public assis, qui semble cloué sur sa chaise. La chaleur probablement ! Qu’importe, les nombreux aficionados sont ravis. Dominique A rappelle tous ses musiciens pour saluer la foule, bras dessus-bras dessous. Tout bonnement, un spectacle lumineux ! (B.D.)
(Organisation Botanique)
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Dominique A (Cirque Royal)
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Triple affiche de très haut niveau dans le chapiteau du Bota, où les organisateurs ont programmé trois groupes aussi variés qu'intéressants : Milagres, Great Mountain Fire et The Rapture.
Les cinq New-Yorkais de Milagres sont les premiers à monter sur l’estrade devant un public assez clairsemé. Emmené par le chanteur Kyle Wilson, Milagres (‘miracle’ en portugais) propose des chansons intimistes et planantes aux sonorités tantôt électro, tantôt plus acoustiques. Dès les premiers morceaux, "Here To Stay" et "Lost In The Dark", la référence à Coldplay s'impose, mais la musique rappelle également Elbow, The National ou Arcade Fire. Les musicos ont un look très discret et affichent un comportement très réservé sur scène. Aucun effet particulier, toute l'attention est concentrée sur la musique et la création d'une atmosphère. La plupart des morceaux sont tirés de l'excellent dernier opus du groupe, "Glowing Mouth". "Gone" baigne dans les accords saccadés d'un Fender Rhodes et rappelle Supertramp. Le suave "Gentle Beast" cède le relais à "Halfway" ; probablement, leur morceau le plus personnel. "Fifty Fourteeners", extrait de l'elpee "Seven Summits", séduit par sa rythmique hypnotique. Après le très calme "To Be Imagined", Milagres clôture son set par la plage titulaire de leur dernier elpee. Imprimée sur un tempo relativement lent, la chanson se développe et atteint son point culminant lorsque Kyle Wilson exécute une véritable prouesse vocale (Regardez ce moment unique dans la vidéo ici ). ‘Merci Beaucoup’, conclut Wilson avant de quitter la scène. Dans l'ensemble, on est un peu resté sur sa faim, à cause du manque de présence et d'énergie en ‘live’ ; mais Milagres est un groupe dont on devrait certainement reparler dans le futur!
C'est ensuite au tour des Bruxellois de Great Mountain Fire (GMF) de monter sur les planches. Ils sont un peu les 'chouchous' des organisateurs ; et pour cause, programmés deux fois aux Nuits, ils sont proposés comme représentants au Printemps de Bourges. Il est vrai que leur premier opus, "Canopy", a fait l'effet d'une bombe dans le microcosme musical belge. Après un concert sold-out à l’Orangerie fin 2011, c'est donc en terrain conquis et ‘à domicile’ que la formation se produit, ce soir. L'ambiance monte clairement de plusieurs crans dès les premiers morceaux. Au contraire de Milagres, GMF déborde d'énergie sur scène. Dans une ambiance à la fois disco et funky, les compositions sont originales et complexes laissant une grande place à la section rythmique. Ils imposent un univers contrasté qui évoque Metronomy, M83 ou Franz Ferdinand, mais révèle une identité propre très attachante. Les morceaux-phare de "Canopy" se succèdent et l'interprétation est impeccable: "If A Kid", "Cinderella" ou encore "A Gypsy Father" sont efficaces à souhait. Un inédit, "Sudden Hush", fait forte impression et sur "Crooked Heart", le claviériste vient au devant de la scène pour frapper comme un malade sur un tom, pour le plus grand bonheur du public qui accorde au band un accueil enthousiaste. Une surprise ensuite. En l’occurrence une reprise de DEVO, "Jerkin' Back 'n' Forth" ; et pour finir, un second inédit "The Ark". Impressionnant ! En résumé, un excellent concert accordé par un combo qui respire la joie de vivre et possède une qualité rare : un son propre et reconnaissable entre mille.
Regardez leur interprétation de "A Gypsy Father" ici
Lorsque The Rapture déboule sur le podium, le chapiteau est plein à craquer et l'ambiance… électrique. Il faut dire que le buzz autour du concert des quatre New-Yorkais est énorme. Propulsé sur le devant de la scène par le label DFA, The Rapture a sorti deux albums mémorables "Echoes" et "In The Grace Of Your Love", produit par le Français Philippe Zdar, à qui l’on doit Cassius, le dernier Phoenix et le dernier Housse de Racket. Si le premier opus dévoilait des influences aussi diverses que Led Zeppelin, The Cure ou encore LCD Sound System, leur dernière plaque est une bombe disco/post-punk/funk d'une efficacité effarante.
C'est d'ailleurs par "In The Grace of Your Love" que s'ouvrent les hostilités et on est d'emblée étonnés par la puissance du son et l'aisance déconcertante du chanteur/guitariste, Luke Jenner. Il parvient sans effort à atteindre les notes plus aiguës tout en jouant des parties de guitare rythmiques extrêmement complexes. "Get Myself Into It" rappelle les Stereophonics et "The Devil", les rythmes postpunk de Gang Of Four. Après un "Killing" envoûtant, c'est "Whoo! Alright - Yeah... Uh Huh" qui enflamme le chapiteau. Pour y parvenir, un gimmick tout simple : une clochette de vache (cowbell), frappée par Gabriel Andruzzi, le percussioniste/claviériste/saxophoniste. Quand les beats électro du morceau sont mixés en live pour se fondre dans "House of Jealous Lovers", c'est carrément la folie au sein du public. Ce paroxysme se prolongera jusqu'aux derniers morceaux du set : "Olio", "Come Back to Me", "Sail Away" et surtout "Echoes", un brûlot qui rappelle clairement PIL.
En rappel, The Rapture nous réserve "Children", "Miss You" et l'incontournable "How Deep Is Your Love?", leur tout dernier hit. Mission accomplie et sans ratures pour The Rapture, qui s'affirme comme un des nouveaux super-groupes de la décennie.
Regardez l'interprétation live de "Echoes" ici
L'ambiance de folie se prolongera ensuite grâce à la soirée ‘after’ organisée avec Libertine Supersport dans le café Bota. Deux des musiciens de Rapture et Mickey, le résident, y ont fait danser une foule compacte jusqu'aux petites heures du matin! (P.B.)
Milagres + Great Mountain Fire + The Rapture (Chapiteau)
(Organisation Botanique)
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