« Liège ». C'est le titre d'un des morceaux de Para One, sur son album « Epiphanie ». Pas étonnant dès lors qu'en ouverture des Ardentes, on retrouve les joyeux drilles de TTC, fans de la Cité Ardente et de son atmosphère toxique. Nous sommes aux bords de la Meuse, coincés entre un énorme hangar technoïde et les arbres d'un parc (l'Astrid) qui nous rappelle le Cactus. Une longue allée dédiée aux plaisirs de la gastronomie festivalière s'étale entre ces deux lieux de concerts et, surtout, de DJ-sets. On se croirait presque à l'heure du midi, lorsqu'on attend dans la file du buffet. Mais non : il est 20h00, et Liège s'éveille. La foule hétéroclite se balade gentiment en consommant des bières.
Quand TTC débarque sur scène pour y mettre le souk, l'ambiance n'est donc pas très ardente : après le quart d'heure de digestion réglementaire, le sang finit quand même par monter à la tête, et l'on crie 'Bouge ton gros cul, pute, fais-le rebondir !', en souriant bêtement. Les tubes s'enchaînent, l'ambiance est à son comble pendant « Catalogue » et les inévitables « Girlfriend » et « Dans le Club », traînés en longueur pour faire durer le plaisir. Surtout celui des trois rappeurs, qui ne se lassent décidément pas de l'accueil du public belge, toujours fort amical. Les TTC sont des stars à Tox City, et pour remercier leurs (jeunes) fans (en pull-over Etnies) de montrer tant leur amour du beat 'ben fé', ils offrent un nouveau titre, « Paris, Paris », changé en… « Liège, Liège » pour l'occasion, et un bon vieil a capella de « Leguman », le tube qui les a fait connaître. Aucune compo, par contre, de « Ceci n'est pas un disque », mais pas mal de freestyle de CuiziCuiz, le 'pimp' façon Gloubiboulga, alias Cuizinier, « laisse-lui donc te dire ASS », etc., qui s'émancipe avantageusement depuis la sortie de ses deux « street tape », « Pour les filles, vol. 1 & 2 ». Au menu de l'intermède, « Saute sur ma musique », « J'aime bouger ça » (un bootleg démentiel d'« I Like 2 Move It »), « Va t'asseoir », et bien d'autres fantaisies machistes et tape-à-l'œil. Mais on est là pour rire.
Rien de surprenant à ce que les deux Allemands de Modeselektor succèdent à nos b-boys mi-thugs mi-nerds, puisqu'ils sont à l'origine de « Dancingbox », cette tuerie électro 'featuring'… TTC (et que Thom Yorke himself adore). C'est un tube, que les deux pensionnaires de Bpitch Control n'oublieront pas de faire péter, avec Teki Latex traînant dans les parages.
Une bonne mise en jambes avant l'ouragan Sven Väth, qui n'a rien perdu de sa verve BPM : on se croirait presque à la Love Parade de Berlin il y a dix ans, le million de personnes et le soleil en moins (il fait noir, et il bruine).
Après, tout est question d'énergie et d'endurance face aux invectives EBM de Blackstrobe. On dirait de plus en plus du Front 242 remixé par Fischerspooner. Parti l'Ivan Smagghe, ne reste plus qu'Arnaud Rebotini, sa mine patibulaire de Des Esseintes indus, deux trois hits underground, tout au plus.
Heureusement, dans le hall 'Minimal', il y a Reinhard Voigt, de l'écurie Kompakt. L'espace est un peu exigu et la chaleur quasi insoutenable, mais le beat moite et pesant de l'Allemand (un de plus) fait du bien aux neurones, cramoisis par la rythmique soutenue qui les tenaille depuis déjà 5 heures.
Tenir, il faut tenir jusqu'à Oxia, le pote à The Hacker (l'excellent « Domino », sur Kompakt justement). Il faut tenir… ten… Oufti, il est déjà 6h00 ! Il faut rentrer chez soi et reconstruire sa flore intestinale. La vie de clubber ? Demandez donc à votre pharmacien.

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