Il y a deux ans, les Tindersticks prenaient la tangente soul avec " Can Our Love… ", une collection magique de chansons brouillées et mélancoliques, plus proches des Temptations que de Lee Hazlewood. Ce nouvel album célèbre un retour aux sources pour Stuart Staples et ses cinq fidèles destriers : avec ses pluies de cordes et ses voix empruntées, ses atmosphères enfumées et ses histoires d'amour déchu, " Waiting for the moon " lorgne ainsi du côté des trois premiers albums du groupe. Seule différence, mais elle est de taille : cette lumière caressante qui donne à plusieurs titres (" Until the morning comes ", " Sweet memory ", " Just a dog ") une patine presque estivale. Les Tindersticks, nouveaux bourreaux des cœurs de nos après-midi d'été ? Presque, s'il ne fallait compter sur les textes de Stuart, encore plongés dans la pénombre… Sa voix, elle, n'a jamais été si claire et précieuse : à cet égard, " Until the morning comes ", " Trying to find a home ", " Sometimes it hurts " (avec la chanteuse québecquoise Lhasa de Sala) et " My oblivion " sont de véritables perles. De la dernière période (" Simple Pleasure " et " Can Our Love… "), les Anglais n'ont retenu que les chœurs (" Say goodbye to the city ", " Trying to find a home ", " My oblivion "), ainsi que quelques cuivres discrets, voire du xylophone (la comptine éponyme, artisanale mais touchante) et du banjo (" Just a dog ", presque country). Mais le véritable tour de force de ce disque est atteint par la prestation étonnante de Stuart sur " 4.48 Psychosis ", en fait un texte de Sarah Kane, une jeune auteur de théâtre qui s'est suicidée il y a quelques années. Sur un déluge sonique lascif et rampant à la Velvet Underground, Stuart récite d'une voix douce mais quasi-monocorde, une litanie féroce et dépressive, dont lui seul semble percer les secrets. Du grand Tindersticks, ni boursouflé (" Curtains ") ni trop hanté (" Simple Pleasure "). En fin de compte, que le meilleur du groupe.