Winter adults only ?

Winter, une artiste issue de la nouvelle génération de shoegaze, a annoncé la sortie de son nouvel album, « Adult Romantix », prévue pour le 22 août via son nouveau label Winspear. Cet elpee, inspiré par des textes de la période romantique comme…

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Ozark Henry connaît la musique Parker…

C'est vrai, l'attente a été terriblement longue ! « Us », son dernier album studio, date de 2017. Dans le monde éphémère de la musique pop, où les stars vont et viennent, c'est une éternité ! Mais il faut parfois savoir être patient, et en livrant « Light »,…

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The Candyskins

On ne rêve pas de devenir des stars sur MTV !

Au pays de Candyskins, comme dans tous les pays du monde, on s'amuse, on pleure, on rit ; il y a des méchants et des gentils. Les gentils, ce sont les Américains, qui ont réservé à la formation d'Oxford un accueil très chaleureux. Les méchants, ce sont les Rolling Stones, qui leur ont intenté un procès (gagné, d'ailleurs) pour le sampling de ‘Sympathy For the Devil’ sur ‘For What it's Worth’, morceau figurant sur leur premier et unique album ‘Space I'm in’. En fait, il faudrait plutôt dire ‘le méchant’ car ni ce brave Mick Jagger ni l'ineffable Keith Richards ne leur ont cherché noise ; c'est un certain Alan Cline, propriétaire des droits sur le catalogue des Stones pour la période 1964-1968, qui s'est constitué partie civile. Les deux Nick (Cope, le chanteur/guitariste et Burton, l’un des deux solistes) ont bien voulu répondre à nos questions.

Cet épisode ridicule (qui a valu le retrait du sampling original) n'a en rien gâché le plaisir éprouvé par les Candyskins lors de leur dernière tournée américaine. Car ce sont les Yankees qui ont succombé les premiers au charme d'une musique qui, un peu comme celle des Milltown Brothers, fait la part belle aux guitares. Surprenant? Pas vraiment, lorsqu'on sait qu'EMF, Jesus Jones et même Ned's Atomic Dustbin ont envahi, il y a peu, les charts US. Burton raconte : « Là-bas, lorsqu'on a demandé à des jeunes s'ils aimaient les Red Hot Chili Peppers et Nirvana, ils nous ont répondu qu'ils préféraient les groupes anglais, comme Ride ou Curve ». Ce phénomène, Cope le confirme: « La musique alternative occupe une place très importante aux USA et on a constaté qu'elle émanait essentiellement d'Angleterre. Les radios de collèges, entre autres, programment beaucoup d’artistes britanniques dans leurs émissions. On pourrait penser qu'un pays aussi grand produit davantage de groupes alternatifs, mais ce n'est pas le cas. Outre les Peppers, Nirvana et le thrash-metal, c'est à peu près tout ! »

En Angleterre, les Candyskins n'ont pas eu de chance : leur album a été distribué par Rough Trade, qui a déclaré faillite une semaine après sa sortie. Heureusement pour eux, un deal signé par Geffen leur a permis d'entrevoir de nouvelles perspectives, le marché américain devenant alors prioritaire. Burton raconte : « On voulait rester indépendants en Angleterre ; mais ça a foiré parce qu'il n'y avait pas suffisamment de personnes pour nous épauler et se charger de la promotion. C'est dommage, car on souhaite d'abord se consacrer à notre pays d'origine. D'un autre côté, aux Etats-Unis, trois mois après la sortie de l'album, il y avait des files lors des concerts pour nous voir sur scène. On a vécu des concerts sold-out à Boston ou encore à Washington. Une surprise totale pour nous ! »

C'est ainsi que David Geffen a mis les cinq Anglais dans un bus et leur a dit de casser la baraque: deux mois et demi aux States, 50 dates réparties en deux tournées (l'une en première partie de Squeeze, l'autre en tête d'affiche). Mais n'est-ce pas un peu angoissant de se retrouver sur une si grosse firme de disques? Burton argumente : « Geffen est un label très diversifié. Dans son catalogue figurent Nirvana, Sonic Youth et Teenage Fan Club : ce ne sont pas des groupes commerciaux. Nous sommes en très bonne compagnie! La maison de disques n'attend pas que nous détrônions MC Hammer de la première place du hit-parade! On dispose de suffisamment de liberté pour pouvoir s'exprimer » De quoi devenir des habitués d'MTV ? Cope réagit : « C'est une corvée de tourner des clips vidéo. On est sous le contrôle artistique d'une personne rencontrée un jour auparavant. C'est assez aléatoire. Le clip que l'on préfère a été réalisé à Londres, à Piccadilly Circus, pour 125 € alors que celui qui nous a coûté 62 500 est beaucoup moins bon! On ne rêve pas de devenir des stars sur MTV ! »

Restait à savoir, vu leur périple, quels étaient les meilleurs et pires souvenirs emportés des States ? Burton reprend le crachoir : « Faire partie d'un groupe, jouer chaque soir pendant 2 mois et demi tout en étant payé : que peut-on rêver de mieux? Notre meilleur souvenir est peut-être le concert accordé à Washington devant une foule surexcitée alors que deux semaines auparavant, on se produisait dans un pub londonien pour cinq personnes! Quant au pire, c'est lorsqu'on s'est baladés dans les environs d'El Paso et qu'on a vu tous ces enfants vivant dans la misère… »

Article paru dans le n°2 du magazine Mofo de mars 1992

 

 

Throwing Muses

C’est comme si une chanson était quelqu’un

Écrit par

Kristin Hersh et David Nareizo sont les derniers membres des Throwing Muses. Tanya Donelly la lead-guitariste, les a en effet quittés. Résultat : le groupe est réduit à un duo (chanteuse/batteur). Ce qui ne l’a pas empêché de sortir un nouvel album : le bizarroïde, lancinant et superbe « Red Heaven ». Rencontre avec une rouquine, frimousse et look Bécassine, et un personnage timide, myope aussi, retranché derrière des lunettes d'étudiant en médecine tout droit sorti d'une université américaine.

Pourquoi ce titre « Red Heaven» ?

D : Parce qu'on estime que c'est un bon titre!
K : Il n'a pas de signification particulière, il reflète bien l'ensemble des chansons figurant sur le disque.

Aucun rapport avec le départ de Tanya Donelly ?

D : Non, mais rien ne t'empêche de le croire, si tu veux...

Ce départ a-t-il exercé une influence sur la façon de composer la musique, d'écrire les paroles?

D : Kristin et Tanya écrivaient séparément. Les chansons de Kristin ont toujours constitué 80% de nos albums. Ces 80% sont restés intacts, le processus est le même. On est un duo (enfin un trio) à présent. C’est vrai que nous sonnons aujourd’hui un peu différemment, parce qu'il n'y a plus vraiment de lead guitar. Et quand il y en a, nous essayons de ramener cette partie au strict minimum ou de l'incorporer dans les partitions de la guitare rythmique.

Existe-t-il un lien logique entre cet album et le précédent (« The Real Ramona ») ?

D : Probablement, mais on ne s'est pas dit: ‘OK, maintenant on va faire ce type d'album!’ C'est venu naturellement. Nous n'avons jamais essayé de savoir s'il y aurait un lien ou pas avec le précédent.

Peut-on parler de lien inconscient?

D : Oui, ce sont toujours les chansons de Kristin. Un an s'est écoulé, et donc il y a eu, de toute évidence, une sorte de progression ou de réaction par rapport au passé.

Tu veux dire que ce sont toujours les chansons de Kristin, mais qu'elle est plus âgée?

D : Pas plus âgée, plus mature! (rires)

Est-ce que les mots ont de l'importance à tes yeux, Kristin?

K : Ils sont importants, mais pas au sens intellectuel. C'est leur côté viscéral qui m'intéresse, la fibre affective qu'ils font vibrer en toi, plus que leur sens littéral.

Quels sont les sujets qui inspirent tes chansons?

K : C'est seulement plus tard, après les avoir écrites que je me rends compte de leur véritable signification. Pour moi, écrire une chanson, c'est comme rencontrer une personne : la découvrir prend du temps, des années parfois. Mes chansons m'impressionnent continuellement, j'en apprends sur elles un peu plus chaque jour. Oui, c'est comme si une chanson était quelqu'un!

La façon dont vous écrivez vos chansons est vraiment particulière, fort éloignée des canons couplet/refrain/couplet... Que processus adoptez vous pour les écrire ?

K : On ne savait pas comment imiter les autres (puisque apparemment, ils font tous de la même façon). On parle le langage qui nous vient naturellement à l'esprit. Et puis, tout le monde nous dit: ‘Comment faites-vous? Vous êtes fous !’ C'est une réaction qui nous plaît: à partir de ce moment-là, nous savons que nous sommes dans le bon, que le résultat est valable, car il n’imite pas les autres.
D : Aussi longtemps que la structure d'une chanson vient spontanément, la place du refrain n'a aucune importance. Parfois, le morceau n'a que peu de dynamique, mais c'est très excitant : on élabore des constructions mélodiques hors-normes. Les chansons standard dont tu parlais tantôt me semblent creuses. Enfin, parfois, parce que de temps en temps, j'aime aussi savoir ce que je vais entendre! Mais, mes préférences vont quand même vers des musiques qui sont inattendues, qui m'apportent ce que je n'attends pas.

Des musiques qui ne sont pas conventionnelles?

D : Oui, mais pas intentionnellement. Un peu comme Roy Orbison : si tu écoutes ses chansons et que tu les compares à d'autres de la même époque, tu te rends compte qu'elles sont bizarres, mais elles ont leur propre logique et sont très significatives.
K : Elles sont organiques, elles viennent des tripes... Quand on écoute la radio aujourd'hui, on n'arrive pas à se souvenir de ce qui est passé : ça rentre par une oreille et ça ressort par l'autre.
D : C'est difficile d'imposer le type de chansons que nous aimons aux producteurs et aux ingénieurs qui ont l'habitude de traiter une chanson comportant un ‘sommet’ dans le refrain. Ils disent: ‘Ca démarre bien, mais là, tu aurais dû faire ceci ou cela’. Ils ne comprennent pas que c'est parce qu'elles ne démarrent jamais qu'on aime nos chansons.

Pourquoi avoir choisi un label anglais plutôt qu’américain?

D : Parce qu'ils nous offraient un meilleur contrat. On cherchait une firme de disques, on leur a proposé nos démos qu'ils ont adorées. Comme on s'entend bien, nous restons chez eux. Mais au départ, nous aurions préféré un label américain.

Pourquoi ?

D : Parce qu'initialement, on s'était dit: ‘On monte un groupe et on tourne aux States’. Jouer à l'étranger et y vendre des disques, c'était à nos yeux, seulement accessible aux artistes archi-connus.
K: C'est vrai que du point de vue ‘marketing’, ce n'était pas une bonne décision de choisir un label anglais pour faire sa place sur le marché US. Nos disques se retrouvent systématiquement dans le bac ‘import’ chez les disquaires et coûtent forcément plus cher. Mais on a d’excellents rapports avec 4AD: c'est le plus important!

Pourquoi avoir choisi Bob Mould (ex-Hüsker Dü, aujourd'hui chez Sugar) pour former un duo, lors de la chanson intitulée « Dio » ?

K : Il possède une voix très reconnaissable. J'aimais l'écouter quand j'étais adolescente. Il a bien voulu participer. Voilà!

On ne voit jamais de vidéo des Muses sur MTV...

K : Ils ne les programment pas ou alors au milieu de la nuit sur ‘MTV USA’ dans une émission de ‘musique alternative’.

Est-ce que le succès des Pixies vous fait rêver ?

K : On ne savait pas qu'ils avaient du succès! (rires) Non sérieusement, j'ai entendu qu'ils avaient pas mal de succès, ici. Aux Etats-Unis, ils récoltent le même succès d'estime que nous. De toute façon, on ne se plaindrait pas si on vendait un peu plus de disques. Mais je crois qu'il est plus sain pour nous d'être concentrés sur notre travail et de pas se laisser distraire par autre chose. C’est peut-être une formule ‘cliché’, mais quand tu enregistres un bon disque, c'est ce qui importe, le reste s'efface, pour autant que tu croies à ce que tu fais. Je sais que notre disque est bon et qu'il nous survivra.

De quel autre groupe de rock vous sentez-vous proches?

D : Je n'ai pas l'impression d’appartenir à la scène musicale rock. Aucun, à mon avis.

Il vous arrive d'écouter d'autres groupes?

D : Quand je suis chez moi, j'avoue que je ne m'intéresse pas à ce qui se passe! Mais quand tu es en studio ou quand tu pars en tournée, tu es quasi obligé de t'y intéresser. Constamment des gens te disent: ‘Quoi? Tu ne connais pas ça ? Tiens, je te file une cassette!’ Je crois qu'il n'existe qu'une poignée de groupes qui comptent vraiment...

Qui?

D : J'adore le Velvet Underground, j'aime les Pixies, les Sundays, X, les Violent Femmes... Ca fait une poignée, non?

Dernière question: pourquoi Tanya a-t-elle quitté le groupe?

D : Le groupe s'est séparé au moment où elle a décidé de continuer sa propre carrière. Kristin et moi avons décidé de recommencer ensemble. C'est très plaisant.

Mais vous êtes restés en bons termes?

En chœur : Oui, bien sûr!

(Article paru dans le n°5 de septembre 1992 du Magazine Mofo)

Kiss & Drive

Vouloir c’est pouvoir…

Écrit par

Elle a gagné l’édition 2010 du Concours Circuit. Haut la main. Qui ? Elisabetta Spada, alias Kiss & Drive. Elle est italienne, mais s’est établie en Belgique, il y a 6 ans. La musique ? C’est une passion qui vit en elle depuis qu’elle est toute petite. Mais avant de pouvoir s’y consacrer pleinement, elle a longtemps rongé son frein. Elle s’explique…

« Quand j’étais enfant, la musique était déjà en moi. Toute petite, je dansais et chantais. J’imitais Maria Callas. A l’âge de 12 ans, je souhaitais apprendre à jouer du saxophone. Mais ma mère n’a pas voulu. Elle justifiait son veto par ma trop grande distraction à l’école. Pour elle, il ne fallait pas que j’ajoute une activité supplémentaire susceptible d’accentuer cette tendance à la dissipation. Sa décision a été pour moi une grande frustration. Mais à un certain moment de mon existence, j’ai eu l’opportunité de prendre mon destin en main ; car il était évident que c’était la musique qui me parlait et me permettait d’exprimer un tas de sentiments profondément enfouis en moi. Elle devenait même totalement libératrice… » Gagner le Concours Circuit a donc conforté sa décision. Elle ajoute : « J’avoue que personnellement, cette victoire légitime ma détermination à quitter le Parlement. C’est arrivé au bon moment. J’ai le sentiment d’avoir opéré le bon choix. Et cet événement va me rendre plus forte encore par rapport aux personnes qui s’inquiètent de mon sort ou me posent des tas de questions sur mon avenir, craignant que ce soit trop risqué d’abandonner mon job, doutant de ma réussite ou me louant pour mon courage. Un peu de courage, oui, mais aussi du réalisme. Car ce que j’entreprends, j’essaie toujours de le réaliser du mieux que je peux. Or, pour l’instant, mes chansons touchent les gens. Aussi, c’est dans cet esprit que je vais continuer à travailler. Aujourd’hui, c’est mon dernier jour de prestation. Je dois vider mon bureau. C’est un moment un peu particulier, surtout après avoir bossé ici pendant 5 ans… » Un pause-carrière, je suppose... La réponse fuse : « Non, je quitte mon emploi. Parce que je n’étais pas fonctionnaire. Donc, je n’ai pas le droit de prendre une pause-carrière. Mon contrat se terminait à la fin de l’année, et je l’ai laissé s’achever, sans le renouveler. Et puis on verra. Si je ne parviens pas à vivre de ma musique, je trouverai bien des petits boulots complémentaires. J’ai toujours le temps d’y penser… »

Avant de se lancer dans une carrière (presque) individuelle, Elisabetta à participé à l’aventure Hands Up Boys, en compagnie de Cloé Defossez. Les deux filles sont toujours très amies, mais Elisa n’a pas encore eu l’occasion d’aller voir la nouvelle formule du groupe de Cloé. « En fait, le groupe a surtout joué à l’extérieur de Bruxelles ; et pour moi, c’était assez difficile de me déplacer, car j’était engagé dans les éliminatoires du Concours. » Kiss & Drive, un drôle de patronyme. Et un choix qui méritait une explication. « C’est un nom très évocateur pour moi. En fait, je me suis inspiré d’une inscription figurant sur un panneau installé en face de l’aéroport de Zaventem. Je voyage beaucoup. Je rentre régulièrement en Italie, pour voir ma famille. J’ai trouvé la combinaison des deux termes plutôt amusante. Une connexion entre l’amour et l’aéroport au sein d’un endroit institutionnel. Pas dans un bistrot ou quelque chose du style. Et comme je vis en Belgique, je ne voulais pas utiliser mon nom de famille. Il est naturellement italien ; et comme mon projet est en anglais, c’était préférable. Et puis j’aimais bien la formule : ‘Kiss & Dive’. Un nom destiné à devenir celui de mon parcours artistique. Pour cacher mon identité derrière mes chansons. En outre, on peut lui attribuer un tas de significations : ‘Embrasser et puis conduire. Embrasser en conduisant’ ». C’est dangereux ! « Oui, c’est dangereux ! Et toutes les fantaisies qu’on peut imaginer dans cette association de mots… » Parallèlement à ce projet, Elisabetta milite également chez Bend It. Les deux projets ont-ils compatibles ? Elle s’explique. « Oui, j’y joue encore. Et je compte même mener les deux carrières en même temps. Parce que les deux groupes attirent des publics très différents. Enfin, aussi, en fonction de la facilité ou la difficulté de se déplacer. Ainsi que l’éventail de concerts proposés. Car Bend It est un big band de 6 musiciens. Chez Kiss & Drive, je suis seule ou accompagnée par Raphaël Dodement, au piano. Ce qui nous permet de décrocher plus de dates. Et puis de bénéficier d’une plus grande liberté pour voyager. L’organisation au sein d’une formation nombreuse est plus difficile. Donc on se produit moins souvent en ‘live’. Maintenant, on verra si Kiss & Drive exige plus de temps disponible. Alors, je devrai peut-être mettre Bend It un peu de côté, pour ne pas freiner leur progression. Pourtant, j’aime bien ce concept. Leur son. L’intensité musicale libérée. Elle est très énergisante. Une expérience très distrayante aussi, car il y a une chouette ambiance dans le groupe. D’autant plus que mon esprit et également marqué par la soul. J’aime beaucoup la danse. Le rock’nroll, les années 60, la danse de couple… »

Le répertoire de Kiss & Drive est partagé, pour l’instant, entre covers et compos personnelles. Vu les circonstances et l’opportunité d’enregistrer un album, il faut croire qu’Elisabetta va se mettre à en écrire de nouvelles. Elle paraît surprise de la question. « Oui, bien sûr. Mais, j’ai éliminé progressivement les reprises de mon répertoire. Début 2010, il était équitablement partagé. Puis, au fil du temps, je l’ai étoffé de nouveaux morceaux et j’ai éliminé les reprises. Je n’en ai conservé qu’une seule, celle de Kylie Minogue (NDR : ‘It’s in your eyes’). Et c’est tout. Mon set s’étale, pour l’instant, entre 45 minutes et 1 heure » Mais sera-ce suffisant pour enregistrer un long playing, car très souvent, à l’issue des sessions, un tri est nécessaire pour n’en conserver que la quintessence. Il ne faut pas oublier que parfois, un titre qui passe bien en ‘live’, coince sur disque. Elle réfléchit : « Je n’y avais pas pensé. Tu poses des questions judicieuses. Ca m’interpelle… »

Sur scène, Elisabetta jongle avec ses pédales pour créer des boucles (NDR : ou des loops, si vous préférez). Qui lui a donc donné l’idée de se produire avec une telle machine ? Dominique A ? Elle rétorque : « Non, j’avoue, je ne le connais pas. Je dis la vérité. Je n’ai jamais entendu qu’une seule chanson, celle qu’il interprète en compagnie de Katerine. Il y a six ans que je suis en Belgique, et ici on n’écoute pas autant de chanson française, qu’en France. Car là-bas, il existe une loi qui impose aux radios de diffuser un quota de musique du terroir. Je ne sais plus exactement. 40 ou 50% de la programmation ; et j’avoue que je ne suis pas très branchée sur la chanson française. Camille, oui, je connais. Je possède plusieurs de ses albums. Une de mes amies aussi. Et puis, j’avais vu une de ses vidéos au cours de laquelle elle avait recours aux boucles. A cette époque, elle les créait pour ses vocaux. Aujourd’hui, elle est accompagnée de collaborateurs qui font du beatbox. En direct. J’ai également assisté à un concert de Cibelle. Une Brésilienne. Elle se sert également de cette machine. Donc, j’ai voulu aussi m’y mettre, parce que cette technologie permet d’apporter un plus, quand tu es seule. De ne pas seulement se contenter de chansons calmes et sentimentales, mais également rythmées. Ah oui, il y a aussi Anaïs, une autre Française qui a recours à ce système. Dominique A ? Tu es la seconde personne à me parler de lui, mais je n’ai jamais assisté à un de ses concerts… »

Elisabetta reconnaît pour influences majeures Aretha Franklin, Camille et puis les artistes folks anglo-saxons ; et en particulier Damien Rice. Etonnant qu’on n’y rencontre pas d’artistes italiens… « J’aime beaucoup Mina et toute la production de la musique italienne des années 60. Bien sûr les années 80 et 90 ont également leur richesse, mais les 60’s, c’est une époque au cours de laquelle l’esprit mélodique de la musique italienne était au sommet de son art. Des artistes que j’écoutais quand j’étais plus jeune et que mes amis ou ma famille appréciaient. Des chansons qui m’ont marquée. Mais comme il y a six ans que j’ai quitté mon pays natal, je ne suis plus très informée de ce qu’il s’y passe. » Bon c’est vrai que la scène musicale italienne se résume le plus souvent aux variétés, à l’opéra et au metal. Quant à la pop rock, elle est plus qu’alternative. Enfin, il me semble… Elisabetta argumente : « Elle existe. Mais elle n’est pas très florissante. Elle ne dispose pas d’espace. C’est un public de niche. Et le mot est faible. Il communique uniquement via internet. Mais tu sais, l’Italie est un pays où la télévision est un média incontournable. C’est un grand catalyseur d’opinion. Et évidemment, les courants alternatifs ne passent pas à la TV. Ils restent donc marginaux… » On en arrive donc à Damien Rice. « J’ai toujours apprécié les chansons guitare/voix. J’ai appris à en jouer seule. Il était plus facile pour moi d’imiter ou de reproduire des accords à l’aide de cet instrument. Mais j’aime aussi reprendre de belles chansons qui n’ont rien avoir avec ce style. Les compos de Damien me touchent beaucoup. Elles sont dépouillées, mais uniques en leur genre. Pas purement folk. Car elles évoluent dans un style particulier. Simple mais aussi très riche… »

Sur internet, on peut voir un clip vidéo de Kiss & Drive, intitulé ‘Le blues de la poule’. On y aperçoit une mascotte. Qu’est-elle devenue ? Elisabetta répond après avoir pouffé de rire « Je l’emmène partout, mais je suis un peu confuse, car j’ai oublié de la faire monter sur le podium du Botanique. Elle me soutenait, mais elle est restée cachée dans mon sac. ‘Le blues de la poule’ ? Je ne le joue presque plus… »

 

Les Marquises

Music chrome

Écrit par

Tête pensante et active du collectif Les Marquises, Jean-Sébastien Nouveau nous a accordé un entretien téléphonique, ce dimanche 5 décembre. Une conversation chaleureuse au cours de laquelle cet artiste sensible, humble et talentueux est parvenu à nous faire oublier la tempête qui souffle, dehors, entre Lyon et ma région, et permettre un instant de s’évader sur ces lointaines îles du Pacifique Sud, en bonne compagnie. D'abord, il y a le nom. Inutile de revenir sur la référence proclamée à Jacques Brel. Et puis la signification poétique relative à la localisation géographique de cet archipel, perdu loin de tout continent. Et enfin surtout, la musique. Et quelle musique! « Lost Lost Lost » est une œuvre singulière, pensée, dense, riche de détails, de sons, d'idées. Conceptuelle sans être présomptueuse. Onirique sans être soporifique. Une bande-son qui interpelle les sens et les bouscule.

Jean-Sébastien, sans revenir sur ce qu'on peut lire au travers d'autres interviews, mais pour nos lecteurs qui ne connaîtraient pas encore la genèse de ce premier album, peux-tu nous parler de sa principale source d'inspiration?

La trame du disque est inspirée de l'artiste Henry Darger que j'ai découvert au travers d'une exposition à Lausanne. Son œuvre est tout simplement ahurissante, et d'une telle force (NB: pendant des années, dans l'anonymat le plus complet, retiré dans les toilettes d'un hôpital de Chicago où il était commis au nettoyage, cet artiste fournira plus de quinze mille pages illustrant un univers coloré où des fillettes orphelines sont plongées dans la terreur d'adultes tortionnaires et des caprices de la nature. Pour plus de détails, visitez http://www.abcd-artbrut.org/article.php3?id_article=91) Je ne dirais pas que je m'en suis inspiré. C'était plutôt comme un repère constant. Quand je ne savais plus quelle direction donner à tel où tel morceau, je me replongeais dans le bouquin que j'avais acheté, et ces représentations de ces fresques hallucinantes me guidaient, me servaient de repère. J'ai vraiment été marqué par cette œuvre fourmillante qui représente le travail d'une vie.

En ressortent six titres épatants qui s'enchaînent habilement.

Merci. Oui, j'ai vraiment recherché à délivrer un disque dense, physique, et qui parle au corps. Je voulais que la musique remue les tripes de l'auditeur. Qu'il y ait une réelle interaction avec lui. Et 6 titres me paraissaient le format idéal. Condensé et propice à ce désir d'urgence. Pour moi, six à huit titres, c'est le nombre idéal pour un album. J'ai lu quelque part que Thom Yorke pensait qu'idéalement, chaque prochaine sortie de Radiohead serait limitée à 4 morceaux. J'aime bien cette idée. Elle permet d'aller à l'essentiel. De ne pas se perdre en chemin.

Tu parles de disque physique? En termes de confrontation?

Je voulais que l’auditeur soit remué, qu'il ressente les choses... Physiquement. Oui, vraiment, de manière physique. Dans mon projet précédent, Immune, la musique me semblait un rien trop contemplative. A l'écoute, il était permis de rêver, de voyager. Cette fois, je voulais quelque chose de plus ressenti. Ebranler les sens. Pas juste les chatoyer.

Existe-t-il d’autres sources qui t’ont inspirées pendant le processus créatif et pendant l'enregistrement?

Bien sûr. J'avais une idée bien arrêtée de la manière dont je voulais que ce disque sonne. J'ai pensé à la lisibilité de la musique. Un peu comme un film d'Alfred Hitchcock. Si vous regardez ces films, ils ont l'air assez linéaires, on suit facilement le cours de l'intrigue. Mais on y décèle de petits détails qui s'immiscent tout au long et ont tout leur sens. De même, je désirais une trame évidente dans son déroulement, mais qu'une autre dimension s'intègre.

En découle une musique élaborée par strates successives...

Effectivement, j'opère par succession de couches. C'est l'avantage de concevoir un album de A à Z dans son appartement. Le home recording offre le luxe de pouvoir revenir tous les jours sur différents morceaux en chantier.

Tu es entouré sur ce disque par Jonathan Grandcollot (Pan Pan Pan, Robe Et Manteau) et par Jordan Geiger (Minus Story, Shearwater, Hospital Ships). Comment s'est déroulée la coopération?

Fort bien. Jonathan est un ami que j'ai connu sur les bancs de l'école. C'est un multi-instrumentiste de talent avec qui j'ai beaucoup de plaisir à travailler. Il apporte sa couleur à l'album. J'enregistrais quelques boucles de drums, et lui jouait de la batterie en live. On a mixé l'album ensemble. On partage la même vision des choses. Quant à Jordan, j'avais imaginé d'autres contributions, mais sa voix et sa façon de chanter tout en fragilité me paraissaient coller parfaitement aux morceaux.

Tu avais notamment pensé à Stuart Staples des Tindersticks, si je ne me trompe?

Oui. Et aussi à Chris Adams de Hood. Des timbres de voix sensiblement différents, en fait...

Comment avez-vous organisé la collaboration entre Lyon et Austin?

J'ai contacté Jordan par mail, et il a paru tout de suite intéressé par le projet à l'écoute des démos. Je ne l'ai rencontré qu'une fois, lors d'un passage lyonnais de Shearwater, et nous avons un peu discuté ensemble. Puis, de fil en aiguille, il m'envoyait ses parties chantées que j'incorporais alors au son des Marquises.

Est-ce un line-up définitif ou penses-tu engager d’autres coopérateurs pour la suite?

Il y aura du changement, c'est sûr. Mais je ne sais pas encore précisément vers qui je vais me tourner au final. La suite est en chantier, mais sera différente de « Lost Lost Lost ». Je ne veux pas d'une redite. J'aimerais m’orienter vers quelque chose de différent. Un peu dans l'optique ‘chansons bricolées’.

Tu envisages donc de changer beaucoup de choses. N'as-tu pas peur que le résultat se singularise un peu trop?

Il est encore trop tôt pour le dire, mais je pense que l'identité des Marquises sera toujours bien palpable, même si je modifie certains éléments. J’aspire adopter une autre approche musicale. J'aime des artistes comme Robert Wyatt ou Hood, dont le travail a pu évoluer. Ils sont parvenus à se remettre en question. J'aime le Post Rock, mais je suis vite distrait lorsqu’un morceau ne comporte pas de vocaux. Au final, je m'ennuie très vite. J'aime le côté humain qui me permet de me raccrocher à une chanson. La somme de toutes ces influences génère l'essence de ma musique. Et je veille à l'homogénéité du tout.

Avant de nous quitter, quid de l'aspect live?

On ne joue jamais. Je ne suis pas musicien. Je peux broder quelque chose sur ma guitare qui me semble intéressant mais que je serais incapable de le recréer par la suite ou alors avec beaucoup de mal et de recherches. Rejouer « Lost Lost Lost » sur scène demanderait une réinterprétation des morceaux. Donc, pas de concerts pour l'instant. Par contre, je m'intéresse à l'aspect visuel de la musique. Images et son étant à mon sens intimement liés. J'ai pris beaucoup de plaisir à collaborer auprès de différents cinéastes pour chacune des chansons. Le résultat est fantastique. J'adore ce que chacun a apporté. J'ai d'ailleurs l’intention de sortir un coffret reprenant le Cd, et un Dvd des vidéos. Et puis une amie m'a demandé de participer à un projet excitant qui constituerait à mettre en musique des images projetées sur des façades, lors d'un festival à Lyon.

Jean-Sébastien, ce fût un plaisir de m'entretenir avec toi.

Mais moi de même.

La conversation se clôt dans le bruissement d'une bourrasque qui au dehors chasse la neige en tourbillon. Loin des images d'Épinal, sur les Marquises, souffle un vent nouveau...

 

Les Négresses Vertes

Un bordel organisé…

Originaire d'Algérie, Stéfane Mellino a aussi vécu dans le sud de la France, avant de débarquer à Paris. Il est guitariste, compositeur et parfois chanteur (« Face à la mer ») du groupe français le plus connu et apprécié en Grande-Bretagne. Entretien avec ce grand admirateur des... Gipsy Kings (‘Les gitans, Django tout ça j'adore’) et des Tueurs de la Lune de Miel (‘Des très grands, les meilleurs même, bien mieux qu'Arno’).

Votre deuxième album s'intitule « Famille nombreuse », doit-on y voir une métaphore pour parler de la planète?

On peut le concevoir ainsi ; mais c'est plutôt une métaphore pour parler du monde des Négresses Vertes. Le but premier, c'est bien sûr de donner un titre à l'ensemble des chansons qui composent l’album. On le voulait simple, facile à comprendre. ‘Famille’, même à l'étranger, on comprend !

Tu parles du monde des Négresses Vertes. Décris-moi ce monde?

C'est un monde qui évolue. Au départ il était basé sur des feelings, des émotions, des descriptions de personnages. Maintenant, on parle plus d'amour ; on aborde des thèmes différents, on élargit notre rayon d'action. C'est un monde comme tous les mondes, mais celui-là n'existe que par ses chansons. C'est un monde qu'on reconstruit chaque soir sur scène. Si on ne jouait pas, il n'existerait pas.

Tu dis que vous avez élargi votre rayon d'action. Est-ce un processus réfléchi ou s’est-il développé naturellement?

C'est une évolution dont on avait envie. Et puis, elle s'est dessinée à force de travail. On ne peut pas continuellement faire la même chose.

Vous aviez l’impression d'être arrivés à une fin?

Pas du tout. Au contraire, on n'en est qu'au commencement. Sur le premier album, on avait déjà posé les jalons de ce qu'allait devenir la suite pour les Négresses Vertes. Après, il fallait garder ou non, cette inspiration. Je crois qu'il faut la faire évoluer au travers d'une instrumentation plus approfondie, plus maitrisée, plus aboutie. C'est ça le travail ! Nous évoluons, mais dans notre style

Au travers aussi d'un métissage culturel, toujours plus marqué...

Ca, c'est nous aussi. On ne le fait pas exprès. On ne s’assoit pas et on ne dit pas : ‘Si on faisait du métissage culturel !’ La musique, elle vient spontanément ! Et les gens nous reconnaissent dans cette musique, de plus en plus. On ne nous compare presque plus jamais aux Pogues !

Même en Angleterre, où vous êtes un des rares groupes français à avoir bonne presse?

Si les Anglais nous aiment, on va pas en faire un plat, hein ? Au contraire! Ce n'est pas parce qu'ils nous aiment, nous, qu'ils ne peuvent pas aimer d'autres groupes français. On n'est pas meilleurs, parce que les Anglais nous aiment. Ils viennent nous voir parce qu'ils trouvent qu'on est plus qu'un simple groupe de rock. Il y a une dimension spectaculaire et puis, notre apport musical est ancré dans notre époque. La génération actuelle connaît le métissage! Les jeunes d'aujourd’hui qu'ils soient anglais, turcs ou congolais se retrouvent au travers de notre musique... ils viennent pour faire la fête, pour s'éclater, pas pour voir de super-instrumentistes! Attention: la musique, on la joue bien, elle est propre, nette, mais elle n'est destinée qu’à faire passer un bon moment.

Musicalement, vous êtes perfectionnistes ?

Ah oui, on est des perfectionnistes. On est onze, si on n'était pas perfectionnistes, chacun à son niveau, ce serait le bordel ! Ce qu'on fait c'est un bordel, d'accord, mais c'est un bordel organisé.

Réunir onze personnes sur scène, c'est peu fréquent. Cette situation entraine-t-elle parfois des tensions, des discussions?

Non, c'est pas trop le genre de la maison. On fait de notre mieux pour préserver l’entente entre tous les membres du groupe. On est sur la route ensemble depuis trois ou quatre ans, maintenant. Mais c'est une aventure que la plupart d'entre nous avons désiré fortement. Et même si c'est dur parfois, on est quand même bien contents d'être là où on est. On fait quelque chose qui nous dépasse un peu : on est des ‘rien du tout’ et on a la chance de jouer pratiquement dans tous les pays du monde. D'autant qu'on sait jouer de la musique, mais qu'on n'est pas vraiment musiciens. On est des autodidactes, on a appris à la force du poignet. C'est déjà tout du bénéf' pour nous, ça.

Mais à onze, il se forme tout de même des sous-groupes, non?

C'est vrai qu'il existe des sous-groupes, mais ils changent souvent! L'important, c'est que lorsqu'il faut être tous solidaires, on l'est! Qu'il y ait des petits groupes séparés, c'est plutôt bien, ça permet de respirer un peu...

C'est donc plus facile d'être un groupe à onze qu'à trois ?

C'est sans doute un peu pareil. Les problèmes sont les mêmes. Disons qu'à trois, s'il y en a un qui se tire, c'est vraiment gênant, le groupe ne peut plus survivre.

Vous écoutez les groupes français qui vont un peu dans la direction que vous empruntez ? Les VRP, La Mano...

Oui, on achète leurs disques ou on nous les file parce qu'on les connaît.

Aujourd'hui, vous sentez-vous encore proches d'eux?

Plus ou moins. Proches par le délire, par la façon d'aborder la musique. Par le résultat, pas trop non. La Mano Negra réalise aussi une sorte de métissage, mais il est différent du nôtre.  Chez nous, c'est moins muselé, moins rock, plus flamenco, rumba, rythmes chaloupés, plus hispanisant, plus méditerranéen. La Mano, c'est plus anglo-saxon, malgré la présence des trompettes. La Mano ou les Négresses partagent pourtant un point commun : tenter de donner une version de la musique qu'on aime. C'est ça qui est important.

Il y a un aspect burlesque chez les Négresses. D'accord?

Je suis d'accord : il y a un côté Buster Keaton et un autre Charlie Chaplin. Triste, mais qui fait rire. On raconte des histoires tristes, pas rigolotes, proches de la vie. Mais observé par notre œil pétillant! Mieux vaut en parler, de toute façon.

Avez-vous l’impression que votre humour est typiquement français ?

Un humour plus francophone que franco-français. Il y a un humour, très jargon/argot, proche du langage parlé, c'est notre côté parisien. « Zobi la mouche » a beau être français, tout le monde comprend, même en Algérie, pas vraiment un pays francophone. Il suffit de trouver les mots pour communiquer avec les gens. Il ne sert à rien de faire des grandes phrases, quand on a trois mots qui sont bien sentis.

Tu peux imaginer que les Négresses continuent à tourner et à enregistrer des disques après l'an 2000 ?

J'espère bien. En l'an 2000, j'aurai 40 ans, je serai un homme mûr. Je ferai toujours de la musique, peut-être chez les Négresses ou tout seul. Je crois que la plupart d’entre nous enregistreront des albums en solo. Bien sûr on va tenter de préserver notre groupe le plus longtemps possible, parce que ce projet nous intéresse et est aussi ce qui nous fait vivre en premier lieu.

Tu évoques la possibilité d'enregistrer un disque en solo. Tu pourrais le réaliser en restant dans les Négresses ?

Je ne sais pas... Ce n'est pas mon seul projet : j'aimerais bien faire du cinéma, des musiques de films. Ca me plairait bien de tourner un film en compagnie des Négresses, où on soit les acteurs. Pourquoi les musiciens dans un coin et les cinéastes dans l'autre?

A ce propos, j'imagine que le tournage d'une vidéo doit donner des idées...

Bien sûr ! D’ailleurs on choisit les réalisateurs avec beaucoup de soin en fonction de ce qu’on a envie qu’ils nous apportent. Au départ, on a quand même une idée fort précise de ce que sera la vidéo. Comme on n’est pas trop cons et que les réalisateurs non plus, on arrive à faire exactement ce qu’on désire.

Vous ne vous sentez pas capables de le concrétiser vous-mêmes ?

On ne peut pas tout faire ! On imagine déjà le scenario, l’histoire. On ne peut pas être devant, derrière et au milieu. On fait déjà beaucoup : on produit nos vidéos, nos disques. Là, on va tourner une vidéo avec Nakano. On va lui expliquer ce qu’on veut : pas de décor, pas de figurants, faire des incrustations, etc. Ce qui ne l’empêchera pas de marquer le film de son empreinte : il a une vision ultramoderne de filmer. Ca cadre bien avec notre côté acoustique, pas rétro, bien que perçu comme tel par les gens. Moi, comme j'aime bien entendre des remix de nos chansons –parce que justement, ce sont nos chansons, mais retravaillées par d'autres– j'aime bien aussi qu'un réalisateur vienne apporter sa petite touche à la vidéo qu'on a élaborée.

Tu connais les vidéos de Madness ?

Oui j’aime bien Madness. On est fort proche de ce groupe, peut-être. Sans doute plus que des Pogues ! Les Pogues ont un côté folklo, comme nous. Mais les Négresses, c'est pas seulement folklo. Ce côté-là, il explose.

Tu as rencontré Shane MacGowan ?

Il est sympa, mais je te jure, il est explosé, ce mec-là. J'aimerais pas être comme lui. Il a 30 ou 35 ans. Il est déjà éclaté. Evidemment, il abuse…

C'est un peu le mythe du rock n' roll, non?

Des clichés qui font mal. La rock star qui boit, qui se défonce et j’en passe, c'est un mec qui meurt, enfin qui ne meurt pas, mais qui est très atteint, très malade. Si tu n'as pas la chance d'arriver à quarante balais, c'est assez dur, tu ne crois pas? Tout ça parce que tu chantes du rock… et que tu es fragile et soumis à la tentation! Shane a du mal à se délivrer du mal. Je crois qu’il y a des choses avec lesquelles il ne faut pas jouer : l'héro et tout ça. Je ne dis pas qu'on ne peut pas fumer un petit pétard, ça ne va pas tuer un homme, mais il faut faire attention.

Et l'alcool, jamais?

Si, un petit verre de whisky. Souvent avant de monter sur scène, pour se donner de l'entrain, du courage. Pourtant, je suis sûr que j'en ai pas besoin. Cela aide un peu à faire passer le trac. Mais je boirais pas au point d'être malade. Physiquement, c'est dur quand on est malade. Déjà quand on est en bonne santé, c'est difficile, alors quand on est malade, c'est l'horreur. Je veux bien être pauvre, mais pas malade

Comment réagirais-tu si un journal à sensations rédigeait des horreurs à ton sujet?

Il faudrait voir si ce sont des mensonges... Je crois que je réagirais conformément à la loi. Je leur ferais un procès, si j'estime que c’est justifié.

Vous regardez la télé?

Oui. Les émissions intéressantes, les films, les matches de foot. J’aimerais rencontrer des joueurs de foot qui ont mon âge. Mais qui vivent dans une atmosphère vraiment très différente de la mienne...

Vous vivez dans un pays où on parle beaucoup de Le Pen...

Il a été un peu calmé par le résultat des dernières élections. Il n'a eu qu'un siège sur 900...

Vous accordez davantage confiance à Bernard Tapie?

Ah oui.

Il y a le même côté démagogue chez les deux, non?

Je préfère la démagogie de Tapie à celle de Le Pen. Celle de Le Pen conduit à la guerre mondiale. Ce n'est pas ce dont j'ai envie. Bernard Tapie, c'est de la démagogie douce, ce n'est donc pas très dangereux.

(Article paru dans le n° 4 du magazine Mofo de juin 1992)

 

Motörhead

Je module ma belle voix…

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Bonheur ! Joie! Allégresse! Motörhead vient de sortir un nouvel album (« March Or Die », chez Sony), on va donc voir sous peu la grande carcasse imbibée de Lemmy pointer du nez et des chicots sur le Vieux Continent. Celui-là même qu'il a abandonné pour se réfugier à Los Angeles, il y a deux ans. Coup de fil au Néo-Américain. Révélation! Scoop ! Lemmy est amoureux de Slash ! On blague, of course, mais, quoi qu'il en soit, Lemmy n'arrête pas de parler de lui. Slash joue sur deux titres du dernier opus de Motörhead (« I Ain't No Nice Guy » et « You Better Run ») et Lem en est vachement fier. Il s’explique lors de l’interview…

Slash joue sur deux titres de notre album, tu le sais? Que penses-tu de sa prestation?

Je pense qu’il est très efficace, comme toujours ; ce qui ne m’empêchera pas de le trouver décevant, comme mec…

Hein! Pourquoi?

Je déteste la façon dont les Guns'N Roses, donc lui, se moquent de leurs fans. Ils annulent des concerts à la dernière minute quand ça leur chante, bâclent des shows, les débutent en retard. Ils se foutent du monde!

C'est pas Slash ça, man, c'est Axl ! Il a beaucoup de problème, Axl. Mais il faut lui pardonner. Ces types viennent de nulle part et on fait d'eux les maîtres du monde. Faut comprendre la pression ! Slash n’est pas comme ça. Il est cool. J'voudrais pas, par contre, être dans les pompes d'Axl. Je préfère mes vieilles bottes...

A propos de sentiments personnels, tu te plais à L.A. ? Tu vas voir les filles sur les plages?

Tu sais bien que je me fous des filles et du sexe, non? Yark ! J'vais les voir mais j'sais pas si elles me trouvent beau.

Ce sont elles qui t'inspirent pour tes ballades? Tu deviens romantique? Tu sers des ballades tout le temps !

Déconnes pas, j'en ai écrit trois en dix-sept ans!

Oui, mais trois qui figurent sur les deux derniers albums en date de Motörhead...

J'aime toutes les bonnes chansons et peu importe les genres (NDR : vous serez étonnés d’apprendre que Lemmy est fan d'ABBA et des Everly Brothers). J’aurais pu y mettre aussi une version acoustique d’« Eleonor Rigby»...

Motörhead ralentit un peu le tempo. « March Or Die » est même relativement pauvre en titres heavy vraiment rapides (« Stand » et « Name In Vain» sont pratiquement les seuls). Tu ne t’amuses plus autant des riffs qui tuent et des rythmiques qui mitraillent?

Tu ne peux pas faire la même chose tout le temps. Ce qu'on fait maintenant est mieux. Il est possible que « March Or Die » soit notre meilleur album. Je ne sais pas trop bien juger... Motörhead est meilleur qu'avant. Tout dans le groupe est meilleur. Je chante mieux, non?

Tu gueules moins!

Je savais déjà chanter avant! Je module plus ma belle voix, c'est tout! Yark !

A l’instar d’« Orgasmatron » et « 1916 », « March Or Die » se termine par un titre lent...

J'aime bien ces chansons. Faut lire les textes. « 1916 » est une chanson tragique. « March Or Die » stigmatise la connerie inégalable des hommes. On s'entretue sans arrêt, on laisse des gosses crever de faim mais on envoie des sondes spatiales prendre des photos de Mars à coups de milliards de dollars. Conneries!

Tu as vécu les événements de los Angeles en voisin?

Yeah. Faut pas en vouloir aux noirs. Ils ont voulu s'offrir la justice qu'on leur a refusée. Toute cette histoire est immonde. On a vu sur les films vidéo ces flics tabasser ce pauvre mec et après, aux juges, ces pourris ont osé prétendre qu'ils n'avaient rien fait. Les noirs en ont marre. Je les comprends.

Pourquoi Philthy est-il parti, à nouveau?

Ham... Il fait partie de ma famille, hein, je préfère pas trop parler de cette histoire, ok ? Il y a eu des différences d'opinion sur certains sujets. C'était mieux ainsi.

Sur la pochette de l'album, Mikkey Dee (le batteur) est présenté comme un invité... C'est lui le batteur de Motörhead, quand même?

Ecoutes, tu crois pas que j'aurais amené ce fils de p... à des sessions photos qui coûtent la peau des fesses, si je comptais pas le garder! On l'aime bien. Il reste.

Tu aimes bien Peter Solley, aussi, c'est encore lui qui a produit l'album...

On le garde parce qu'en plus de produire, il joue des claviers. On doit pas payer un claviériste, tu vois. A part ça, il a de bonnes idées. On le laisse faire.

Motörhead tournera en Europe bientôt?

En octobre. On va d'abord casser les c... des Ricains.

(Article paru dans le n°5 du magazine Mofo de septembre 1992)   

Pale Saints

Les paroles ne sont pas ce qu'il y a de plus important

Engagés par 4AD à la même époque que Lush, les Pale Saints ne se sont jamais répandus en déclarations tapageuses, ni laissé absorbé par un quelconque phénomène de mode. Si bien que la presse britannique, avide de papiers à sensation, n’a jamais porté grand intérêt à ce groupe qui refuse de tomber dans le piège médiatique. Pour preuve, nous ignorions totalement que le groupe avait engagé, voici déjà dix-huit mois, une nouvelle chanteuse/guitariste ; en l’occurrence Meriel Barham. En fait, ce qui importe pour les Pale Saints, c’est la qualité de leur musique. Non contents de posséder un don inné pour les mélodies pop, ils accordent une attention toute particulière aux arrangements. Des arrangements qui, soit-dit en passant, frôlent la perfection sur « In Ribbons », le deuxième album. Ian Masters, bassiste, chanteur et tête pensante du groupe s’est prêté au jeu des questions/réponses.

Quelle différence y a-t-il entre « The Comfort Of Madness » et « In Ribbons », le deuxième album?

La pochette probablement! Nous avons fait appel à différents photographes. Je possédais une photo de l'intérieur de mon corps prise lors de mon opération. Je l'ai refilée à Chris Pickett de 4AD pour qu'il en imagine la pochette.

Oui, mais musicalement, quelles en sont les différences marquantes?

Nous avons tenté d'explorer de nouveaux horizons, de varier nos compositions Je suis satisfait du résultat final. « In Ribbons » constitue notre meilleure réalisation à ce jour.

N'est-il pas malaisé de se consacrer à de la ‘noisy pop’, alors que le monde entier acclame Nirvana ?

Le succès de Nirvana ne nous touche pas. Nous jouons la musique qui nous plaît et tirons parti de tous les ingrédients sonores disponibles. Les guitares ‘noisy’ appartiennent à notre univers mais leur utilisation n'est pas exclusive. C'est un élément parmi d'autres. Tout dépend du but recherché : distorsion, feedback...

Votre musique ne serait-elle pas plus adaptée au ‘style’ du label Creation ?

Il faut mettre des pantalons en cuir pour convenir à Creation! Alan Mc Ghee rétribue les groupes en fonction des vêtements qu'ils portent. Nous n'aimons pas le cuir. Nous sommes végétariens et notre idéologie nous interdit de se vêtir de cuir. Il ne nous est donc pas possible de signer chez Creation!

Entretenez-vous des contacts avec Ride? Ou d'autres groupes du label Creation?

Pas vraiment. Il existe une grande maison de campagne située dans les Midlands où tous les groupes qui pratiquent de la ‘noisy’ sont régulièrement invités pour passer le week-end. Ils écrivent même des chansons ensemble.

Quelles sont les principales influences des Pale Saints? Quels sont vos goûts musicaux?

Difficile de discerner exactement ce qui nous influence. N'importe quel créateur est inspiré par des tas de choses. Par des éléments musicaux, mais également non musicaux. Il s'en imprègne. Tout comme la perception d'une chanson varie d'une personne à l'autre. Pour l'instant, j'écoute Laura Nyro (NDR : chanteuse américaine issue des sixties), PJ Harvey, Young Gods, les interférences radio, le bruit des pigeons sur le toit de ma maison, des bruits étranges semblables à ceux émis lors de la copulation.

Qu'est-ce qui est fondamental dans un morceau?

L'effet produit sur votre matière grise. Les paroles ne sont pas ce qu'il y a de plus important. D'abord, il y a la musique, puis le vin (NDR: une métaphore qui signifie sans doute la sensation), et enfin le texte.

Comment réagissez-vous face à Top of the Pops ? Aux hit-parades en général?

Je trouve ‘Top of the Pops’ totalement cocasse. Autrefois, l’émission se déroulait uniquement en play-back. Mais aujourd'hui, tous les artistes doivent chanter en direct sur une bande préenregistrée. Ce qui n'est pas évident, d'autant plus que certains chantent totalement faux... Le programme de TOTP est souvent rasoir parce que limité à de la bête musique de danse. Mais si nous étions sollicités, nous accepterions peut-être d'y participer, rien que pour voir le fonctionnement de cette émission ; et puis pour en tirer une certaine expérience. Je n'apprécie pas tellement ces ‘charts’ élaborés sur des idées préconçues, saturées de chansons volontairement commerciales. Cet aspect du succès ne nous intéresse pas. Les charts britanniques nous assènent tellement de conneries pour l'instant.

Considérez-vous le renouveau de la guitare comme une révolte face à l'électronique?

Je pense plutôt le contraire. On assiste à une réaction contre la musique de guitares. Les jeunes branchés sur la musique de danse sont plus nombreux que ceux attirés par le rock plus dur, plus carré…

Aimes-tu partir en tournée ?

Plus ou moins. Au fil du temps, votre cervelle se transforme en légume. Chaque matin, il faut se lever, monter dans le bus, voyager, puis jouer le soir. La routine, un peu comme lorsque tu te rends pour assurer ton boulot, au bureau, de 9 à 5. Le cerveau n'est pas alimenté pendant cette phase. Mentalement c'est fatigant. Aussi, lorsque nous partons en tournée, nous emportons l'équivalent de trois bibliothèques remplies de romans. Nous lisons dans le bus. Et puis, ça tue le temps.

Pourquoi n'accordez-vous pas beaucoup d'interviews à la presse anglaise?

Parce qu'elle veut absolument coller à votre actualité. Surtout celle relative à la sortie des disques. Sauf pour Nirvana qui revient chaque fois sur le tapis parce que les lecteurs veulent encore et toujours découvrir de nouveaux articles à leur sujet.

Abstraction faite de la musique, qu’affectionnes-tu le plus?

Circuler à vélo dans Leeds. Donner des coups de pied aux chiens errants, manger (bien que je n'apprécie pas la cuisine anglaise), dormir, lire, marcher, cuisiner, penser, apprendre, apprendre à penser que je suis sous-estimé...

Et dans le domaine artistique?

Aller au cinéma. J'ai beaucoup aimé « Insignifiant » et « Track 29 » de Nick Rogue. Tout comme « L'homme qui est tombé sur la terre » avec Bowie. Le dernier film français dont je me souvienne est « Cyrano » interprété par Depardieu. Il existe un petit cinéma bon marché à quelques pas de chez moi. J’y vais pour me réchauffer, lorsqu'il fait trop froid chez moi.

Quelle est ta réaction face aux exactions des hooligans?

Un problème pour lequel je ne vois pas de solution. Sauf peut-être de distribuer du cannabis à ceux qui assistent aux matchs! Les gens pétés ne sont pas violents. Pourquoi ne pas faire fumer les hooligans? Sérieusement, je pense que la violence est moins aiguë dans les stades anglais depuis quelque temps. Est-ce la conséquence d'une plus grande consommation de drogues? Depuis l'apogée de la ‘dance’ de l'ecstasy, le rencontres de football se déroulent devant un public plus pacifique. J'ajouterai même que c'est normal, puisque les gens qui passent leur temps à danser toute la nuit n'ont plus tellement l'envie de se battre. Et puis comme au stade, ils sont enfermés dans des cages en fer. Personnellement, je n'aime pas le foot. En Angleterre, les hooligans se battent entre eux, mais foutent la paix aux autres. Chaque club possède un petit gang de violents qui font la guerre chaque semaine à un autre gang de violents...

Que peut-on te souhaiter?

Survivre à notre future tournée américaine. En revenir mentalement intacts. Outre-Atlantique, le calendrier des concerts imposé au groupe par les organisateurs est absolument démentiel. Les musiciens doivent se produire pratiquement tous les jours. La pression est terrible. Le fait n'est pas nouveau, mais il effraie toujours. C'est la raison pour laquelle nous souhaiterions y faire un bref séjour. Nous ne voulons pas devenir dingues!

(Article paru dans le n° 3 du magazine Mofo de mai 1992)

 

 

The Boo Radleys

Nous avons de trop gros culs pour mettre des pantalons en cuir

Fondé à Liverpool en 88, les Boo Radleys possèdent la particularité de changer de style musical suivant qu'ils enregistrent en studio ou se produisent live. Plus noisy pop que pop, malgré d'évidentes références aux Beatles, « Everythings alright together », le deuxième album, avait poussé la critique à tracer un parallèle avec la ligne de conduite de My Bloody Valentine. Mais lors de sa prestation au VK à Bruxelles, le groupe a révélé une toute autre facette de son talent : plus brut, plus rock, plus ‘noisy-rock’, le quintette échafaude un véritable mur dans la lignée des très Américains Buffalo Tom, Dinosaur Jr et Band of Susans. Martin Carr et Tim Brown nous ont expliqué les raisons profondes du dédoublement de personnalité des Boo Radleys.

Quelle est la signification du patronyme du groupe ?

Tim : C'est le héros d'un livre américain que nous avons lu à l'école. Il s'appelle Boo Radley. Le nom nous a plu. Pas à cause du personnage ou de l'histoire racontée dons le bouquin, mais parce qu'il sonnait bien à l'oreille.

Pourquoi êtes-vous devenus musiciens?

T. : Parce que la musique représentait la seule solution. Nous serions incapables de faire quelque chose d'autre, nous sommes nuls pour le reste. Au cours de notre jeunesse, lorsque nous rentrions de l'école, nous écoutions sans arrêt de la musique. En lisant des livres sur la vie des musiciens et en regardant nos idoles à la TV, nous nous sommes mis à rêver. Un rêve qui est devenu réalité. Nous souhaitons laisser des traces dans l'histoire du rock, qu'on se souvienne de Boo Radleys.

Pourtant, vous n'aimez pas les vidéos, et puis votre look...

Martin : Le look on s'en fout! C'est la raison pour laquelle nous ne voulons pas figurer sur un clip. Les vidéos, ce n'est pas notre tasse de thé. Nous tenons à rester authentiques. Pas question de faire semblant ou de se soumettre au play-back pour les besoins de la promo. Le clip permet sans doute d'améliorer son taux d'audience, mais il ne change rien à la valeur intrinsèque de la musique

Quelle est voire conception du succès alors?

M. : Les Beatles incarnent notre idéal. Comme il est impossible à atteindre, nous ne sommes jamais satisfaits. C'est un problème, mais il est positif, car il nous force à nous remettre constamment en question, nous empêche de devenir paresseux, de basculer dans l'autosatisfaction. Il nous incite à entretenir notre soif de connaître, notre faim d'explorer. Les Beatles, nous leur devons tout. Sans eux, nous n'aurions jamais été contaminés par le virus de la musique. C'est le plus grand groupe de tous les temps !

Pourquoi « Everything's alright forever » ? (NDR : le titre de leur dernier album).

T. : C'est ce que nous pensons en écoutant un disque. Après une journée d'école ou de boulot harassant, tu te détends en passant un bon disque, tu te sens mieux et tu oublies tes soucis. Mais ce titre peut aussi être ironique, car le monde ne tourne pas toujours très rond. L'interprétation varie en fonction de la sensibilité de chacun. Nous essayons cependant de toujours prendre les choses du bon côté, même lorsque nous sommes confrontés à des problèmes ou lorsque nous rencontrons des moments plus difficiles.

Croyez-vous être représentatif du label Creation ?

M. : Je ne pense pas qu’il existe un archétype du groupe ‘Creation’. Toutes les signatures qui figurent sur ce label possèdent leur propre style, Silverfish et Sweverdriver n'ont rien à voir avec nous par exemple.

Et puis, vous ne portez pas de pantalons en cuir !

T. : Plus maintenant. Ces vêtements collent mieux à la démarche de Primal Scream ou de Jesus & Mary Chain.  Nous avons de trop gros culs pour mettre ces trucs là !...

Estimez-vous appartenir au mouvement noisy ?

M. : Ceux qui nous connaissent mal imaginent que nous pratiquons de la ‘noisy pop’, alors que nous sommes plutôt tournés vers le ‘noisy rock’. En fait, en studio, nous essayons d'appliquer des normes plus pop, en voulant sonner comme les Byrds par exemple, alors que sur les planches nous adoptons une démarche fondamentalement rock, en prenant pour référence Metallica, par exemple, car nous adorons ce groupe. Et puis, il faut avouer qu'il est plus facile d'être rock sur scène que sur disque.

Est-ce la raison pour laquelle l'univers le votre album est proche de celui de My Bloody Valentine, alors que votre set dégage la même intensité que les groupes ‘noisy’ américains ?

M. : Tout à fait! A l'origine, nous avions avoué apprécier My Bloody Valentine. Cette confession a entraîné un rapprochement qui ne correspondait pas à la réalité. Nous aimons surtout les groupes américains. Ils exercent une influence primordiale sur notre musique,

 Est-il exact que la ‘noisy’ est réservée la classe moyenne?

M. : C'est une idée reçue qui vise globalement Slowdive et Chapterhouse. Le public se trompe lorsqu'il imagine que nous ne devons pas nous battre pour réussir ; et que les instruments nous tombent du ciel. Au cours des dernières années nous avons dû loger dans des endroits merdiques. La vie est dure pour tout le monde !

Qu'est-ce que vous écoutez?

T. : Au cours de notre jeunesse, nous étions plutôt branchés sur des groupes comme Human League ou ABC. Mais aujourd'hui nous sommes surtout attirés par la musique américaine : Buffalo Tom, Dinosaur Jr, Smashing Pumpkins, Public Enemy, Mercury Rev... Nous n’en faisons cependant pas une fixation. Nous aimons également Led Zeppelin, Deep Purple. La musique de danse, le rap, le reggae, le jazz, le punk aussi. Même la musique classique, surtout lorsqu'elle libère toute sa puissance. C'est beau d'assister au concert d'un orchestre philharmonique…

A part les Beatles, vous ne causez pas beaucoup des autres artistes de Liverpool tels que Julian Cope, Echo & The Bunnymen, et d’une manière plus actuelle de Drive ?

M. : Les musiciens de Drive ne nous aiment pas. Mais c’est un bon groupe. Nous avons cependant récemment sympathisé avec Dan, leur ex-bassiste. Quand à Echo, c’était une musique beaucoup trop froide. Reste Julian. Il ne possède plus le même charisme d’antan. « Saint Julian » constitue la dernière chose valable qu’il ait réalisée.

Pour cette tournée, vous partagez la même affiche que les Pale Saints. Que pensez-vous de leur musique ?

T. : Leur nouvel album est meilleur que le précédent. Ils font preuve de beaucoup de calme. Nous sommes très différents, plutôt turbulents.

Article paru dans le n°4 du magazine Mofo de juin 1992.

(Merci à Christophe Godfroid)

JOY

Bach plutôt que Beethoven…

Écrit par

Printemps 2007, alors que Venus va fêter son dixième anniversaires d’existence, à l’AB, Marc Huyghens annonce, via le website du groupe, la fin de l’aventure Venus. Aussi, le concert du 23 mars à l'AB se transforme en grande fête d'adieu, une grande fête au cours de laquelle de nombreux invités vont venir rendre un dernier hommage à Venus. Ce concert sera immortalisé par un double album, tout simplement intitulé « Venus », incluant, outre l'enregistrement du concert, une compilation des meilleures compos de la formation. Mais la suite est moins rose. Marc ne parvient pas à rebondir et s’enfonce dans l’alcool. Désintoxiqué il décide de monter un nouveau projet. En compagnie de sa compagne, Françoise Vidick, une vocaliste qui avait déjà bossé pour, en autres, Zap Mama et dEUS. Ils sentent la nécessité de compléter le line up et posent leur choix sur la violoncelliste Anja Naucler, ex-Manou Gallo, une connaissance de Françoise. Une virtuose qui a suivi une formation classique à Göteborg et au Conservatoire de Bruxelles. JOY est choisi pour patronyme ; et pourtant on ne peut pas dire que leur musique transpire la joie. Le trio a enregistré l’album, un an avant sa sortie. Puis se rôde en tournée. Un opus éponyme, partagé en 9 titres. Un disque beau et mélancolique à la fois (voir aussi chronique de l’album) Cette interview a été réalisée par e-mail. Marc a donc répondu aux questions, parfois embarrassantes, que votre serviteur lui a posées ; et je vous en propose le contenu, auquel j’ai parfois ajouté quelques remarques, entre parenthèses, en les précédant de l’abréviation ‘NDR :’…

Une question bateau, pour commencer, mais comme je n’ai reçu qu’un exemplaire cartonné promo, je n’ai guère de renseignements sur les sessions d’enregistrements. Quand se sont-elles déroulées. Où. Qui a produit l’album ? Y avait-il des invités ? Si oui, qui et qu’ont-ils fait ?

Les enregistrements ont commencé un an avant la sortie de l’album. Ils ont duré en tout 25 jours. Toutes les parties instrumentales ont été enregistrées au studio Pyramide à Beersel. Les voix ont été enregistrées au studio de Jean-Pierre Onraedt (ex-TC Matic). Le mix s’est fait au studio Dada à Schaerbeek par Christine Verschorren, et le mastering au studio Jet. C’est JOY qui a produit l’album. Le seul morceau sur lequel jouent des invités (un quatuor à cordes) a été écarté de l’album.

Tu as souhaité également sortir le disque sous la forme du vinyle. Une raison particulière ? Pas peur de te planter financièrement, sachant que c’est quand même onéreux ? Es-tu collectionneur toi-même ?

La fabrication des vinyles coûte en fait à peine plus cher que celle des CD. C’est par pur plaisir et parce que les amateurs de vinyles restent très nombreux que l’album sort dans ce format. Et aussi parce que la pochette a été conçue pour ça.

Dans le compte-rendu que j’avais écrit, lors du passage de JOY à Tournai, j’avais évoqué de vagues comparaisons avec le timbre vocal Guy Chadwick. Or sur le disque, il est plus éthéré. Il est naturel ou alors il a été retravaillé lors du mixing ?

La seule comparaison qui me semble la plus juste est celle qu’on a faite avec le chanteur de James... (NDR : parfois côté inflexions, mais certainement pas pour le timbre : Jeremy **–fan devant l’absolu de la bande à Tim Booth est ravi que l’on reparle de la formation mancunienne, une formation qu’il estime injustement méconnue et pourtant qui demeure une référence incontournable– le confirme). Les voix n’ont absolument pas été retravaillées. Elles sont comme l’album. C’est-à-dire très sèches et naturelles.

Pour l’instant JOY est un trio. Pas l’intention d’élargir le groupe à un sextet, en ajoutant 3 violons, par exemple, de manière à être soutenu par un quatuor à cordes ?

Absolument pas. La nature minimaliste du groupe impose de composer et de jouer à 3. C’est tout l’intérêt de notre démarche. Ce qui ne nous empêchera pas un jour de collaborer avec d’autres musiciens dans des cas précis. Car plus une musique est simple, épurée, plus il est facile d’y faire intervenir d’autres musiciens.

JOY, le patronyme du groupe, vous l’avez choisi en fonction d’un parfum onéreux créé par Jean Patou. Mais quand on prononce le mot JOY, on pense aussi à Joy Division, Band of Holy Joy, à ‘Ode of Joy’, la neuvième de Beethoven. Oui, il y en a d’autres, mais ces références-ci me semblent les plus évidentes, et auraient aussi pu constituer d’autres bonnes sources d’inspiration pour choisir ce nom. Qu’en penses-tu ?

Le nom du groupe a été choisi par opposition à la noirceur des textes que j’écris. Beethoven ? Je ne l’aime pas. Je lui préfère de loin Bach et la musique baroque en général. Joy Division ? Ils ne m’ont jamais attiré jusqu’au jour où Dominique A m’en a parlé. Depuis, j’ai écouté leurs albums, vu le film qu’en a tiré Anton Corbijn, et j’en suis devenu fan. Comme on est fan du Velvet. Et de ces groupes qui réinventent la musique avec une quasi absence de virtuosité.

Il y a des références au sacré et à la Bible dans tes compos. Et puis il y a cette croix, sur la pochette, même réalisée à l’aide d’un bouchon de Liège. Es-tu branché sur les textes bibliques ? L’Ancien Testament ? Les Evangiles ?

Je suis athée. Mais il y a sur l’album 2 chansons qui ont un lien avec la religion. « Long Way Around The Sea » qui est une allégorie sur le voyage des Rois Mages, mais surtout un hommage à Low, et « Sword » qui est une chanson sur quelque chose que j’estime absurde : la croyance religieuse.

On trouve également des références au Moyen-âge, dans tes lyrics. En particulier sur « Empire » et « Sword » (*). Féru d’histoire ?

Désolé, mais il n’y a pas la moindre référence au Moyen-âge… « Empire » est une chanson sur les dégâts immenses causés par les hommes dont la quête de pouvoir est synonyme de réussite.

Sur « Empire », justement, les accords angoissants de violoncelle (très thriller !) me font un peu penser aux débuts de dEUS. Et en particulier ceux de « Worst Case Scenario », à la fin du morceau. Objection ? Et sur « Endless song », la construction mélodique est assez proche du Muse, dans sa période la plus symphonique. Est-ce parce que vous puisez aux mêmes sources de la musique ‘dite’ classique ?

Je n’ai vraiment pas l’impression de faire une musique qui ait un quelconque rapport avec les 2 groupes que tu cites. Mais chacun est libre de faire les comparaisons qu’il veut !

(NDR : Coïncidence, mais j’imagine que les comparaisons ne sont pas toujours les bienvenues, même si elles sont inconscientes ; parmi les groupes et artistes dont Venus a partagé l'affiche en tournée, figuraient notamment Muse et dEUS… en outre, Françoise a, à une certaine époque, assuré les backing vocaux, chez la bande à Tom Barman)

(*)
Empire

Nous sommes morts et avons payé
Pour tous les mensonges que vous avez proférés
Vous nous avez incités à vivre en enfer
Alors que la paix était entre vos mains
Vous les Princes, Seigneurs et Rois
Aux ailes argentées de chevaliers
Le partage est un mot que vous détestez
Tout comme nos enfants que vous avez ignorés
Tout ce temps, tout ce temps, tout ce temps
Bientôt vous serez étendus
A côté d’un million de tombes
Et tant de femmes et d’hommes
Vous fixeront à nouveau
Les Empires que vous avez construits
Pour vos propres enfants
S’effondreront enfin un jour
Cela prendra du temps, cela prendra
Beaucoup de temps, beaucoup de temps, beaucoup de temps

Glaive

Oh mon Seigneur
Est-ce ce que vous souhaitez voir
Des gens à genoux
Oh mon Seigneur
Est-ce ainsi que tu veux que nous soyons
Des ombres traînant des péchés
Oh mon Seigneur
Esprit de houx
Des glaives de houx
Vous ont rendu aveugle
Nous prions tous quand vous trichez
Mais vous haïssez la façon dont nous chantons
Oh mon Seigneur
Ne sommes-nous pas les semences
Que vous avez semées
Et qui seront bientôt fauchées
Oh mon Seigneur
Esprit de houx
Des glaives de houx
Vous rendent aveugles
Nous prions tous quand vous trichez
Mais vous haïssez la façon dont nous chantons (Merci à Vincent Devos)

** Jeremy Dagnies qui a écrit pour diverses publications, et notamment pour le magazine Mofo, jusqu’en 2001.

Kent (Sweden)

C’est en Suède que ça se passe!

De Kent, vous ne connaissez probablement que le hit single, doublé d’un clip flamboyant, « If you were here ». Pourtant, le quintette suédois est très populaire dans son pays et vient d’enregistrer son troisième album, « Isola ». Juste avant de partir en tournée et de participer à la plupart des festivals de cet été, en Europe. Comme celui du Pukkelpop. A l’issue de leur excellent set, nous avons rencontré un des deux compositeurs, Martin Sköld, bassiste également, flanqué, non pas du chanteur (NDR : l’autre lyriciste), mais du claviériste Markus Mustonen…

Pour enregistrer votre dernier album, Chris Gordon, le chanteur de Baby Chaos, vous a donné un coup de main. Vous le connaissiez depuis longtemps ?

M.S. : Joakim (NDR : le chanteur), l’avait déjà rencontré, et apparemment, le courant était bien passé entre eux. Il l’a aidé à parfaire son anglais. Il n’est pas toujours facile de bien saisir la signification de ce que tu écris, lorsque tu ne maîtrises pas parfaitement une langue étrangère. Il s’est donc occupé de vérifier les lyrics et de les adapter en quelque sorte, en fonction du contexte. Je pense qu’au fil du temps, ils se sont même mis à composer des chansons ensemble…

Vous aimez Baby Chaos ?

M.S. : Pas vraiment, nous n’avons jamais écouté la moindre de leurs chansons…

Avez-vous l’intention de réenregistrer vos deux premiers albums en anglais ? Eventuellement avec le concours de Chris Gordon ?

M.M. : Non, ces chansons sont trop anciennes. Nous préférons nous concentrer sur de nouvelles …
M.S. :
Nous devrions enregistrer un nouvel album au printemps prochain, car nous avons énormément de titres disponibles, qui n’ont pas encore été enregistrés.
M.M. : Et peut-être, également, un deuxième dans la foulée, dès l’automne 99.

Toujours sous la houlette de Chris Gordon ?

M.S. : Pourquoi pas !
M.M. : C’est vraiment un chouette gars !

Est-ce que ABBA est demeuré un groupe mythique pour vous ?

M.S. : Bien sûr ! Et puis, c’est la formation suédoise la plus célèbre.
M.M. : Un jour, nous avons même eu la chance de les croiser dans un restaurant, et puis de rencontrer l’un d’entre eux…
M.S. : Aujourd’hui, ils se consacrent à la musique folk suédoise.

Paraît que louer leur studio coûte la peau des fesses. Si vous disposiez d’assez de fric, vous y séjourneriez ?

M.M. : Je l’achèterais !
M.S. : Non, nous le prendrions plutôt en location…
M.M. : Leur studio se trouve à Stockholm. Mais, lorsque nous enregistrons, nous préférons nous rendre à l’étranger. M’enfin, j’ai déjà visité les studios d’ABBA, et je reconnais qu’ils sont remarquables ; c’est probablement le plus performant de Suède…

A ce propos, votre dernier album, vous l’avez enregistré en Belgique. Dans les studios « Galaxy » de Mol très exactement. Apparemment, c’est votre producteur, Zad, qui vous l’avait recommandé. Avait-il des raisons particulières pour opérer ce choix ?

M.S. : En fait, il avait travaillé en compagnie d’autres groupes, dans le passé. Il connaissait tout particulièrement les lieux, et puis, au départ, nous souhaitions nous rendre à Berlin, là oµ la plupart des disques de Bowie avaient été enregistrés. On voulait retrouver cette atmosphère toute particulière, qu’il est toujours, jusqu’à présent, le seul à concevoir. Malheureusement, ces studios étaient en pleine phase de rénovation. Nous avons demandé conseil ; et puis Zad, nous a aiguillés sur celui de ‘Galaxy’, nous précisant, que c’était le meilleur endroit qu’il connaissait, pour y avoir déjà travaillé. Finalement, c’est vrai, c’est un endroit idéal pour bosser.

Vous avez ainsi pu rencontrer Luc Van Acker, le propriétaire de ces studios. Votre rencontre a donc dû être très conviviale ?

M.M. : Absolument. Il est même ici (NDR : au Pukkelpop). Nous avons mangé ensemble ; et puis, nous lui avons dédicacé une de nos chansons.

Bowie, c’est un mythe pour vous ?

M.S. : Nous apprécions tout particulièrement tout ce qu’il a sorti entre 1972 et 1976.

Comment expliquez-vous que le clip consacré au single « If you were here » est passé si souvent  sur MTV ?

M.M. : Je suppose qu’ils appréciaient la chanson, et puis également le clip. C’est une question de chance. Nous étions probablement dans un bon jour, lorsque nous leur avons remis la cassette…

Pas d’autres explications ?

M.S. : Non, personnellement, je n’en ai pas. Vous devriez leur demander.
M.M. : La meilleure explication ? C’est une bonne chanson !

Pas facile quand même de s’y imposer. Beaucoup de groupes américains n’y sont même jamais passés !

M.M. : Nous étions en Finlande, pour une tournée, lorsque nous avons vu le clip diffusé, pour la toute première fois, sur MTV. Du coup, on s’est foutu une bonne cuite. Mais, c’est vrai que c’était assez surprenant.

Comment expliquez-vous qu’il y ait une telle prolifération de groupes scandinaves qui s’exportent aussi bien, et notamment, suédois ?

M.S. : Je suppose que c’est parce que l’environnement musical est idéal. Il y a aussi beaucoup de monde qui est prêt à aider les groupes. Suffisamment de salles pour répéter qui ne coûtent pas tellement cher. Le gouvernement apporte également son aide d’une manière substantielle, et surtout financière. Il est assez facile de lancer une formation et de se faire payer en retour. Je pense que c’est notre tour maintenant …

Chez vous, vous êtes devenus célèbres. Pas trop de problèmes, lorsque vous souhaitez sortir et prendre un bain de foule ?

M.S. : Non, en Suède, en général, le public te laisse tranquille, respecte ta vie privée…
M.M. : Ici, ce n’est pas un problème, car personne ne nous connaît.

Je suppose que vous n’aimez pas trop les comparaisons. Mais parmi toutes celles que nous avons pu lire dans les différents articles ou bios consacrés au groupe, celles relatives à Radiohead, Mansun et à l’ensemble australien Church, nous semblent les moins absurdes. Une réaction ? Avez-vous des atomes crochus avec la scène australienne ?

M.M. : En général, nous n’aimons pas trop la musique australienne. Nick Cave, quand même. Mais pas ce que faisait INXS.
M.S. : Si je me souviens bien, The Church avait commis une excellente chanson, « Under the milky way ». C’était déjà, il y a longtemps. Mais la musique australienne ne me tente pas plus que ça.
M.M. : Radiohead est un de nos groupes préférés. Mansun, je ne connais que le nom. Je n’ai jamais écouté leurs disques. Mais  Radiohead et The Church sont de bons groupes (NDR : et certainement de bonnes comparaisons)…

(Version originale de l’article paru dans le n° 66 du magazine Mofo de septembre 1998)

Merci à Jean-Baptiste Ducrotois

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