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La couleur intérieure de The Intemperate Sons…

The Intemperate Sons a fait irruption sur la scène rock alternative de Dallas (Texas), à l'été 2019, se distinguant immédiatement par un son mêlant riffs de guitare brûlants, mélodies obsédantes et profondeur émotionnelle brute. En 2021, son talent…

Denver ou DNVR ?

DNVR est l'étoile montante de la scène soul française, fusionnant les grooves sensuels…

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Adrian Bouldt

Une place pour l'amour

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Caractérisé par le timbre envoûtant de la séduisante Delphine Bouhy, Adrian Bouldt revient sur le devant de la scène. Avec « Places For Love », son deuxième album, la formation liégeoise se positionne davantage encore dans le sillon d'An Pierlé et d'Hooverphonic. La pop aérienne d'Adrian Bouldt évolue désormais sous d'autres cieux. Là où les coups de foudre menacent l'auditeur...    

Votre nouvel album s'intitule « Places For Love ». C'est également le titre d'une chanson de ce disque. Pourquoi ce choix? Avez-vous la sensation qu'elle résume l'esprit de ce deuxième cd ?

Cette décision a été prise un peu par hasard. Et finalement assez tardivement dans le processus de production. C'était à la fin de l'enregistrement. Ce choix nous est apparu comme quelque chose de fort logique. Nous étions convaincus qu'il conférait une chouette image aux différents titres de l'album. Sur « Place For Love », de nombreuses chansons parlent d'amour. Ce qui nous permet également d'aborder certains thèmes plus 'difficiles' avec davantage de légèreté. Ces 'endroits pour l'amour' constituent donc une sorte de contrepoids aux chansons les plus 'dures' de ce nouveau disque.  

Vous l'avez souligné, vos chansons évoquent souvent l'amour. Peut-on affirmer qu'il s'agit là de votre thème de prédilection ?

L'amour demeure un sujet central dans les relations humaines. On le retrouve aussi au cœur de nombreuses disciplines artistiques. L'amour est un sujet central dans tous les arts et pas seulement dans la musique. Ici, ce thème est développé à travers les textes de Delphine, notre chanteuse. Souvent, elle tend à mettre cette émotion en exergue. Mais ce n'est pas notre seul centre d'intérêt...

Dans votre processus créatif, les textes sont à mettre à l'actif de Delphine Bouhy. Pour le reste, comment fonctionnez-vous ?

Chacun apporte ses idées. Celles-ci font l'objet d'un dialogue permanent. Nous répétons régulièrement en nous basant sur ces différents points de vue. Ce qui explique pourquoi nous avons de nombreuses chansons en chantier. Enormément de choses sont ainsi abandonnées en cours de route. C'est toujours très délicat de laisser des idées de côté. Nous avons aujourd'hui deux albums et plein de chansons dans nos tiroirs. Chez Adrian Bouldt, le processus créatif est commun. Lorsque tous les membres du groupe sont satisfaits du travail accompli sur une composition, nous la conservons.

Par rapport à votre premier album (« Presents », 2003), un changement s'est opéré chez Adrian Bouldt. Que ce soit au niveau des arrangements ou de la finition du disque, vous marquez un pas en avant. Comment expliquez-vous cette évolution ? 

C'est une partie intégrante de l'évolution du groupe. Pour le premier album, nous avons davantage travaillé en vase clos. Nous avions bénéficié des studios de la Soundstation, à Liège sur une très longue période. Ce qui explique pourquoi l'enregistrement a nécessité huit mois. En ce sens, le premier album a tendance à partir dans tous les sens... Mais nous ne le  renierons jamais ! C'était une expérience très forte. Pour « Places For Love », nous souhaitions réaliser quelque chose de plus 'carré', en nous concentrant davantage sur la production. Nous voulions changer de direction et placer nos priorités autrement. Nous avons également cherché à dialoguer avec quelqu'un d'extérieur au groupe. Lors du premier album, nous avions beaucoup moins de recul par rapport à notre musique.

Pour produire ce nouvel album, vous avez donc fait appel à Rudy Coclet. Ce dernier a travaillé avec Arno, Mud Flow ou encore Sharko. Sa collaboration a-t-elle changé votre approche créative ?  

On ne peut pas affirmer qu'il ait changé notre vision des choses. Mais sa présence a certainement influencé notre approche musicale. C'est quelqu'un qui a beaucoup d'expérience. Pendant la conception du disque, il sentait des choses que nous ne ressentions pas forcément. De plus, il dispose d'un certain recul par rapport à notre répertoire. Et ça, c'était essentiel. En sa compagnie, nous avons énormément appris dans le cadre des travaux en studio. Et le rapport humain était extraordinaire. 

Vous avez eu recours à une multitude d'instruments pour concocter ce disque : Wurlitzer, banjo, kazoo, violon, etc. Est-ce la nouvelle marque de fabrique d'Adrian Bouldt ?

Nous avions déjà réalisé des arrangements à l'aide de nombreux instruments sur « Presents ». Mais à l'époque, nous osions moins qu'aujourd'hui. De façon générale, la manière de fonctionner reste la même. Si l'orchestration du disque s'entend davantage sur « Places For Love », c'est en grande partie grâce à la contribution de Rudy Coclet. Il nous a vraiment donné une direction à suivre. 

Certains vous comparent à d'autres artistes belges comme An Pierlé ou Hooverphonic. Comment percevez-vous ces différentes filiations ?

C'est assez étrange au début. On ne s'y attend pas forcément... En évoquant notre musique, les auditeurs parlent également de Björk ou de Lamb. En fait, ces analogies nous font plaisir. Généralement nous aimons les artistes auxquels nous sommes comparés. Dans certains cas, on peut même parler d'influence... Mais nous écoutons tellement de groupes que les comparaisons sont souvent inattendues...

En tant que groupe de musique contemporain, accordez-vous une importance particulière à Internet et aux nouvelles technologies ?

Aujourd'hui, il est impossible d'ignorer le réseau Internet. Nous disposons bien évidemment d'un site Internet. Par ailleurs, nous essayons de tirer profit du potentiel d'une plate forme sur le site Myspace.com. A l'époque du premier album, l'information se limitait vraiment à notre propre site. Maintenant, nous essayons de créer des liens, de nous rapprocher d'autres communautés d'artistes. Internet constitue par ailleurs une intarissable source de découvertes...

 

Psapp

Cat Power !

Écrit par

Galia Durant et Carim Classmann ne font pas de la musique. Ils s'amusent. Les deux garnements viennent d'offrir au monde le jouet le plus innovateur de la décennie. « The Only Thing I Ever wanted » s'adresse à tous les enfants, de 3 à 83 ans. Les risques de surconsommation sont néanmoins très élevés. Histoire d'en savoir plus sur leur formule magique, Musiczine a rencontré les têtes pensantes de Psapp lors de cette exceptionnelle édition du Pukkelpop. Si l'on s'imaginait qu'interviewer le duo serait, naturellement, un jeu d'enfant, c'était sans compter sur les interruptions impromptues provoquées par la diabolique Sock Pupett.

A quoi ressemblait la vie avant Psapp pour vous ?

Galia Durrant : La rencontre s'est effectuée par l'intermédiaire d'un ami commun, Tim. A l'époque, je jouais au sein d'un groupe et Carim participait à plusieurs projets. Aucun d'entre nous n'était satisfait de sa situation (NDR : Première interruption de la Sock Pupett que Galia menace de démembrer)… Nous avons ensuite collaboré avec toute une série de personnes avant de travailler en duo. C'est à partir de ce moment que avons vraiment été enthousiasmés par notre travail…

Psapp, c'était le nom de l'un de vos chats ?

Carim Classmann : (Rires) Oui, effectivement. Un chat que nous n'avons jamais rencontré. En fait c'était un chat-fantôme.

G.D. : Elle (NDR : apparemment une femelle) nous a envoyé un mail en nous ordonnant d'appeler le groupe 'Psapp'. C'était une chatte très puissante qui nous a menacé de…

C.C. : … de faire sonner notre musique comme du George Michael. Elle nous a menacé d'autre chose, non ?

G.D. : Oui. De nous transformer en Phil Collins.

L'horrible cauchemar !

C.C. : Je n'avais pas envie de perdre tous mes cheveux alors j'ai cédé.

G.D. : Ouais. Elle faisait vraiment peur. C'est la raison pour laquelle le groupe s'appelle 'Psapp'. Tu veux entendre mon imitation de Phil Collins ?

Non merci ! Comment vous est venue l'idée d'utiliser des objets insolites tels que des jouets dans vos compositions ?

G.D. : C'était un processus naturel. On ne s'est jamais dit 'Tiens, on utiliserait bien tel jouet'»…

C.C. : Ces objets ont toujours été notre propriété.

G.D. : On disposait tous les deux d'un stock de jouets que…

(NDR : Seconde interruption de la Sock Puppet) C'est décidé, je la kidnappe quand je m'en vais…

C.C. : Mais enfin… Ca met du piment !

G.D. : Elle est pas mal, hein ? On en a fabriqué plusieurs sur la route, à l'aide de chaussettes et de coussins. Tout le monde dormait dans le bus alors on s'est amusé à en confectionner quelques unes (NDR : ils se mettent à jouer avec deux sock pupetts).

CC. : Pour en revenir à la question, lorsque nous nous sommes rencontrés, nous disposions tous les deux une large collection d'objets bizarres et Galia possédait un énorme assortiment de vieux synthés Casio pour gosses…

G.D. : Oui, j'en avais bien une dizaine ou une quinzaine.

C.C. : A vrai dire, les jouets n'ont en fait pas tellement d'importance. C'est le son qui doit être intéressant. On collectionne tout objet susceptible de produire des sons étranges. Evidemment, si ces objets ont une apparence amusante, c'est encore mieux.

G.D. : On n'utilise cependant pas une aussi grande quantité de jouets qu'il n'y paraît. Mais surtout des objets insolites tels que des tables, des instruments de cuisine, du bois, des verres, des meubles ou encore des cailloux. A cause du bruit lorsqu'on marche dessus.

C.C. : Plutôt varié donc. On teste beaucoup d'objets afin d'en mesurer la musicalité. Certains fonctionnent bien, d'autres moins. J'ai offert, par exemple, un poulet en plastique à ma sœur pour la Noël. Il a fini sur deux morceaux !

G.D. : Nous sommes en général toujours emballés par les sons que nous n'avons pas encore eu l'occasion d'expérimenter dans les albums. Utiliser les mêmes instruments plusieurs fois de suite m'ennuie rapidement. Et comme nous ne sommes pas millionnaires, on ne peut pas se permettre d'acheter des tonnes d'instruments. Du coup, on les fabrique nous-même.

D'où votre son si particulier. Quel est votre processus d'écriture ?

C.C. : On écrit ensemble en studio. Le point de départ, ce sont des bribes d'idées qui prennent forme tout au long de la journée.

G.D. : Il est également très important pour nous de travailler ensemble. Je n'écris pas les paroles dans mon coin. On a des idées plutôt similaires. C'est un peu comme si nous communiquions par télépathie ! Cette méthode nous permet d'avancer assez rapidement.

C.C. : Il nous est logiquement plus facile de comprendre l'autre quand on est dans la même pièce. Ensuite, le processus se déroule naturellement. On ne réfléchit pas trop à ce que l'on fait. Le soir, on décide des idées à exploiter ou à jeter.

Votre musique est impossible à comparer avec quoi que ce soit de connu. Quelles sont vos influences ?

G.D. : Il est assez difficile de répondre à cette question parce qu'elle signifie que nous avons écouté l'un ou l'autre disque avant de se dire 'tiens, j'aimerais bien que ma musique soit similaire'. Ce n'est pas trop dans notre manière de travailler. Du moins, pas consciemment. On n'a pas envie de reproduire le même genre de musique que d'autres.

C.C. : Si, pendant le processus d'écriture, je devais me rendre compte que l'une des chansons résonnait comme quelque chose de connu, je l'abandonnerais pour passer à autre chose.

G.D. : Il y a néanmoins beaucoup d'artistes que l'on adore vraiment tous les deux. Nos goûts varient d'Erik Satie à Fela Kuti en passant par The Cure…

C.C. : Oui, on ratisse large, des années 20 aux années 80… Les Sex Pistols sont des idoles pour nous mais je ne pense pas que notre musique soit vraiment similaire !

G.D. : Moi, si !

C.C. : Tu veux parler de notre nouvelle chanson, « Anarchy Of The Sock Puppet » ? (Rires)

Comment décririez-vous « The Only Thing I Ever Wanted » par rapport à « Tiger, My Friend » ?

C.C. : (NDR : après une troisième interruption de sa Sock Puppet). On n'a pas vraiment pensé à créer quelque chose de différent, c'est venu naturellement. Le nouvel album est toutefois beaucoup moins électronique et plus acoustique mais il retentit un peu comme 400 chats dans un parc à ordures. Il existe une autre atmosphère sur « Tiger, My Friend ».

G.D. : Les deux albums traduisent notre amour des sons étranges et des harmonies vocales.

C.C. : Les sons dépendent aussi énormément des instruments dénichés pendant les enregistrements.

Vous avez été révélés par le titre « Cosy In A Rocket ». C'est aussi le générique de la série « Grey's Anatomy ». Ces événements ont-ils changé la vie de Psapp depuis que la série et la chanson sont devenues des gros hits ?

C.C. : En fait, il n'a pas récolté de gros succès en Grande-Bretagne. Le phénomène est plutôt américain. Il n'y a donc aucune conséquence sur notre manière d'écrire ou sur nos vies en général. De plus, la télé n'est pas vraiment notre tasse de thé…

Et si vous étiez approchés par des créateurs de séries ou des cinéastes afin d'écrire une bande son pour leur œuvre, accepteriez-vous de le faire ?

C.C. : On ne se sentirait pas à l'aise dans l'exercice. Certes, le groupe pourrait créer l'un ou l'autre titre pour un projet qui lui semble intéressant. Si c'est une commande pour un programme comme « Friends » ou un truc du genre, ça ne risque pas d'arriver.

Et s'il s'agissait d'un album de reprises pour la comédie musicale « Cats » ?

C.C. : (Rires) Je ne suis pas un grand fan des reprises mais nous en avons déjà fait deux pour l'instant. Les deux titres contiennent le mot « Cats » ! Il s'agit de « Everybody Wants To Be A Cat » (NDR : tiré du film de Dinsey 'Les Aristochats') ainsi que « In The Year Of The Cat » d'Al Stewart.

D'où vient cette obsession pour les chats ?

C.C. : Depuis hier, c'est fini. Maintenant, ce sont les Sock Pupetts (NDR : suivi naturellement par la quatrième interruption de ces derniers).

G.D. : On l'a toujours été, en fait. C'est un animal amusant. A vrai dire, les chats sont en quelque sorte assez humains. Ils sont à la fois fiers et stupides…

Vos vidéo-clips se marient à merveille avec vos compositions. Etes-vous en charge de la direction artistique ou est-ce le régisseur ?

G.D. : On se charge de toute la partie artistique. Pour le clip de « Hi », par exemple, il s'agit d'une idée apparue il y a très longtemps mais elle n'avait jamais abouti car, avant de signer chez Domino, nous n'avions pas le budget.

C.C. : De plus, ce clip ne ressemble à aucun autre que je n'ai pu voir. Certaines personnes apprécient, d'autres se demandent 'qu'est ce que c'est que ce truc ?'… La part de rejet et d'admiration est équivalente.

Quels sont vos projets à court terme ?

C.C. : Enregistrer un troisième album. On emménage dans un nouveau studio le mois prochain.

G.D. : Oui, on se concentre surtout sur cet objectif pour l'instant. C.C. : Fabriquer plus de Sock Puppets…

G.D. : Nous sommes occupés de préparer un expo. Elle se déroulera fin septembre, à Paris. On aimerait aussi s'impliquer dans l'animation et les comic books. Bref, des activités très variées !

C.C. : On a beaucoup d'idées mais peu aboutissent !

G.D. : Effectivement, lorsqu'on se lance dans un projet, il arrive fréquemment qu'il bifurque et prend une direction totalement différente ! Dis, tu vas quand même pas nous kidnapper notre Sock Pupett pour de vrai ?

Si, si !

Daan

Les bons états Daan !

Écrit par

Même s'il y a déjà quinze ans qu'il arpente la scène musicale belge (dont une sacrée période au sein de Dead Man Ray), Daan Stuyvens n'a jamais paru aussi en forme qu'aujourd'hui !  Peut être parce qu'il semble avoir trouvé bonheur et équilibre dans sa vie… Daan vient tout juste de sortir « The Player », son quatrième opus en solo. Un disque, en effet, pétant de forme, très mélodique, diversifié et inspiré. Le registre électro-pop-rock-dance n'a pas changé mais il semble encore mieux exploré.

C'est vrai que je me sens bien. Je rencontre moins de soucis qu'avant et ma vie privée m'intéresse de plus en plus. C'est sans doute la raison pour laquelle il y a vraiment beaucoup d'énergie et de joie de vivre dans le nouvel album…

« The Player » est un album très accrocheur. As-tu voulu élargir davantage ton audience, après le succès de « Victory » ?

Avant, j'avais un peu une réputation de 'marginal', aux yeux du public. « Victory » a fait évoluer les appréciations dans la mesure où il a beaucoup mieux marché que mes autres albums et cette situation m'a forcément ouvert des portes et octroyé un statut plus relevé. On écoute donc peut être plus facilement mes disques. Ce que j'ai cherché à faire ici : créer un lien entre ma vie personnelle et la musique. Depuis que j'habite Bruxelles, je rencontre plein de monde, je vis plus de moments parfois inattendus. Tout cela m'a beaucoup inspiré et quand j'avais une idée, je la chantais sur la boîte à messages de mon GSM. Ce disque c'est donc un peu le contenu de ma boîte, si tu veux.

L'album file un peu dans tous les sens. C'était voulu ?

J'ai toujours travaillé très vite. Je pars dans un trip et il en sort des idées. Après, j'opère un certain tri, mais forcément il y a des tas de couches différentes qui restent. C'est très bien, c'est justement ce dont j'ai besoin. Je ne me flanque pas automatiquement derrière un instrument pour écrire une chanson ; je laisse libre cours à mon inspiration. J'ai besoin de ces conditions un peu chaotiques.

Le disque est aussi ton plus fort sur le plan simplement mélodique. Y as-tu apporté une attention particulière ?

Une approche assez binaire, en somme : laissons les belles choses être belles. J'ai simplifié mon jeu mais sans méthode scientifique, juste à l'esprit !

Ton clip tourné à Berlin ?

Juste une idée un peu folle. Ce sont souvent les meilleures !

Sur « The Player », tu chantes aussi en français (« Le Vaurien ») et en allemand (« Adrenaline »)!

Oui, c'est un peu inattendu aussi. Mais je trouve que le résultat sonne bien. Alors pourquoi pas ? Mes proches ont été un peu surpris. Le ton général de l'album pas du tout, par contre. D'ailleurs, il y recèle beaucoup de références qu'ils ont comprises tout de suite !

Le Daan 2006 a-t-il des idées expansionnistes ? Genre faire le forcing pour marquer le coup à l'étranger ?

Comme tout le monde, je ne dirais pas non. On partira d'ailleurs donner quelques concerts à droite et à gauche en février/mars prochains. Mais bon, chaque chose en son temps. J'ai vraiment envie de profiter de ce que je vis. Plus que jamais !

Ton approche des concerts évolue ?

Elle se complète, je dirais. Je peux désormais aborder plusieurs formules. En festival, je joue les morceaux les plus dansants ; en salle, je peux introduire plus de nuances et je donne des 'concerts piano' pour m'amuser aussi avec le reste. Chaque pièce a sa place dans le puzzle ! 

 

 

 

 

The Veils

Une voix insaisissable...

Écrit par

En mai 2004, les Veils s'étaient produits à Bruxelles dans le cadre des Nuits du Botanique. Un excellent concert accordé dans le cadre de la sortie d'un tout premier album. Apparemment le leader, Finn Andrews, n'était pas trop satisfait de ses musiciens, puisque dans les semaines qui ont suivi, il les a tous virés. Ce qui lui a valu une image de type difficile, acariâtre et à la limite inabordable. Août dernier, la formation se produisait au Pukkelpop. Sous un tout nouveau line up. Et puis pour y présenter les nouvelles chansons de son second opus, « Nux Vomica ». L'occasion idéale pour un entretien à bâtons rompus. Encore qu'avant de le rencontrer, une certaine appréhension m'avait envahi : cet artiste serait introverti, peu bavard et fort peu intéressant à converser. Comme quoi les clichés ont la dent dure. Parce que Finn est un type fort intéressant. Un peu timide, mais d'une grande gentillesse, extrêmement sensible et surtout profond. Le tout, c'était simplement de poser les bonnes questions…

Le Strychnos nux-vomica est un arbre sempervirent originaire de l'Asie du sud-est. Il pousse dans des habitats ouverts et atteint habituellement la taille d'environ 25 mètres. Son écorce recèle des composés toxiques, dont la brucine. Mais les semences enserrées à l'intérieur des fruits de l'arbre produisent de la strychnine, un alcaloïde extrêmement toxique, dont on se sert en médecine. En homéopathie, ce remède est le plus prescrit de tous, le plus fréquent en raison de la masse de ses symptômes, et surtout parce que les affections qu'il guérit correspondent aux troubles fonctionnels les plus souvent rencontrés en médecine. En particulier, les troubles digestifs et la tension nerveuse. C'est une des médications les plus adaptées aux conditions de vie moderne, stressante et rapide. Avant de commencer notre entretien, je lui montre un tube de granulées de Nux Vomica 5CH. Finn a l'air un peu embarrassé : « En fait, je ne connais pas bien l'homéopathie. Je n'en ai qu'une vague idée. J'ai des amis qui se soignent par cette médecine. Je sais qu'il existe des choses qui marchent. Mais pour moi cela reste un mystère… » Alors pourquoi avoir choisi un tel nom pour son album ? Finn se justifie : « Au départ, c'était le titre d'une chanson. Mais elle collait bien au thème général du disque. Parce que cet arbre symbolise la contradiction : il est à la fois toxique et curatif… » Serions nous donc en présence d'un concept album ? Finn clarifie : « Mon premier album ('The Runnaway Found') était plus conceptuel. Enfin, son écriture. C'est-à-dire que je compose au cours d'une période assez brève. Mais il est vrai que lorsque je m'arrête, l'intervalle de pause est parfois très long. Aussi, on peut attribuer la notion de concept, à la phase assez courte au cours de laquelle j'écris. Même si elle est assez féconde. Maintenant, le terme concept n'est peut être pas le plus judicieux. Il est un peu trop prog à mon goût… » Finn passe autant de temps en Nouvelle-Zélande qu'en Angleterre. A croire qu'il compte deux esprits et deux domiciles. Finn raconte : « Il y a un peu des deux. En fait jusqu'à présent j'ai vécu autant de temps en Angleterre qu'en Nouvelle-Zélande. Et je ne me sens pas plus néo-zélandais qu'anglais. Mais cette situation provoque inévitablement un trouble. Qui s'estompe au fil du temps. Je n'ai pas pour autant une double personnalité… » Mais doit-il fuir aux Antipodes pour écrire ? La réponse fuse : « Pas forcément. Honnêtement, cela pourrait être n'importe où. Mais il est vrai qu'il existe moins de pression de l'autre côté du globe qu'en Grande-Bretagne où rien n'a changé depuis quatre ans. La pression est toujours la même. Evidemment on peut imaginer qu'à cause de cette pression on perd un peu de la qualité esthétique d'un album. Notamment lorsqu'on doit sortir des singles. Mais j'aime ce type de pression. Par contre, il est vrai que lorsque je me trouve en Nouvelle-Zélande, je ne dois pas trop me soucier de l'environnement ni du management. Il y est plus facile de s'isoler… »

‘Nux Vomica’ a été mis en forme par Nick Launey, un producteur notoire dont la carte de visite mentionne des collaborations aussi prestigieuses que Queen, le Jam, XTC, David Byrne, INXS, Silverchair, PIL, Talking Heads, Gang of Four ou Nick Cave. Ce qui méritait quelques explications, vu la carte de visite du personnage : « En fait, lorsque j'étais gosse, je jouais en compagnie de ses enfants. C'est un ami proche de mes parents. Et puis on s'est perdu de vue pendant une bonne dizaine d'années. A l'origine, je n'avais aucune connaissance du monde des studios. C'était très confus en moi-même. A un certain moment, je me suis rendu compte que ce job était trop compliqué pour moi ; et c'est Nick qui m'a mis en contact avec le label Rough Trade. C'est un type fantastique. Il a immédiatement perçu les problèmes que je rencontrais et les solutions qu'il fallait envisager. Son timing est parfait. Sa lecture musicale est extraordinaire. Il a une patience d'ange. Il a développé une véritable philosophie de travail. Ce qui explique pourquoi il est aussi apprécié par les artistes. La vie d'un groupe est faite de hauts et de bas. Certains groupes sont éphémères. Travailler sous sa houlette est sécurisant. Pourtant, il utilise très peu d'overdubs. Privilégie les prises 'live'. L'approche de son travail est à la fois vivante et organique. Il plus intéressé par la performance que par le travail sur un ordinateur. C'est un ingénieur du son incroyable ! »

Finn possède une voix assez particulière. Lors de ses chansons les plus blues, elle épouse parfois le timbre de feus Jeff voire Tim Buckley, son père. On a parfois l'impression qu'elle est hantée par un esprit vaudou. Peut-être celui de la Nouvelle-Orléans… Finn confesse : « Je vis un conflit intérieur avec ma voix. J'e l'ai travaillée pendant trois longues années dans ma chambre avant de la faire écouter à quelqu'un. Elle est très difficile à maîtriser. C'est une préoccupation constante. Une source d'inquiétude. Parfois cette situation me persécute. J'ai toujours peur qu'elle m'abuse. J'essaie de la comprendre et de la maîtriser. Mais elle et toujours imprévisible. Parfois je ne la reconnais même pas moi-même. J'ai toujours aimé les chanteurs qui ont de superbes organes. Des artistes comme Bing Crosby ou George Michael ont une belle voix naturelle, lisse. Ce n'est pas mon cas. Mais je me suis rendu compte que j'avais plutôt intérêt à tirer le meilleur parti de mes capacités plutôt que de me soucier de la sonorité de mes cordes vocales. J'apprécie tout particulièrement des chanteurs comme Van Morrison, Tom Waits, Dylan, Léonard Cohen. Mais ils n'ont pas nécessairement de jolies voix. Van Morrison peut-être davantage aujourd'hui. J'ai mis longtemps pour accepter mon propre timbre… »

Deux chansons du nouvel album parlent des difficultés rencontrées par Finn à l'école, en Angleterre. 'Jesus for the jugular', tout d'abord. « Au cours de mon adolescence, j'ai fréquenté une école chrétienne qui imposait des règles très strictes. Or à la maison, toute la famille - il y avait quatre enfants - baignait au sein d'un univers artistique. A cause de mes parents (NDR : Finn est le fils de Barry Andrews, claviériste d'XTC). Je n'ai pas du tout bien vécu cette expérience. Je pose un regard amer sur cette période et ne la porte pas du tout dans mon cœur… » 'Advice for young mother be', ensuite. A premier abord un clin d'œil aux Shirelles. Ensuite le single qui a bénéficié d'un clip vidéo assez amusant. Mais finalement une remise en cause du système d'éducation. Finn confirme : « Elle est complémentaire à la précédente. Le monde est bien moins malintentionné qu'on veut nous faire croire. Si vous appliquez tout ce que les profs vous racontent à l'école, vous foutez votre vie en l'air. En fait, c'est une chanson légère qui raconte des choses sérieuses… » A ce propos, qu'est ce qui est le plus important pour notre interlocuteur : le succès ou l'intemporalité de ses chansons ? Question difficile… « La première chose, c'est de poursuivre son chemin. Et dans un premier temps récolter du succès. Je ne crache pas dessus. C'est normal. Et puis tu vises le second objectif. Question difficile, en effet. Si vous pensez trop à ce type de question, vous oubliez d'écrire. Le rock compte plus de 60 ans d'existence. Avant de devenir intemporelle, une chanson a peut-être besoin d'un siècle. McCartney n'a toujours pas cessé de chanter. Et à mon avis, il n'est pas prêt de s'arrêter. C'est sa vie… »

En bref, les musiciens des Delays et des Veils sont des amis. Ils ont accompli de longues tournées ensemble, en bus. Il leur arrive de jammer, mais dans le car. Pas de projet à court terme de collaboration. Enfin, pas dans l'immédiat. Peut-être un peu plus tard. Une chose est sûre, ils s'apprécient beaucoup. Signé Elvis Costello, ‘Shipbuilding’ est une des compos préférées de Finn. La version interprétée par Robert Wyatt. Toujours à cause de la voix. Finn a un jour déclaré que la démocratie était faite pour les idiots. Pas de panique, c'était une blague. Il respecte le consensus démocratique ; mais en tant que leader il a le devoir de prendre les décisions finales. Parce qu'il discerne le déroulement des événements. Il a aussi tâté de la peinture. Mais faute de temps, il a abandonné. Ajoutant : « Le résultat n'était pas probant. Et puis j'ai commencé à m'intéresser à la musique dès l'âge de 13 ans. Et à en jouer… » Enfin, Finn envisage-t-il un jour de travailler en compagnie de son père ? Question délicate. « J'ai un peu bossé avec mon paternel. En fait, j'écoute surtout ses conseils. Si nous voulions collaborer ensemble, le projet exigerait une coordination très importante. Et puis non, je crois qu'on n'en a pas trop envie. On se côtoie ; mais on travaille séparément… » 

Merci à Vincent Devos 


Les Hurlements d´Léo

Amour, Haine & Politique...

Écrit par

Double ration pour les fans des Hurlements d'Léo. La formation a sorti ces jours-ci un album studio, "Le Temps Suspendu" ainsi qu'un disque 'live'. Et c'est sous le soleil du Festival Couleur Café que le combo a choisi de présenter au public belge ses deux dernières œuvres. Rencontre avec Laulo Kebous, l'un des deux interprètes du groupe.

3 ans se sont écoulés entre "Ouest Terne" et "Le Temps Suspendu". Qu'est-ce qui a changé entre-temps ?

On s'est posé la question de savoir si on arrêtait ou si on continuait. Finalement on a décidé de poursuivre l'aventure, mais en aménageant nos emplois du temps. Ca commençait à devenir fatiguant d'être toujours sur la route. Désormais, en tournée, on se réserve 10 jours par mois où chacun d'entre nous peut faire ce qu'il veut. Ceux qui ont des projets musicaux parallèles peuvent s'y consacrer et ceux qui ont une famille peuvent également s'en occuper.

L'album s'intitule "Le Temps Suspendu". Le temps est donc une contrainte pour le groupe ?

Exactement. C'est un peu une référence à ce qui s'est passé pendant ces 3 ans, justement.

Comment s'organise désormais le travail à 8 ?

Difficilement, mais de plus en plus sereinement.

Comment décrirais-tu cet album par rapport aux précédents ?

Encore plus éclectique, plus rock aussi, dans le ton et dans la forme.

Il y a également la sortie d'un 'live'. Entre la scène et les expériences studio, qu'est ce qui vous apporte le plus de satisfaction ?

Les deux sont agréables. Ce n'est pas la même joie en fait. En studio, c'est plus long. Tu construis un truc tranquillement avant de le découvrir. Puis, t'as la magie de la technique qu'il n'y a pas du tout en 'live'. Sur scène, c'est de l'énergie, de l'instantané. C'est comme un polaroïd. L'idée du 'live', c'est d'être là où on ne nous attend pas, de faire ce qu'on a à y faire et de surprendre.

Songez-vous à réitérer l'expérience "Un Air Deux Familles" (NDR: album de duos avec Les Ogres de Barback) ?

On va peut-être réitérer l'expérience avant les prochaines élections présidentielles de façon à inciter la jeunesse à aller prendre sa carte d'électeur et voter. Et notamment afin de ne pas voter pour l'extrême droite ou Sarkozy, par exemple.

Et si vous pouviez choisir d'autres artistes que Les Ogres de Barback ?

A premier abord, je dirais Eiffel dont le chanteur est un de nos camarades. Sinon, pourquoi pas L'Enfance Rouge, un groupe franco-italien.

Tu parlais politique. Les Hurlements d'Léo font partie du collectif "Aux Urnes etc." Est-il important que votre public se mobilise et manifeste une conscience politique ?

C'est important car aux dernières élections, il y a beaucoup de gens qui ont pris ce scrutin à la légère. On s'est retrouvé au pied du mur et le résultat a été dur à digérer. Avant les dernières élections, notre motivation était en demi-teinte. Nous nous disions qu'il ne fallait pas trop casser les couilles aux gens avec ces problèmes là. Désormais, on compose des chansons qui ont une essence et une conscience politique.

Vous voulez également donner conscience aux gens que la haine change de visage...

C'est du déguisement. Ils foutent des idées dans la tête des gens pour qu'ils se disent 'Ah mais finalement, ils ont l'air sympathiques!' Même Le Pen aujourd'hui à l'air 'sympathique'. C'est un danger, un poison auquel il faut être très attentif. La droite et toute la clique de l'UMP fait peur en France. C'est également un poison.

Tu sors le premier album de ton projet parallèle, "Kebous". Est-ce qu'il traduit un besoin d'expérimenter autre chose ou de t'évader un peu de l'aventure Hurlements d'Léo ?

T'as entendu parler de ça ? Ce n'est pas vraiment de l'expérimentation. Je suis revenu à un format un peu plus classique, style chanson française, piano-voix. Il y a trois musiciens qui m'accompagnent : mon frangin est au piano, un des mecs de Babylon Circus joue de la clarinette et Sergio Faubert de la guitare électrique. On prend une autre orientation. C'était juste le besoin d'avoir une autre formation à côté, de pouvoir faire autre chose afin de ne pas me sentir prisonnier ou fonctionnaire d'un collectif. Mais Les Hurlements d'Léo, c'est toujours une passion et je m'investis à fond là-dedans.

Tu disais au début de l'interview que vous avez hésité à continuer l'aventure. Est-ce qu'on peut dire aujourd'hui que la vie des Hurlements d'Léo sera encore longue ?

Elle sera longue et même très très longue! Bien plus que tu ne peux l'imaginer. Les Hurlements d'Léo c'est de l'amour mais également de la haine, parfois. Ce sont huit gars prêts à s'aimer et à se taper dessus à un moment donné. Mais c'est ainsi qu'on avance!

Baxter Dury

Baxter s party

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Dans la série fils de… Voici que se profile la progéniture d'une célèbre expression paternelle : " Sex & Drugs & Rock & Roll ". Baxter est le fils de Ian, illustre punk poliomyélitique. Pas de mystère sur le sujet. Reste à décliner l'allocution. Sexe ? Indéniablement, le fils à papa est sexy. " Mais là, je ne me suis plus changé depuis trois jours ", annonce-t-il atténué par une chaleur pesante. Nous étions en plein été, au cœur d'un parc bruxellois, forcément royal. Echappé d'une fête de mariage bien arrosée, Baxter a égaré ses bagages. Toujours déguisé en invité de la mariée, le garçon aborde une barbe naissante et essouffle son inimitable accent cockney sous la canicule ambiante. 'Ma chemise est bousillée par les tâches de vin. En plus, elle pue ! Heureusement que l'attaché de presse m'a filé ce superbe t-shirt (NDR : estampillé du sceau de Sons and Daughters).' Sexy mais dépravé. Drugs ? Pour les accrocs, ce sera difficile : la réponse se fait attendre. Rock'n'Roll ? En 2005, " Floor Show ", son deuxième album, propose une acceptation raffinée de la discipline : une quintessence du rock. Bienvenue pour le spectacle.

Difficile de se trimbaler avec une telle consanguinité, non ?

Avec " Floor Show ", je signe mon second album. Il s'agit donc du deuxième tour de piste de cette question. C'est étrange, car au fil des interviews, je me suis rendu compte que ces interrogations relatives à mon passé familial se sont instituées : c'est devenu une tradition ! Je ne décèle pourtant pas d'importance fondamentale à parler de mon père. En fait, c'est très frustrant de recouvrir le même sujet. Ma tête s'habitue à ressasser la même histoire et ces annales en deviennent familières. Mais malgré ça, je comprends que les gens s'interrogent : il est très difficile d'éviter la question, cette curiosité.

Au risque d'enfoncer le clou, dans vos souvenirs d'enfance, quelle était la principale différence entre votre mère et votre père, mis à part l'aspect biologique ?

Evidemment, l'aspect biologique ! (Rires) Mais le vrai contraste entre mes parents se situe certainement au niveau artistique. Ma mère était presque dingue : une artiste, entièrement vouée à la peinture. Mon père, lui, était davantage tourné vers le bruit, la musique. C'est une différence essentielle. Mais ensemble, ils essayaient d'adopter une politique commune. Et cela pouvait fonctionner, car le rythme de vie de ces deux disciplines est finalement assez similaire.

Quelle est, à tes yeux, la principale différence entre " Len Parrot's Memorial Lift " et ton nouvel album ?

Cette fois, j'ai essayé d'évoluer vers un album aux contours plus pop. Je ne sais pas si c'était nécessairement un but en soi. Mais je pense avoir écouté tellement de musique pop que, soudainement, cela ma balancé dans la tranchée. Pourtant, cette pratique m'a toujours effrayé. Quand je composais une chanson résolument pop, je me sentais obligé de la détruire par le son, de la rendre sinistre. A l'origine, je me suis concentré sur l'écriture de véritables 'pop songs'. Au final, cet objectif se retrouve seulement en filigrane de mes chansons. Pour écrire une grande chanson pop, il faut être très malin. Et arriver à écrire une telle chanson n'est pas quelque chose de naturel, c'est une bénédiction ! Je ne connais pas grand monde capable de percer le mystère de la pop. Mais certains peuvent y parvenir, parfois de façon somptueuse.

Mais comment y parvenir ? Pour toi, que doit apporter une chanson pop au public ?

Elle doit transfigurer un caractère, une émotion personnelle et doit être guidée par des paroles qui créent un sens pour l'auditeur. Ce processus doit se faire sans effort. Le public ne peut le comprendre. Il doit juste tomber amoureux des mots qui sortent de la bouche du chanteur. C'est le pouvoir de la mélodie. La relation entre l'auteur d'une chanson pop et son auditoire ? Ce n'est ni une considération ni une expérience : c'est de la confiance, un accomplissement qui ne nécessite aucun effort. A 18 ans, Bob Dylan écrivait déjà des chansons majestueuses. La naissance d'une chanson pop revêt une dimension magique, presque spirituelle.

Ton album parle de gens étranges, drogués. Tes personnages sont complètement déboussolés. Où vas-tu puiser cette inspiration ?

Dans mon isolement le plus profond. Parfois, l'environnement londonien peut devenir très consistant. Certaines personnes ont un mode de vie tellement fou : les gens prennent des drogues, se demandent où ils sont, qui ils sont. Je crois que toutes les grandes villes européennes consomment des drogues. Mais particulièrement à Londres…

Serais-tu amateur de substances psychotiques ?

Evidemment. Il m'arrive parfois d'en prendre. Mais je ne cherche pas à mettre ma vie en danger. Je trouve cette conception là aberrante !

A l'écoute d'une chanson comme " Cocaine man ", on ne peut s'empêcher d'évoquer leur univers… Est-ce que tu aimes la musique du Velvet Undergound ?

J'aime ce groupe... Le rapprochement entre " Cocaine man " et " I'm Waiting for the Man " est possible. J'adore cette chanson. Mais en écrivant " Cocaine Man ", je n'avais aucune intention de m'en inspirer. En fait, chaque artiste a ses propres influences. Quand il commence à composer, à écrire des chansons, il essaie toujours de reproduire le travail d'un autre. Et ceux qui affirment le contraire sont des menteurs ! Cette chanson du Velvet Underground m'a beaucoup marqué, elle me rend heureux. Alors oui, je suis enchanté que vous rapprochiez une de mes chansons du répertoire du Velvet…

A l'écoute de ton disque, on a la sensation que tes chansons baignent dans une brume épaisse. Toutes les émotions traversent ce brouillard sur la pointe des pieds. Avec du recul, n'as-tu jamais songé à écrire des hymnes rock'n'roll écervelés ?

Ah… En fait, tout le temps ! J'ai toujours envie d'écrire des chansons hyper rock'n'roll. Quand tu composes, tu rêves d'évasion. Pour ma part, je devrai me lancer dans un nouveau 'side project' pour me concentrer davantage sur des chansons fortes, simples. Je pense que " Floor Show " est déjà plus rock'n'roll que " Len Parrot's Memorial Lift ". Derrière chacune de mes chansons, il y a un squelette rock'n'roll. Ensuite, c'est plus délicat, car je dois tout réaliser avec une guitare, une voix, etc. Ce n'est pas forcément évident. Souvent, tu as besoin de confiance, d'une attention extérieure pour te concentrer et réaliser ce type de chansons. Mais j'aimerai pouvoir simplifier les choses, les rendre très directes, composer une œuvre 'urgente'.

Tes chansons orneraient parfaitement l'univers cinématographique d'un film de Sofia Coppola (Virgin Suicides, Lost In Translation). T'intéresses-tu au cinéma ?

J'adore cette atmosphère, j'aimerai beaucoup participer à une telle expérience. Malheureusement, je n'ai pas l'impression d'être suffisamment populaire pour faire ce genre de choses... En fait, je n'attends qu'une seule chose : que quelqu'un vienne frapper à ma porte en me demandant de plancher sur son film !

Baxter, si tout devait s'arrêter à cet instant, quels souvenirs conserverais-tu de ta carrière musicale ?

Je recherche les moments clefs de ma carrière, ce n'est pas simple… D'ailleurs, cette question n'a rien de drôle ! Si ma carrière s'arrêtait là, je ne me vois vraiment pas m'établir, me poser derrière un bureau… Je ferai tout pour que ça change, j'en voudrai davantage : toujours plus.

La pochette du nouvel album est très sexy. Etait-ce un rêve d'habiller ton disque d'une femme nue ?

J'aime cette image. Ce n'était pas dans mes rêves, non ! Je perçois davantage cette pochette comme un message artistique. Elle ne montre rien : elle est très saine. Ici, personne ne peut pointer du doigt une vision pornographique… Ce serait complètement ridicule. C'est simplement une peinture et elle n'a rien de décadent.

Et pourquoi pas une bonne photo porno ?

Et bien… (Rires) J'aime la peinture, la beauté des courbes et tout ce qu'une fresque peut dégager. Ce que je veux dire, c'est que je ne recherchais pas forcément le besoin d'afficher une femme nue sur mon disque. Par contre, je ressentais le besoin de l'illustrer d'une œuvre que je trouve belle. Le but de cette pochette s'est donc d'afficher un beau dessin, une peinture originale. Ni plus ni moins. Derrière cette image, il n'y a rien de provocant. Sérieusement, vous trouvez ça choquant ? Cette peinture, c'est mon choix, je l'assume.

Et les autres décisions artistiques te reviennent-elles ? Le choix des singles, par exemple ?

Déjà pour la pochette, les gens de mon label (Rough Trade) aimaient l'idée, la controverse que ce dessin pouvait drainer. J'ai disposé de toute la latitude nécessaire pour réaliser ce deuxième album. En fait, Rough Trade correspond parfaitement à l'idée que je me fais d'une maison de disque. C'est vraiment là que je veux être. Ces gens sont des professionnels, ils ne cherchent jamais à interférer dans ton travail. Pour le choix du single " Lisa Said ", par exemple, nous en avons discuté et pris une décision de commun accord : rien n'est imposé. " Lisa Said ", une chanson étrange… elle ne me semble pas vraiment achevée. En fait, si je l'apprécie, c'est que je la trouve très frustrante. Le second single du disque sera " Francesca's Party ". J'adore également " Dirty Water ", le titre qui clôture le disque. Mais ce ne sera pas un single. Cette chanson est trop barrée !

Dans une de tes chansons, tu parles des " Young Gods ". Est-ce une référence au groupe, aux prémices de la musique industrielle ?

Franchement, pas du tout ! C'est un titre qui évoque l'homme, seul face à ses responsabilités. Un humain qui appose un regard critique sur sa personne, acceptant de reconnaître qu'il n'est plus aussi jeune qu'il ne le prétend. Ce titre est assez particulier. En fait, cette histoire est autobiographique. Vous savez quand on devient parent, la vie n'est plus du tout la même, l'angle devient tout à fait différent. En grandissant, j'ai continué de traîner mes rêves d'enfants. Mais ces rêves n'existent pas vraiment. En règle générale, je constate que les gens n'acceptent pas le changement, n'acceptent pas de regarder les choses en face. Souvent, ils préfèrent fuir une réalité qui leur échappe. " Young Gods " parle donc du changement, d'une prise de conscience, du sens des responsabilités.

Maintenant que tu as le sens des responsabilités, quels sont tes projets d'avenir ?

Sans déconner, j'aimerai vraiment travailler sur la bande originale d'un film. Et puis, enregistrer un très bon album dans les plus courts délais, ce ne serait pas mal non plus. Peut-être que les mélomanes apprécieront déjà " Floor Show ". Mais je veux vraiment parvenir à créer une musique qui dépasse toutes les espérances, un album meilleur encore. Très rapidement. Je veux accélérer le processus.

Jackson & His Computer Band

Electron libre

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Comme tous les genres, la musique électronique évolue. Elle cherche sa voie, entre samples et beats frénétiques. Astucieuse ou vigoureuse, elle tend toujours à imposer son rythme. En France, au début des années 90, la mode électro convoitait les artistes assimilés à la « French touch », mouvement musical abstrait au sein duquel cohabitaient des artistes aux influences éloignées (Air, Daft Punk, Cassius, Stardust, Laurent Garnier, etc.). Quelques années plus tard, le passage au nouveau millénaire a amorcé un renouveau. Désormais la « French Touch » semble bien loin. La boule à facettes a tourné, l'électronique s'est décomplexée, modernisée. Enfant de cette nouvelle vague, Jackson Fourgeaud déconstruit les sons pour mieux les danser. Auteur d'un premier album (« Smash ») revigorant, l'esthète parisien s'est laissé accoster par Warp Records, le plus prestigieux des labels électroniques. Jackson & His Computer Band entraient ainsi dans la transe. Japon, Etats-Unis, Europe, le chemin des dance-floors s'ouvrait à lui, mais non sans mal : Jackson pose son computer et s'explique...  

Comment arrive-t-on à la musique électronique ? Est-ce un ras-le-bol des guitares ou un flux naturel ?

L'esthétique de la musique électronique m'a séduit. Quand ce style musical est apparu, nous n'avions aucun repère. Elle ne ressemblait à rien de connu. C'était une musique de fin du monde, en quelque sorte. Le fait d'être confronté à une musique où les balises n'étaient pas établies me plaisait. Déjà, elle ne me renvoyait pas à mes parents, à leurs goûts personnels. En ce sens, elle constituait une véritable mouvance générationnelle. Il s'agissait d'une véritable remise en question. Je suis né en 1979. Mais jusqu'au déclic 'électronique', je rejetais catégoriquement tous les sons issus d'une boîte à rythmes. Adolescent, je vibrais aux sons des seventies : les Rolling Stones, Pink Floyd, Jimmy Hendrix étaient mes modèles d'alors. A l'époque, le mot 'machine' était synonyme de 'mauvais'. Le jour où je me suis aperçu que l'essence de la musique n'était pas la virtuosité, j'ai changé mon fusil d'épaule. Ma conception des choses devait ainsi changer. J'ai donc rencontré des gens obnubilés par les musiques électroniques. En entendant leurs 'morceaux' pour la première fois, j'ai rigolé, commençant à les mépriser et leur soutenir qu'en moins d'une journée, je leur composerais un titre techno d'anthologie. A la maison, ma mère possédait un petit synthétiseur. Je me suis acharné dessus comme un forcené, fier d'apporter à mes nouveaux amis le fruit d'une journée de dur labeur. On l'a écouté ensemble. Après cette écoute, je suis devenu la risée de mes potes. Ça ne ressemblait à rien. Fâché, je suis rentré chez moi, bien décidé à m'y remettre... A partir de cet instant, j'ai commencé à travailler plus sérieusement, prenant soin de ne louper aucune 'rave party'.

Et comment débarque-t-on chez Warp Records ? Chose plutôt rare, d'ailleurs, pour un artiste français. Quel est le secret pour se faire une place au soleil de l'un des labels les plus influents dans la musique électronique ?

Le label est venu me chercher ! Vous voulez connaître l'histoire ? Au départ, un journaliste anglais a rédigé un article à mon sujet. Ensuite, il a mentionné mon nom auprès des représentants du label... Quelques jours plus tard, je devais recevoir un coup de téléphone et une proposition émanant de chez Warp. Je suis conscient d'être hébergé sur un label de grande qualité. Et force est d'admettre que de nombreux artistes signés chez eux ont eu une influence considérable sur ma musique.

Serais-tu tenté de colporter ta musique par le seul biais d'Internet ?

Je ne pense pas. L'objet physique me plaît : c'est une sorte de totem. Tout le processus de création est immatériel. Mais au final, c'est un objet qui fixe le résultat de ton travail. Ce principe est important. Ensuite, on peut mettre en avant toute une esthétique, une imagerie associée au format album. Par contre, il ne faut pas nier l'impact d'Internet. Le public peut, pour la première fois, établir un lien direct avec l'artiste. Il n'y a plus d'obstacle, plus de logistique entre les musiciens et les mélomanes. Là, c'est clairement une avancée...  De plus, cette évolution met en exergue le point fort de l'industrie du disque : les artistes. Jusqu'à maintenant, les artistes étaient planqués. Grâce aux nouvelles technologies, ils redeviennent les vrais protagonistes de l'industrie musicale. Aujourd'hui, tu peux même dialoguer avec les artistes grâce aux ordinateurs. Internet contribue ainsi à détruire certaines idées reçues. Vu le développement du réseau de l'information, rien n'est acquis : on n'est pas fatalement un musicien alternatif (underground) ou un artiste mainstream. Internet participe à brouiller les frontières. Sur le web, le génie se retrouve partout. Aussi bien dans une musique de stade que dans une musique complexe.

Ton premier album est sorti au milieu de l'année. Mais, auparavant, tu avais déjà lâché quelques singles. Pendant ce temps, le disque tardait à paraître. Comment expliques-tu ces longs délais d'attente ?

Je ne pense pas que je sois quelqu'un de 'désordonné' par nature. Cependant, quelque chose me poussait à évoluer à contre-courant, à défier les codes, les systèmes en place. En appréhendant les événements de cette façon, je me suis retrouvé livré à moi-même. Et un artiste lié à lui-même rencontre de nombreuses difficultés : des impératifs de temps, d'argent, d'organisation, etc. Du coup, mon disque a été livré dans le chaos le plus total. Je ne dormais plus depuis près d'une semaine, sans parvenir à achever cet album. Un de mes amis me payait un studio. Au bout d'un moment, il en a eu assez. Il m'a viré... Essentiellement pour une question de budget. Alors, je me suis promené, mon ordi sous le bras, à la recherche d'amplis : une véritable galère. C'est à moment-là que la maison de disques m'est à nouveau tombée dessus. Elle me pressait vraiment. J'ai encore essayé de les mener en bateau. Mais, après plus de deux ans de bobards, ce n'est plus passé. La maison de disques m'a donc annoncé la date définitive du mastering de l'album...

Et maintenant que l'album est disponible chez les disquaires, es-tu satisfait du résultat ? 

Je suis fier de la réaction des gens par rapport à ce disque. Je sais aussi que je ne pouvais pas en faire davantage. Ou peut-être que si. Mais alors, j'allais finir par me jeter dans la Seine. J'étais en train de devenir fou... Pour mon deuxième album, je ne veux plus me mettre dans ces états. C'est vraiment nul. Avec du recul, je considère cet affreux périple comme une fuite des responsabilités. Je refuse d'être ce mec là toute ma vie ! Dans ma carrière, ce premier album constituera sans doute une étape importante. Pour revenir au disque, j'espère qu'il existe plusieurs niveaux de lecture, que les gens écoutant l'album vivent la musique de façon différente. En espérant, aussi, que certaines personnes apprécient ce disque sans savoir pourquoi.

Quelles sont les étapes nécessaires dans ton processus créatif ?

C'est toujours une question d'équilibre et de contraintes. Peu à peu, j'ai cherché à enlever les contraintes. Il convient alors de trouver le juste équilibre entre ce qu'on a envie de faire et ce qu'on est capable de faire. Il est très difficile de trouver ce juste milieu. Au bout du compte, tout le monde a envie de se mettre devant un ordinateur et de mixer la somme de ses influences musicales. Mais en réalité, c'est moins drôle : après avoir samplé à souhait, on obtient un nouveau morceau. Et on se pose une question essentielle : est-ce qu'il me ressemble ? La mise en forme de mon premier album a été périlleuse : je m'endettais, je perdais mes potes, je ne me faisais plus confiance, etc. Aujourd'hui, tout est rentré dans l'ordre... Ou presque !

La légende raconte que tu as été mannequin... la pochette de ton album est très stylisée. Considères-tu que la musique électronique s'associe forcément à une certaine forme vestimentaire ?

Ah, cette légende ! A 18 ans, j'ai été mannequin pendant 6 mois. Après cet épisode, les gens ont pensé qu'il s'agissait de mon métier. Mais je n'ai jamais été mannequin professionnel. Pour la pochette, c'est une autre histoire. J'écoute énormément de musique, j'adore de nombreux artistes. En règle générale, je me tape de savoir comment s'habille le chanteur d'une chanson que j'apprécie. Par contre, il est incroyable de pouvoir s'identifier à la musique. C'est un phénomène très puissant. Il est certain que j'aimerai trouver un style vestimentaire qui colle à ma musique. Mais aujourd'hui, je n'ai pas l'impression de l'avoir trouvé. Quand la musique te donne envie de changer ta façon de vivre, de t'habiller, c'est qu'elle dégage un truc énorme. J'aime l'implication totale dans la musique.

Ta maman vient poser sa voix sur deux titres de l'album (« Utopia » et « Fast Life »). Alors, comment demande-t-on à sa mère de participer à un projet électro ?

Un jour, elle est venue manger à la maison. J'étais occupé de bosser sur « Utopia ». A la base, je souhaitais inviter une chorale pour chanter sur ce morceau. Je voulais y apporter un beat christique, un relent ecclésiastique, quelque chose de sacré. Dans les années 80, ma mère était chanteuse. Profitant de sa présence, je lui ai demandé de chanter, un peu comme dans une chorale. Et si c'était à refaire ? Je retourne directement dans les bras de ma mère !

The Black Keys

Les ingrédients d'une potion magique

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Ils sont deux. Dan Auerbach pose sa voix derrière le micro et martyrise sa guitare. A ses côtés, Patrick Carney frappe ses fûts avec l'énergie du désespoir. Et, en substance, les Black Keys réinventent le blues par le prisme d'un rock'n'roll primaire et sauvage. En duo, ils font plus de raffut qu'une armée de Panzers mal huilée. Sous ces apparences abruptes, ces deux musiciens libèrent pourtant une musique simple, pure, délivrée de toutes contraintes techniques. Le nouvel album des Black Keys s'intitule « Magic Potion ». Même les druides en redemandent...   

Quand on opère une comparaison entre vos précédents albums et « Magic Potion », on a l'impression qu'un changement s'est opéré sur le son...

C'est difficile à dire. Notre objectif n'était pas de trouver un son différent. Comme toujours, c'est un flux naturel. Il n'y a que nous deux : la batterie de Patrick contre ma guitare. Fidèles à nos habitudes, nous nous sommes installés dans la cave. Nous y avons répété et travaillé pour aboutir à ces nouvelles chansons

D'un point de vue artistique, est-ce contraignant de jouer à deux sur disque et sur scène ?

Nous n'avons jamais perçu notre duo comme une contrainte. Sinon, nous aurions changé de métier ! Mais l'idée de s'entourer d'un troisième ou d'un quatrième musicien ne nous a jamais effleuré l'esprit. Le fait de travailler à deux nous permet de créer un son brutal, spontané.

Vos précédents albums étaient signés sur le label Fat Possum, antre du blues rock. Pour « Magic Potion », votre nouvel album, vous déménagez chez V2 Records.

Nous sommes très contents de travailler avec cette nouvelle équipe. Les choses sont plus simples à gérer. Nous arrivions en fin de contrat chez Fat Possum. En réalité, notre collaboration avec le label V2 n'est effective qu'en Europe. Aux Etats-Unis, c'est le label Nonesuch qui distribue notre disque.

Quelle serait votre définition exacte de « Magic Potion » ?

Cette potion magique est un nouveau départ pour notre humanité. A nos yeux, elle constitue un remède permettant d'annihiler les enfances malheureuses. La potion magique doit venir en aide aux enfants du monde entier, tous les jours, tout le temps. 

L'intitulé de votre nouvel album sous-entend-t-il que vous délivrez une sorte de potion magique musicale ?

Non, notre démarche n'est pas aussi prétentieuse... En réalité, « Magic Potion » trouve son origine dans les paroles d'une de nos nouvelles chansons. Elle est intitulée « Modern Times ».

Les paroles de « Modern Times » résument-elles votre propre conception des temps modernes ?

Oui, particulièrement les temps modernes de notre pays. Nous aimons les Etats-Unis. C'est notre patrie. Cependant, nous sommes convaincus que quelque chose est en train de nous échapper. Nous ne sommes plus d'accord avec l'Amérique actuelle. Sa politique n'a plus de sens. L'administration jette de la poudre aux yeux des électeurs et, dans leurs dos, elle défend des intérêts lucratifs, très éloignés des véritables besoins sociaux. Quand nous quittons le territoire américain, nous partons sur les routes pour jouer des concerts. On se produit partout dans le monde : en Asie, en Europe, etc. Et, loin de notre pays, on se rend compte qu'il ne ressemble pas du tout à notre terre natale, au pays que l'on voudrait aimer.  

Sur « Magic Potion », un de vos morceaux évoque un départ de Babylone (« Goodbye Babylon »). La vision de Babylone varie souvent dans les représentations collectives. Quel est le sens profond de Babylone pour les Black Keys ?

Nous ne défendons pas une vision unique de ce concept. Lors de l'écriture de « Goodbye Babylon », nous songions aux impacts néfastes de l'administration sur notre société. Aujourd'hui, l'Amérique peine à trouver une ligne de conduite crédible. Mais pour revenir à la notion de Babylone, il convient de souligner que ce nom possède différentes significations. Tout dépend de nos auditeurs. C'est à eux de lui donner un sens. Pour une partie du monde, Babylone représente le côté mercantile et déshumanisé d'une société occidentale pervertie. Pour d'autres personnes, cette ville antique symbolise la corruption et la décadence. Pour notre part, nous laissons une liberté d'interprétation à nos auditeurs. C'est mieux ainsi... 

Peut-on considérer « Magic Potion » comme le premier album politiquement engagé de votre carrière ?

« Magic Potion » n'est pas un album politique. Pour la bonne et simple raison que nous n'avions aucune visée politique en commençant à travailler sur ce disque. Les chansons sont venues naturellement, sans aucune arrière-pensée. En ce sens, il ne s'agit pas d'un album politique. 

Quelques semaines avant la sortie officielle de votre nouvel album, vous avez publié un hommage à Junior Kimbrough. Quels sont les mobiles de cette démarche ?

Nous respectons énormément ce monsieur. Nous sommes de grands fans de sa musique. Il est incontestablement un des piliers du blues. Nous nous intéressons à sa musique depuis longtemps. Un jour, nous écoutions ses chansons. On s'est regardé en se disant : 'Bien sûr, on doit rendre hommage à ces magnifiques compositions !' Junior Kimbrough nous a donné l'impulsion nécessaire pour créer, jouer de la musique.  

A la fin de cet hommage, intitulé « Chulahoma », l'auditeur a l'occasion de découvrir une plage sonore cachée. Il s'agit de la voix de la veuve de Junior Kimbrough.  Cette dernière vous félicite... Quelle a été votre réaction en écoutant ce message ?

Nous étions très fiers, vraiment excités. C'est un peu comme un aboutissement. Notre admiration pour Junior Kimbrough est grande. Alors, les compliments de son épouse, c'est quelque chose d'énorme. Ensuite, si nous avons décidé d'enregistrer cette intervention sur le disque, ce n'est pas pour nous prendre la grosse tête. Nous considérons simplement que ce message fait partie d'un ensemble, entièrement dédié à Junior Kimbrough.

Seriez-vous d'accord de dire que vous êtes les rénovateurs du blues ?

Nous ne sommes pas des rénovateurs conscients. Notre démarche ne consiste pas à réinsérer le blues dans un schéma contemporain. On se contente simplement de jouer la musique que nous sommes capables de jouer. D'ailleurs, je pense que notre musique relève davantage du rock'n'roll que du blues !

En juin dernier, vous avez ouvert les concerts de Radiohead sur leur tournée nord-américaine. Comment les fans de Radiohead ont-ils perçu votre musique ?

En entrant sur scène, on ne cherche pas à savoir si notre musique va plaire ou non au public. On se lance, on joue. Nous n'avons jamais eu peur de monter sur scène. Que ce soit devant dix personnes ou des milliers de fans en délire !

Lloyd Cole

L'âge adulte...

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Lorsqu'on évoque Lloyd Cole, on pense immédiatement à ses Commotions. Une formation responsable en 1984, d'un remarquable album intitulé « Rattlesnakes ». Un disque qui ne recèle que des classiques ! La suite de sa carrière ne rencontrera malheureusement plus jamais le même succès, nonobstant la sortie de l'un ou l'autre single d'excellente facture tels que « Brand new friend », « Lost weekend », « No blue skies », « Downtown », « She's a girl and I'm a man » ou encore « Sentimental fool ». Une carrière qu'il va poursuivre essentiellement en solitaire, nonobstant une nouvelle aventure - mais de brève durée - vécue en compagnie des Negatives. Ce qui ne l'empêchera pas de continuer à sortir des disques. Comme cet « Antidepressant », qui vient juste de paraître… Une bonne occasion de rencontrer ce chanteur littéraire à l'humour raffiné…

Lorsque la cote de popularité d'un artiste chute au fil du temps, il a le droit de se poser des questions. Le journaliste aussi. Le tout, c'est d'aborder le chapitre de la manière la plus élégante qui soit. Par exemple, pour Lloyd, en lui demandant si son tout premier album (NDR : « Rattlesnakes ») n'était pas trop parfait… « Trop parfait ? C'est comme si tu me disais que parce qu'une fille est trop belle, je n'ose l'aborder. Ni lui parler. De peur de me voir ramasser une veste. Non franchement, on a eu la chance d'enregistrer une œuvre de cette envergure. Et malgré le recul, je n'y changerai rien. Tu as déjà vu un album qui te rejette ? » En 2004, lors du vingtième anniversaire de l'enregistrement de ce fameux « Rattlesnakes », Lloyd et ses potes s'étaient réunis pour accomplir une tournée en Grande-Bretagne et en Irlande. L'idée d'une reformation ne lui trotterait pas dans la tête ? Et puis surtout celle de l'enregistrement d'un elpee, en leur compagnie ? Lloyd répond : « A cette époque, nous sommes entrés en studio pour immortaliser quelques sessions. Peut-être sortiront-elles un jour. En fait chacun d'entre eux exercent leurs propres activités. Donegan vient de remonter un groupe et il est occupé d'enregistrer. (NDR : c'est un scoop !) Neil et Blair collaborent régulièrement à l'enregistrement de mes chansons. Stephen (NDR : Irwin) n'est plus un musicien full time. Cette réunion était un événement sympa. Mais on n'avait vraiment pas envie de prolonger l'aventure. Merci. » La transition était donc belle pour demander des renseignements complémentaires relatifs à la confection de 'Anti-depressant', son nouvel opus. Ni l'advance cd, ni la bio ne fournissant la moindre indication à ce sujet. « En fait, toutes les infos figureront sur le livret de la pochette officielle. Les sessions d'enregistrement ont commencé en 2000 et se sont achevées mi 2006. La grande majorité a été accomplie dans mon studio en Angleterre. Seul. Les arrangements vocaux ont été ajoutés en fin de parcours. A Bath en Angleterre. Et dans les studios de Mick Glossop, sis au nord de Londres. A Shepherd Bush. De tous nouveaux locaux. Parmi les collaborateurs figurent Neil Clark des Commotions. Il joue de la guitare sur quelques chansons. C'est le personnage le plus notoire qui a participé à la confection de mon disque. Les arrangements de cordes ont été réalisés par un type qui habite à Londres, dans un magasin d'instruments de musique, près de chez moi. Il a fait un super boulot. C'est un certain Peter Boldon qui s'est chargé des parties de basse. Il milite au sein de son propre groupe. Je lui ai proposé de rejoindre ma formation, mais il termine pour l'instant un 3ème cycle d'études à l'université. Et il n'est pas disponible. Dave Derby et Jill Souboule, impliqués il y a encore peu de temps chez les Negatives, assurent les backing vocaux. Et la plupart de ces collaborations se sont opérées par e-mail… » L'enregistrement implique également des éléments électroniques. Une expérimentation que Lloyd avait développée sur un disque d'ambient instrumental, quelques années plus tôt, 'Plastic Wood'. Cette aventure lui aurait donc donné des idées… Lloyd clarifie : « Oui, probablement. J'ai dû m'inspirer quelque peu de ces expérimentations. Mais pas uniquement celles qui figurent sur cet album. Egalement celles qui m'ont permis d'établir une connexion entre musique acoustique et électronique. Exercices que j'avais déjà tentés auparavant… »

Lloyd a intitulé son album 'Anti-depressant'. C'est également le titre d'une des chansons de l'elpee. Se poserait-il des questions sur ce type de médication ? A la fois thérapeutique et addictive. D'autant plus que dans les lyrics, il clame 'Avec cette médecine, je me sens bien…' « En fait, dans cette chanson, je ne parle pas vraiment de dépendance. Elle raconte l'histoire d'un type qui se croit invisible parce que personne ne remarque sa présence. Et cette situation, au départ privilégiée, finit par devenir angoissante… » 'The young idealists' ouvre l'album. Cette compo aurait-elle une signification autobiographique ? D'autant plus qu'un jour, l'artiste a déclaré qu'il aimait l'idée de devenir, un jour, une pop star. Et à une autre occasion que sa motivation était, rétrospectivement, de devenir célèbre. Lloyd réagit : « Ma motivation était de devenir une pop star célèbre et pas seulement de devenir uniquement célèbre. Je voulais me produire sur scène. Enregistrer des disques. Des disques qui seraient appréciés. Pas nécessairement des disques qui récoltent du succès. Appréciés non pas pour l'attrait populaire de mes chansons. Mais je ne voulais pas composer des chansons que les gens n'entendent pas. Ma réponse vous semble étrange ? Le but était de trouver dans la célébrité la motivation d'écrire de meilleures chansons. Mais ce raisonnement n'est pas sain pour un jeune artiste. Aujourd'hui la motivation est différente. Parce que je suis passé à travers des périodes de succès et d'échecs. J'essaie simplement de réussir. Je ne fais pas de corrélation immédiate entre un bon album et un album à succès. Il y a de bons albums qui récoltent du succès et d'autres qui n'en ont pas… » Qui sont ces jeunes idéalistes alors ? « Tu sais, je n'écris pas seulement des chansons pour qu'on y trouve un sens. J'écris des chansons dont les caractéristiques principales reposent sur l'esthétisme. Je dispose parfois de beaucoup d'idées différentes à injecter dans mes chansons. Mais je dois aussi laisser une place pour l'instrumentation. Et c'est l'harmonisation entre les textes et la sonorité des instruments que je recherche. Et pas nécessairement un message. Je cherche à opérer un bon équilibre entre les mots et les sons. Entre le fond et la forme. Pour qu'ils soient agréables à l'oreille. C'est une forme de quête à l'esthétisme. Vous savez, que dans une même chanson des personnes différentes peuvent y trouver des significations différentes. Et c'est ce qui fait la beauté de la musique. J'essaie de concocter une chanson comme on fait une blague. Et il n'est pas étonnant que certaines personnes y perçoivent davantage que ce que je veux exprimer au départ… Vous me parlez d'idéalisme. Mais vous pouvez l'être à 15 ans comme à 75. Ce n'est pas spécifique à la jeunesse. Je l'espère. Je le pense. Le plus bel exemple procède des activistes. Lors des manifestations pacifiques, il y a plus de personnes adultes que de jeunes… » Dans le même ordre d'idées, Lloyd avait également déclaré, dans le passé, qu'il n'avait jamais été un rebelle. Qu'il était simplement un fan des rebelles. Partage-t-il encore la même philosophie aujourd'hui. « J'ai fait cette déclaration ? Alors, il y a bien longtemps. Dans la carrière que je mène, je réalise les albums que j'ai envie de faire. Pour un indépendant comme moi, je ne vois rien de rebelle là-dedans. Même si certains rebelles peuvent réaliser des projets intéressants. Mais la rébellion pour la rébellion, incarnée par un type comme Pete Doherty, est très juvénile. Stupide même. Finalement tu perds ton temps… »

Certaines chansons de « Anti-depressant » rappellent la période postcard d'Aztec Camera. Et je pense tout particulièrement à « Rolodex indicent » et « New York sunshine ». A cause de la sensibilité manifestée par les cordes de la guitare semi-acoustique, jouée en picking. Lloyd a l'air surpris : « Vraiment ? Non, non, pas du tout. Sincèrement je ne vois pas. A l'époque des Commotions, j'étais très branché par ce style de musique. Mais ne me dites pas que cette sensibilité resurgit. Là je suis pris par surprise. C'est une coïncidence…» Deux titres émargent à la country : 'Every song' et 'Travelling night'. Surtout la deuxième. Un peu dans le style de feu Johnny Cash. Lloyd acquiesce : « J'aurais aimé effectivement qu'il la chante. Le tempo est semblable, mais les arrangements sont différents. Et en plus il y a du synthé. Mais absolument. C'est même un compliment. » Plus délicat, 'How wrong can you be ?' me fait plutôt penser à Al Stewart, un folk singer qui avait récolté un certain succès au début des seventies. Lloyd ne semble pas surpris : « En fait, tu n'es pas la première personne qui me fait cette réflexion. Oui, c'est plausible. Non, cette réflexion ne m'embarrasse pas du tout. » Début de cette année Camera Obscura, une formation écossaise à enregistré la chanson 'Lloyd, I'm ready to be heartbroken', en réponse à son hit commis en 1984, 'Are you ready to be heartbroken'. Un hommage ? « Oui, oui, absolument. C'est une bonne chanson. Elle m'enchante. Tout à fait charmant. Il est sympa de se retrouver dans la chanson de quelqu'un d'autre. Ou même de voir l'une de tes compos reprise. L'important, c'est l'intention… » Deux mythes de la musique psychédélique sont décédés cette année : Syd Barrett et Arthur Lee. Quels sentiments éprouve-t-il face à la disparition de ces deux excentriques ? « Je possède des albums de Pink Floyd et de Syd Barrett ; mais je ne les écoute plus guère. Non, Barrett n'est pas une référence pour moi. Arthur Lee, davantage. J'ai même évoqué sa personne dans mes lyrics. Il a composé beaucoup de chansons d'amour. Je n'ai pas grand-chose à ajouter sur le sujet. » Et écoute-t-il encore T Rex et Television aujourd'hui, formations qui lui ont donné l'envie d'embrasser une carrière musicale ? « Lorsque je suis d'humeur, pourquoi pas ? Je m'étais procuré un enregistrement en public de Television, 'Live at the old Waldorf', il y a deux ans. Je viens seulement de l'écouter. Un enregistrement assez amusant. Au début le son n'est pas exceptionnel. Mais au fur et à mesure, il s'améliore et le set finit par devenir excellent. T Rex ? Occasionnellement. Pour l'instant je le fais découvrir à mon fils. » A ses débuts, Lloyd était largement influencé par la littérature, en particulier Norman Mailer et Truman Capote ; ainsi que le cinéma. Qu'en est-il aujourd'hui ? « Je demeure toujours émerveillé par ces écrivains qui rédigent des bouquins. Et je leur voue une grande admiration. Depuis que j'ai eu mes enfants, j'ai beaucoup moins de temps à consacrer au cinéma. En fait, je les accompagne voir des films de leur âge. Du style 'Les pirates des Caraïbes'. Plus de films adultes… »

Lloyd est né en Angleterre. A Buxton, très exactement. En 1961. A l'âge de 20 ans il s'est établi à Glasgow. En 1989, il s'est exilé au nord de New York. Il y a vécu quelques années avant de revenir vivre à Londres avec sa famille. L'interview se déroulant le 12 septembre, soit le lendemain du 5ème anniversaire de la destruction des tours jumelles, je n'ai pu m'empêcher de lui poser la question relative au sentiment éprouvé par les Américains depuis qu'ils ont vécu ce drame : « J'ai observé la réaction de ce peuple en tant que non Américain. Il est divisé sur la question. Il pense que l'Amérique domine le monde d'un point de vue militaire. Et chaque fois utilise son droit de veto en faveur d'Israël. Il faut savoir qu'aux States, la moitié de la population pense le contraire. C'est comme si on vivait dans deux pays différents. A cause de la fracture de la pensée. Malheureusement, je ne vois pas de développement positif là-bas, actuellement. Le problème est qu'il n'y a plus de gauche aux Etats-Unis. Il n'y a plus que la droite et l'extrême droite… »

Merci à Vincent Devos.

Sophia

Les doutes étranges de Robin Proper-Sheppard...

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Robin Proper-Sheppard est un type hyper sympa, fort intéressant, mais particulièrement torturé. Pas toujours très sûr de lui, non plus. Ce qui peut paraître paradoxal, lorsqu'on connaît l'œuvre de feu God Machine, de Sophia et puis la qualité des prestations 'live' que son groupe est capable d'accorder. Après avoir terminé l'enregistrement de son nouvel album, 'Technology won't save us', il craignait la réaction du public et même de la presse. A un tel point que trois semaines avant la sortie officielle du disque, il n'avait toujours rien organisé : ni promo, ni planning de tournée. En fait, c'est à travers les interviews que Robin parvient à dissiper ses doutes et ses incertitudes. Et pourtant, son nouvel opus est tout à fait remarquable. Robin confirme le profil inattendu de sa personnalité…

« Oui, c'est exact. Après avoir sorti cet album, j'étais dans l'incertitude la plus totale. Encore plus que pour les autres. J'étais envahi par le stress et l'anxiété. Et le fait d'en parler avec la presse me rassure. Un ami journaliste m'a un jour confié que dans mes lyrics je m'exprimais beaucoup en noir ou en blanc. Pourtant, rien n'est jamais tout noir ou tout blanc. Je n'avais jamais pensé à ça. En acquérant de la maturité, j'accepte que les choses soient bien plus nuancées… » Encore que dans la chanson 'Pace', il déclare 'Nous ne pouvons changer le monde'. Robin s'explique : « J'ignore si c'est une bonne ou une mauvaise chose. Si on ne peut le changer, il faut l'accepter. A partir du moment où tu acceptes les choses telles qu'elles sont, tu dois t'y faire. Ou alors, il y a moyen d'améliorer les choses. Pourquoi accepter ce qui est perfectible ? Tu vois ce que je veux dire ? En général, je ne suis pas quelqu'un de très positif, mais cette chanson l'est… » Alors, finalement, ce 'Technology won't save us' est un vivier de messages ? Rien que le titre de l'opus y fait penser. Robin réagit : « Je n'en sais trop rien. Beaucoup de gens me le disent. Fondamentalement non. Je ne pense pas que ce que je fais aujourd'hui soit tellement différent. Même si c'est à la fois différent et pas différent (NDR :?!?!?) D'abord, je n'étais pas convaincu encore être capable d'enregistrer un nouvel album. » Oui mais pourquoi la technologie ne peut pas nous sauver ? Robin répond : « Tu connais le récit de cette chanson ? C'est un faits-divers authentique. Un père et un fils travaillaient sur la plage. Puis soudain, le temps a changé. Le vent s'est levé, le brouillard est tombé et la marée est montée. Résultat, ils ne retrouvaient plus leur chemin. Le père disposait d'un portable et a contacté les services de secours qui se trouvaient à une centaine de mètres. Ces derniers entendaient le bruit de la mer dans le récepteur, ils étaient tout proches, mais ils ne parvenaient pas à les localiser. Le gamin était même grimpé sur les épaules de son père. Mais malheureusement, ils se sont noyés. Donc la technologie n'a pas permis de les sauver. Maintenant, il faut comprendre cet événement au sens spirituel. On sait que la technologie épargne, prolonge des vies. Simplifie les procédures. Enfin on l'imagine, car cette forme de simplification les rend aussi plus compliquées. Je veux dire que l'excès de technologie rend les gens plus dépendants, moins intelligents, incapables de réfléchir voire de réagir… »

Cette compo est instrumentale, construite sous la forme d'un crescendo. Comme lors d'une symphonie moderne au cours de laquelle Robin se muerait, en quelque sorte, en chef d'orchestre. En 2001, il avait d'ailleurs réalisé ce type de projet lors des 'Nachten'. Robin précise : « Avec un quatuor à cordes. En fait, il aurait fallu beaucoup plus de musiciens : au moins huit pour les cordes et quatre aux cuivres. Et une tournée plus conséquente. Mais cette expérience était formidable. Je me souviens même que le public avait souhaité un 'happy birthday' à ma fille. Le fait de réaliser un projet et d'être surpris du résultat suscite un sentiment très fort au fond de toi-même. De très positif. Mais je ne sais pas si je serai encore capable d'accomplir un projet pareil dans le futur. Je me vois d'ailleurs difficilement le reproduire. C'est unique en son genre. Un mélange entre l'œuvre, l'auditeur et le compositeur. Trois éléments en même temps. En symbiose… Je rêve vraiment d'incarner un personnage créé de toutes pièces. J'apprécie tout particulièrement m'asseoir et contempler mon œuvre, plutôt que de communiquer en empoignant une guitare et en commençant à chanter. Sortir de moi-même et me regarder. C'est une forme d'autosatisfaction qui me permet d'atteindre l'extase. C'est la musique qui m'aide à transcender mes émotions. Et à cet instant, j'en suis le témoin… Je ne connais pas assez la musique pour jouer au chef d'orchestre ; et d'ailleurs je ne m'habille pas en queue de pie et ne porte pas de nœud papillon. Et pour moi, la baguette, ce serait plutôt le drumkit. Mais cette chanson m'a tellement pris de temps. Et en particulier pour les arrangements de cordes et de cuivres. C'est un processus d'écriture par essai et erreur au cours duquel je me dis, ça c'est trop joyeux, ça c'est trop triste. Il est très long. Mais je voudrais le voir exécuter sur scène. Certaines personnes me demandent si je ne vais pas concocter un disque symphonique ou exclusivement instrumental. Mais mon écriture vient de manière naturelle. Sans forcer. Enfin, je veux dire les mots. Le gros boulot est venu de la phase instrumentale. Or, les mots viennent de la musique et pas l'inverse. C'est la musique qui engendre le texte. Une chanson comme 'Lost' est née tout naturellement. Je n'ai même pas dû me forcer pour l'écrire. Idem pour 'Big city rot'. Mais c'est parfois tellement difficile d'expliquer d'où la muse vient. Et je dois accepter cette situation… »

'Birds' est probablement la chanson la plus sophistiquée du nouvel album. Les arrangements me font même parfois penser à ceux utilisés par Neil Hannon chez Divine Comedy. Robin réagit : « Je ne connais pas The Divine Comedy. Je me souviens du travail nécessité pour les cuivres, lors des sessions d'enregistrements de l'album. Il y avait un type d'harmonie que je souhaitais développer en leur compagnie. Et on s'est parfaitement compris pour le réaliser. Maintenant, j'estime que mon style de songwriting est très simple. Et je ne cherche jamais à en remettre une couche. Cela ne sert à rien. Par rapport aux albums précédents, j'ai eu un mal fou à me remettre à bosser. Je traversais une crise de confiance. Je ne savais pas du tout où j'allais. Mais dès que je suis passé à travers, c'est un peu comme si la nature avait repris ses droits. J'ai fait appel au même type d'instrumentation que lors de l'album précédent. Mais, il est vrai que la genèse de ce disque est assez étrange. Et dans cette étrangeté, je n'étais pas sûr que le public allait s'y retrouver. Je sais que ma réaction peut paraître étonnante lorsqu'on sait que je suis dans le métier depuis une quinzaine d'années. De nombreuses personnes m'ont déclaré que c'était le meilleur album de Sophia, à ce jour. Je le pense. Enfin, je l'espère. C'est vraiment étrange… »

Deux autres plage, 'P1/P2' et 'Lost (she believed in angels)' réverbèrent des sonorités de guitare rappelant les Chameleons et House of Love. Serait-ce une coïncidence ? Robin admet : « Tout à fait d'accord. Mais ce qui est amusant à ce propos, c'est qu'à l'écoute de ces chansons j'étais anxieux parce que je pensais qu'elles semblaient un peu trop destinées au 'stadiums rock'. A cause des grosses guitares. Et j'ai posé la question à mes amis. Ils m'ont rassuré en m'expliquant que ce type de chanson relevait de ma créativité et puis collait bien au groupe. Mais franchement, j'ai beaucoup hésité avant de les inclure sur le disque. » Le dernier de l'opus, 'Theme for the Mary Queen' est encore plus noisy. Depuis God Machine, Robin ne s'était plus autant lâché. Enfin chez Sophia. Car, il a également monté un groupe parallèle : The Ma(r)y Queens (NDR : cherchez l'erreur !) Une formation qui ne lésine pas sur l'électricité. Robin confesse : « A début de cette année, j'ai accompli une tournée acoustique. Et le groupe Vito m'accompagnait pour assurer le supporting act. A la fin du set, on interprétait quelques chansons ensemble. Simplement pour prendre notre pied. Ce type de musique fait partie de mon univers. Elle me sert en quelque sorte de soupape. Quand il y a trop de pression. Et finalement, je me suis dit pourquoi je ne reproduirai pas cela avec Sophia ? Je n'allais quand même pas me renier. Et puis merde après tout, j'ai aussi le droit de prendre mon pied. De faire ce que j'ai envie de faire…» D'ailleurs, Robin écoute toujours du punk issu des sixties. Et en particulier les Electric Prunes ou encore les 13th Floor Elevators. Celui des eighties aussi. Ajoutant : « Il est incroyable que cette musique se régénère tous les 20 ans et refait surface… »

Puisqu'il nous parle de Vito, formation qui a rejoint son label The Flower Shop Recordings, il était intéressant de savoir quels sont les artistes qui figurent aujourd'hui dans son écurie : « Vito, un groupe de Cardiff. Copenhagen. Ils vont faire un break maintenant. En fait, ils doivent récupérer, car il y a deux jours on s'est réuni et ils ont un peu trop carburé (rires). Gamine. Il y a aussi des artistes qui travaillent encore avec moi, mais il n'est pas sûr qu'ils continuent. Mais il y en a d'autres. Dont je tairai les noms. Des trucs épatants. Tu comprends mieux pourquoi, la confection d'un nouvel album de Sophia nécessite autant de temps, maintenant… »

'Twilight at the hotel Moskow' est un autre instrumental. Une assez jolie compo qui n'évoque pas le souvenir d'un voyage en Russie, mais en Serbie. A Belgrade, très exactement. Au cours duquel il avait logé à l'hôtel Moskow. « J'y ai accompli une croisière sur le Danube. C'est une chanson étrange traversée de différents courants : bohème, country, jazz, etc. Mais aussi un mélange d'émotions. Une chanson vraiment représentative d'une manière étrangement abstraite du concept Sophia. »

Merci à Vincent Devos.

 

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