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Abd Al Malik

La main sur le coeur...

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La foule déambulant, ce soir, dans les couloirs du Botanique est un peu plus hétéroclite que de coutume. Des b-boys accompagnés de leurs copines, des intellos curieux et des amateurs de jazz se sont rassemblés pour assister à l'étape belge de la tournée d'Abd Al Malik. Ce Strasbourgeois est le responsable d'un des meilleurs disques sorti cette année : le formidable " Gibraltar ".

L'orangerie est bien remplie pour accueillir les quatre mc's/slammeurs qui ouvrent cette soirée co-organisée par l'association bruxelloise 'Lezarts-Urbains'. Lyrical 44 ouvre le bal en posant ses rimes multilingues (wolof, français, anglais) sur des beats qui rappellent le hip hop hardcore du milieu des années 90, Wu-Tang en tête. Baloji (un des MC's de Starflam) continue avec trois textes slammés dont les thèmes s'articulent autour de son Congo natal, déchiré entre luttes fratricides et malaises postcoloniaux. Meemee & Veence Hanao clôturent cette petite séance slammée. Couple sur scène et à la ville, on ne connaissait guère la jolie Meemee ; mais son compère Vince a déjà été remarqué au sein du prometteur trio Festen. Esprit TTC, un certain second degré pas souvent prisé en hip hop. Le duo slamme avec un bonheur inégal sur les problèmes des couples mixtes " Une moutouf et un flamand ", la famille et les problèmes du quotidien.

Abd Al Malik investit la scène en compagnie de son beatmaker Bilal, qui, tel un membre de Public Enemy, se poste bras croisés derrière ses platines et samplers divers. Ils commencent le set en duo par " Soldat de Plomb ", comptine obsédante et une des meilleures tranches de hip hop entendues depuis bien longtemps. On continue sur « m'effacer », construit autour d'une boucle de Keren Ann et le single radio " 12 septembre ".

Abd Al Malik est décontracté, place quelques pas de danse chaloupés entre quelques rimes acérées et remercie le public à la musulmane, c'est-à-dire la main sur le cœur. Le pianiste Laurent De Wilde fait son entrée pour " La gravité ". L'homme est un jazzman aux oreilles attentives (collaborations en compagnie d'Ernest Ranglin, Eddie Henderson, Lee Konitz, André Ceccarelli) et aussi auteur d'un livre sur Thelonious Monk disponible chez Folio. Le reste des musiciens suit : Julien Charlet à la batterie, Manuel Marches à la contrebasse et Gerard Carrocci aux percus. Une énergie jazz très forte préside à une superbe version de " Gibraltar " mais le ton sait ce faire plus hip hop (" Rentrer chez moi ") ou funk (" Le grand Frère "). Le concert passe vite et bien. Pendant une bonne heure défilent ainsi la quasi-intégralité de l'album. Un artiste d'exception, à ne manquer sous aucun prétexte lors de son prochain passage en Belgique.

 

Abd Al Malik

Gibraltar

Écrit par

Ancien rappeur hardcore au sein de N.A.P., ancien islamiste radical, Abd Al Malik a eu un parcours chaotique qui l’apparente un peu à Kéry James. Sa conversion au soufisme l’a amené à changer sa vision du monde, déjà exposée sur son premier opus solo « Le face à face des cœurs ». Ce deuxième album est une œuvre très ambitieuse qui bénéficie de collaborations multiples et prestigieuses. Renaud Létang (Jamie Lidell, Gonzales, Feist) se charge du mixing. Keren Ann et Mathieu Boogaerts posent leur voix. Bilal compose la plupart des titres en compagnie de l’arrangeur-batteur Régis Ceccarelli. Le pianiste Gérard Jouannest, ancien collaborateur de Jacques Brel, fournit trois compositions. Les castings ronflants ne font généralement pas les grands disques, mais ce « Gibraltar » a tout du futur classique. Empreint de culture hip hop, il transcende le genre car il n’en adopte pas les conventions et les clichés, ni les codes musicaux. Musicalement génial, il touille surtout dans le jazz le plus créatif (« Gibraltar », « les Autres »), les percussions africaines (« Je regarderai pour toi les étoiles »), le funk (« le grand frère »), la chanson française et les ambiances proches des plages mélancoliques de DJ Shadow (« Rentrer chez moi »). Le tout avec très peu de samples et surtout une grande palette musicale qui va des cordes au banjo. Les paroles sont évidemment très importantes mais difficiles à décrire. Avec son flow proche du slam, notre homme se concentre sur des thèmes graves (‘écrits à l’encre rouge de la douleur des blessures de mon histoire’) mais parvient à surprendre et divertir par un sens de la poésie et de la narration jusqu’ici jamais entendu dans le paysage musical français. Un must, comme dirait Bernard.