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Denver ou DNVR ?

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Ben Harper

Croire en un monde meilleur...

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Ben Harper est un artiste très populaire. Pourtant on ne lui connaît guère de hits. Ce qui ne l'empêche pas de se produire à guichets fermés. Son dernier passage à Forest National en est une nouvelle illustration. Tout comme pour celui accordé au Zénith de Lille. Face à un public particulièrement enthousiaste, il s'est livré corps et âme en dispensant un 'retropoprock' largement influencé par le blues, quoique légèrement pigmenté d'un zeste de reggae et de gospel.

Bien rôdé et très pro, le sextet s'est fendu d'un set très varié, dynamique et à l'enthousiasme communicatif. Harper n'en oublie pas pour autant de diffuser un message aussi clair que respectueux : 'we could make a better way to this world with our own two hands'. Un message politique empreint de paix et de la tolérance. La main sur le cœur, Harper veut contribuer à rendre le monde meilleur par sa musique.

Le concert s'est ouvert par un court montage vidéo : l'arrivée du groupe à Lille, la préparation du matériel par les roadies et les séances de répétition des musiciens. Rien qu'en visionnant ces images, le public devenait presque dingue. Dans son style reggae, « Steal my kisses » était la parfaite mise à feu. « Don't take that attitude to your grave » et « With my own two hands » permettait au groupe de trouver la bonne vitesse. Des chansons très profondes, au cours desquelles Harper a sollicité le public. Sa solidarité. Sa participation ! En lui demandant notamment de lever les deux mains au ciel. Amorcé sur un ton acoustique, « Diamonds on the inside » s'est révélé davantage intimiste. L'accent a été ensuite placé sur les compos de son dernier opus, « Both sides of the gun ». Et en particulier le très tendre « Waiting for you » ainsi que le titre maître, un morceau puisant mais traversé d'une touche de soul, au cours duquel son inséparable ami, le bassiste Juan Helson, s'est réservé une bonne part des vocaux. La réputation de Ben Harper à la slide (NDR : une Weissenborn !) n'est pas usurpée. Il l'a réservée à « Ground on down ». Une compo très seventies, hantée par l'esprit de Jimi Hendrix. Plus écrasant, « Black Rain » a permis à Helson d'étaler tout son talent à la basse, dans la meilleure tradition de Les Claypool (Primus). Le set a tellement tenu le public en haleine que l'heure et demie est passée trop vite.

Le groupe a accordé deux rappels. Soit une petite heure de bonus. Harper a d'abord interprété quelques morceaux en solitaire. Sa voix et sa guitare acoustique. Il y a démontré toute sa virtuosité tout au long de chansons intimistes comme « Never leave lonely alone », « There will be a light », « Another lonely day » et « Walk away ». Flanqué de ses Innocent Criminals, il nous a invité à participer à la messe du dimanche, un office célébré par « Where could I go ». Le concert a vécu son apothéose lors de la cover du « Get up Stand Up » de Bob Marley ; mais aussi lorsqu'il a interprété « Burn one down » ainsi que « I believe in a better way », compo amorcée par des sonorités indiennes. Envoûté, le public a repris en chœur cette chanson ultime consacrée à la tolérance.

Les mots manquent pour qualifier ce concert : plus qu'impressionnant, il a frôlé le sublime. Tantôt intimiste, tantôt puissant ou dynamique, il a convaincu les plus sceptiques et ravi l'ensemble du public. Un set de presque deux heures et demie accordé par Ben Harper & The Innocent Criminals qui sera à marquer d'une pierre blanche. Et puis, à l'instar d'un Michael Franti, le message est tellement fort, qu'il nous incite à travailler (in)consciemment à la construction d'un monde meilleur !

Traduction: Hendrik Tant (Adaptation Bernard Dagnies)

Organisation: France Leduc Productions

Ben Harper with Charlie Musselwhite

Un set qui nous a laissé des poussières d’étoiles dans les mirettes

Écrit par

Ben Harper, 48 ans, et Charlie Musselwhite, 74 balais, se produisaient à la Madeleine de Bruxelles, ces 13 et 14 avril. Votre serviteur a été accrédité pour le deuxième jour. Né dans le Delta du Mississippi, Charlie a publié 35 albums. Et Ben, tour à tour flanqué de The Innocent Criminals, The Blind Boys of Alabama ou Relentless Seven, une bonne quinzaine, sans compter ses collaborations. Dont celle que les deux artistes ont entamée en 2013 et qu’ils ont traduite par deux elpees, « Get up », paru il y a quatre ans, et « No Mercy In This Land », en mars dernier. Harmoniciste légendaire, Musselwhite a notamment bossé en compagnie de Bonnie Raitt, The Blind Boys Of Alabama, Tom Waits, INXS et Neil Young. Harper se sert très souvent d’une Weissenborn électrifiée ou pas (NDR : une gratte d’origine hawaïenne), qu’il pose sur les genoux. Mais également d’autres guitares, dont la plupart sont de véritables objets de collection. Particulière, sa technique à la slap slide, caractérisée par un appui sur les cordes à l’aide d’une tige en acier, est héritée des joueurs de blues du Mississippi.

Le duo est soutenu par Jimmy Paxson, aux drums, planté sur une estrade, Jesse Ingalls à la basse et Jason Mozersky, à la seconde gratte. La déco est intimiste. Dès que les musicos débarquent sur le podium, Ben lève les bras au ciel, et salue l’auditoire. Charlie sourit. Il a emmené une valise qui doit contenir au moins une douzaine d’harmos. Il y plonge la main et en extrait un exemplaire. Et déjà les applaudissements fusent. Blues plutôt classique, « When I Go » ouvre le set. Les sonorités des cymbales suggèrent une poursuite exécutée par des alligators. Une voix semble émerger des marais humides du Bayou. Ben troque sa sèche contre une électrique pour « Bad Habits ». Si depuis le début du concert, la paire est assise, elle se lève pour attaquer ce blues classique. Un style au sein duquel le Californien excelle, même si en général, il ne pratique pas un blues pur et dur. En outre, on peut affirmer qu’il a de la présence sur les planches. Il se rassied et attaque « The Blues Overtook Me », à la lap slide, alors que debout, derrière le micro, Charlie signale ‘que le blues est dans la maison ‘. Et il chante. Un rôle qu’il ne se réservera qu’à trois reprises

Tout au long de « I Ride At Dawn », Harper et Charlie opèrent une rencontre subtile entre le Delta du Mississippi et le blues chicagoan. La gratte du premier cité semble hantée à la fois par Robert Johnson, John Lee Hooker et Lightning Hopkins, pendant « Get Up », alors que l’harmo du second, l’est plutôt par Sonny Boy Williamson et Little Walter. Et son souffle enveloppe les riffs bien mélodiques tracés par Ben à la six cordes. Lorsque l’harmonica est mis en exergue, le natif de Calremont prend un peu du recul pour laisser son compère totalement s’exprimer. Le show recèle cependant des moments plus rock, comme « Found The One ». Lors de la ballade instrumentale, « Nothing At All » Harper siège derrière le piano, alors que les interventions à l’harmo de Musselwhite s’intègrent naturellement à l’ensemble. La voix de Ben est empreinte de mélancolie tout au long de la reprise du « When Love Not Enough » de Memphis Minnie et Kansas Joe McCoy. Et le show s’achève par « Levee Breaks ».

Après 10 minutes d’interruption, le team remonte sur l’estrade pour accorder 5 titres. Tout d’abord le burné « The Bottle Wins Again ». Puis, une version du « Yer Blues » des Beatles. Mais surtout « All That Matters Now », que chante Ben a cappella, face à un auditoire silencieux et sous le charme. De quoi en avoir les larmes aux yeux. Un concert de 120 minutes qui nous a laissé des poussières d’étoiles dans les mirettes. Si vous avez encore l’occasion d’assister à un concert de Ben Harper et Charlie Musselwhite, ne manquez pas l’aubaine ; car Charlie n’est plus de première jeunesse… 

(Organisation : Live Nation)

Setlist : « When I Go », « Bad Habits », « The Blues Overtook Me », « Love And Trust », « I Ride At Dawn », « Get Up », « I Don’T Believe A Word To Say », « Movie On », « I'm in I'm Out and I'm Gone », « Nothing At All », « Trust You To Dig My Grave », « Found The One », « I’m Going Home », « Bloodside Out », « When Love Not Enough » (Memphis Minnie & Kansas Joe McCoy cover), « Levee Breacks ».

Rappel : « No Mercy In This Land », « The Bottle Wins Again », « Long Legged Woman », « Yer Blues » (Beatles cover), « All That Matters Now ».

Pour les photos, c’est ici (CréditLéonce Collet)

 

 

 

 

Ben Harper

Aux innocents les mains pleines

Écrit par

Votre serviteur avait assisté, pour la première fois, à un concert de Ben Harper, en 1998. C’était à Torhout (NDR : dans le cadre du festival jumelé Torhout/Werchter). Etonnant que près de 20 ans plus tard, il soit toujours dans le circuit en compagnie de ses vieux comparses, The Innocent Criminals. En 2015, la troupe s’était à nouveau produite à Werchter ; et cette année, elle est repartie en tournée mondiale, un périple baptisé « Call It What It Is », soit le titre du nouvel opus. Il transitait donc par les Hauts-de-France, et plus précisément le Zénith de Lille, ce jeudi 20 octobre. Retour sur un concert très très bien ‘roadé’…

The Jack Moves est prévu en supporting act. Malheureusement, malgré un départ de plus de 2h30 avant le début de sa prestation, je ne suis parvenu à assister qu’aux remerciements adressés par Zee Desmondes et Teddy Powell, à la foule. ‘What a pity !’ Il faut cependant souligner que le concert de Ben Harper a suscité un énorme engouement dans le Nord de la France. Ce qui explique la véritable cohue, autour du Zénith Arena. Le parking est blindé, la fosse pleine à craquer, et les gradins se remplissent à une vitesse vertigineuse.

21h05 les lumières s’éteignent. Le show peut commencer. La foule est déjà survoltée. Les premiers rangs sont carrément compressés contre les barrières. Le personnel de la sécurité est particulièrement à cran. La nervosité, vraiment palpable.

Représentée par une immense cible, le décor est inspiré de l’artwork du long playing « Speak Out-A Bluegrass Tribute ». Un oiseau en bois surplombe un petit meuble ; et un tissu coloré à motifs psychédéliques pend négligemment le long du clavier.

Chapeau vissé sur le crâne, Ben Harper grimpe sur l’estrade. Il est accompagné de ses Innocents Criminals. Il y a une telle ferveur dans les acclamations qu’elles en deviennent impressionnantes. Issu de « Fight For Your Mind », « Oppression », ouvre les hostilités. De quoi ravir l’auditoire. Le concert va alterner les genres, depuis la soul au blues en passant par le rock et le folk, sans oublier le reggae.

Aux percus, Leon Mobley affiche une maîtrise stupéfiante. D’abord sur le plus reggae « Finding Our Way ». Puis lorsqu’il s’autorise un solo en avant-scène pour « Burn One Down ». Mais encore lors d’un trio qu’il partage en compagnie du bassiste Juan Nelson et du gratteur Michael Ward, sur « Don’t Take That Attitude To Your Grave ». Mais en général, ce dernier semble quelque peu absent. Quant à Jason Yates, malgré son look de vieux corsaire, il se révèle plutôt discret. Le musicien qui brille vraiment de mille feux, c’est Juan Nelson. Il épate par sa technique et sa capacité à suivre (ou précéder) Ben Harper. Pendant « Fight For Your Mind/Them Changes », lui et Ben exécutent un long passage instrumental. Aussi, fascinée, la foule l’ovationne pour l’encourager. Après ce morceau, Haper va même plaisanter en déclarant : ‘Je ne peux pas le suivre !’.

Ben Harper est un excellent communicateur. Que ce soit vis-à-vis de ses musiciens que de l’auditoire, qu’il remercie à maintes reprises, parfois la main sur le coeur, comme s’il était submergé par une certaine émotion.

Il tend aussi le micro vers la foule pour l’inviter à chanter sur « Finding Our Way », l’incite à frapper dans les mains en rythme ou à les lever « With My Own Two Hands ». Sous les lumières du Zenith Arena rallumées pour la circonstance, tout le monde s’exécute, des premiers rangs aux derniers gradins du fond de la salle, pour ce long moment de communion.

Outre sa technique remarquable affichée, notamment lorsqu’il se sert de la slide, le Californien Ben Harper possède une excellente voix. Et son interprétation a capella et sans micro d’une partie de « Morning Yearning » a de quoi clouer le public sur place. La performance subjugue, et l’assemblée l’écoute religieusement avant de l’applaudir longuement.

Ben Harper rappellera aussi The Jack Moves sur l’estrade pour interpréter « Under Pressure », en hommage à Freddy Mercury et David Bowie, avant de terminer ces deux heures de concert par un solo acoustique sur « Waiting On An Angel ». Il est alors seul sur les planches face à un auditoire ébahi…

Donc le concert était génial. Pour être honnête, il ne m’a pas totalement convaincu. Pourtant, le son était nickel. Et la technique des musicos, irréprochable. Je vais encore me faire des amis, mais soit… En fait, j’ai eu l’impression d’assister au spectacle d’une véritable machine de guerre. Tous les rouages étaient parfaitement huilés. C’était même digne d’un show permanent à Las Vegas. A aucun moment, je n’ai ressenti une réelle émotion dans ses propos ou ses gestes ; que ce soit le poing levé ou la main sur le cœur. Tout semblait calculé comme dans une production hollywoodienne. Aucune place n’a été laissée à la spontanéité. Même le rappel et les reprises étaient savamment arrangés. Il y a fort à parier que si vous assistez à deux shows de cette tournée, vous retrouverez la même selist, les mêmes clins d’œil adressés au public, les mêmes attitudes censées communiquer des émotions… finalement, il ne changerait peut-être, que de t-shirt…

Quel dommage de voir un tel artiste se laisser bouffer par le système –et il n’est pas le seul– dans l’unique objectif de privilégier la rentabilité ; alors qu’il a le talent pour improviser à travers des jams mémorables… qui le rendraient célèbre… C’est un choix !

Voir aussi la section photos ici

(Org: FLP + Divan Production)

 

Ben Harper

A l’aise dans tous les styles…

Écrit par

La dernière fois que votre serviteur avait assisté à un concert de Ben Harper, c’était en 2014. Au Cirque Royal. L’artiste était accompagné par l’harmoniciste Charlie Musselwhite. Un set qui s’était enfoncé au plus profond du Bayou. Ce soir, le Californien est programmé au Club de Forest National ; la capacité de la salle est donc réduite à plus ou moins 4 000 personnes. Et elle est sold out, car le deuxième balcon a été condamné ; une tenture noire séparant d’ailleurs le poulailler du reste de l’hémicycle.

The Jack Moves assure le supporting act. Comme pour toute la tournée européenne ; un périple baptisé ‘Call It What It Is Tour’. Le premier elpee (NDR: il est éponyme) de ce duo originaire du New Jersey est paru en décembre dernier. Prévu pour 20 heures, le set démarre un quart d’heure plus tôt. Cheveux longs, pantalons à pattes d’éph’ et chaussures à hauts talons, Zee Desmondes s’installe à l’avant du podium. Il se consacre au chant et à la guitare. Il est soutenu par le drummer/producteur Teddy Powell. Mais en ‘live’, le tandem est épaulé par un bassiste (bonnet enfoncé sur le crâne) et un claviériste.

Bien funky/r&b, « Doublin' Down » ouvre le set. La voix de Zee est particulièrement soul. La frappe de Teddy est métronomique. Les interventions des claviers sont discrètes mais efficaces. On se croirait revenu au beau milieu des années 60. Et tout particulièrement au cœur de l’âge d’or de la Motown. Zee se distingue à la gratte tout au long du magistral « All My Love », une compo hantée par Nile Rodgers. Sa voix est alors empreinte d’une grande tendresse. La cover du « A Fool For You » est excellente. Pendant le langoureux « Make Love », des sonorités de clochettes s’élèvent des synthés. De quoi faire tomber en pâmoison le public féminin. Une autre reprise, le « Heavy Love Affair » de Marvin Gaye. Revue et corrigée par la formation, cette version est épatante. Et « We'Re Here Now » clôt cette excellente prestation, un morceau dominé par les synthés, que ce soit à travers les sonorités d’ivoires ou même de cuivres, reproduites par cet instrument. Dommage que le band ne soit pas un peu plus interactif…

Agé aujourd’hui de 47 ans, Ben(jamin Chase) Harper a donc décidé de remonter son premier groupe : The Innocent Criminals. Vingt-cinq ans quand même que le guitariste californien roule sa bosse. Sa musique mêle rock, folk, blues, roots, gospel, funk et reggae. Outre ce combo liminaire, il a également drivé The Blind Boys Of Alabama et Relentless Seven. Ce soir, il a donc décidé d’en revenir aux sources pour défendre son quinzième album, « Call It What It Is ». Son backing group implique le percussionniste Leon Mobley, le claviériste Jason Yates, le bassiste Juan Nelson, le drummer Olivier Charles et enfin le second gratteur Jason Mozersky, qui remplace Michael Ward depuis mai dernier

Les lumières s’éteignent vers 20h50. En arrière-plan, une toile, sur laquelle est représenté le sigle du dernier opus (NDR : une cible de tir au couleurs verte, orange et brune) de Ben Harper & The Innocent Criminals, est tendue. Deux estrades sont érigées sur le podium. L’une est destinée à Leone et l’autre à Olivier. Harper s’installe au centre, face à son micro. Soit debout. Ou assis, quand il y pose sa guitare sur les genoux. Il est coiffé d’un chapeau mou de couleur blanche. « Oppression » (« Fight For Your Mind  ») ouvre le set. La voix est douce, hantée, mais bien maîtrisée. Yates, bandana bleu lui enserrant le front, et le drummer assurent les backing vocals.

Dès « Don't Take That Attitude to Your Grave » (« Welcome to the Cruel World », 1994), Ben passe à la guitare électrique. Le public applaudit chaleureusement. Régulièrement, la main sur le cœur, il remercie la foule. Il signale que c'est un réel plaisir de jouer ce soir devant un tel public. Qui reprend les refrains en chœur. La température grimpe graduellement. Il revient à la semi-acoustique pour « Finding Our Way », un premier extrait du nouvel opus. Si la set list va puiser au sein des 15 long playings de Harper, elle va quand même privilégier le dernier en date. Pendant « In the Colors » (« Lifeline »), des lumières blanches balayent les premiers rangs de la fosse. Et Ben accorde un solo magistral de percus, en fin de parcours. Il cale sa gratte sur les genoux pour attaquer « Shine ». Il transpire de plus en plus. Aussi, il glisse un essuie éponge de couleur noire sous son couvre-chef, avant d’empoigner le micro pour aborder « Morning Yearning » (« Both Sides of the Gun », 2006). La basse compte cinq cordes. Ce n'est pas courant. Tour à tour, Ben caresse ou martyrise les siennes. Les interventions du percussionniste et du bassiste sont impressionnantes. C’est d’ailleurs en compagnie de ce dernier que Ben va opérer un duel de plus de 15 minutes. Son partenaire au banjo. Harper, à la gratte, posée sur les genoux. Une joute endiablée et terriblement excitante, démontrant ainsi que Ben est à l’aise dans tous les styles. Et le concert de s’achever par « How Dark Is Gone ».

« Burn One Down » et « Where Could I Go » sont interprétés lors du premier rappel. Mais également « Under Pressure ». Pour cette cover signée Queen/Bowie, The Jack Moves débarque, au grand complet, sur les planches. Un très grand moment au cours duquel les artistes vont littéralement vider leurs tripes.

Lors du second encore, Ben revient seul. Il s’accompagne à la sèche électrifiée pour nous réserver son « Waiting On An Angel ».

Ce soir, flanqué de ses Innocent Criminals, Ben Harper a accordé un show exceptionnel. De plus de 150 minutes. Aussi, le public a le droit d’être satisfait. Il semble même comblé. Et dans la tête de votre serviteur, résonne l’un ou l’autre refrain, qu’il fredonne secrètement, le cœur empli de joie… et il n’est pas le seul…

(Organisation : Live Nation)

Voir aussi le reportage photos consacré au concert accordé par Ben Harper & The Innocent Criminals, à Lille, ce 20 octobre, ici.

 

 

 

Ben Harper with Charlie Musselwhite

Get up!

Écrit par

Ben Harper a accompli du chemin, depuis qu’il a publié son premier opus, "Welcome to the cruel world", en 1994. Ce chanteur/auteur/compositeur/guitariste californien s’est ainsi forgé une belle notoriété. D’autant plus qu’il est capable, avec bonheur, de changer de style. Aussi bien le rock, le blues, le jazz, que le reggae ou le folk.

Enregistrée en compagnie de Relentless 7, sa dernière œuvre, "Give till it's gone", remontait à 2011. Pour enregistrer son douzième opus, il a reçu le concours du célèbre Charlie Musselwhite. A l’instar des bluesmen authentiques, ce dernier est issu du Mississippi. Né en 1944, il a passé son enfance et son adolescence à Memphis ; ce qui lui a valu le sobriquet de Memphis Charlie. Il y rencontre Elvis Presley et Jerry Lee Lewis. Mais sa passion, c'est le blues ; aussi il émigre à Chicago où les plus grands lui ouvrent les bras : Muddy Waters, Howlin' Wolf et John Lee Hooker, notamment. Fin des sixties, il s'établit en Californie où il vit d’ailleurs toujours aujourd'hui.

Charlie et Ben se connaissent fort bien depuis la fin des 90s ; mais ils n’avaient pas encore eu l’opportunité de concrétiser une collaboration. C’est chose faite. Pour concocter cet elpee passion, Ben est soutenu par ses musiciens de Relentless7, en l’occurrence le bassiste Jesse Ingalls, le guitariste Jason Mozersky et le drummer Jordan Richardson.

"Don't look twice" ouvre la plaque. Une compo acoustique particulièrement fragile. Ben chante d’un timbre très expressif, avant que Charlie ne vienne tapisser l’arrière-plan de ses interventions plaintives. Les autres musicos font leur apparition, à leur tour. Mais soudainement, Musselwhite déchire, lacère même, l’expression sonore. Un véritable coup de rasoir ! Le tempo s'emballe. Le ton monte, les percussions préludent "I'm in I'm out and I'm gone". Les lyrics ne prêtent pas à sourire. Le vieux souffleur brille de mille feux. Caractérisé par ses claquements de mains, "We can't end this way" baigne dans le gospel. A cause des chœurs qui répondent au chant de Ben. Il en profite pour libérer des sonorités écorchées de bottleneck. Une sacrée dose de rock est injectée à la compo "I don't believe a word you say". Proche de Beck à l’époque du Cream, la voix de Harper est puissante. Les riffs sont percutants. Jesse et Jordan triment à la section rythmique. Une formule reproduite sur "Blood side out". Un peu de quiétude envahit le dépouillé "You found another lover", une piste caractérisée par le chant plaintif, les cordes acoustiques et l’harmo discret. Superbe ballade roots blues, "I ride at down" disserte sur les méfaits causés par les guerres successives. La densité du climat est entretenue par la basse. Le chant est superbe. La slide s’infiltre délicatement, tout en douceur. Le titre maître campe un fort bon blues imprimé sur un mid tempo. Les interventions de basse sont remarquables. Charlie souffle parcimonieusement dans sa musique à bouche. Ben se réserve la slide. Ses incursions sont aussi peu démonstratives, mais empreintes d’une grande sensibilité et judicieuses. Eloquent et efficace, "She got kick" est un excellent blues. Une petite perle qui lorgne quelque peu vers Ike Turner. De toute bonne facture, cet elpee s’achève par le tendre et lumineux "All that matters now". Face au piano, à la guitare et à l’harmo de l'ami Charlie, la voix de Ben est divine. Cet opus est dédié à Solomon Burke et John Lee Hooker. 

 

Ben Harper

Live from the Montreal International Jazz Festival (Cd + Dvd)

Écrit par

Tout semble enfin réussir pour ce jeune auteur/compositeur/guitariste californien. Et le succès est inévitablement au rendez-vous. Le style Harper est le fruit d’une savante fusion entre divers styles : rock, folk, blues, country et même funk et gospel. Son premier elpee, "Welcome to the cruel world", était déjà paru chez Virgin. Et apparemment, Ben semble fidèle à son label. A moins que ce ne soit l’inverse. Et pour cause, les disques de l’artiste se vendent plutôt bien…

Son premier backing band, c'était les Innocent Criminals. Ensemble, ils vont publier un elpee ‘live’, en 2001 : "Live from Mars". Puis un Dvd, également immortalisé en public : "Live at the Apollo". En 2005. Bénéficiant même du concours des stars du gospel, The Blind Boys of Alabama. Fin 2008, il met un terme à sa collaboration avec ces Innocent Criminals. Il fonde aussitôt Relentless7, dont l’esprit est beaucoup plus rock. La nouvelle formule concocte "White lies for dark times", un elpee studio qui paraît en 2009. Relentless7 réunit un trio et pas un septuor. Outre Ben, il implique le guitariste Jason Mozersky, le bassiste Jess Ingalls et le drummer Jordan Richardson.

Pour mettre en forme cette nouvelle œuvre, Harper a de nouveau fait appel à Danny Kalb. Le répertoire reprend presqu’intégralement le tracklisting de "White lies for dark times". Le concert s’ouvre par "Faster slower disappear come around". Nous sommes projetés plus de quarante années en arrière. On se croirait revenu à l’époque de The Cream. Le timbre vocal est proche de celui de Jack Bruce. Le son est dense et intense. L'attaque est franche. Les musicos n’ont pas besoin de rodage. Et dès qu’il en a l’opportunité, c'est-à-dire très rapidement, Mozersky se déchaîne. Il a la rage aux cordes et est constamment à l’offensive. Pourtant, ces jeunes hommes affichent un look ‘bcbg’ : cheveux coupés courts et tenue décontractée. Autre claque de cet elpee : "Number with no name". Ce titre ouvrait le long playing précédent. Harper est assis. Il tient sa guitare à l'horizontale. Il la martyrise à l’aide d’un slide bar qu'il fait glisser le long des cordes. Son delta blues rock est de haute facture. Jason prend le relais et s’éclate à son tour. Il nous entraîne au cœur d’un voyage psychédélique. L’intensité est à son paroxysme. Relentless7 nous a pris à la gorge et n'est pas prêt de relâcher son étreinte. "Shimmer & shine" est emporté par une dynamique carrément punk. Une sauvagerie qui renvoie presque les Stooges d'Iggy Pop chez les enfants de chœur. Quoique un rien plus mélodique, "Lay there & hate me" demeure aussi vivifiant. La voix soul, claire de Harper est splendide. Les guitares sont toujours susceptibles de rugir. A l’instar de "Why must you always dress in black", une compo qui semble issue des collines du Nord du Mississippi. Les cordes rappliquent au grand galop. Elles sont bientôt suivies par celles, plus épaisses, de la basse de Jess, qui mettent le nez à la fenêtre. Ben laisse hurler la slide. Le son est métallique comme ce n’est pas possible. Elle agonise, mais ne meurt jamais. Le "Red house" de Jimi Hendrix constitue la première reprise. Un blues lent très électrique, au sein duquel il inocule énormément de vibrations. Une leçon d'efficacité à la slide. Enfin un moment de répit ; une ballade apaisante intitulée "Another lonely day". Harper susurre ses mots. Tant de douceur est plutôt surprenant, après un tel début de set. Et embraie par le tendre "Skin thin", au cours duquel il s'accompagne à la guitare acoustique à douze cordes. Il chante encore une dernière ballade, "Fly one time". Passionnément. Une superbe compo qui marque le retour des guitares. Les deux gratteurs raniment la flamme sur "Keep it together". Les riffs sont denses et puissants, mais le tempo est lent, autorisant des périodes d’accalmie. Il est vrai que cette plage s’étale sur près de 12’. "Boots like these" lorgne vers le Led Zeppelin, mais la voix de Harper est radicalement différente de celle de Robert Plant. La deuxième reprise est consacrée à "Under pressure" du Queen de Freddy Mercury. Un titre sur lequel, Ben réalise une nouvelle performance vocale. Le concert s’achève par l’excellent "Up to you now". Nombreux et enthousiaste, le public sollicite un rappel. Pour gouverne, nous sommes le 12 août 2009. Dans le cadre de la trentième édition du Montreal Jazz Festival. Il aura droit d’abord à une ballade empreinte de délicatesse : "Faithfully remain". Puis à une longue version de "Serve your soul", un titre qui figurait sur "Both sides of the gun". Imprimé sur un mid tempo, ce blues rocker est le théâtre d’une nouvelle orgie de cordes ; Mozersky y brille de mille feux avant de laisser sa gratte émettre ses derniers cris. Cet excellent concert tient en haleine pendant plus d'une heure et demie.

Et le Dvd est la réplique du Cd. Il est cependant enrichi de deux bonus tracks : "Skin thin" et "Fly one time".

 

Ben Harper

White lies for dark times

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Ben Harper aime le chiffre 7. Il vient d’ailleurs de baptiser sa nouvelle formation Relentless7. Et sur la pochette de ce nouvel opus, le chiffre 7 est bien en évidence. Sur la face d’un dé ! Un disque pas trop surprenant, si on connaît la discographie de l’Américain, mais néanmoins différent du précédent elpee, "Lifeline". Les Innoncent Criminals ont donc cédé le relais à Relentless7. Un combo au sein duquel on retrouve Jason Mozerski, un gratteur qui avait participé à la confection de "Both sides of a gun", réalisé quelques années plus tôt. Le line up implique le bassiste Jess Ingalla et le drummer Jordan Richardson, des musiciens qui relèvent d’Olivier Future, une formation indie isue de L.A.

L’entrée en matière est un service gagnant. Un rock bluesy percutant et autoritaire intitulé "Number with no name". "Up to you now" baigne au sein d’un univers sonore proche de la quintessence de U2. Délicatement ciselée, cette plage met en exergue la voix angélique et impressionnante de Harper face à l'ensemble des cordes et aux percussions offensives de Jordan. "Shimmer & shine" s'ébroue sur une rythmique agressive, presque punk. Bien que ce titre sauvage dévaste tout sur son passage, on y décèle, paradoxalement, une subtilité instrumentale bien évidente. Une attaque féroce ronge "Why must you always dress in black", une compo au cours de laquelle la slide de Ben est bien aventureuse. Ballade soul, "Lay there & hate me" est mise à feu par les sonorités synthétiques et nous invite à danser. Les claviers sont très présents, mais la guitare est empreinte d’une grande sensibilité. Les premières notes d’"Up to you know" baignent dans la tendresse et la quiétude. Faut dire que Mr Harper pince délicatement les douze cordes acoustiques de sa gratte ; mais dès que l’amplification est rebranchée, un nouveau périple est proposé. Une douceur certaine a envahi "Fly one time" ; mais piqué par on ne sait quel insecte céleste, le quartet s’autorise une envolée dans l’audace, l’imagination et l’effervescence. Un riff rythmique puissant et bien carré introduit "Keep it together". Mozerski écrase ses pédales tandis que la voix s'envole ; une voix bien maîtrisée, mais contaminée par un zeste d'agressivité. Trempée dans le hard rock, cette compo témoigne de leur capacité à assimiler les sonorités d'antan. Les échange s’opèrent sur le fil du rasoir et libèrent une intensité surprenante. Les musiciens semblent prendre leur pied. L’esprit de Ben s’est complètement égaré sur "Boots like these". Il a emprunté le Bo Diddley beat. Totalement déjantée, la guitare sature l’espace sonore. Une fameuse aventure psychédélique ! La poésie naturellement troublante de Ben investit "The word suicide". Une émotion qu’il évacue sur le bouleversant "The word suicide". Derechef, l’interaction entre les guitares délirantes est délectable ; mais traduit le mal-être du chanteur! D’excellente facture, cet elpee s’achève sous une forme plus paisible. Bercé par un ballet de cordes acoustique, "Faithfully remain" est l’occasion pour Ben de clamer sa fidélité. Et pour que votre info soit complète, sachez que cet elpee a été coproduit par Harper et Danny Kalb! 

 

Ben Harper

Lifeline

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Ben Harper jouit d’une des plus jolies voix de la musique populaire contemporaine. D’ailleurs ce toujours jeune Californien court de succès en succès! Il aime la France et souhaitait enregistrer au sein de la capitale hexagonale. C’est désormais chose faite. A l’issue d’une tournée européenne de huit semaines, il est entré, début d'année, dans les Studios Gang à Paris, entouré de ses fidèles Innocent Criminals. Pour la circonstance, il a concocté onze nouvelles compositions qui font suite au remarquable opus "Both sides of a gun".

Des cordes acoustiques balaient "Fight outta you", une chanson douce et intimiste mêlant légèreté et intensité. Un soupçon de funk parfume "In the colors". La voix divine prend en effet ici toutes ses couleurs. Elle est douce, naturelle, expressive et profonde. Et se lance à la poursuite du train solitaire sur "Fool for a lonesome train". Et lorsqu'il élève le ton sur "Needed you tonight", elle conserve toute sa majesté passant de la souffrance intérieure au désir le plus intense, de la douleur à la quiétude apaisante. En interprétant "Having wings", Ben s'envole en jetant un regard introspectif sur son passé. Une formule qu’il réitère sur le mélancolique "Younger than today", une plage au cours de laquelle le désespoir émane des accords du piano de Jason Yates. Il chante pourtant de manière guillerette "Say you will". Un soupçon de joie envahit sa voix alors que les lyrics soulèvent les graves interrogations de Louis XVI et de Marie-Antoinette, face à leur avenir déjà proche de l’échafaud. Deux voix féminines soutiennent Mr Harper. Celle de Rovleta Fraser et Michelle Haynes. Elles demeurent auprès de lui pour attaquer "Put it on me", un R&B solidement rythmé. S’appuyant sur ce tempo implacable, Michael Ward profite de l'occasion pour libérer sa slide. "Heart of matters" est un dernier cri d'amour. Ben chante comme un ange, au centre des chœurs. Assis, seul dans le studio, il laisse épancher son inspiration de l’instant. L'émotion le hante en permanence. Ses cordes acoustiques aux sonorités métalliques soupirent tout au long de "Paris sunrise". On entend distinctement ses doigts qui les caressent. Sa voix envoûtante se retire et nous quitte sur un cri d'amour, celui du titre maître : "Lifeline"…

Ben Harper

Both sides of the gun

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Benjamin Chase Harper est né en Californie. A Claremont. En 1969. Au fil du temps, ce chanteur guitariste a acquis une notoriété en développant un style très personnel et original, où se mêlent blues, folk, gospel, funk, rock et reggae. Il est parvenu à s'inspirer intelligemment de monstres sacrés tels que Robert Johnson, Jimi Hendrix et Bob Marley, pour n'en citer que trois. Très jeune, ce prodige s’exerce à la guitare acoustique dans l'atelier musical de ses parents. Il dispose alors notamment d’une Weissenborn (NDR : du nom du luthier allemand qui la créa). Il commet son premier album en 1992. En compagnie de Tom Freund : "Pleasure and pain". Un opus qui recèle pas mal de blues dont les classiques "Dust my broom" et "Sweet home Chicago". Lors d'un concert, il impressionne Taj Mahal qui l’invite à tourner quelque temps en sa compagnie. L'année suivante, il fonde les Innocent Criminals. Sous ce line up, paraît un premier elpee en 94, "Welcome to the cruel world", puis "Fight for your mind" en 95, "The will to live" en 97 et "Burn to shine" en 99, une oeuvre entièrement composée par Harper. Il embraie ensuite par un album enregistré en public : "Live from Mars". En 2001. Puis encore par "Diamonds in the inside" en 2003, "There will be a light" en 2004, pour lequel il reçoit le concours des Five Blind Boys of Alabama, un ensemble gospel qui participera encore à la confection d’un autre long playing immortalisé en public : "Live at the Apollo". A Harlem. En 2005.

Double CD, "Both sides of the gun" rencontre en une bonne heure de musique, les deux facettes du personnage : Ben le doux et Ben le dur. Ce qui explique la présence de deux disques différents. Le premier elpee expose la face tendre et délicate de l’artiste. Il s’ouvre par le brillant "Morning yearning". Le ton est à la musique de chambre. A cause de la présence d’un ensemble de cordes, nonobstant le chant de Ben. Ballade précieuse, contagieuse, "Waiting for you" communique sans ambiguïté un message d'amour. Dès que la mélodie pénètre dans votre oreille, elle ne la quitte plus. Posé dans le même écrin, "Picture in a frame" illumine l’œuvre de sa beauté immaculée. Pour la circonstance, les Innocent Criminals sont au grand complet (Michael Ward à la guitare, Jason Yates aux claviers, Juan D. Nelson à la basse, Francis Charles à la batterie et Leon Mobley aux percussions), communiquant à la texture sonore une dimension plus compacte et électrique. La voix de Harper est incontestablement le plus bel instrument de l'ensemble. Expressive, unique en son genre, elle est davantage mise en évidence lorsque l'environnement est dépouillé à l'extrême. A l’instar de "Never leave lonely alone", limité à Ben et la basse de Matt Cory ; ou encore "More than sorry", une compo saturée d’émotion, nonobstant la présence Danny Kalb à la guitare. Ben revient flanqué de son ensemble de cordes pour évoquer l’histoire d’un amour difficile : "Reason to mourn". Il chante divinement cette plage. Son vague à l'âme lui permet d’inoculer une sensation de désespoir à sa guitare amplifiée. Le premier disque s'achève sans jamais perdre de son intérêt.

Dit ‘dur’ ( ?!?!?), le second disque s’ouvre dans un registre totalement différent. On a même parfois l’impression de remonter le temps. Pour y revivre l'époque du "Sgt Pepper" des Beatles. Et « Better way » en est le plus parfait exemple. Un parfum d’Asie méridionale flotte dans l’atmosphère. Les sonorités riches, élégantes, complexes, entretenues par sitar et tablas, nous plongent dans une certaine sérénité. Tout au long de ce morceau, la voix de Harper est réverbérée à l'infini. Elle finit même par se déchaîner pour hurler sa quête du droit chemin. Le tamboura de David Lindley (Kaleidoscope) alimente la fête des percussions. Greg Kurstin s’assied derrière son orgue Hammond B3 pour seconder un Ben soudain passé au funk. Il semble hanté par le diable, lorsqu’il chante le titre maître. La tension est omniprésente. Le ton monte. Les fourmillements commencent à envahir nos doigts de pieds. Harper pousse le volume de son ampli. Les cordes s’alourdissent et épousent un riff plus ‘rollingstonien’ que nature pour célébrer "Engraved invitation". Responsable de toute l’instrumentation et de toutes les parties vocales, l’artiste est à la fête. On s'attend même à voir débouler Mick Jagger au micro! Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Notamment lorsqu’il se risque à l’exercice du disco riche et épais sur "Black rain", à la manière d'un Stevie Wonder des bons jours. Ballade roots, ma foi fort classique à première écoute, "Gather 'round the stone" s’ouvre sous la forme d’une parenthèse. Mais peu à peu, le climat se trouble. La voix semble véhiculer une forme de malédiction. Et la guitare de déferler en emportant tout sur son passage! Harper se mue en rocker lorsqu'il est rejoint par un second gratteur : Jason Mozersky. "Please don't talk about murder while I'm eating" libère une fameuse dose d’agressivité. Les vibrations électriques persistent et signent tout au long de "Get it like you like it". Le riff est dur et épais. Les cordes électriques de Michael Ward et de Mark Ford des Black Crowes crèvent l'écran! Ben saisit sa guitare slide pour nous rassurer. Il n’a pas oublié son blues. Et le démontre à travers "The way you found me". Face à la sobriété de l’accompagnement tout en swing, son bottleneck dévoile une facette sauvage de son jeu. Avant de nous quitter, Harper rappelle Mozersky. L’occasion rêvée de mêler les deux facettes : riff pur et dur, très sudiste, dans sa réalisation et allégresse acoustique, limpidité du toucher en contre-pied. Un superbe album pour cet artiste majeur!

 

 

Ben Harper

Diamonds on the inside

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Ben Harper n'est pas trop branché sur la musique contemporaine. Pas qu'il soit revivaliste (NDR : quoique !), mais plutôt défenseur des valeurs traditionnelles de l'histoire du rock'n roll. Depuis le blues au gospel, en passant par le reggae, le rock, le folk, le métal, la soul, le funk et le jazz. Une attitude qu'il affiche depuis maintenant cinq albums. Pas qu'il soit baba cool (NDR : quoique !), mais plutôt défenseur d'une philosophie prônée au cours des seventies ; c'est à dire l'engagement politique (NDR : à gauche !), la spiritualité (NDR : sous son aspect mystique plutôt que religieux) et l'amour (NDR : sous toutes ses formes, vous vous en doutez !). Pourtant, depuis deux albums, il s'est quelque peu détourné de la politique. Faut dire qu'au States, depuis l'élection de Bush, elle n'est plus l'opium, mais le cancer du peuple. Produit par Ben Harper en personne, " Diamonds on the inside " manifeste un éclectisme particulièrement ample. Il ne néglige ainsi aucun de ses héritages principaux : Bob Marley (" Why my own two hands "), Stevie Wonder (" Brown eyed blues "), George Clinton (Bring the funk ") ou encore Jimi Hendrix (" Temporary remedy "). Revisite le blues grassroots chez " When it's good ", la ballade country rock classique (Eagles ?) sur le titre maître, le rock/blues chargé de groove avec " So high so low " (Mountain ?) ou encore le folk hymnique tout au long de " She's only happy in the sun ", qu'il chante un peu à la manière de Cat Stevens. Mais se prend aussi pour Lenny Kravitz sur le torturé et dense " Touch from your lust " ou aborde le cabaret/music hall sur le " When she believes ", constamment balayé entre orchestrations luxuriantes et un accordéon musette. Plus surprenant, il se penche sur la world, à travers un " Blessed to be a witness ", que n'aurait pas désavoué Peter Gabriel, et puis nous délivre un presque a cappella " Picture of Jesus ", pour lequel il bénéficie du concours de Ladysmith Black Mambazo (NDR : une chanteuse découverte 20 ans plus tôt par Paul Simon), aux backing vocaux. Reste donc à vous faire à l'idée que si Ben Harper est un musicien très talentueux, il n'est décidément pas dans l'air du temps…

 

Ben Harper

Burn to shine

Ben Harper compte, à ce jour, quatre albums à son actif. Un chanteur compositeur guitariste qui possède un timbre vocal dont l'amplitude du falsetto oscille de Jeff Buckley à Cat Stevens. On retrouve, en outre, dans sa musique, la forme cinétique de Jimi Hendrix, la mélancolie baroque de Tom Waits, la sensibilité rythm'n blues de Curtis Mayfield ; et dans ses lyrics, la conscience sociale et politique d'un Bob Marley. Né en 1969, dans une famille de musiciens, Ben a été plongé, dès sa tendre enfance, dans le jazz, le gospel et le blues. Et il n'est pas difficile de s'en rendre compte, à l'écoute de " Suzie blues ", sorte de dixieland des 20's, avec grésillements et tutti quanti à la clef. Sur le titre maître également, fragment imprimé sur un boogie sudiste ; ou encore sur le gospel poisseux " Show me a little shame ". Mais a contrario de ses elpees précédents, Ben abuse ici beaucoup moins de la steel guitar. D'ailleurs, seul " Forgiven " lui est totalement consacrée. Ce qui ne veut pas dire que l'intensité électrique fasse défaut. Que du contraire ! Le métallique " Less ", le chargé de feedback, presque crazyhorsien " Please bleed " et le remarquable " The woman in you " en sont les plus beaux exemples. Cette dernière composition qui s'ébroue sur un tempo vulnérable, languissant, glisse progressivement vers le tumulte zeppelinien ; Ben abandonnant alors ses chuchotements pour épouser des inflexions aussi tempétueuses que celles de Robert Plant. Hormis le folk funkadifié au groove caraïbe, " Steal my kisses ", et " Beloved one ", limité au chant, à la dobro et à la section de cordes, le reste de l'opus affiche une coloration résolument acoustique. Aussi bien le subtil " Alone ", le final rédempteur, " In the lord's arm ", que " Two hands of a prayer ", réminiscence d'un certain " Albatross " de Fleetwood Mac. Un chouette album !

 

Ben Harper

Welcome To The Cruel World

Malgré son look rasta, Ben Harper n'est pas un musicien de reggae. Si Bob Marley symbolise pour lui un mythe, c'est davantage pour son engagement politique que pour sa musique. D'ailleurs Ben est né en Californie, à une cinquantaine de miles de Los Angeles. Tous les membres de sa famille étaient musiciens. Pas étonnant qu'à l'âge de six ans il grattait déjà de la guitare et qu'à douze, il se produisait en public. La guitare est d'ailleurs demeurée sa confidente. Classique, dobro ou slide elle évolue constamment sur un mode acoustique. Ce qui n'empêche pas Ben d'être un grand admirateur de Jimi Hendrix. Mais également de bluesmen célèbres comme Robert Johnson, Ry Cooder ou Taj Mahal, avec lesquels il a déjà joué. Ben Harper est donc un virtuose de la guitare. Mais plutôt que d'étaler sa technique, il met ce talent au service de l'émotion, tirant parti de chaque silence, de chaque espace et de chaque note pour sculpter la mélodie. Et puis au service de ses lyrics, véritable gage de la conscience sociale et politique, qu'il chante d'une voix tendre et versatile. Enfin pour ne pas s'asphyxier dans un carcan folk traditionnel, Ben bénéficie tout au long de ce "Welcome To The Cruel World" d'un accompagnement fondamentalement rock. Guitare électrique exceptée...