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Disiz Peter Punk

Dans le ventre du crocodile

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« Disiz The End » annonçait laconiquement son dernier album, paru en 2009. Sérégine M’Baye tentait de mettre à mort son personnage de Disiz La Peste, catapulté sur le devant de la scène, grâce à son tube « J’pète les plombs » (200 000 albums et 500 000 singles vendus!), un pseudo inspiré du film de Joel Schumacher sorti en 2000, « Chute Libre », mettant en scène Michael Douglas. Le rappeur d’Evry (NDR : c’est en banlieue parisienne) souhaitait explorer de nouveaux horizons sonores et surtout s’éloigner du milieu hermétique du hip-hop hexagonal. Pari risqué lorsqu’on connaît ses antécédents hip-rock (Silmaris, Pleymo, Crazy Town et consorts…) Des voyages accomplis à New-York et en Mauritanie lui ont permis d’élargir ses influences musicales. Si Disiz conserve son flow et ses lyrics bien particuliers, les ambiances, elles, partent dans tous les sens. Tout n’est pas parfait mais certains passages sont irrésistibles.

Après une intro explicite intitulée « Mutations », dont les sonorités africaines sont inspirées du manga Akira, il embraie par le single imparable « Dans le ventre du crocodile ». Caractérisée par sa rythmique technique et festive inspirée du LCD Soundsystem, cette ode à l’enfance est soulignée de textes percutants. « Rien comme les autres » est un véritable morceau rock sur lequel Disiz… chante ! Sa voix est très limite. Et il avoue cette carence, ajoutant avoir d’ailleurs pris des cours. « Yeah Yeah Yeah » et « Jolie Planète » sont moins réussis. A cause de leurs riffs punk/métal un peu gras et trop basiques. Ce qui n’empêche pas l’humour au second degré des lyrics de faire des ravages. « Trans-Mauritania » est interprété en peul (la langue des touaregs). Un chouette morceau dont les références oscillent entre Talking Heads, XTC et Foals. Mais les meilleures compos sont également les plus mélancoliques et balisées par le piano. En particulier « Paradoxe » et « Je t’aime mais je te quitte » (clin d’œil au slogan de la France de Sarkozy). « Dans le ventre du crocodile » est un album inégal mais fort intéressant. Et ma foi, son challenge d’entrer dans l’univers du rock par la grande porte est pratiquement réussi…

Revers de la médaille, Disiz a probablement perdu tout crédit auprès des fans de hip-hop old school. Mais en démontrant qu’il existe une vie après le rap, l’artiste est parvenu à se réinventer un nouveau personnage, unique en son genre, libre de s’exprimer comme il le souhaite, et très susceptible de conquérir un public bien plus large.