Fraîchement signé chez Def Jam France, Dosseh n’a pas attendu longtemps avant de nous livrer son premier projet sous son nouveau label. Le rappeur orléanais profitera-t-il des compétences de la structure ‘Def Jam’ pour enfin connaître un succès plus conséquent que celui rencontré jusqu’à ce jour ? Malgré un talent certain et une mise en avant plus importante, grâce aux apparitions sur les projets de Booba (« Autopsie Vol.3 » et « Lunatic ») ainsi que de multiples collaborations, Dosseh n’a jamais vraiment récolté le succès commercial escompté.
Présenté comme un pré-album avant l’album « Yuri » (prévu pour fin 2015), Perestroïka sonne l’heure de la reconstruction (traduction en russe) pour le rappeur presque trentenaire. Après 10 années d’activité où il nous a livré pas moins de 6 mixtapes, Dosseh sait qu’il est à un tournant significatif de sa carrière. « Perestroïka » en est le plus bel exemple. Dosseh a clairement évolué dans sa manière de rapper. Le premier extrait, « Illuminati », le prouve ; même si le morceau est quand même un peu trop léger, vu la présence d’autotune pour une ouverture de projet. La suite est nettement plus efficace. Les sons plus lourds, la production et les textes révèlent à nouveau un Dosseh plus énervé, plus hardcore sur « Etat de Siège » et « Le Dehors ».
« Scarla » vient brièvement rompre ce rap hardcore. Au cœur d’un son clairement autotuné, Dosseh ne revendique pas du tout son appartenance au gangstérisme, même s’il avoue ne pas faire de l’argent proprement. Il est cependant vite éclipsé par le son le plus attendu de l’album, à savoir « Bouteilles & Glocks », en featuring avec Kaaris sur une prod. de Therapy (producteur attitré de Kaaris). Ce banger répond à l’attente de la collaboration et est sans doute l’un des meilleurs morceaux du projet.
Mais c’est « L’âge de nos actes » qui illustre le mieux la « Perestroïka » (reconstruction) de l’artiste issu du Loiret. Il s’agit d’un texte profond et sincère où l’on sent la prise de conscience du rappeur qui se dit ‘bien trop vieux pour ces conneries’, et qu’il est l’heure pour lui de connaître le succès tant recherché afin de pouvoir en vivre correctement. Des paroles qu’on n’a pas l’habitude de lui prêter.
La deuxième moitié du disque se rapproche à nouveau du côté hardcore du rap. Et notamment sur « Le coup du patron » où Dosseh s’est entouré de Joke (avec qui il avait déjà collaboré sur « Miley ») mais surtout du rookie de l’année, Gradur. Le trio fonctionne assez bien et chaque rappeur place le niveau assez haut, ce qui a permis de classer le titre à la première place sur iTunes avant même la sortie de l’album. On notera également la présence de morceaux comme « Boyscout », assez original sous forme de ‘back’ à chaque phrase, comme une chanson militaire, « Orlins » qui se réfère à sa ville d’Orléans et « Yuri Negrowski » trahissant très clairement les motivations de Dosseh à enfin être reconnu lorsqu’il publiera son premier véritable album, « Yuri ».
« Perestroïka » est sans aucun doute une étape importante dans le processus de reconnaissance de Dosseh par un plus large public. Le talent est indéniable, le projet est sûrement l’un de ses meilleurs. Mais le côté rap de rue est cependant trop omniprésent ; et même si les pistes sont cohérentes et suivent une ligne directrice, on peut, hélas, leur reprocher de trop grandes similitudes. Malgré ces quelques imperfections, Dosseh est néanmoins sur une phase ascendante, plus professionnelle, et on espère qu’il la poursuivra pour « Yuri ».