Difficile de chroniquer cet album sans évoquer le décès de son auteur. Qui se serait suicidé le 21 octobre 2003. Encore que le flou qui entoure les circonstances de sa mort mérite réflexion. Une chose est sûre, à l’écoute de son sixième opus posthume, les fans auront bien le droit de pleurer sa disparition. Car cette plaque est un petit chef d’œuvre. Oh oui, peu de plages sortent du lot. Pour la bonne raison qu’elles semblent former un tout. Et il est nécessaire d’écouter ce disque 4 ou 5 fois avant d’en capturer l’âme. Lors de son enregistrement, Elliott voulait qu’il soit double. Dans l’esprit du double blanc des Beatles. Rob Schnapf (le producteur du « Mellow gold » de Beck et de « XO » de Smith) ainsi que par Joanna Bome (The Minders, Stephen Malkmus & The Jicks) n’ont retenu que 15 fragments pour plus ou moins 56 minutes. Mais si les compos acoustiques évoquent le « White album », les titres électriques lorgnent davantage du côté d’« Abbey road ». Même le sens mélodique est aussi contagieux. Seule différence, mais elle est de taille, les chansons ne parlent ni des petits oiseaux (NDR : même si on entend épisodiquement quelques pépiements), ni des verts pâturages, mais de douleur, d’angoisse, de désir, de mélancolie, de regret, d’amour, de dépendance, de dépression, de solitude et de mort, thèmes qu’il développe avec cynisme et fatalisme, mais surtout un sens de la caricature et de la rime intelligente. Rien que les titres des chansons traduisent ces états d’âmes (« Don’t go down », « The last hour », « Memory lane », etc.) Un étalage d’émotions humaines responsable d’une progression lente et inexorable vers son suicide. Nonobstant ce contenu tragique, l’album parvient à vous bercer dans la mélancolie douce. Dans un style qui peut même parfois faire penser à Radiohead (« Strung out again »), à Mercury Rev (« King’s crossing »), mais avant tout aux Fab Four… L’album de l’année !