Ces deux musiciens peuvent se targuer d’avoir vécu une carrière extraordinaire. Et pour cause, il y a 45 ans qu’ils roulent leur bosse dans l’univers de la pop, du rock et du blues.
Dès ses débuts, Clapton est déjà surnommé le ‘God’ de la guitare. Il a transité par les Yardbirds, les Bluesbreakers de John Mayall avant de fonder le trio Cream. En 66. Trois ans plus tard, il monte Blind Faith, le premier super-groupe dont l’existence sera cependant éphémère. Steve Winwood participe cependant à cette aventure. Clapton embraie ensuite par les projets Delanay & Bonnie, Derek & the Dominoes, avant de finalement se lancer dans une carrière en solitaire. Et avec succès.
Winwood a fait ses premiers pas dans l’univers de la musique, alors qu’il avait à peine 15 ans. Au sein du Spencer Davis Group. Il fonde ensuite Traffic avant de rejoindre Clapton, Ginger Baker et Rick Grech au sein de Blind Faith. A plusieurs reprises, il va tenter de relancer Traffic ; même si sa carrière personnelle peut être considérée comme fructueuse.
Lors d’une des dernières tournées d’Eric et de son band, Winwood est invité à monter sur les planches. Nous sommes alors en février 2008. Une collaboration qu’il va apporter trois soirées consécutives, au Madison Square Garden de New York. Comme les vibrations sont excellentes, les deux musiciens décident de partir ensemble pour un nouveau périple. En 2009. Une aventure qui vient de s’achever en juin dernier. Et d’être immortalisée sur un double compact-disc d’une durée de deux heures. De quoi ravir les aficionados des deux sexagénaires.
Pour la circonstance, Eric et Steve sont épaulés par le bassite Willie Weeks, le claviériste Chris Stainton et le drummer Ian Thomas. Le tracklisting réunit des titres issus du répertoire de Blind Faith, de Traffic ainsi que quelques compos signées JJ Cale et Jimi Hendrix. Les deux stars se sont bien partagé l'affiche! Si fin 69, l’histoire de Blind Faith s’est conclue par un échec, Eric et Steve n'ont pas oublié ce bref épisode. D’ailleurs, ils interprètent quatre des six plages issues du seul et unique album, dont en ouverture, une excellente version de "Had to cry today". Winwood est aux vocaux, alors que Clapton se réserve un premier envol tout en concédant au passage un duel aux cordes en compagnie de son partenaire. Le tandem chante en chœur le "Low down" de JJ Cale. Steve chante vigoureusement le solide "Them changes". Issue de la plume de Buddy Miles, cette plage figurait sur l'elpee du Band of Gypsies de Jimi Hendrix. Clapton est euphorique. Il injecte une certaine agressivité dans sa voix pour attaquer "Forever man", un morceau extrait de son opus "Behind the sun", paru en 1985. "Sleeping in the ground" est un blues concocté par le regretté Sam Myers. Ce fragment figurait au répertoire de Blind Faith. Un titre que le combo avait d’ailleurs joué lors de leur tout premier concert, accordé au London Hyde Park. C’était en juin 1969, devant plus de cent mille personnes. La paire chante le superbe "Presence of the Lord", une compo caractérisée par ses changements de rythmes. Sans doute la meilleure chanson de Blind Faith. Et on a encore droit au "Well all right" de Buddy Holly ainsi qu’à "Can't find my way home".
Winwood a retenu quelques morceaux du répertoire de Traffic, dont l'intéressant instrumental "Glad". Ses accords de piano jazzyfiants pétillent face à l'orgue de Stainton (NDR : un ex-membre du Grease Band de Joe Cocker). Le subtil "Pearly Queen", ensuite. Et enfin, le doux et lent "No face, no name, no number", une chanson qu’il interprète en injectant une fameuse dose d'émotion.
De son côté, Clapton se fend d’une reprise du célèbre slow blues "Double trouble" d'Otis Rush. Son envolée aux cordes est magique. Puis embraie par son succès acquis chez Derek and the Dominoes, "Tell the truth".
Le second cd s’ouvre et se referme par des compositions de JJ Cale : "After midnight" et "Cocaine". Clapton est à la fête! Les deux têtes d'affiche se réservent quelques instants en solitaire. Eric Clapton lors du "Rambling on my mind" de Robert Johnson, qu’il exécute en acoustique. Et Stevie Winwood pour s’attaquer à l'orgue au "Georgia on my mind" de Ray Charles. Le duo n’a pas oublié leur ami disparu, Jimi Hendrix ; et lui rendent un hommage. Tout d’abord à travers une cover très réussie de "Little wing" et puis une version de plus de 16 minutes de "Voodoo Chile". Enfin, Winwood se réserve une de ses meilleures compos, "Dear Mr Fantasy", un morceau au cours duquel il se montre fin gratteur. Ce double album est excellent ; et il démontre toute l’étendue du talent de ces deux artistes qui sont parvenus à traverser plusieurs générations, tout en suscitant le respect…