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Jay Reatard

Watch Me Fall

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Arriéré : drôle d’idée de choisir un tel patronyme ! Pas vraiment de quoi vous donner l’envie d’écouter sa discographie. Impressionnante, pourtant. A moins d’être un grand fan de Priba 2000… Car humour et musique ne font pas toujours bon ménage. Vu les circonstances, j’ai volontairement ‘retardé’ l’écoute de cet album. Or, en me jetant à l’eau, je dois avouer avoir été agréablement surpris. Alors que je m’attendais à devoir me farcir un punk primaire et humoristique, c’est plutôt du côté de la pop hyper mélodique que l’expression sonore baigne. Mais en y injectant quelques accès de punk yankee (NDR : pensez aux Ramones) et de heavy metal inspiré d’Iron Maiden !

Jay Lee Lindsey est un artiste prolifique. Il compte une cinquantaine d’elpees et d’Eps à son actif, alors qu’il n’est âgé que de 28 ans. Mais avant de pouvoir cerner son parcours, une petite parenthèse biographique s’impose. La carrière de Jay débute alors qu’il n’a encore que 15 ans. Fan de Rocket From The Crypt, il décide de composer au retour d’un de leurs concerts auquel il vient d’assister. A tout hasard, il envoie une démo au label Goner Records. Et le boss de l’écurie, Eric Friedl, tombe immédiatement sous le charme de la maquette. Il le signe sur le champ ! Eric fonde ensuite les Reatards, puis s’investit chez The Lost Sounds en compagnie de Rich Crook et Alicja Trout. Le projet commence à l’absorber de plus en plus. Leur musique est même comparée à celle des Screamers. Mais le gang se sépare néanmoins assez rapidement. Une situation pas trop préoccupante, puisque Friedl s’est investi dans une multitude d’autres aventures. Dont The Bad Time, The Final Solution, Shattered Records ou encore Angry Angles. Il n’entame réellement sa carrière solo, sous cet alias ridicule, qu’en 2006. Il enregistre alors l’album « Blood Vision ». Ce qui lui permet d’être remarqué et surtout signé chez le célèbre label indie new-yorkais Matador. La nouvelle écurie de Sonic Youth compile ses singles. Une belle opportunité pour partir en tournée à travers le monde ; un périple qui lui permet ainsi de ciseler son imposant répertoire…

La musique de Reatard se révèle bien plus paisible sur disque. Un fameux contraste par rapport à ses shows. Il a ainsi avoué vouloir rendre ses enregistrements studio plus accessibles, tout en cherchant à conserver l’énergie de ses prestations en ‘live’. « Watch Me Fall » réunit 12 morceaux, dont quelques pépites de pop-punk particulièrement savoureuses. Et je pense tout particulièrement à « Wounded » et « It Ain’t Gonna Save Me ». Un aspect résolument mélodique qui constitue un tournant dans la carrière du natif de Memphis. Dommage que les lyrics soient aussi ésotériques ; parce que suivant les médias anglo-saxons, ils méritent une attention toute particulière…

 

Jay Reatard

Blood Vision

Écrit par

L'ouverture, très punk, assenée par le premier morceau éponyme (« Blood Vision ») donne le ton au projet solo de Jay Reatard (paru sur le label californien In The Red Records). On adhère aisément à cette énergie débordante, directe et spontanée enchaînant les rebonds au fur et à mesure que l’on s’avance dans cette lecture à l’avant-goût fort agréable, notamment sur les morceaux « It’s so Easy » et le sublime « My Shadow ». Jouant sur un tableau dépeint de punk rock garage et de new wave, l’entrée prometteuse et engagée de « Blood Vision » s’enlise ensuite dans de vaines mélodies mielleuses. Pourtant, leur jeu rythmique est dynamique, mais traîne en longueur. Dès lors, les compositions de Reatard s’écoutent, se chantent, se dansent même, mais loin de toute exaltation radicale.

Jay Reatard est sérieusement ancré dans le mouvement punk. Quelques œillades en direction de la durée de ses morceaux, de la prolifération de ses démos et de ses multiples formations parallèles (The Reatards, The Lost Sounds, Final Solutions) suffisent à comprendre l'engagement du bonhomme. Reatard va même jusqu’à créer son propre label (Shattered Records) en compagnie d'Alix, sa compagne, avec laquelle il forme aussi le duo new wave garage Angry Angles. Jay Reatard est un acharné, un de ces workalcoholics fanatiques d’un genre dont il ne démord pas. Longtemps assimilé au groupe The Oblivians (tous deux originaires de Memphis, Tennessee) qu’il copiait de façon notoire, Reatard essaye aujourd'hui de se distinguer, de se façonner un son propre, mélodique, entraînant, dynamique. Malheureusement, l'ingurgitation excessive de ses influences le conduit à affaiblir son propos. Le projet prend alors des airs de covers.

Aucune originalité donc et ce, malgré l’énergie débordante de cet opus aux multiples influences. Pour résumer: un croisement entre les Stooges et Devo, les New York Dolls et les Ramones, et une voix hybride, évoquant l'improbable rencontre entre les timbres de Frank Black et de Gaz Coombes (Supergrass). On regrettera le coté répétitif de cet album, ces morceaux sculptés sur des sonorités redondantes, des couleurs musicales motrices d’un leitmotiv soporifique.