La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

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Marlon Williams

Bouleversant, sur fond de rupture…

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Néo-zélandais, Marlon Williams pratiquerait une forme de country torch folk. En fait, un cocktail entre country, bluegrass et americana. Ce n'est pourtant pas le fils de Hank, même si –en général– il est coiffé d’un chapeau de cow-boy. En 2016, il avait accordé une interview à Musiczine (NDR : à relire ici), après son concert accordé au Huis 123. « Make Way for Love », son deuxième opus, est paru en février 2018. Il fait suite à un éponyme, gravé en 2015 (NDR : chronique à redécouvrir ). Ce soir, ce spécialiste du picking à deux doigts se produit à l’ABClub, et le concert est soldout.

C’est un de ses vieux complices, Delaney Davidson, qui assure le supporting act. Cool, il a ce qu’on appelle communément une bonne bouille. Pas étonnant que le public féminin soit charmé par ce quadragénaire. Et sa voix de crooner n’y est pas non plus étrangère. Il est seul, armé d’une gratte semi-acoustique, et va se servir d’une loop station ainsi que d’un micro américain. Il ouvre le show par « Strange I Know », après avoir fixé les tapotements de la caisse de sa guitare dans son looper pour les traduire en percus. Et manifestement, il est doué pour élaborer ses boucles. Les sonorités de sa gratte sont précieuses ou extrêmes. Il casse une corde lors du show. Pas de quoi le déstabiliser. Transformée par le micro américain, sa voix colle bien à cette musique, ce delta blues qui dévale des montagnes abruptes, escarpées et humides de la Nouvelle-Zélande. Particulièrement communicatif, Delaney nous livre, sans retenue, ses sentiments. Mais c’est lorsqu’il interprète « So Far Away  », un extrait de son nouvel elpee, qu’il va démontrer toute l’étendue de son talent. A revoir, c’est une certitude…

Sur l’estrade, il y a du matos haut de gamme, dont deux grattes semi-acoustiques, une Martin & Co et une Gibson. Elles appartiennent à Marlon Williams, qui débarque seul pour attaquer « Solo » (NDR : titre ad hoc !). Chaussé de baskets, il est vêtu d’un tee-shirt de couleur blanche et d’un pantalon de jogging de teinte bleue. Ce soir, il va nous proposer de larges extraits de son second long playing, « Make Way For Love ». Des compos écrites sur fond de rupture, car sa copine Aldous Harding, l’a quitté avant l’enregistrement de l’opus. Il est ensuite rejoint par un trio batterie/guitare/basse. « Come To Me » est une invitation à l’accompagner dans sa douloureuse introspection sentimentale, un morceau aux sonorités de gratte particulièrement subtiles. Après le blues immaculé « Beautiful Dress », « I Didn't Make A Plan » est troublé par des accords d’ivoires torturés, ténébreux, reflet d’un spleen d’une âme qui pleure. Une fragilité qui n’empêche pas la grâce. Tout au long de l’étrange « The Fire Of Love », on a l’impression de discerner des incantations mi-vaudoues, mi-veloutées. Pendant « Can’t I Call You » (Trad : Est-ce que je peux t’appeler ?), la frappe du drummer ressemble à des détonation d’arme à feu, alors que la ligne de basse est aussi tranchante qu’une lame de rasoir. La voix de Marlon remue les tripes. Il apparaît sous un autre jour, par rapport au premier LP, au cours duquel il n’étalait pas ses tourments amoureux. La mélodie de « What's Chasing You » est solide et accrocheuse, bien soulignée par la superbe voix de l’artiste. Précieuse, c’est en général elle qui crée seule les harmonies. Il ose une chanson signée Aldous, « Nobody Sees Me Like You Do », malgré la séparation. Avant la cover bouleversante du « Carried Away » de Barry Gibb. Marlon siège alors devant les ivoires et s’émerveille face aux aptitudes vocales manifestées par son bassiste. Il y a de quoi, car cette voix est remarquable. Delaney revient sur le podium pour accompagner la troupe pendant deux morceaux, dont un au cours duquel le gratteur va se consacrer au violon. Et en rappel, on aura droit à « Love Is a Terrible Thing » ainsi qu’à une sublime reprise de Screamin’ Jay Hawkins, « Portrait of a Man »…

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

 

 

 

Marlon Williams

Marlon Williams

Écrit par

Marlon Williams a grandi à Lyttelton, une petite ville néo-zélandaise qui compte 3 000 habitants. Sa mère était peintre et son père musicien. Chez lui, les disques de pop anglaise côtoyaient ceux de country ainsi que de musique traditionnelle maori. Dès sa plus tendre enfance, il a donc été plongé dans le bain. Il n'avait pour ainsi dire d'autre choix que d'opter pour une carrière artistique ; et c'est vers la musique que le jeune homme s'est porté. Dès l'âge de 17 ans, alors qu'il est toujours au lycée, il se fait remarquer en militant au sein d’un groupe baptisé The Unfaithful Ways, une formation qui connaît même un certain succès sur l'île. Quelques années plus tard, il forme un duo en compagnie d’un autre songwriter Delaney Davidson. C’est un compatriote. Ce n'est qu'en 2013, alors qu'il revient d'un voyage en Australie qu’il se lance en solo. Deux ans plus tard, à 24 ans seulement, Williams publie son premier opus. Eponyme, il décroche plusieurs prix dans son pays. Ce qui lui permet à Marlon de signer sur le label américain Dead Oceans (Kevin Morby, Phosphorescent, Destroyer), et lui offre une porte d’ouverture sur le Vieux Continent.

Sur ce premier opus solo, on retrouve toutes ses influences. Le long playing s'ouvre par "Hello Miss Lonesome", une ballade country enlevée qui nous entraîne sur les pistes du Far West. Certaines plages nous replongent au cœur des sixties, évoquant tour à tour les Beatles ou Gram Parsons. D’autres reflètent un certain goût pour l’éclectisme, mais tout en puisant ses références au sein d’un univers très spécifique : celui qui a marqué son adolescence. "Dark Child" constitue certainement la meilleure plage de cet LP. Williams chante d’une voix solennelle. Et subtils, les arrangements lorgnent carrément vers Timber Timbre.

Marlon possède un véritable talent de mélodiste. Chaque morceau recèle un certain potentiel. Il n’y manque peut-être encore qu’un peu d’originalité pour passer à la vitesse supérieure. Une chose est sûre, c’est un artiste à suivre...

 

Marlon Williams

Du fingerpicking à deux doigts !

Marlon Williams n'est pas le fils de Hank. Pourtant, il est –en général– coiffé d’un chapeau de cow-boy. Et puis, sa musique baigne dans la country, le bluegrass et l’americana. Néo-zélandais, ce prodige est âgé de 25 ans. Il se produisait pour la première fois, en Belgique. Ce 18 janvier 2016. Au Huis 123 de l’AB. En acoustique. A l’issue du showcase, l’artiste a accepté d’accorder une interview à Musiczine.

Tu portes le même nom de famille que le célèbre musicien américain de country. Tu as des ancêtres communs ?

Oui. Enfin non. Plutôt oui et non. C'est le même patronyme. Ma famille a vécu au Pays de Galles, il y a 300 ans. Je suis sûr que si on retraçait mon arbre généalogique, on trouverait une connexion. Mais honnêtement, je n’en connais pas.

Tu es considéré comme un grand espoir de la musique country. En as-tu conscience ?

J'essaie de ne pas trop penser y penser. Quand tu commences à réfléchir à la place que tu mérites dans la musique, tu perds ta motivation. Il est préférable de te concentrer sur ce que tu composes et joues.

Depuis quand tu en joues ?

Depuis l’âge de 11 ans. Professionnellement, lors de ma dernière année passée au lycée, alors que j'avais 17/18 ans.

Est-il possible d’accomplir une carrière musicale en Nouvelle-Zélande ou est-il indispensable de s’expatrier pour se réaliser ?

Le pays ne compte que 4 millions d'habitants et est tellement loin de tout. Il faut trouver le juste milieu. Tu dois écumer les concerts pour garder la tête au-dessus de l'eau, mais pas trop au risque de saturer le marché. 

Tu viens d’entamer une tournée européenne. Elle est longue ?

Pour ce premier périple européen, il n’y a que quelques dates. Après Londres, je pars aux States. Puis je reviens en accorder trois autres en France. Et en avril, il est prévu une autre tournée sur le Vieux Continent qui transitera pas l’AB Club, le 16 avril, en compagnie d’un véritable groupe. On jouera du bluegrass.

Est-ce la première fois que tu te produis en Europe ?

Non, je suis venu à l’âge de 16 ans, en compagnie d’une chorale catholique. Nous chantions dans les cathédrales. En Europe de l’Est. On a ainsi vu du pays. Oui, c'est ma première tournée solo, en Europe.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Elles sont multiples. J'ai du mal à dire ce qui me pousse à écrire ou jouer. Mais j'aime tellement chanter. Parfois une chanson qui ne me plaît pas est susceptible de m’inspirer. Ou encore un piètre instrumentiste. Tout simplement en réfléchissant à ce que je déteste. Il ne faut pas nécessairement écouter une musique de qualité pour détecter ce qu'on aime. En fait, il m'arrive de composer des chansons en m’inspirant d'autres que je n'apprécie pas, et je les adapte.

Quel est l’artiste ou le groupe qui t’a incité à te lancer dans la musique ?

Probablement les Beatles. Je suppose ne pas être le seul à le reconnaître, mais difficile d’imaginer un autre choix. J’ai baigné dans leur musique avant de trouver ma propre voie…

As-tu déjà pratiqué le rugby ?

Non, jamais.

Es-tu fan des All Blacks ?

Bien sûr, j'adore les regarder jouer.

Pourrais-tu réaliser une version du ‘haka’ en mode country ?

(Gros rires) Une version country du ‘haka’ ? Non je ne pense pas. Je n’ai d’ailleurs jamais tenté l’expérience.

Que penses-tu de Willy Moon et Pokey Lafarge, deux de tes compatriotes ?

Je ne connais pas personnellement Willy Moon, mais j’en ai déjà entendu parler. Il s’est établi à Londres depuis un bon bout de temps. Il n’est pas très connu en Nouvelle-Zélande, car il ne s’y est guère produit. Par contre, j’ai rencontré Pokey, à plusieurs reprises. Il a tourné avec ma copine dans mon pays et je l’ai croisé dans le cadre d’un festival à Winnipeg où on s’est bien amusés.

Tu as repris le « Silent Passage » de Bob Carpenter. Une raison ?  

J'ai découvert son album éponyme, il y a plus ou moins 4 ans. Il est conceptuel et te permet de te situer sur la carte musicale. La chanson a fortement influencé Midlake ; et perso, elle m’a carrément envoûtée. A cause de la manière dont elle a été enregistrée. De la voix. Des chœurs (NDR : ils sont assurés par Emmylou Harris et Anne Murray). Il fallait que je l’enregistre ; et si j’avais pu, j’aurais repris tous les morceaux de cette œuvre. Par simple plaisir personnel.

D'ou te viens cette technique du fingerpicking à l’aide de 2 doigts ?

C'est une bonne question. Par manque de capacité ou par paresse, peut-être. Avant de gratter de la guitare, j'écoutais du vieux blues. Tout en l’écoutant, j'essayais de retrouver l’air en me servant de deux doigts. Il y a 2 ou 3 ans, j’ai tenté d’en ajouter un troisième ; mais je ne suis pas parvenu à l’utiliser correctement. Ca n’a pas marché. J’aime la façon dont la ligne de basse tourne autour des sonorités de cordes. Tu as la mélodie et la basse s'inverse et tu commences à jouer la cinquième à la place de la première… C’est ainsi que cette technique est née !