La nation fantôme de The Besnard Lakes…

Le septième opus de Besnard Lakes, « The Besnard Lakes Are the Ghost Nation », paraîtra ce 10 octobre, confirmant ainsi son statut de l'un des groupes les plus constants de ces 20 dernières années, dont la vision et la qualité sont difficilement égalables…

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Mina Tindle

Sister

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Mieux connue sous le pseudonyme Mina Tindle, Pauline de Lassus Saint-Geniès est (vu son nom de famille, il fallait s’en douter !) française. Parisienne très exactement. Après avoir fait ses premiers pas sur les planches, elle s’exile à New-York, le temps de suivre un stage de fin d'études. A Brooklyn, elle découvre la scène locale et commence à se produire en concert. Elle revient ensuite au bercail ; et en 2017 publie son premier single, « The Kingdom » …

Après avoir gravé un premier elpee en 2012 (« Taranta »), un deuxième en 2014 (Parades), elle nous propose son troisième, « Sister ». Un disque paru sur 37d03d, label fondé par Justin Vernon and Aaron & Bryce Dessner, qui héberge notamment Bonny Light Horseman.

Pour enregistrer cet elpee, elle a d’ailleurs reçu le concours de Bryce, un des deux guitaristes de The National, mais également Thomas Bartlett. Sans oublier Sufjan Stevens, pour un duo qu’il échange en sa compagnie pour « Give a Little Love », un titre qu’il signe, par ailleurs.  

Les neuf pistes de ce long playing baignent au sein d’un univers sonore plutôt proche de celui d’une Cat Power. Classieuse, sa pop se couvre tantôt d’accents folk (« Jessa ») ou r’n’b (« Lions »), un style qu’elle alimente de claviers, d’instruments plus classiques et de chœurs. Et bien sûr de sa voix polyvalente qu’elle pose parfaitement sur des textes interprétés en anglais et en français (« Belle Penitence »). Enfin, superbes, les arrangements amplifient le caractère mélancolique des mélodies.  

Ce troisième essai constitue certainement le plus abouti de sa discographie, et met en exergue son talent incontestable de compositrice…

Arrogant Criminals

Fine & Dandy

Écrit par

Arrogant Criminals est surtout connu pour avoir participé au générique du dessin animé ‘Les Dalton’ ; ce qui lui a conféré de suite une popularité, outre-Manche.

Après avoir gravé deux Eps, un éponyme en 2013 et « Boys Get Around » en 2017, il nous propose son premier elpee ; un disque intitulé « Fine & Dandy ».

Biberonnés durant leur enfance à la pop des années 70, les musicos pourraient incarner les dignes descendants de The Strokes, pour les guitares cinglantes, et les ascendants de Parcels, pour l’insolence et la candeur.

En seulement dix années d’existence, la formation est parvenue à imposer sa musique fraîche, légère et incisive sur la scène pop/rock hexagonale…

A travers les 11 pistes de cet opus, elle varie les reliefs. Et sans le moindre complexe. Instrumental, « La Tempête » apporte cette tribalité transversale qui contraste avec « Time Traveler » dont le propos s’adoucit, tandis que « Long Ago » divise en deux parties toute l’amplitude d’une expression sonore dispensée en forme de rock’n’roll.

Un patchwork musical qui démontre là un parfait vent de liberté et la volonté de ne pas se cantonner dans un exercice unique et étriqué.

Qualité, maturité et opiniâtreté, tels sont les maîtres mots qui viennent spontanément à l’écoute de « Fine & Dandy ».

Bref, un disque aussi surprenant dans sa musicalité que le visuel de l’artwork affichant une jeune fille à la chevelure moitié noire et moitié blonde. Certains y verront un signe ; quant aux autres, simplement une exubérance de plus.

Luminance

Un espace pour rêver…

Quel bonheur de voir des artistes issus de la nouvelle génération puiser leurs inspiration dans les 70’s et les 80’s afin de remettre cette époque au goût du jour, tout en créant un concept totalement neuf. A l'instar de Gesaffelstein, Led Er Est et autres KVB, David-Alexandre Parquier (aka DA), celui qui se cache derrière le projet bruxellois Luminance, propose une musique rappelant clairement la new wave. Pensez à Depeche Mode, John Foxx ou OMD. Après avoir publié un premier Ep intitulé ‘The Light Is Ours’, distribué sous forme de cassette en 2013 et diffusé via Internet, DA a mis le turbo cette année en présentant pas moins de 3 sorties : un nouvel Ep (‘Icons & Dead Fears’), un 7” (‘Obsession/Viper Smile’), que votre serviteur considère pour l’instant comme le  single de l'année, et un split Ep que partage Acapulco City Hunters (‘The Cold Rush’). L'occasion était donc idéale de rencontrer ce musicien très prometteur… en sirotant une bonne bière à la terrasse du Plattesteen...

Les premiers souvenirs musicaux de DA remontent à son enfance vécue à Paris. Il était alors fasciné par le ‘Carmina Burana’ de Carl Orff. « J'étais très réceptif à cette œuvre ; mais aussi emporté par sa puissance, un véritable mastodonte pour un gamin de 5-6 ans ».

Et il n’en a que six lorsqu’il entre au Conservatoire, pour y apprendre à jouer de la contrebasse, formation qu'il honorera jusqu'à son terme. Huit années plus tard, il découvre des musiques plus obscures, et notamment Marilyn Manson. Il s’intéresse d’abord à la basse, puis se tourne vers la guitare et les synthés.

A 18 printemps, il découvre Soror Dolorosa, un groupe français de rock gothique ; et à travers lui, un nouveau pan de la musique 'dark' : le postpunk, la new wave et l'EBM. Son premier projet, très orienté 'black metal', il le baptise Taliesin. Une allusion au ‘Book of Taliesyn’ de Deep Purple ? « Non, le mot 'Taliesin' se réfère à un dieu barde dans la mythologie celte. Je n’ai découvert l'album de Deep Purple que plus tard, et je le considère aujourd’hui comme un de mes préférés... » Après avoir réalisé quelques démos, le combo se sépare (NDR : en octobre prochain, il renaîtra de ses cendres, afin d’accorder un concert unique à la Flèche d'Or de Paris...)

En 2009, DA débarque à Bruxelles et approfondit son intérêt pour la musique des années 80. Il est alors âgé de 20 ans. Les grosses productions 'mainstream', il les connaît déjà depuis pas mal de temps : Sandra, Kim Wilde, Dead Or Alive et l'italo-disco en général. Mais il s'intéresse surtout et de plus en plus à la new wave 'synthétique', que ce soit OMD, Human League, Depeche Mode, etc. Il apprécie moins la Minimal Synth (aussi appelée Minimal Wave, en référence au label new-yorkais). « Je déteste les bidouillages électroniques sans âme. J'apprécie lorsqu’il il y a du relief, de l'émotion, et des moments où tout explose. J'aime emprunter les codes de cette musique mais pour les transformer en quelque chose de dynamique, de foisonnant. »

De même, DA avoue ne pas être un fétichiste des synthés 'vintage'. « Ce qui m'intéresse, c'est le son, peu importe qu'il ait été produit par un clavier vintage ou par un 'plug-in' sur ordi. Je joue pas mal sur mes claviers pour rechercher des idées, mais lorsque je passe à la production, c'est principalement sur l'ordinateur. Encore une fois, je ne suis pas fan du bidouillage. Je préfère les sonorités simples ; mais le plus important, c'est la composition : il faut qu'elle puisse se suffire à elle-même. Comme dans les premiers albums d'OMD... »

Mais venons-en aux productions de Luminance. Le premier Ep, ‘The Light Is Ours’, a tout d'abord été mis en ligne sur Soundcloud et distribué sur une cassette autoproduite. Ensuite, le label texan d’Austin, Young Cubs, en a gravé 300 exemplaires. Enfin, DA vient de le publier sur un vinyle limité à 200 spécimens, à nouveau en autoproduction... Le contenu de cet essai, on le connaît bien maintenant : ce sont 6 perles de musique Synth-Pop éthérée, des plages très accessibles, mais en même temps extrêmement riches en textures sonores. Dans la chanson ‘Les Loups’, DA enrichit même le cadre électronique de sa musique en intégrant des éléments plus organiques, comme la guitare.

Le second Extended Play, ‘Icons & Dead Fears’ est paru il y a quelques mois, mais il est déjà épuisé. Il s’inscrit dans la même lignée mais marque aussi une évolution vers des sons plus bruts, intégrant de légères touches d’EBM voire de Krautrock. « 'Walk' constitue, pour l’instant, le titre le plus représentatif de Luminance », précise DA. On perçoit également l’influence d'Agent Side Grinder, dans ‘R / W / M’, une formation suédoise que DA apprécie au plus haut point.

Mais la 'bombe' incontestable de cet Ep est née de sa rencontre avec Nathalia Bruno, l'ex-chanteuse de Phosphor (aujourd'hui chez Leave The Planet et M!R!M). Pour la plage ‘Obsession’. Elle marie à la perfection l'univers sonore de DA et l'émotion sombre et gothique suscitée par la voix de Nathalia Bruno. Une pure merveille... qui a d'ailleurs éveillé l’intérêt de Weyrd Son Records, le perspicace label bruxellois. Il a ainsi décidé de publier ‘Obsession’, sous la forme d'un superbe vinyle 7 pouces.

On épinglera également la sortie d’une cassette 'split' partagée entre Luminance et Acapulco City Hunters, intitulée ‘The Cold Rush’, éditée sur le label gantois Wool-E Tapes Records. Les cinq titres de Luminance y figurent, « Plus EBM, plus 'rentre dedans' », indique DA. 

Quand on demande à DA quels sont les thèmes abordés dans ses compos, il distingue deux périodes. Tout au long du premier Ep, il a clairement privilégié la nostalgie et la glorification du passé. « J'ai toujours été passionné par les grandes mythologies et les civilisations anciennes ; et, plus récemment, par les années 50, 60, 70 et 80. L’histoire, comme les rêves d'ailleurs, constituent un refuge par rapport à l’indifférence manifestée par la société contemporaine ; mais aussi un terrain de découverte de mes origines, des fondements de l'existence. »

Sur le second Ep, DA a décidé de poser un pied dans le présent. « J'ai dû apprendre à vivre dans le monde actuel, par instinct de survie. Sur ce disque, je me montre donc un peu plus critique par rapport à la civilisation moderne en la confrontant au passé et en essayant de panser mes blessures grâce à la matière onirique.»

Et quid des projets pour l'avenir ? « Je travaille déjà sur un nouvel enregistrement de Luminance, qui sera sans doute un elpee. Il devrait sortir, d’ici la fin de l'année. Ce sera un retour aux sonorités plus organiques. Donc moins brutes et moins squelettiques. Plus proches du premier Ep. Revenir aux paysages sonores brumeux, aux atmosphères profondes, marécageuses, épiques... Je n'y peux rien : mon coeur reste irrésistiblement attaché aux musiques éthérées, qui offrent un espace pour rêver... »

Pour écouter et acheter les albums de Luminance :

         EP « The Light Is Ours » : http://luminannce.bandcamp.com/album/the-light-is-ours

         EP « Icons And Dead Fears » : http://luminannce.bandcamp.com/album/icons-dead-fears

         7'' « Obsession / Viper Smile » : http://weyrdsonrecords.bandcamp.com/album/obsession-viper-smile-7

         Split EP « The Cold Rush » avec Acapulco City Hunters : http://luminannce.bandcamp.com/album/the-cold-rush-luminance-acapulco-city-hunters-split

Luminance logo by Anaïs Mims

Luminance

Icons & Dead Fears

Après un avoir gravé un premier Ep intitulé "The Light Is Ours", diffusé en 2013 en cassette et sur Internet, Luminance, le one-man band du musicien bruxellois David-Alexandre Parquier (également impliqué dans le groupe français Soror Dolorosa), publie aujourd'hui "Icons & Dead Fears", un nouvel Ep uniquement disponible sur Soundcloud et Bandcamp. Enfin, ce serait provisoire…

Ce nouvel opus s'inscrit parfaitement dans la lignée synth-pop/minimal wave de "The Light Is Ours", mais marque également une évolution intéressante. Ainsi, la plage initiale, "Drown", installe une atmosphère très ambient, voire krautrock, articulée autour de sons de synthétiseurs modulaires et de séquences qui font immanquablement penser à Tangerine Dream.

"Walk", par contre, est une plage archétype de la synth-pop : une superbe rythmique électronique sert d'écrin à la voix de David-Alexandre, très travaillée par de multiples effets, qui alterne avec des nappes de synthés analogiques que ne renieraient ni OMD, ni Howard Jones. "R/W/M" adopte un beat plus syncopé ; le côté dépouillé et répétitif évoque Agent Side Grinder, une impression confirmée par la voix grave, rehaussée par une reverb très claustrophobe. Dommage que la partie 'refrain' ne contienne pas de vocaux : la composition aurait gagné en puissance.

On ne peut pas en dire autant de "Statics", qui apparaît comme parfaitement parachevé. Le beat est rapide et on se retrouve dans un rêve synthétique réminiscent de Led Er Est : un hit! Mais "Obsession", constitue, à mon humble avis, la plage la plus séduisante. La raison, je dois l’avouer, est due à la présence d'une de mes chanteuses/songwriters préférées du moment, Nathalia Bruno (ex-Phosphor). David-Alexandre a créé pour elle une très belle musique, aux accents très Depeche Mode, sur laquelle Nathalia vient placer sa voix ensorcelante... On nage dans le bonheur du début à la fin... Une fin où le musicien vient accompagner Nathalia pour une partie 'dream-pop' très planante, aux accents de Clan of Xymox. Un magnifique morceau, qui fait d'ores et déjà partie de mes playlists de DJ, en attendant un remix? Enfin, la dernière plage, « Siharh », est un instrumental très dark ambient, même witch, construit autour de voix qui semblent tirées d'un film américain.

En conclusion, on ne peut que féliciter Luminance pour ce nouveau petit bijou ! David-Alexandre cherche d'ailleurs un label pour le sortir en vinyle : à bon entendeur... Seul petit bémol : l'absence de guitares. Elles ajoutaient une couleur légèrement Cure sur le premier Ep, surtout dans "Facts And Emotions". Quoi qu'il en soit, la musique est élégante, subtile, aérienne et surtout très riche! Le Bruxellois affine son art au fil de ses productions et s'affranchit petit à petit de ses influences, se révélant être un des talents les plus en vue de la 'scène dark' belge. Merveilleux de voir qu'une nouvelle génération de musiciens redécouvre la synth-pop et lui insuffle un sang nouveau...

 

Mina Tindle

Taranta

Écrit par

Malgré son nom très anglophone, Mina Tindle n’a pas vu le jour de l’autre côté de la Manche. Pauline De Lassus est une jeune Parisienne d’origine espagnole. Elle a tout simplement déniché cet étrange patronyme dans le film ‘Le Limier’ de Joseph Mankiewicz (1972). « Taranta » constitue le premier album d’une artiste reconnaît pour inspiration majeure, Cat Power… Elle signe sur « Taranta » une belle collection de chansons pop-folk interprétée dans la langue de Shakespeare –mais aussi parfois dans celle de Molière (« Pan » et « Demain »)– produite par le très talentueux JP Nataf. Pour rappel, elle avait assuré les chœurs sur le dernier elpee de l’ex-leader des Innocents. Si la qualité des compos est indéniable –mention spéciale au single « Lovely Day »– elles manquent toutefois de relief. Les plages sont délicatement arrangées et s’avèrent très agréables à l’écoute. Mais au fil de la lecture, la concentration se dilue, tant on a l’impression que les morceaux se ressemblent. A ces jolies chansons légères et souvent acoustiques, il manque ce petit grain de folie qui caractérise les comptines de la grande Feist !

Une musique tout en douceur à découvrir dans le cadre du Brussels Summer Festival, ce 11 août.

 

Mina May

Everything was beautiful and nothing hurt

Écrit par

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Mina May et l’actrice porno du même nom n’ont aucun point commun. Enfin, presque, puisqu’on ne décèle rien que de la testostérone chez ce quatuor toulonnais formé en 2000 : Antoni (basse-claviers-guitare), El Pulpo (batterie), Kriss Baritone (guitare) et Flashing Teeth (voix, guitare, claviers). Après avoir accordé des centaines de concerts, un premier album éponyme sort en 2008, puis un remarquable Ep (« Skylarking »), l’année suivante. La formation décide alors de partir et de s’évader pour mieux se retrouver. Leur année passée ensemble à Montréal a donné naissance ce 15 novembre à « Everything was beautiful and nothing hurt », un opus publié sur le label indépendant Pacinist / Almost music.

Un album puissant, qui démarre sur les chapeaux de roue, en balançant des sonorités à la Ghinzu. Excusez du peu ! La suite ne déçoit pas. C’est du rock, du vrai, toutes guitares électriques dehors et ambiances psyché empruntées aux Doors. C’est enivrant, hypnotique. La façon de chanter (en anglais) de Flashing Teeth n’est pas sans rappeler les années New Wave. Siouxsie, tout particulièrement. Mais la voix proprement dite ressemble à celle de Frank Black, des Pixies. Une sacrée référence encore ! Le cinquième morceau marque une rupture nette et soudaine. « Everything was beautiful and nothing hurt » est beaucoup plus électro, la voix est plus présente et plus torturée. Un bijou. « Visitor » a des allures de longue litanie déstructurée, davantage parlée que chantée. Sur « Think Twice », on retrouve le style autrement plus rock du début de cet elpee. Les guitares de « Nails on stainless steel » sont stridentes, presque dérangeantes pour qui serait sensible aux acouphènes. « Rising sun » nous permet de planer pendant 6 délicieuses minutes électro. Et nos boys psychédéliques concluent par « In the turmoil », lors d’un mélange rock et synthés vintage qui résume bien leur style, souvent comparé à celui de Radiohead, à très juste titre.

Bref, un disque riche, ambitieux, intéressant, intelligent et qui brasse une multitude d’influences. Ne passez pas à côté de cet elpee typiquement anglo-saxon et pourtant bien français. Un grain de folie et beaucoup de talent. Et plus on écoute, plus on aime, vous êtes prévenus !

 

Abdominal

Escape From The Pigeon Hole

Écrit par

‘Welcome to Toronto Brother !’, telle est l’invitation lancée par Mc Abdominal pour voyager au milieu d’une scène hip hop canadienne en plein mouvement (Ghislain Poirier, Sixtoo, Cadence Weapon). Sorti sur le label Antidote (Prince Paul, Madlib, Steinski,…) et servi par des productions d’Ugly Duckling, de Jurassic 5 et de Dj Format, « Escape from The Pigeon Hole » tire son épingle du jeu de façon plus qu’honorable. Caractérisé par ses breaks entraînants et ses samples colorés, cet album s’éloigne des productions américaines industrielles. Exit les ‘b…chs’ et les ‘ni…z’ à chaque strophe. Lorgnant vers le son de San Francisco, « Escape from The Pigeon Hole » est un album classique sans grosse surprise. Et c’est bien là que se situe le plus gros bémol. Malgré les scratches précis et rafraîchissants de Dj Dopey (champion DMC 2003), l’impression générale reste mitigée. Le manque de variété autant dans les beats que dans le flow (très peu de featurings présents) se traduit par un album fort rectiligne. On aurait préféré quelques interludes distrayants ou encore des productions s’éloignant de la Bay Area afin de donner un peu plus de consistance à l’ensemble.

Côté positif, la capacité pulmonaire de Mc Abdominal reste cependant impressionnante et se pose parfaitement sur les beats de ses compagnons de jeu. Les bonnes idées sont de mise sur la première partie de l’album et elles s’enchaînent sans la moindre faute : des productions léchées aux sonorités jazzy et funky, up ou down tempo. Classique sans jamais se prendre la tête,  « Escape from The Pigeon Hole » vous réjouira donc si vous êtes à la recherche d’une alternative hip hop loin des poncifs de la west coast. La parfaite B.O. d’un après-midi ensoleillé…


Predominant Lunatics

Thirteen lost souls

Écrit par

Responsable d’un mini album 7 titres en 2003 (« Hoping for dusk »), ce quatuor helvète nous propose son premier opus. Découpé en treize titres, « Thirteen lost souls » ( !?!?!?) a bénéficié du concours de Tony Harris (Sisters of Mercy, REM, The Clash, The Fall) au mixing et surtout de l’infrastructure de ses studios à Londres ; et puis de Ray Staff à la masterisation, un exercice de style qu’il avait notamment accompli, dans le passé, pour Bowie, Muse, Nick Cave, Led Zeppelin ou encore les Stones. Mélangeant post punk, prog et pop, la musique de Predominant Lunatics souffre malheureusement du chant un peu trop limite de Marco Finsterwald tout en adoptant un style qui n’avait jamais permis à Siglo XX (une formation issue de Genk qui n’est jamais parvenue, même après une reformation décrétée en 2003, de sortir de la zone crépusculaire de l’underground belge) de faire la différence. Et pour votre info, sachez que Danny Mommens de Vive La Fête à réalisé un remix pop de « Cosmic Trip », un exercice de style qui figure sur le single du même nom. 

 

Mina

Expander

Quatuor issu de Berlin, Mina mixa benoîtement électro bontempi et rock alternatif. Cet " Expander " n'est d'ailleurs qu'un prétexte à en rajouter une couche, puisqu'il s'agit d'un album remix de leur précédente livraison, " A to B ". Au programme, l'électro-jazz du Notwist Micha Acher (" Boyroc/Lovers Rest "), la techno futée de Freischwimmer (" TBA "), la pop synthétique de Sitcom Warriors, croisement entre PIL et Bryan Ferry (" N° 6 "), l'instrumental samplant jeux vidéo et le " Low " de Bowie (Mina eux-mêmes, avec la reprise du " Theme From Arkanoid "), etc. La scène allemande se porte bien, merci pour elle… Bien que tout de même, il y a ici à boire et à manger. Certes pas mal comme exercice de relecture, mais tant qu'à faire, autant écouter le " Versus " des Kings of Convenience.

 

Fun Lovin’ Criminals

Loco

Écrit par

Pas la peine de s'énerver avec les Fun Lovin' Criminals. Non, non, il faut rester calme, et c'est ce que je vais faire tout au long de ces quelques lignes. 4ème album pour nos cools guys de New York dont la prétention n'est toujours pas de mise. L'essentiel est de prendre du bon temps, de draguer comme un latin lover, le sourire pepsodent, lascivement. Pas de doute, la piste leur est offerte… Le monde va mal ? Ecoutez FLC. Vous êtes amoureux ? Ecoutez FLC. Vous aimez le soleil ? Encore les FLC… Vous avez (re)découvert Barry WHITE ces temps derniers ? South Park et Ally Mc Beal ne sont pas les seuls responsables. Le retour en force de la soul des années 70 ? Toujours FLC… Je me répète ? Eux aussi. Mais où se situe le problème ? Affranchis des samples de leurs débuts, Huey & Co nous emmènent tous, sans effort, au large des îles paradisiaques. Et toujours avec ce sourire en coin et ce hochement de tête complice. Achetez ! Non, je rigole.

 

Fun Lovin’ Criminals

100% colombian

Grosse polémique au sujet du titre du dernier album de Fun Lovin’ Criminals, accusé par la Colombie, d’intoxication intellectuelle et capitaliste. Une protestation déposée en bonne et due forme par l’ambassade du pays sud américain, auprès du gouvernement américain. A méditer ! Mais revenons à cet opus, qui a fait plus de vagues dans le domaine de la politique, qu’il n’en fera probablement sur le terrain du chiffre de ventes. Pas que l’album soit de piètre facture, mais parce qu’il n’atteint pas la qualité de " Come find yourself "… L’ombre de BB King est bien présente sur " Mini bar blues ", mais en général, les compositions souffrent d’un groove trop aseptisé, d’un tempo trop moelleux. Bref, un disque très ordinaire, nonobstant un style jazz/funk/rap/blues/rock qui se veut ténébreux et sensuel. Trois titres tentent cependant de s’extraire de ce marasme : le métallique " Southside ", aux samples blacksabbathiens (Paranoïd ?), l’hommage à Barry White, " Love unlimited ", et enfin un morceau caché, que nous qualifierions d’allègre, de ‘countrybillesque’…

 

Fun Lovin’ Criminals

Come find yourself

Séduits mais surtout amusés par son hit single "Smoke 'em", nous nous demandions quand même ce que cet ensemble new-yorkais était capable de réaliser sur un album. Et le résultat va au-delà de nos espérances. Bien sûr, comme une multitude de formations contemporaines, Fun Lovin' Criminals applique la technologie moderne à son mélange de blues, de r&b, de jazz, de trash, de blues, de metal et de funk sur un ton rap, hip hop. Mais ce cocktail se révèle aussi créatif que chez Beck, énigmatique que 900 FT Jesus et cinématique que Soul Coughing. Certains arrangements semblent même avoir été repiqués chez Tamla Motown, les Temptations en particulier. D'autres bénéficient d'une finition aussi soignée que chez Steely Dan. Voire d'une sensualité profonde, languissante comparable à Barry White. Notamment sur le final "Methadona". Un disque qui recèle son cortège inévitable de samples. Le plus cocasse relevant du "Smoke on the water" de Deep Purple pour "Bombin' the L". Pour être complet, sachez que l'un des deux chanteurs possède un débit vocal aussi véloce que celui d'Adriano Celentano. Le genre de musique qui devrait investir les night-clubs hyper branchés!

 

Fun Lovin’ Criminals

Presque parfaits

Écrit par

Fondé en 1993, ce trio est devenu célèbre suite à la publication du single « Scooby Snacks », une chanson incluant des samples de dialogues, extraits des films ‘Pulp Fiction’ et ‘Reservoir Dogs’ de Quentin Tarantino. Et paru il y a quelques mois, leur premier opus, ‘Come Find Yourself’, constitue un des meilleurs disques de hip-hop crossover rencontré depuis un bail! Le trio est aussi invité au prochain T/W (le vendredi à Torhout et le samedi à Werchter). L'interview était donc presque obligatoire.

C’est Steve, le batteur, qui nous a servi d'interlocuteur. Même s'il est le dernier venu du trio, son rôle ne se limite pas à la batterie: comme Fast, il s'occupe aussi de la programmation des machines. Ce Fast, lui, c'est l'homme à tout faire ou presque, il cumule les rôles de bassiste, claviériste, harmoniciste et même de trompettiste! Mais c'est Huey, le 3e homme, qui est sans doute le plus important: il est guitariste et parolier. Ses racines sont clairement puisées dans le blues-rock et c'est peut-être la raison pour laquelle les Fun Lovin'Criminals pratiquent un savant mélange de la technologie des années 90 et d’éléments qu'on trouve à l'origine du blues, du jazz et du rock'n'roll. Un peu à la façon de Beck ou des Beastie Boys...

"Nous sommes compositeurs tous les trois, dit Steve, mais il y a de grandes différences entre nous, parce que nos centres d'intérêt et nos influences sont fondamentalement disparates, même si on se retrouve sur bien des terrains."

Le terrain de prédilection des FLC, c'est la scène. "Même si nous utilisons des machines très performantes, explique Steve, nous restons prioritairement un groupe live ! Il y a tant de gens qui savent tout faire en studio, mais peu sont capables de se produire en ‘live’, en tant que formation. En fait, 80% de chaque chanson est d'abord conçue sur sampler, avant que nous décortiquions l'ensemble et que nous y ajoutions de ‘vrais’ instruments. Nous avons toujours procédé de la sorte. C'est sans doute l'héritage de nos débuts accomplis au Limelight de New York : on débarquait avec nos bandes sous le bras, mais on jouait dessus en direct, à l’aide de nos instruments. Je crois que c'est la bonne méthode."

Huey, Fast et Steve se sont réunis en 93 sous la bannière d'un nuage de fumée et d'un goût commun pour le bizarre. Ils viennent d'une petite ville située à 3h de voiture de New York. "On s'est retrouvés ensemble à New York après avoir tâté de tous les genres, au sein de différents groupes. Perso, j'ai joué dans des groupes de rock assez classiques, mais j'ai aussi tâté du funk et même de la techno! Ce n'est pas nécessairement un mal ; ça nous a en tout cas donné le goût de l'éclectisme. On mélange tout, parce que ça nous fait poiler. Bien sûr, les journalistes nous attribuent plutôt l'étiquette hip-hop, ce que je comprends parfaitement, mais c'est un peu schématique. On sonne rap, mais pas rien que ça. Il y a d'ailleurs beaucoup de vocaux ‘live’ sur notre Cd."

Comme par exemple, sur cette reprise de ‘We have ail the time in the world’, le thème d'un James Bond (‘Her Majesty's Secret Service’), composé par John Barry, mais interprété initialement par Louis Armstrong.

Autoproduit

Le premier album des FLC (1) est autoproduit. C'est plutôt rare pour un groupe débutant, non? "Oui, c'est marrant. Pendant des semaines, on a bossé chez moi, dans le studio que je me suis construit. On a réalisé des démos qu'on a envoyées à gauche et à droite. EMI a accroché tout de suite. On est donc allés les voir pour discuter le coup. Immédiatement, ils nous ont dit qu'ils voulaient qu'on enregistre et produise l'album nous-mêmes. Franchement, on était sur le cul quand on a entendu cette proposition. On a fini par accepter à la condition de pouvoir disposer d'un ingénieur du son hors-pair. On adorait le boulot que Bob Power avait accompli pour A Tribe Called Quest et De La Soul ; c'est donc tout naturellement vers lui que nous nous sommes tournés. Le plus drôle, c'est que le gaillard, lui aussi, tenait absolument à ce que nous produisions nous-mêmes l'album. A croire qu'ils s'étaient tous donné le mot! Le type dont nous adorions le boulot nous disait: ‘Eh les gars, vous n'avez pas besoin de moi, faites-le vous-mêmes, vous pouvez y arriver’. C'est donc contraints et forcés qu'on s'est tapé tout le turbin ; mais on ne le regrette pas."

Courtes et directes

On ne peut pas reprocher au trio de tourner autour du pot. Les chansons sont courtes et directes. "Ben heu, c'est vrai... Les trucs longs, on n'aime pas trop, ça nous emmerde. Moi, après 4 minutes, je cale. Il faut que ça bouge, je ne sais pas quel plaisir on peut prendre à faire traîner les choses en longueur. Notre façon de fonctionner, c'est plutôt de bosser ensemble, de pondre de bonnes mélodies, de bien les asseoir, d'en tirer un maximum et puis de passer à la chanson suivante."

Les textes –qui sont l'œuvre quasi exclusive de Huey– sont habituellement un élément primordial du hip-hop. Est-ce aussi le cas chez les FLC? "Nous n'avons pas de message particulier à délivrer, pas de prêchi-prêcha. Les textes de Huey sont simples, ce n'est pas un grand philosophe, il se borne à raconter ce qu'il ressent devant les situations qu'il vit. J'ai juste remarqué qu'il a tendance à être plutôt optimiste que pessimiste. Il n'aime pas trop déballer la merde, il préfère, même quand il parle de choses assez noires, voir le bon côté, trouver la porte de sortie, avoir la réaction qui s'impose."

On sait que les FLC sont les favoris de Quentin Tarantino qui les a d'ailleurs laissés faire joujou avec les dialogues de Pulp Fiction sur ‘Scooby Snacks’, un titre qui commence tout doucement à monopoliser les ondes radios. Pour ses samplings, le trio new-yorkais est assez imprévisible, ainsi c'est le riff du ‘Free Bird’ des Lynyrd Skynyrd qu'on retrouve sur ‘Bombin the Ln!’. "Pour les samplings, on cherche évidemment les trucs qu'on aime dans notre discothèque. On a choisi Lynyrd Skynyrd, mais on aurait pu reprendre A Tribe Called Quest qui fait partie aussi de nos favoris. Pendant tout un temps, on vivait dans un petite appart’ et on n'avait pas de blé. On n'achetait pas de Cd et on écoutait invariablement un disque d'A Tribe Called Quest! Mais bon, ils sont très proches de nous, de toute façon. "

Article paru dans le n° 44 de juin 1996 du magazine Mofo