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Recoil

Selected

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Recoil est né de l’initiative d’Alan Wilder en 1985, alors que celui-ci était encore actif au sein d’une ‘petite’ formation nommée Depeche Mode. Dix ans plus tard, Wilder décide de couper les ponts avec ses camarades et de se concentrer sur son projet personnel. Après avoir délivré une série d’Eps qui auront fondu dans le décor, le compositeur publie en 1997 « Unsound Method », le premier LP de Recoil. Depuis, la discographie du projet ne s’est que peu développée, ne comptant pas plus de trois éléments. Ce qui n’empêche aucunement Wilder et son comparse, Paul Kendall, de délivrer aujourd’hui ce qu’ils considèrent comme les meilleurs morceaux issus de leurs trois travaux. Et la formule fonctionne assez bien, « Selected » étant composé de 14 morceaux (remasterisés) formant une galette cohérente aux influences très Trip Hop.

Seul problème : le timing de Wilder. « Selected » apparaît à l’heure où la popularité de ce genre musical est en plein déclin et où seules quelques formations parviennent encore –relativement– à tirer leur épingle du jeu (Unkle, Massive Attack,…) Caractérisé par son atmosphère pesante, ses voix hantées et ses mélodies obscures, la séance de rattrapage de Recoil compte, néanmoins, quelques jolies réussites (« Prey », « Red River Cargo », « The Killing Ground », « Shunt », …) qui méritaient bien ce petit dépoussiérage. De par sa durée assez conséquente (plus de 70 minutes), « Selected » s’adresse essentiellement aux aficionados du genre. Les plus gourmands pourront même se procurer une version double de la plaque, dont le disque bonus réunit des remixes et des versions alternatives. Trip Hop’s not dead.

Recoil

Le choix d’Alan Wilder

Écrit par

Alan Wilder a choisi Recoil, son projet. Un projet pour lequel, alors qu’il était encore au sein de Depeche Mode, il avait déjà publié deux albums (« Hydrology » en 88 et « Blooline » en 92). Mais le nouveau cd, « Unsound methods », est le meilleur à ce jour, flirtant parfois avec les sons trip hop, voire techno.

Mes disques précédents, tant chez Depeche Mode que Recoil, avaient recours à des sons électroniques et des rythmes orientés techno... Je suis un instinctif, je ne choisis pas consciemment la façon dont je vais sonner. Cette fois-ci, je m'étais juste dit que je voulais des rythmes plus groovy, quelque chose de plus desserré, de plus fluide, de plus relâché. En prenant du recul, quand je réécoute mes disques, ils me semblent tous trop rigides.

Quelle étiquette peut-on coller à ton travail?

A vrai dire, je m'en fous un peu. La plus commune semble être ‘cinématographique’ ou ‘bande-son’ d'un film qui n'existe pas. C'est probablement un peu de ça qu'il s'agit.    .

Il y a d'ailleurs des extraits de la B.O. d'‘Apocalypse Now’ sur ton disque. Pourquoi?

Oui, sur « Incubus ». Parce que c'est un de mes films favoris. Il est très sombre, très noir, très dur. Comme j'aime!

C'est dans les atmosphères sombres et oppressantes que tu te sens à l'aise. Parce que tu es quelqu'un de pessimiste?

Tout le monde me le demande, mais je ne me considère pas comme tel. Créer ce genre de musique me semble plus intéressant que de décrire la joie qu'on éprouve à avoir des enfants, par exemple... La part de moi qui s'exprime en musique est sombre et glacée, mais elle ne correspond pas à ma personne. Peut-être que mon côté sombre, je l'évacue en musique et que je n'ai plus besoin de le faire dans la vie? Je ne suis pas pessimiste, je me considère comme réaliste avec une dose de cynisme aussi. En fait, je suis quelqu'un de très ouvert, même si je choisis mes amis avec la plus grande prudence. Si je me montre parfois sec, c’est que je n’ai pas nécessairement beaucoup de temps à consacrer aux gens. Ce propos paraît sans doute égoïste, mais la vie est courte. Par exemple, je refuse systématiquement de travailler comme remixeur, parce que j'y mettrais trop d'énergie et que je préfère la garder pour moi.

L’ironie du titre

Un mot sur le titre du disque « Unsound Methods »?

Il affiche un côté ironique: ‘Unsound’ et se traduit par quelque chose comme ‘raté’, ‘mauvais’. Une méthode non correcte qui s'applique bien à la plupart des sujets du disque. ‘Stalker’ est typiquement un truc ‘unsound’...

Pourquoi ne chantes-tu pas sur cet album?

Parce que je n'aime pas le son de ma voix! Elle n'est pas atroce, mais elle est terne, un peu fade... Et puis, je ne suis pas très bon pour écrire les textes. J'ai essayé, mais l’inspiration ne vient pas naturellement. Je préfère donc laisser cde rôle à quelqu'un de plus compétent. Quelqu'un comme Douglas McCarthy, de Nitzer Ebb, avec qui j'avais déjà travaillé ou comme les trois filles (NDR : inconnues au bataillon) que sont Siobhan Lynch, Maggie Estep et Hildia Campbell. J'adore travailler en compagnie d'autres chanteurs et je suis persuadé pouvoir tirer le meilleur parti de leur voix. Je ferais un bon entraîneur, je suis capable de pousser quelqu'un à aller plus loin, à être meilleur. L’exemple parfait, c'est Douglas : voilà quelqu'un qui a du talent, mais qui ne sait pas toujours bien comment l'utiliser ni comment l’exprimer. Franchement, j'arrive à le sublimer et lui, il apprécie que je le pousse ainsi. Pourtant, ce sont juste quelques encouragements.

Recoil, c’est un groupe ?

Sûrement pas. C'est un projet en perpétuelle mutation. Il implique des collaborateurs qui entrent et sortent aux moments appropriés. J'adore travailler avec les autres, mais pas tout le temps les mêmes.

La séparation

On le sait ; en juin 95, Alan Wilder a abandonné Depeche Mode après une grosse douzaine d'années passées dans le groupe anglais. Il faut sûrement du courage pour quitter un groupe qui recueille autant de succès. Si on peut avoir l'impression qu'Alan n'y jouait que les seconds rôles, son influence occulte auprès des Gahan et Gore aura sans doute été déterminante sur le son et la popularité de ce groupe.

J'avais fait mon temps dans le groupe. J'en avais assez et j'estimais qu'au sein de Depeche Mode, on avait concrétisé tout ce que je sentais qu'on pouvait réaliser. Pourquoi continuer alors? Bien sûr, il y a eu des moments de tension, les ennuis de Dave liés à la drogue ; mais ce n'étaient pas les motifs primordiaux qui ont conduit à mon départ. Juste que cela n'allait plus!

Parce que tes idées n'étaient pas assez utilisées ?

Non, pas vraiment. J'étais capable de les faire adopter par la formation. Mais peut-être parfois, était-ce quand même un peu frustrant, je veux bien l'avouer. J'ai réalisé, c'est vrai, des trucs qui ont peu été appréciés, du moins pas à leur juste valeur par les autres membres du groupe.

As-tu hésité avant de partir?

Non, je n’ai pas hésité à quitter Depeche Mode, mais entendons nous bien, j’y ai quand même beaucoup réfléchi. C’est normal, on ne quitte pas un tel groupe sur un coup de tête. Mais là, j'en étais arrivé à un point où il fallait prendre une décision. Je n'étais plus heureux ; ni dans ma vie privée, ni dans ma vie professionnelle. J'ai donc choisi le divorce dans un cas comme dans l'autre. Peut-être ai-je commis une grosse erreur, au moins financièrement ; mais d'un autre côté, je me sens mieux dans ma peau et j'ai plus d'enthousiasme que je n'en ai jamais eu!

Quels souvenirs garderas-tu de Depeche Mode?

Il y en a des tonnes et la plupart sont très, très bons. Je ne voudrais pas qu'on se cantonne dans mes explications sur la fin de l'expérience et qu'on oublie tout le reste. Je ne suis absolument pas amer, c'est même plutôt le contraire. Je suis très reconnaissant envers tout ce qui m’est arrivé dans cette aventure. J'y ai appris énormément, spécialement au début, dans le domaine de la production. Et puis, j'y ai pris beaucoup de plaisir, notamment lors de tournées où l'ambiance était fantastique

Enfin, pour que votre info soit complète, sachez que Wilder n’envisage pas de concert pour Recoil. Pourquoi ? Parce qu'il ne voit pas comment il pourrait monter une telle entreprise. Cependant, il souhaite continuer à enregistrer dans le studio qu'il s'est aménagé, juste à côté de chez lui, dans sa maison du Sussex, à la campagne, où il lui faut à peine une heure de route, depuis Londres, pour s’y rendre... mais où il est tellement plus au calme !

(Article paru dans le n° 59 du magazine Mofo de décembre 97/janvier 98)