Il n’existe pas de ligne droite pour The Beths…

The Beths, un groupe néo-zélandais composé de la chanteuse Elizabeth Stokes, du guitariste Jonathan Pearce, du bassiste Benjamin Sinclair et du batteur Tristan Deck, annonce la sortie de son nouvel elpee "Straight Line Was A Lie", le 29 août 2025. En avril,…

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Slowdive

Comme à l’issue d’une séance de méditation transcendantale…

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Si le rock indé est à nouveau en pleine effervescence depuis le début du siècle, il le doit en grande partie aux mouvements shoegaze et dream pop, courants qui semblent attirer une toute nouvelle génération de disciples. Et pour cause, les concerts des formations du style, de première génération (les 90’s) et celles de la seconde (depuis + ou - 2015), séduisent un public de plus en plus jeune. Ainsi, ce dimanche 26 mai, pour applaudir Slowdive, il est carrément intergénérationnel, réunissant pré-ados, leurs parents et parfois même leurs grands-parents. Impressionnant ! Et ce soir, il y a du peuple dans la salle. Il y a même du monde au balcon !

Fondé en 1989, le groupe britannique s’est reformé en 2015 et a gravé depuis, deux elpees, un éponyme en 2017 et « Everything is alive », l’an dernier. Ce dernier davantage infusé d’électronique. De quoi inquiéter les plus anciens aficionados qui craignaient l’évaporation de l’instrumentation organique, sur les planches. Ce ne sera pas le cas…

Bonne nouvelle, le supporting act est assuré par Pale Blue Eyes, un trio drivé par un couple ; en l’occurrence le chanteur/compositeur/guitariste Matthew Board et la drummeuse, Lucy ; le line up impliquant également le bassiste Aubrey Simpson, et en tournée, le claviériste/guitariste John Gooding. Deux long playings à l’actif du band : « Souvenirs », en 2022, et « This house », l’année suivante. Des œuvres plutôt douloureuses, dont les textes traitent du chagrin à la suite de la perte d’êtres chers.

Et pourtant, sur scène, les musicos respirent la joie de vivre. Physiquement et vocalement Matthew me fait un peu penser à Martin Phillipps des Chills.  

Le set s’ouvre par « Take me over », un morceau dont l’explosion d’énergie est déjà bien maitrisée. Le son est d’excellent facture et les balances impeccables. La dextérité d’Aubrey sur ses cordes de basse, qu’il palpe de ses doigts, est spectaculaire. Les compos se distinguent par de bonnes accroches mélodiques. Si au début de « Sister », long titre qui clôt la prestation, le spectre de New Order se met à planer, progressivement l’expression sonore se transforme en transe psychédélique réminiscente de Spiritualized. Franchement, on assiste rarement à des premières parties de ce calibre… (Lien page Artistes Pale Blue Eyes)

(Photos Ludovic Vandeweghe ici)

Setlist :

Takes Me Over, TV Flicker, Spaces, Dr Pong, Motionless, Our History, Chelsea, Sister

Une bande préenregistrée diffuse le « Deep Blues Day » de Brian Eno pendant que les musiciens s’installent. Coiffé d’une casquette de base-ball, le chanteur/guitariste Neil Halstead s’installe à l’extrême droite, et l’autre sixcordiste, Christian Savill, à l’extrême gauche. Vêtue d’une robe noire légèrement bouffante dans le bas, la chanteuse Rachel Goswell se plante devant un clavier. On dirait Alice au pays des merveilles à l’âge adulte. Mais souriante, elle a conservé son visage d’enfant. De temps à autre, elle empoigne une guitare flambant neuve de couleur… noire, donc assortie à sa tenue. Et tout a long du spectacle, comme bercée par la musique, elle se balance nonchalamment…

Le concert s’ouvre par « Shanty », le premier morceau du nouvel elpee, « Everything Is Alive ». La lente impulsion électronique se répand un peu comme chez New Order, puis des vagues de sonorités de guitares commence à prendre leur envol, un envol qui se reproduit sur « Star roving » et le panoramique « Catch the breeze ».

Plus atmosphérique, « Skin in the game » nous plonge dans une certaine forme de léthargie. Certains spectateurs ferment les yeux et leurs esprits embrumés se mettent à planer.   

« Crazy for You » s’ébroue au sein d’un même climat. Les guitares entrent en dialogue, et enfin de parcours le morceau prend une nouvelle envolée.

Cosmique, « Souvlaki Space Station » nous propulse au cœur d’un univers floydien, alors que traversés de fumée, les faisceaux lumineux ressemblent à des colonnes de marbre blanc. Et lorsque les lumières stroboscopiques se déclenchent, les mouvements des musicos se décomposent…

Les oscillations de grattes chatoyantes propagées tout au long de « Sugar for the Pill » reflètent les impressions mélancoliques d’un Durutti Column. « Kisses » réverbère des échos empruntés au « Disintegration » de The Cure.

Plus noisy, « When the Sun Hits » alterne moments paisibles et bien percutants. Et le concert s’achève par « 40 days », une remarquable compo aux sonorités de guitares brimbalantes.

Pour le premier titre du rappel, « Chained to a cloud », le bassiste est passé aux claviers. On entre alors dans une ambiance ‘cathédralesque’.

A remarquer que tout au long du concert, Nick Chaplin n’arrête pas de déambuler sur l’estrade, à contrario des autres musiciens, plutôt stoïques ; et quand il se sert de la basse, il la tient à hauteur des genoux, un peu à la manière de Paul Simonon, chez The Clash.

On épinglera encore les échanges de voix entre Rachel, plus éthérée et fluette, et celle de Neil, bien timbrée, même si le volume sonore élevé ne permettait pas toujours de bien saisir ces nuances.

Si la setlist a alterné ancien et nouveau répertoire, le set s’achève par la reprise du « Goden hair » de Syd Barrett. Une forme d’hommage rendu à un artiste que les membres de Slowdive ont toujours admiré. Une version remarquable, respectueuse de la mélodie originale, mais qui sous un format shoegaze sert de lancement à un final tonifié par les percus alors tribales de Simon Scott ; et bien sûr, que l’intensité électrique sublime…

Les musiciens remercient la foule, pendant que les baffles crachent un nouveau titre de Brian Eno, « An Ending (Ascent) ».

En quittant la salle, la foule semblait particulièrement sereine, comme si comblée, elle venait de participer à une séance de méditation transcendantale…  

(Photos Ludovic Vandenweghe )

Setlist :

Deep Blue Day (Brian Eno song), Shanty, Star Roving, Catch the Breeze, Skin in the game, Crazy for You, Souvlaki Space Station, Sugar for the Pill, Slomo, Kisses, Alison, When the Sun Hits, 40 Days

Rappel :

Chained to a cloud, Dagger, Golden Hair (Syd Barrett cover), Song played from tape : An Ending (Ascent) (Brian Eno song)

(Organisation : Aéronef Lille)

 

 

 

Slowdive

Everything is alive

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« Everything is alive » constitue le 5ème elpee de Slowdive, et le second depuis la reformation du groupe. A l’origine, Neil Halstadt avait conçu cet opus comme un projet électronique minimaliste, mais après négociations au sein du groupe, des guitares saturées et réverbérées ont été ajoutées à l’ensemble. Mais vu la structure des compos, le climat général est beaucoup plus atmosphérique que sur les albums précédents, à l’exception des deux dernières plages qui ferment le long playing. Elles sont imprimées sur un tempo offensif, voire new wave, et tout particulièrement « Chained to a cloud », une compo envahie de vagues de sonorités de guitares rugissantes, et « The Slab », que certains médias n’ont pas hésité à comparer à la B.O. de Mogwai pour la série TV française, ‘Les revenants’…

La plupart des morceaux s’appuient donc sur des synthés modulaires. Et notamment le ténébreux « Shanty » ainsi que l’instrumental downtempo « Prayer remembered », qui se distingue par un enchevêtrement de cordes de guitares complexes. 

Si l’excellent « Kisses » s’enfonce dans la dream pop, tout comme le fiévreux « Skin in the game », une boîte à rythmes cadence « Andalucia plays », une piste à l’instrumentation clairsemée, et au cours de laquelle on entend même la distorsion infligée à la sèche.

Et comme les harmonies vocales de Neil Halstadt et Rachel Goswell sont toujours aussi vaporeuses, on a parfois l’impression que l’expression sonore flotte dans l’éther…

Slowdive

Tout est vivant pour Slowdive…

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Slowdive vient de révéler « Kisses », le premier extrait de son nouvel elpee, « Everything is alive », qui paraîtra le 1er septembre, six ans après le retour de la formation et la sortie de son opus éponyme. « Everything is alive » permet à Slowdive d’élargir davantage les contours du son immersif qui lui est propre. Ce cinquième album contient une dualité, un langage familier se mêlant à l'exaltation de nouveaux débuts, c’est un disque qui rayonne et nous transporte, il est le fruit du travail d'un groupe classique qui continue de projeter sa voix inimitable vers l'avenir.

« Kisses » est une chanson d'amour moderne imprégnée de sentiments ambivalents où le désir amoureux se heurte à l'indécision, sur fond de piano explosif et accrocheur. La chanson oscille entre les confidences presque chuchotées de Webster et des arrangements puissants…

Proposé sous forme de clip, « Kisses » est disponible ici

 

Slowdive

Eternal sunshine of the shoegaze mind

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Premier constat (NDR : et il saute aux yeux) : si vingt-deux années séparent l’album éponyme sorti au printemps dernier du précédent, Slowdive a remarquablement franchi le fossé générationnel. En effet, le public réunit jeunes et moins jeunes et s’agglutine devant le podium comme s’il était pressé de ne rater aucune miette du concert. Un engouement illustré par l’impressionnante liste de demandeurs d’un précieux sésame pour un événement décrété sold out en l’espace de quelques heures.

Issus de la scène Shoegaze (NDR : une étiquette musicale née de l’esprit moqueur d’un journaliste anglais qui décrivait, en ces termes, ces jeunes guitaristes qui, au seuil des années 90, se focalisaient essentiellement sur les multiples pédales de guitare alignées à leurs pieds), le groupe a donc réussi la gageure de survivre au statut de mythe d’un genre qui s’est toujours revendiqué mineur, même si foncièrement frondeur. Là où nombre de ses condisciples ont injustement sombré dans l’oubli, au prix parfois de retours avortés (NDR : notamment Lush), là où d’autres mentors ont clairement affiché leurs ambitions vénales sans vraiment se soucier de se renouveler, Slowdive affiche une santé éblouissante pour ses 28 printemps et surtout une richesse créative intacte.

Le show de ce soir va donc naviguer avec brio à travers le temps sans jamais donner l’impression de ressasser le passé. C’est le deuxième constat.

Mais avant d’aborder le compte-rendu de ce set, revenons un moment sur la première partie. En l’occurrence Blanck Mass.

Moitié de Fuck Buttons, Benjamin John Power est venu défendre « World Eater », son dernier opus solo, devant un parterre déjà copieusement garni.  

Si la prestation statique d’un artiste derrière ses consoles appartient aujourd’hui à la norme, il faut rappeler que si l’évolution des mœurs a vécu une lente révolution, elle n’en a pas pour autant fini de diviser une frange du public aujourd’hui réuni.

Le défi est donc de polariser l’attention sans user d’inutiles artifices. Rôdé à l’exercice, le protégé du label Sacred Bones va, durant 45 minutes, faire étalage de son talent en toute modestie. Sans esbroufe, juste accompagné de vidéos projetées en arrière-plan, l’Anglais tisse une toile captivante où les oreilles sont happées par diverses créatures sonores surgissant de partout et de nulle part.

Une prestation qui fait judicieusement le pont entre shoegaze et musique ambient, là où les barrières s’effondrent sur elles-mêmes en laissant l’esprit se libérer.

Et même si d’aucun estiment plus judicieux de placer ce type de performance en after party plutôt qu’en introduction, l’ami Benjamin n’en a cure et remplit son contrat haut la main.

Son set terminé, on s’attend aux mouvements de foule rituels en direction du bar. Et bien non. L’essentiel de l’auditoire préfère rester sur place. De quoi démontrer, une fois de plus, l’intérêt et la passion que génère aujourd’hui encore (et peut-être même plus qu’hier ?) le band emmené par Rachel Goswell et Neil Halstead.

Ceux-ci ne tardent d’ailleurs pas grimper sur l’estrade, sous une nuée d’applaudissements et de sifflets, en guise de bienvenue. Slowdive entame alors un périple en territoire conquis.

En toute logique, c’est par le premier titre du nouvel elpee que le rideau se lève. « Slomo » flotte donc sur une nappe de sons éthérés et de guitares délayées, sous l’impulsion d’une rythmique au souffle retenu. L’effet est immédiat et appuie le troisième constat : malgré les années, rien n’a changé. Sorte de lente progression dans la perfection, le son de Slowdive s’est forgé une identité propre et unique en son genre.

Revendiquant l’héritage de Brian Eno tout en se posant en digne successeur de la new wave, la formation est devenue précurseur d’un genre au sein duquel de nombreux disciples se sont engouffrés. Ses mystérieuses volutes soniques ont défriché de nouveaux horizons sonores, justifiant un statut de légende, qui n’a donc pas été conquis par hasard.

Et ce soir, elle va nous le démontrer.

Puisant au sein d’un répertoire de quatre long playings en presque trois décennies, le band enchaîne les titres comme autant de perles de pluie lors d’une averse d’été.

Une homogénéité illustrée par les deux extraits de « Pygmalion », sa troisième plaque gravée dans la douleur et se soldant par une séparation de près de dix ans (NDR : entre 95 et 2014, l’aventure a été mise entre parenthèses), LP subtil et clairement électro, tant dans sa composition, son instrumentation que dans son approche, qui ici, en version live, épouse parfaitement les courbes ascendantes des morceaux basés sur les guitares et les effets multiples.

Ainsi, titres d’hier et nouvelles compos s’épousent dans une harmonie intemporelle sans marquer le moindre temps mort.

Frissons et poils dressés garantis !

Réveillant les souvenirs des moins jeunes, fouettant le plaisir des nouveaux fans. Jusqu’à l’apogée, la magistrale reprise de Syd Barrett, « Golden Hair », qui clôture la première partie du concert. Les guitares, au souffle exaltant, se sont mises à balayer l’espace sonore. Et sous une voûte céleste pliant sous le poids de l’émotion, une averse de notes répercutées dans l’infini par des échos dorés, s’est abattue…

Le rappel va d’abord nous réserver un moment intimiste, à travers le magnifique « Dagger » (NDR : un extrait de l’album « Slouvaki ») avant de s’achever par « 40 days », sous un déluge de hourras et de mains dressées vers les cieux.

Un set maîtrisé de main de maître mais qui ne laisse somme toute aucune place à l’impro, redite de soir en soir, ce qui constitue peut-être le seul bémol du spectacle.

Mais il serait sot de faire la fine bouche quand le menu s’est montré si succulent.

Pour les photos, c’est ici

Setlist :

Slomo
Catch the Breeze

Crazy for You
Star Roving
Slowdive
Souvlaki Space Station
Avalyn
Don't Know Why
Blue Skied an' Clear
When the Sun Hits
Alison
Sugar for the Pill
Golden Hair

No Longer Making Time
Dagger
40 Days

(Organisation : Botanique)

 

Slowdive

Slomo

Écrit par

Vingt-deux ans que Slowdive n’avait plus enregistré de nouvel album. Il s’agissait de « Pygmalion », juste avant que la band ne soit viré par Creation. Le combo va alors poursuivre son aventure au sein de Mojave 3. Mais sans le drummer, Simon Scott, parti alors embrasser d’autres horizons sonores, chez Televisie. Les musicos vont également, en parallèle, développer des projets plus personnels. Mais en 2014, le combo se reforme, célébrant le retour de Scott. Et début de cette année, il décide de graver son quatrième elpee. Pour un résultat tout bonnement épatant. Malgré un recours judicieux à l’électronique. Car elle est mise au service de l’instrumentation organique. C’est même Simon qui s’en charge.

En écoutant ce « Slomo », on ne peut s’empêcher de penser à la nature. Aux nuages, aux étoiles, aux cieux, au vent ainsi qu’aux océans. Notamment. Les compos baignent au sein d’une brume veloutée. Limpides, les voix de Neil Halstead et de Rachel Goswell n’ont jamais été aussi complémentaires. Et puis il y a ces sonorités de guitares. Shoegaze, noisy, lumineuses, tintinnabulantes, éthérées, mélodieuses, raffinées, sauvages et surtout délicieuses…

Le long playing est découpé en 8 morceaux. Une œuvre qui s’ouvre par l’élégant et addictif « Slomo » et s’achève par l’hypnotique « Falling ashes », une piste caractérisée par ces notes de piano en boucle qui ouvre de nouvelles perspectives dans l’écriture de Slowdive. Hymnique, « Star roving » est abordé dans l’esprit de Ride, mais après avoir été trempé dans le miel. « Don’t you know why » et « No longer making time » lorgnent carrément vers Cocteau Twins, même si certaines tonalités de cordes évoquent plutôt Durutti Column. Des guitares en arpège et une ligne de basse alt rock alimentent le single « Sugar for the pill », une plage qui aurait pu figurer au répertoire de Mojave 3. Mélancolique, « Everyone knows » aurait pu servir à la B.O. du film consacré aux « Hauts de Hurlevents », le roman d’Emilie Brontë. Plus complexe, « Go get it » baigne au sein d’un climat ténébreux, mais se distingue par ses vocaux en couches, son riff sauvage, son crescendo luxuriant ainsi que son groove enfiévré et humide…

Un must ! Slowdive se produira ce 7 octobre au Botanique, mais c’est sold out depuis belle lurette…

 

Slowdive

Pygmalion

Depuis que Brian Eno a collaboré avec Slowdive pour l'album "Souvlaki", la musique de ce quintet de Reading a pris une étrange coloration. Ses expérimentations soniques, à l'origine inspirées par My Bloody Valentine, Loop et Spacemen 3, sont ici encore poussées plus loin dans l'ambient extatique. Dérive dans le vide où flotte mystérieusement une électricité cristalline, translucide et des vocaux murmurés, presque somnolents. Une seule composition échappe à cette torpeur, à cette léthargie, "Rutti". Dix minutes au cours desquelles Slowdive parvient à se diffuser dans la pureté du son, un peu à la manière d'un Pale Saints ou même de Durutti Column. Une petite déception!

 

Slowdive

Voler de ses propres ailes…

Écrit par

Quand Slowdive, groupe anglais de Reading, est passé au VK, il y a près de deux ans, il avait surpris les trop rares spectateurs présents. On s’attendait à un set mou et ennuyeux, et on a eu droit à un véritable enchantement sans baisse de tension. Ne les ratez sous aucun prétexte lors de leur prochain passage (sans doute en novembre). Conversation recueillie auprès de la craquante Rachel Goswell (guitare et chant).

Je me souviens de ce concert à Bruxelles. J'étais vraiment très malade. J'ai vu la vidéo que quelqu'un avait filmée. C'était la dernière date de la petite tournée qu'on avait accomplie et j'avais attrapé un sérieux refroidissement. Je me sentais vraiment mal, ce soir-là. Dans les loges, il y avait des lits de camp, et en arrivant, avant de monter sur scène, je m'y suis évanouie. Et quand c'était l'heure de manger, je n'ai rien pu avaler. Après le concert, je suis retournée immédiatement me coucher sur ce lit de camp. On me demandait : ‘Ca va, Rachel?’ Et moi, j'étais là à gémir : ‘Oaahh! Je suis malaaade...’ C'est très ennuyeux parce que chaque fois qu'on part en tournée, je la termine très malade. C'est horrible.

Est-ce la raison pour laquelle, tu t’es assise sur le sol ?

(rires) J'avais tout-qui tournait. Je croyais que j'allais m'évanouir. Et on me disait : il faut jouer ce concert! On est allé aux Etats-Unis pour un mois, en mai, il y a un an. Le matin suivant le dernier concert, quand je me suis réveillée, j'avais perdu ma voix. Je ne pouvais plus parler. En rentrant en Angleterre, quelques jours plus tard, j'ai dû rester au lit pendant trois semaines. J’ignore la raison. On voyage dans un car où on dort aussi ; si quelqu'un chope un rhume, tout le monde est contaminé.

Sur votre nouvel album, les morceaux ressemblent plus à de chansons qu’à des pièces atmosphériques...

Il a fallu un an et demi pour enregistrer cet album. Le précédent, trois mois. Et on écrivait en même temps qu'on enregistrait. Cette fois, on a d'abord répété les chansons. Nos goûts musicaux ont changé, aussi. On est beaucoup plus satisfaits de cet album et du processus de confection. On compose déjà de nouveaux morceaux qui sont plus ‘ambient’, pour le prochain disque. Neil écoute des choses comme The Orb. Et on expérimente de nouvelles voies, à l’aide de synthés... Ca change tout le temps, en fait.

'The scene that celebrates itself’ (la scène qui s'autocélébre) est quasi disparue. C’est une bonne nouvelle pour vous, non?

Au moment où on a sorti notre premier album, il était facile de vendre pas mal de disques vu cette scène créée de toutes pièces par la presse anglaise. Nous, on bénéficiait de l'effet de ‘hype’, comme Chapterhouse, par exemple. C'est comme si maintenant, on volait enfin de nos propres ailes. On ne peut nous associer à personne d'autre, c'est bien mieux pour nous ; ce qui nous permet d’appréhender comment notre disque est reçu, selon ses propres qualités. Nous ne sommes plus à la mode, nous ne sommes pas Suede! Tout a changé et on préfère cette situation. C'est d'ailleurs ce qu'on a toujours voulu : mais on ne peut pas faire grand-chose contre un intérêt outrancier de la presse.

Une autre étiquette qui vous colle à la peau, c'est une image de groupe triste ?

Les gens s'attendent à ce que nous soyons très sérieux. Ils nous imaginent l'air malheureux en concert. C'est très amusant car lors des interviews, on nous pose toujours des questions très sérieuses. Et quand les gens nous rencontrent, ils nous avouent : ‘C'est dingue, vous ne ressemblez pas à ce qu'on attendait de vous.’ Nous sommes des gens heureux, mais quand on joue ensemble, c'est cette musique-là qui sort. Je ne sais pas pourquoi.

Enfant, tu étais plutôt triste ou joviale ?

J'étais vraiment heureuse. J'ai vécu au Pays de Galles jusqu'à mes 7 ans. Ma mère est infirmière et mon père, à ce moment-là, était ingénieur. C’est à cette époque qu’on a déménagé pour Reading. Je m'en souviens parce que j'aimais bien vivre dans ces petits bungalows entourés de champs, au Pays de Galles : c'était magnifique. A Reading, la vie était difficile : j'avais un accent gallois à couper au couteau, et, quand je suis allée à l'école primaire, tout le monde se moquait de moi. Et pendant mes deux premières années, je me suis mise à haïr l'Angleterre. Mais je n'ai pas connu de traumatisme particulier, pas plus que la moyenne des enfants. J'ai vécu ma crise d'adolescence à 16 ans. Elle ne s'est pas très bien passée. A cause de mon père. J'ai quitté la maison et il n'y a plus eu de problèmes.

Tu ne fais pas beaucoup d'efforts pour entretenir la légende de tristesse de Slowdive?

(rires) Je pense que le vécu de Neil (chant, guitares et composition) a été plus difficile. Son père l'a foutu dehors. Avant qu'on soit signés, Neil fréquentait le collège mais il était censé aller à l'université pour étudier la littérature anglaise. Il a décidé d'arrêter un an pour se consacrer au groupe et son père l'a mis à la porte. Il s’est tapé des petits boulots de nuit pour payer son loyer. Le jour, il allait au collège. Il a peut-être été plus traumatisé que nous...

Les gens attendent que vous ressembliez à vos disques...

Cette réflexion me rappelle une anecdote amusante : lors de nos premières tournées, en Angleterre, les spectateurs interpelaient notre ingénieur du son quand on était sur scène pour demander si on utilisait une bande! Ils ne comprennent pas comment on tire de telles sonorités de nos guitares. A cause de nos disques, ils étaient persuadés qu'on devait mimer les chansons, en concert...

Vous avez dit que la population de Reading vous acceptait mal. La situation s’est améliorée aujourd'hui?

Oui, on est beaucoup mieux intégrés qu'avant. Beaucoup de gens étaient agressifs uniquement parce qu'on était signés par une maison de disques. Les autres groupes étaient jaloux. ‘Vous êtes vraiment nuls. C'est nous qui aurions dû être signés. Nous sommes bien meilleurs.’ Ils venaient nous apostropher quand ils lisaient une mauvaise critique à notre sujet. Par contre, quand elles étaient bonnes, c’était le silence radio. Jusqu'alors, quand on jouait à Reading, l'ambiance était assez glaciale, le public semblait dire ‘Allez, impressionnez-nous!’

(Article paru dans le n°17 du magazine Mofo de novembre 1993)