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Stereolab

Une musique tellement riche et rafraîchissante…

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Reformé en 2019, d’abord pour accompagner une salve de rééditions impulsée par Warp, Stereolab est revenu sur le devant de l’actualité grâce à un nouvel opus, « Instant Holograms On Metal Film », paru en mai de l’an dernier. Sur les planches de l’Aéronef, la formation franco-britannique va livrer un set qui assume ses alliages : pop oblique, krautrock motorik, touches de jazz et d’électronique. Les textes, chantés en français ou en anglais, selon les titres, conservent leur message engagé.

Depuis les nineties, le combo s’est imposé dans l’indie pour son art de la superposition : motifs répétitifs, harmonies vocales en couches, claviers vintage et lignes de guitare qui tracent des diagonales.

La foule est constituée majoritairement de quadragénaires et de quinquagénaires.

Le concert s’ouvre par l’intro « Mystical Plosives » : sur ces notes robotiques, les musiciens apparaissent, puis s’installent.

« Aerial Troubles », « Motoroller Scalatron » puis « Vermona F Transistor » définissent d’emblée la méthode Stereolab : pulsation régulière, claviers qui scintillent sans trop s’épancher, et détails de timbre glissés au bon moment. Lætitia Sadier passe au trombone à coulisses sur « Vermona F Transistor » ; en bout de course, les claviers esquissent un clin d’œil au Boléro de Ravel.

Le set se permet ensuite un retour en arrière : « Peng ! 33 », ancien titre, avance sur des claviers volontairement rognés, comme passés au cutter, pendant que la section rythmique garde le cap.

Sur « The Flower Called Nowhere », le chant joue la superposition : voix principale, contre-voix, puis falsetto qui se répondent et se croisent sans jamais saturer l’espace.

Pièce centrale du concert, « Melodie Is a Wound » multiplie les changements de rythme tout en revenant régulièrement vers une bossa nova de traverse. Sadier y prend la trompette, étire les phrases, puis laisse le morceau s’allonger en improvisation. Parfois, le climat devient plus ‘doorsien’, mais en fin de parcours, il s’enfonce dans un psychédélisme spatial.

« If You Remember I Forgot How to Dream Pt. 1 » serpente entre appuis jazzy et pop plus légère. Sadier revient au trombone à coulisses, puis en français, fidèle à des convictions pacifistes assumées, chante : ‘J’appartiens à la terre, je dis non à la guerre’.

« Miss Modular » remet du relief dans la fosse grâce à un groove net et un travail vocal soigné. Sadier y manie un trombone à coulisse, tandis que les chœurs (Joe Watson et Xavier Muñoz) cadrent les mélodies par des secondes voix impeccables.

« Household Names » vire vers un funk discret, avant qu’ « Esemplastic Creeping Eruption » ne réinstalle les boucles et les micro-variations chères au band, sans jamais perdre la lisibilité des lignes.

En fin de parcours, « Percolator » revient à une bossa nova minimale, puis « Electrified Teenybop ! » bascule en instrumental motorik, roues parfaitement alignées, l’expression sonore avançant par petites stries répétées.

Le rappel s’articule en deux temps. « Immortal » installe une matière plus atmosphérique, puis « Cybele’s Reverie » met en avant la voix de Sadier, capable d’enchaîner graves et aigus sans forcer l’effet, tout en restant dans cette distance caractéristique.

Sur le podium, Lætitia Sadier occupe le côté droit, guitare en gauchère. Un petit pupitre placé devant elle lui sert de poste de commande : il lui permet de déclencher des sonorités proches d’un Moog. Veste à brillants sur les épaules, elle passe d’un instrument à l’autre – guitare, claviers, trombone, tambourin puis trombone à coulisse – au gré des morceaux.

À l’autre extrémité, Timothy Gane (barbe grisonnante) reste concentré sur ses motifs de guitare, comme s’il était sans son monde. À l’arrière, Andy Ramsay verrouille la pulsation, pendant que Joe Watson, aux claviers et caché derrière ses partitions ainsi que le multi-instrumentiste (basse surtout, claviers et parfois guitare) Xavier Muñoz consolident l’édifice par leurs interventions et des secondes voix particulièrement justes. Hormis pour les voix, on a l’impression que chaque musicien est sur son île, et paradoxalement ces individualités forment un collectif soudé.

La voix de Sadier, claire et bien timbrée, survole des arrangements qui aiment la stratification. Les harmonies se construisent par couches, parfois en contre-voix puis en falsetto, ce qui renforce l’impression de mouvement interne, même lorsque la rythmique choisit la répétition.

Entre deux titres, Sadier échange quelques mots en français, d’une voix douce et posée. Ces apartés, brefs, ramènent le concert à une échelle simple, loin des postures, alors que la musique, elle, continue d’assembler kraut-pop, échappées jazz et détails électroniques.

Au fil du concert, l’enthousiasme gagne la foule qui applaudit de plus en plus longtemps, à l’issue des morceaux ; et puis, au bout des 13 titres du set, et du rappel, elle salue longuement une prestation maîtrisée en tous points d’une musique tellement riche et rafraîchissante.

Photos Ludovic Vandenweghe ici

En supporting act, le duo liégeois Chaton Laveur s’est plutôt bien débrouillé face à un public encore clairseme, celui-ci ayant décidé de ne rappliquer que pour la tête d’affiche.

Julie, robe noire assez courte, papillonne entre basse (souvent), guitare (parfois) et claviers ; Pierre se réserve la batterie (constamment) et les claviers (dont un moog). Et le tout est enrichi de boucles et d’effets sonores. Ils chantent en harmonie et en falsetto. Il faut reconnaître que le drumming est aussi ample qu’efficace. Les morceaux sont longs et dépassent régulièrement les 5 minutes. La trame de la musique repose sur les rythmes motorik du krautrock, et le tout est traversé d’accès de dream pop et de shoegaze. Leur premier elpee, «   Labyrinthe » est paru ce 13 mars.

Bref, minimaliste, l’expression sonore tient la route, mais – et ce n’est qu’un avis personnel – il serait peut-être intéressant d’élargir le line up à un ou une guitariste, pour donner davantage d’épaisseur à la musique. Tout au moins sur les planches (page ‘Artistes’ ). 

Setlist Sterolab

1.    Intro : « Mystical Plosives »
2.    « Aerial Troubles »
3.    « Motoroller Scalatron »
4.    « Vermona F Transistor »
5.    « Peng ! 33 »
6 .   « The Flower Called Nowhere »
7.    « Melodie Is a Wound »
8.    « If You Remember I Forgot How to Dream Pt. 1 »
9.    « Miss Modular »
10.    « Household Names »
11.    « Esemplastic Creeping Eruption »
12.    « Percolator »
13.    « Electrified Teenybop ! »

Rappel : « Immortal », « Cybele’s Reverie ».

(Organisation : Aéronef, Lille)

 

Stereolab

Chemical Chords

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« Chemical Chords » constitue le onzième album studio de Sterolab. Par contre, ne me demandez pas combien de disques ils ont enregistré à ce jour, c’est un véritable casse-tête chinois. A cet égard, je vous invite à vous tourner vers les sites spécialisés dans le genre. Encore, qu’après consultation, on se rend compte qu’aucun d’entre eux n’est sur la même longueur d’ondes (NDR : voir quand même sur le site officiel : http://www.stereolab.co.uk/discography/?no=79. En outre, si vous vous souhaitez compliquer la situation, on peut aussi évoquer les œuvres des projets parallèles… et bonjour la prise de tête. Bref, Stereolab n’avait plus enregistré de véritable album depuis 2004. « Margerine Eclipse », très précisément. Deux ans après le décès d’une des vocalistes, Mary Hansen. Encore que de nombreux chroniqueurs considèrent cet elpee comme un recueil de chutes de bandes. A vous de juger. Mais revenons à nos moutons…

Le nouvel essai est découpé en 14 plages. 16 pour l’édition limitée. Et il faut reconnaître que les influences ‘krautrock’ des débuts se sont évaporées. Plus de titres longs et hypnotiques, comme « Refractions in the plastic pulse » ou « Metronomic Underground » non plus. En fait, Stereolab épouse ici une formule presqu’exclusivement pop. Faut dire que le remplacement de Jim O’Rourke par Sean O’Hagan (NDR : après avoir milité chez Stereolab, il a fondé les High Llamas), à la production, y est pour quelque chose. Le morceau le plus long, et aussi le titre maître, dépasse à peine les 5 minutes. La mise en forme est particulièrement soignée, riche en arrangements de cuivres et de cordes, dans l’esprit de Scott Walker. Et s’il n’y avait cette construction élaborée des morceaux, on parlerait peut-être ici de lounge. D’ailleurs, on vous conseille d’écouter ce disque, installé confortablement dans une chaise ‘lounge’, sur le patio d’une villa espagnole, en bord de mer… Plus sérieusement, les compos ont été construites sur les claviers : synthés, moogs, vibraphone, clavecin, xylophone, etc. Ce sont même parfois ces claviers qui impriment le tempo. Un concept qui correspond davantage aux nouveaux desseins sonores du groupe. Les beats ont été ajoutés par la suite. Ce qui explique sans doute pourquoi, ils paraissent plus sinueux, plus capricieux. Par contre, pas de changement pour la voix de Laetitia Sadier. Son timbre éthéré, cristallin, est un véritable enchantement, même s’il faut bien tendre l’oreille pour comprendre ses lyrics obliques, exprimés tantôt dans la langue de Voltaire, tantôt dans celle de Shakespeare.

D’excellents morceaux donc sur ce « Chemical Chords », mais également quelques plages dispensables, parce qu’apparemment construites sur un schéma identique. N’empêche des compos comme « Three women » caractérisée par son rythme ‘motownesque’, le faussement grandiose « One finger symphony », hanté par le spectre de Serge Gainsbourg (NDR : ses débuts, of course !), « Cellulose sunshine », petite perle de pop de chambre (ces flux et ces reflux d’arrangements de cordes !) ; et sur l’édition limitée, le semi tribal/semi carnavalesque « Magne-Music », méritent une mention toute particulière. Et apparemment cet elpee ne serait que la première partie d’un dyptique, dont la sortie d’un deuxième volet est prévu pour dans quelques mois.

Stereolab

Dots and loops

Difficile d’être plus prolifique que Stereolab. En fait, depuis sa formation, en 1992, le groupe a enregistré neuf albums officiels, une volée de singles, parfois exclusivement gravés sur vinyle et quelques cassettes, le plus souvent destinées aux inconditionnels et aux collectionneurs. Suivant sa bonne habitude, le combo explore de nouveaux horizons sonores. Bien sûr, les spectres de Faust, de Neu, donc du ‘krautrock’, sont toujours bien présents. Mais ce " Dots and loops " est imprégné par la musique traditionnelle brésilienne. Par celle d’Astrid Gilberto ou de la samba. Mais plutôt par son magnétisme, son mystère, sa magie. Au fil de l’album, qui compte quand même 66 minutes, on a l’impression d’être envoûté par une force indéfinissable, obscure, irrésistible. Une force à laquelle il est de plus en plus difficile de résister. Qui envahit totalement votre esprit, ne vous laissant, en bout de course, que cette drôle d’impression de vertige. John Mc Entire de Tortoise et Andi Toma de Mouse On Mars sont également de la partie. Le plus souvent aux arrangements, à la production et aux bidouillages. Pas étonnant que ce disque flirte tellement avec la musique synthétique. Pop bien sûr ; le sens mélodique jouant toujours un rôle déterminant dans la musique de Stereolab. Néo-muzak !

 

Stereolab

Vite fait, bien fait...

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Un peu moins de dix minutes! C'est le temps qui m'a été accordé pour recueillir les propos de Laetitia Sadier et de Duncan Brown, respectivement chanteur et bassiste de Stereolab. L'improvisation la plus totale! A ce régime, faudra peut-être me réserver les cinq prochaines interviews du groupe. Question d'épuiser le questionnaire. Et pourtant, l'article semble tenir la route correctement. Jugez vous-mêmes!

Sterolab correspond-t-il toujours à un duo, élargi pour les besoins de la scène ou est-il devenu un véritable groupe?

Laetitia : Maintenant, c'est un groupe. Katherine, dernier membre recruté, a complété le line-up voici neuf mois. Il est cependant exact qu'à l'époque de "Peng", Stereolab se résumait à Tim et à moi-même. Joe jouait bien de la batterie, mais il fonctionnait encore chez les Chills. Je puis toutefois te confirmer que Stereolab correspond bien aujourd'hui à un véritable groupe...

Vous avez un jour déclaré que vous ne vouliez pas devenir des stars. Or vous venez de signer chez un major, Warner en l'occurrence. N'est-ce pas contradictoire?

L. : Non! Devenir star et relever d'un label major ne sont pas incompatibles. L'un ne veut pas nécessairement dire l'autre. En fait, nous sommes passés chez Elektra pour des raisons financières. Nous avions besoin d'argent. En tournée, un concert ne nous rapporte que 1.000 à 2.000 francs (NDR: français!). Nous avions donc intérêt à nous procurer des sous pour mettre du carburant dans la machine. Nous n'avons pas signé chez Elektra pour devenir des stars, mais pour disposer de ressources nécessaires et suffisantes à la survie du groupe.

Pas de pressions?

L. : Non! Nous avons décroché un bon contrat. Nous n'aurions jamais accepté de le signer s'il avait impliqué des clauses contraignantes. Nous l'avons bien épluché avant de le souscrire. Nous sommes donc très satisfaits. Nous sommes rétribués tout en conservant le contrôle de notre création. Que demander de plus?

Et cette situation vous permettra sans doute de financer Duophonic, label sur lequel vous n'avez, à ce jour, que gravé trois singles?

L. : Non. Il existe deux "Duophonic". Le plus petit est demeuré indépendant. Mais nous n'y enregistrons que des quarante-cinq tours. Nous en assurons seuls la gestion. En Angleterre, Elektra n'y a aucune délégation, même au niveau de la distribution...

Est-ce que les expérimentations post-industrielles, comme celles que vous avez menées avec Nurse With Wound, vous tentent encore?

L. : En fait, pour Nurse With Wound, c'est toute une histoire. Gallon Drunk allait entrer en studio avec Steve Stapleton. Et comme nous connaissions bien les musiciens de cette formation, Tim leur a demandé ses coordonnées pour prendre contact avec lui. Steve est ainsi venu nous voir en concert. Bien qu'intéressé, il estimait que notre musique était trop rock pour lui. Mais au bout d'un laps de temps, il nous a recontactés, révisant sans doute son jugement, et puis pensant peut-être que le jeu en valait la chandelle.

Duncan : Nous avons d'abord enregistré les titres, puis nous lui avons fait parvenir les bandes. Il a réalisé le mixing sans nous. Le résultat, nous ne l'avons découvert que sur le disque. Nous n'avons pas eu l'occasion d'intervenir à quel que moment que ce soit.

L. : Et la surprise fut totale... Il n'est pas exclu que nous menions d'autres tentatives aussi expérimentales, mais nous les réserverons surtout à "Duophonic". Je pense que nous allons nous diversifier. Et chaque disque aura sa couleur, sa connotation particulière. Même des chansons plus pop et plus accessibles. Nous sommes décidés à prospecter un peu dans toutes les directions... Déjà un peu balisées, il est vrai. Et les approfondir, les développer. Et puis, pourquoi ne pas encore les diversifier ?

Comme par exemple en s’inspirant du rock allemand du début des seventies, en en particulier celui de Faust et de Neu?

L. : Tout à fait!

D. : C'est surtout la passion de Tim!... Mais qu'est-ce qui te pousse à émettre une semblable réflexion?

L'aspect hypnotique, répétitif des compositions. Voire conceptuel comme sur "Jenny Ondioline", titre issu de votre dernier album qui dépasse les dix-huit minutes!...

L. : C'est du vol! On l'a fait exprès!

D. : Pas dans le sens d'un concept album. Mais nous avouons certaines similitudes avec la musique de Neu sur cette chanson. Coupable!

Lors de votre dernière tournée européenne, une certaine presse d'expression française vous a complètement descendu en flammes. Sachant que Laetitia est née en France, et y a vécu une bonne partie de sa jeunesse, n'est-ce pas encore plus difficile à avaler?

L. : Cette histoire date déjà de deux ans. Nous avions accordé un excellent concert à l'Espace Européen de Paris. Au départ, le public était resté assis. Puis au fil du set, il s'est mis à bouger, à se lever, et puis à s'éclater. Nous aussi on s'était éclaté. Nous avions le sentiment d'avoir vécu un moment très intense. Et puis, nous avons lu un article décrétant que ce soir là, nous avions été nuls. Au début, on n'a pas très bien compris. Et personnellement, cette réaction m'avait littéralement cassée. Mais ce fut la première et dernière fois q'une telle mésaventure me déchirait. Parce que je me suis dit que la réaction des spectateurs était finalement beaucoup plus importante que celle d'un journaliste. Si les gens n'ont toujours pas réalisé que ce 'canard' ne raconte que des conneries, c'est vraiment grave. Je dois avouer que ce sont d'excellents écrivains. Enfin, qu'ils écrivent très bien. Mais ils délirent la plupart du temps. Je pense que les gens ne sont quand même pas assez idiots pour avaler tout ce qu'ils fantasment. Lorsqu'une personne achète un disque, l'écoute, l'apprécie, puis découvre son analyse dans ce magazine, elle se demande s'il s'agit du même album. C'est complètement débile, mais surtout très bas...

Stereolab

Refried ectoplasm Switched on volume 2

"Refried ectoplasm" n'est pas un nouvel opus de Stereolab, mais une collection de raretés et de singles parus en édition limitée ainsi que de compositions qui n'avaient pas été retenues lors de la sortie de l'un ou l'autre album précédent. Et paradoxalement, cet elpee est probablement le meilleur commis à ce jour par la bande à Laetitia Sadier. On y retrouve ainsi, rassemblés en treize titres, toutes les formes d'expérimentations réalisées par le groupe dans le domaine de la pop. Avant-gardiste, muzak, ambient, post kraukrock, velvetienne, minimaliste, lo-fi et même funk, elles explorent l'intensité répétitive et la force hypnotique du son. Un son blême, clinique, cérébral, alimenté par des cordes de guitares horizontales, des accès de basse émoussés, des claviers technologiquement tombés en désuétude (moog, farfisa, etc) et parcouru en contrepoint par la voix flottante, semi comateuse de Laetitia. Superbe!

 

Stereolab

Transcient Random - Noise Bursts With Announcements

Etrange et délicieuse, cette fusion de références est à première écoute incompatibles. Pensez donc, parvenir à liquéfier en une même solution sonore le minimalisme ambiant de Brian Eno, la bubblepop des Archies, le krautrock de Neu et de Faust, la cacophonie urbaine de Kraftwerk, l'underground ténébreux du Velvet, le psychédélisme de Sonic Boom, la noisy de My Bloody Valentine et la musique d'avant-garde de John Cage ou de Terry Riley relève de la gageure. Pourtant, c'est ce que Stereolab est parvenu à réaliser sur ses deux premiers albums, "Peng" et "The Groop Played Space Age Batchelor Pad Music". Et au sein de cet espace partagé entre manipulation de bandes et instrumentation plus (?) conventionnelle (guitare, basse, claviers, moog, tambourin et percussions diverses) flotte la voix frigide, glaciale, impassionnelle de Laetitia récitant, un peu à la manière de Nico, sa prose hostile au gouvernement conservateur des Iles Britanniques. "Transcient Random-Noise Bursts With Announcements" s'inscrit presque parfaitement dans la lignée de ses précédents albums. Presque, puisqu'il implique un fragment d'un peu plus de dix-huit minutes tout simplement fabuleux. Sculpté dans l'électricité obsessionnelle, blême, hypnotique, passionnelle, "Jenny Ondiolin" nous entraîne à la rencontre de l'aventure, de l'invention et de la découverte ; une composition dont la texture fascinante rappelle les meilleurs moments de Pale Saints.