Agé de 35 ans, Bjorn Berge possède une voix très rocailleuse, comme si elle avait été polie au papier de verre. Il a été naturellement attiré par le blues, après avoir découvert Robert Johnson, Elmore James et John Hammond. Cependant, son blues est loin d'être traditionnel. Ce n'est pas pour rien que ce jeune musicien norvégien est décrit comme le Beck norvégien ou qu'on lui prête de nombreuses affinités avec la musique des Red Hot Chili Peppers. Car il est capable d'associer le blues avec le hip-hop et le funk. Un artiste, finalement, moderne et urbain.
" Illustrated man " constitue son sixième album. Paru en 1999, "Blues hit me" demeure, à ce jour, son plus notoire. Il faut l'avouer, sa musique est assez difficile à cerner. A cause de cette approche mystérieuse et alternative. La trame de fond est sans doute tapissée de blues, mais un blues assez malsain, qui laisse transparaître beaucoup de mal de vivre. C'est évident à l'écoute de cet opus. Le Bjorn Berge String Machine se résume pratiquement à Bjorn. Sur quatre plages, il est seul : sa voix, sa guitare à douze cordes et son pied pour marteler le sol. Il vit intensément sa musique. Ses inflexions vocales sont le plus souvent agressives. Très rythmique, son jeu de cordes est intense et fouillé. Il le démontre tout au long de "Give it away", "Heather", "Damn" et "Ride on", hanté par une voix lugubre, surgissant d'outre-tombe. Mais également la plage titulaire. Une plage écrite par Fred James et Mary-Ann Brandon, la célèbre paire issue de Nashville, dans le Tennessee. Bjorn aborde ce titre comme s'il était possédé, et cette manière démoniaque de jouer nous flanque des frissons partout. Une claque ! Et puis, il y a un autre Berge. Celui qui assis, apaisé par un climat de quiétude, joue de la guitare et chante "One meat ball" et le sublime "Wishful thinking". De la belle ouvrage ! Et il est exact qu'à cet instant, il peut nous faire penser aux Red Hot Chili Peppers. Il y a aussi le Berge qui a recours à l'informatique. La programmation est alors assurée par le producteur, Kjetil Hulland. Enfin, l'ambiance peut aussi se faire hip-hop. Et pourquoi pas ? Chez Fat Possum, on n'en est pas à une expérimentation près ; même s'il est vrai que les résultats ne sont pas toujours probants. Pour la circonstance, la recette est assez heureuse et concluante. Et celle du "Travelling riverside blues" de Robert Johnson ou du "Cypress grove" de Skip James qui ouvre l'album, ne manque pas d'intérêt. Bjorn est alors épaulé par l'harmonica de Jan Flaaten. Par contre, la reprise du "Locomotive breath" de Jethro Tull est plus dure à avaler. Le traditionnel "Angel band" bénéficie d'un excellent arrangement. La voix très grave est doublée d'une lap steel et d'un orgue synthétique. Cette œuvre étonnante ne manque pas de charme, mais exige une oreille avertie...

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