Cet homme-orchestre suédois avait gravé, l’an dernier, "Outskirt", une œuvre particulièrement singulière. Imprégné de blues, folk et world, elle constituait, pour votre serviteur, une véritable révélation. Son nouvel opus, "Horrifying death eating blood spider" est tout aussi imprévisible. A cause des percus tonitruantes, primaires, dispensées par Pelle Nyhage. Et puis de la voix déjantée, scandée à tue-tête. Son blues est brut. Il est alimenté par des accords de guitare amplifiés, répétitifs, dessinant des motifs sans fin. Daniel chante, éructe, siffle comme un révolté. Son attitude est menaçante.
Un climat de torpeur et d’inquiétude envahit "Nr.& Nr.2 Nr.3". Manifestement, ce n’est pas la joie. Il s’abandonne aux tourments des artifices synthétiques, tel un repenti, la corde au cou! Et ce n'est pas "Highbird" qui va nous combler d’optimisme. Calfeutré dans sa maison, au cœur de la nature scandinave, Daniel se confesse à son enregistreur à cassettes. Il triture sa pauvre guitare sans ménagement. "Blind" est une complainte empreinte de mélancolie et de morosité. Sa voix est très assurée, mais les tonalités des instruments sont terriblement fragiles. "Crooked John" pénètre au sein d’un univers postindustriel d'une autre époque. Les sonorités sont indescriptibles. Les percussions accablantes. La flûte dissonante. Nous sommes proches de l'anoxie, comme oubliés dans une fosse de garage. Daniel adopte un rythme plus enlevé pour aborder "Get the moon up". Son timbre est aussi ravagé que celui de Tom Waits. L’inspiration est nettement puisée dans le pré-war blues. La rythmique s’active pendant que l’harmonica communique un peu de couleurs à l'ensemble. "Mean old devil got on II" est également marqué par ce blues primaire. Il attaque ses cordes sur le fil du rasoir. L’accent est placé sur le message de notre artiste, issu du Nord. Ses riffs deviennent incandescents sur "Lowbird". Un vieil orgue, sorti de nulle part, hurle tel un Zeppelin des années trente! La plus belle chanson est sans doute aussi la plus accessible : "Stuck in the bones". Sa voix semble libérée. Daniel tolère même la présence d'autres musiciens, dont Berra Karlsson, préposé à la steel guitare. Et ses interventions sont judicieuses. Cependant, "Perfect jazz" replonge dans l’univers glauque avant de célébrer sa délivrance, lors de la finale, "Tough it aches". Introspective, cette œuvre est vraiment très originale.

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