Originaire de Dallas, Memo est un grand amateur de soul et de R&B. Avant d'opter pour l'harmonica, ce Texan était préposé à la basse chez les Weebads. Le chromatique, il l'a appris en écoutant James Cotton et Charlie Musselwhite. Au cours de leur existence, les Weebads ont vu défiler quelques musiciens dont la réputation n'est plus à faire aujourd'hui. Et notamment Johnny Moeller, Hash Brown et Paul Size. Memo est finalement repéré par Eddie Stout, producteur à Austin. Il l'invite à enregistrer pour son label Pee Wee ; et en particulier des sessions pour les "Texas Harmonica Rumble" parties. Des exercices de style qui vont lui permettre de décrocher des billets de sortie pour l'Europe et ses nombreux circuits. En 1993, il participe au Blues Festival d'Utrecht. Il y rencontre le guitariste Kai Strauss, le bassiste turc Erkan Ozdemir et le drummer Klaus Schnirring. En l'occurrence, ceux qui deviendront son backing group actuel. Memo Gonzales et les Bluescasters tournent pour la première fois en 1995. Ils enregistrent deux albums pour Stumble : "Let's all get drunk and get tattooed" en 1996 et "10,000 Miles" en 1999.
En février dernier, tout ce beau monde se retrouve au Texas pour mettre en boîte ce nouvel album. Le répertoire est essentiellement issu de la plume de Memo et de son compère gratteur Strauss. Il recèle cependant quelques reprises, souvent inhabituelles. L'opus s'ouvre par "Must be love". Un fragment qui trahit quelques affinités avec le rhythm'n blues et la soul. "The look of a creator" est une superbe composition. Tout est à bien mis en place. L'inspiration est puisée dans le Chicago Westside. La guitare tisse des lignes très créatives pendant que l'harmonica se fait très personnel. Kai Strauss chante son "What you're doin' to me" sur un rythme très rock'n'roll. Le refrain léger, tonifiant, autorise de belles envolées de guitares. La rythmique est en effervescence, pendant que Klaus Schnirring martèle comme un fou sur les peaux. La pression rythmique de Strauss est imparable. Tout au long du shuffle "It's been awhile", Memo souffle dans les aigus, sans faille, comme un Jimmy Reed en grande forme. Sur le blues lent et brûlant "Wages of my sins", Kai dispense des phrases aux tonalités torrides, empruntées à un Otis Rush des meilleurs jours. Très R&B dans sa démarche, "One and one (don't make three)" autorise des échanges et des sorties de guitares à très haut niveau. Pourtant, nul ne sort vainqueur de cette joute entre Strauss et Johnny Moeller. Ce qui n'empêche pas cette plage de briller. Plus surprenant, les Bluescasters s'attaquent au célèbre et délicat "His latest flame". Un titre signé Doc Pomus et révélé au grand public par un certain Elvis Presley. Un léger frisson me parcourt l'échine. Anson Funderbuirgh, l'ami de Dallas, est venu rendre visite au groupe dans les studios de Palmer. Il intervient sur deux plages : le très rock'n'roll "You got me rollin" et "The door of happiness". Les musiciens conservent ce tempo rapide pour soutenir le chant de Kai sur "Two headed woman", un titre obscur de Junior Wells. Le gratteur peut y montrer toute l'étendue de son talent en y développant des tonalités très diverses. Impressionnant ! Pour "Angels in high heels", les Teutons texans puisent leur inspiration dans la West Coast. Un de ces moments choisis au cours duquel Memo étale sa virtuosité d'instrumentiste devant la guitare jump de Straus. Kai chante encore un autre rocker : "Give it to me", un titre qu'aurait sans aucun doute aimé Jimmy Vaughan (NDR : armé d'une Strato blanche, Kai affiche d'ailleurs un look très proche de Vaughan). Mais ici, Mike Morgan, un autre pote de Dallas, vient donner le coup de pouce. Ce superbe album s'achève par un brillant exercice de style sur les cordes accordé par Kai Strauss : "Icy blue" ; un instrumental signé Albert Collins.

Nederlands
Français 
