Agé de 60 balais, John Hammond est un des plus anciens bluesmen blancs sur la route. Il est né à New York City en 1942. A 20 ans, il vivait à Greenwich Village. Il avait d'ailleurs participé au Folk Revival de l'époque et bien entendu à la renaissance du blues. Celle qui date des années 60.
Cet elpee s'ouvre par "Slick crown", une composition de John. Un fait à souligner, car il compose très peu. Ce qui est regrettable, car inspiré sans surprise par le regretté John Lee Hooker, ce léger boogie est vraiment croustillant. Tout est bien en place. Les deux guitares : celles de John et de Frank Carillo. Augie Meyers siège derrière le piano électrique. David Hidalgo (chanteur/guitariste/accordéoniste chez Lobos) a composé deux titres pour l'ami John : "No chance" et "I brought the rain". "No chance" est un blues délicatement rythmé à l'instrumentation très riche. Les guitares de Carillo et d'Hidalgo lui donnent de l'épaisseur. John se réserve l'harmonica. En bon texan du sud, Augie Meyers a sorti son accordéon. L'ambiance générale est très relax, laidback même, jusque dans la voix nonchalante. Pour "I brought the rain", les percussions de Hodges sont à l'avant-plan. L'orgue de Meyers intervient timidement dans le décor sonore. Très roots, très 'americana', "Easy loving" est particulièrement accrocheur. Une composition signée Freddie Hart, qui met en évidence l'accordéon et le violon de Soozie Tyrell. "Gin soaked boy" met un soupçon de rock dans le blues. En outre, les trois guitares sont en verve. Composée par Tom Waits (NDR : et cela s'entend !), cette chanson sied comme un gant à l'ami Hammond. Souvenez-vous de "Wicked grin", le dernier album de John ; il était presque exclusivement consacré aux chansons de Waits. Qui avait, sans surprise, assumé la production. John interprète aussi "Low side of the road", partie intégrante de l'univers glauque de Waits. Le jeu est minimaliste. La mise en scène chère à Hidalgo. Il ne faut pas oublier qu'il est aussi impliqué chez les Latin Playboys ! "Spider and the fly" est une des plus belles réussites de cet elpee. Composée dans les années 60 par Mick Jagger et Keith Richard, cette plage figurait autrefois au répertoire des Rolling Stones. Un très bon blues, paresseux, sans doute inspiré par Jimmy Reed. L'harmo flotte dans les aigus. Les guitares et le piano impriment une rythmique soutenue. "Can't remember to forget" constitue un de mes moments favoris. Un morceau écrit par Jerry Portnoy, un des rares musiciens blancs à avoir sévi au sein du Muddy Waters Band. Ce fragment s'inspire des marais de la Louisiane et emprunte au style de Guitar Slim. Hanté par le violon de Soozie, "Color of the blues" n'a strictement rien à voir avec le blues. Nonobstant son titre, cette cover de George Jones relève de la musique country pure. L'interprétation du "Same thing" de Willie Dixon est très dépouillée. Le climat lugubre, volontiers dramatique. La guitare (NDR : celle de John?), colle parfaitement à ce contexte. Une légère touche exotique teinte l'univers sonore de "Comes love", que John interprète de manière si personnelle. Il se fait enfin plaisir lors de la reprise du "Money honey" de Jessie Stone, une cover qui date de 1958 ; c'est à dire des années glorieuses du rock'n'roll. Lorsque John est sur la route, il prend le soin de s'entourer de musiciens talentueux. Ceux du Wicked Grin Band ne dérogent pas à la règle. En l'occurrence Meyers, Carillo et la section rythmique qui réunit Stephen Hodges aux drums et Marty Ballou à la basse. Si mes calculs sont exacts, " Ready for love " constitue le 29ème opus de John. Un disque qui s'achève par une partie de bluegrass. Intitulée "Just one more", elle met en exergue mandoline et violon. Par souci d'originalité, chaque album de Hammond bénéficie du concours de producteurs très différents, entraînant ainsi une relecture permanente de sa musique. A cet égard, le choix de JJ Cale pour "Trouble no more" (93), Duke Robillard pour "Found true love" (98), Tom Waits hier et David Hidalgo aujourd'hui, en sont des exemples particulièrement éloquents.

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