Ana est bien décidée à se faire un nom au sein des milieux blues et blues/rock de ce début du 21ème siècle. Cette tigresse slave a découvert le blues en 91, après avoir écouté un disque d'Elmore James. Un elpee issu de la collection de son paternel, il faut le préciser. Ceux de Roy Rogers, John Mooney, Johnny Winter, Sonny Landreth et de quelques autres lui donnent alors l'envie d'apprendre à jouer de la slide… En 1995, elle fonde son propre groupe : Hush. A Belgrade. Quatre ans plus tard, la formation commet "Hometown", un album dont l'édition restera limitée. En 2000, elle s'installe aux Pays-Bas. Bernard Allison la découvre et la présente à Thomas Ruf. Ce dernier l'emmène à Memphis pour enregistrer un nouvel opus : "Hush". Sous la houlette de Jim Gaines. Armée de sa slide, elle ne manque pas d'atouts. Avouons-le, surtout extérieurs. Féline et légère, elle est pourtant capable de mordre. En décrochant le WC Handy Award de nouvelle artiste, elle a déjà réussi la création d'un axe Belgrade Memphis. Elle n'a encore que 27 ans et peut donc voir venir.
En février 2003, elle revient à Memphis pour mettre en boîte cinq plages. Jim Gaines y signe la production. Deux mois plus tard, elle enregistre six autres titres. David Z (Buddy Guy, Jonni Lang) se charge alors de la mise en forme. Elle a bénéficié de la collaboration de ses musiciens. En l'occurrence Steve Potts aux drums, Dave Smith à la basse et Jack Holder à la guitare rythmique. Ces deux sessions sont sensiblement assez différentes.
Celle qui relève de Gaines débute de manière très électrique par "Don't bear down on me". S'appuyant sur l'efficacité de Jack Holder, l'assise rythmique est solide. Essentiellement rock, la base de cette plage concède de légers accents jazzy. "Love me again" persévère dans le même registre. Un périple dans le rock dont la structure emprunte beaucoup au blues. Contagieuse, cette plage affiche un énorme potentiel. Ana a sorti la slide. Al Gamble est à l'orgue et Jack dessine des arabesques boogie. La reprise du "Sitting on top of the world" de Howlin' Wolf n'est pas très respectueuse de l'original. C'est une certitude ! Mais imprimée sur un tempo assez élevé, elle transpire des effluves blues. La slide disserte allègrement et multiplie les effets sonores. Très propre, trop propre sans doute, exempt du moindre défaut, "Navajo moon" est un instrumental… plutôt insipide. Personnellement, j'estime que "Fool proof" est la meilleure plage de l'opus. Un blues rock assez agressif. La guitare est bien travaillée. Des chœurs féminins et l'harmonica de Lyn Jones renforcent la puissance de l'ensemble. Le titre maître relève de la première session concédée à David Z. Clairement funky, il contamine "Change my mind". L'accent est ici davantage appuyé sur la section rythmique. Bien mise en avant, elle est épaulée par l'orgue de Reese Wynans. Ana joue beaucoup sur les sonorités. Elle a volontiers recours à des artifices et avoue un goût très prononcé pour certaines tonalités jazz. Légèrement funk, "Night by night" est issu de la plume de Steely Dan. Une très belle composition qu'Anna est parvenue à retranscrire à sa manière. Elle use et abuse quelque peu de ses pédales, sans toutefois forcer la dose. Dadid Z aime remplir l'univers sonore. Chaque instrument apporte un élément au décor. "Need the help I can get" en est la plus belle démonstration. Composition bien cool à la balance instrumentale parfaite, "Recall the days" repose sur l'orgue Hammond de Wynans, pendant qu'Ana flirte sur les arpèges jazzy. L'elpee s'achève par "Jaco". Une note atmosphérique, très éthérée, caractérisée par des guitares acoustiques. Un exercice de style qui contraste avec l'ensemble de l'opus, mais qui apporte un petit air de fraîcheur à l'ensemble. Si vous souhaitez vous imprégner de la Popovic music, je vous invite à écouter ce disque à plusieurs reprises. Vous pourrez alors l'apprécier à sa juste valeur…

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