Barrelhouse constitue une des plus anciennes formations hollandaises de blues, encore en activité. Le combo s'est formé en 1974. Et au cours des dix années qui ont suivi, ils ont commis pas moins de dix albums. Ils ont eu même l'opportunité de tourner et d'enregistrer avec le maître de la Telecaster : Mr Albert Collins, en personne. De cette collaboration opérée en 1978, est d'ailleurs né un elpee, toujours disponible en CD : "Albert Collins live with the Barrelhouse live". Barrelhouse a toujours été drivé par une femme. Par une chanteuse, plus exactement : Tineke Shoemaker. La formation a même suspendu ses activités en 1986, lorsque Tineke a fondé One Two. Mais il devait y avoir une suite, car Barrelhouse est réapparu en 1993. Depuis, il s'est illustré à travers deux elpees : "Fortune changes" en 1994, et "Time frames" en 1998.
La sonorité de Barrelhouse a toujours été plus proche du british blues que des groupes américains. A cause de la section rythmique. Et on s'en rend compte dès les premiers accords de la plage titulaire, dont le motif est imprimé par la basse de Johnny LaPorte. Tineke est bien en voix, forte et plaintive à la fois. Les guitares des deux frères javanais sont retenues. Guus et Johnny doublent les instruments à 4 et 6 cordes. La célèbre composition de Little Walter, "Last night (I lost the best friend I ever had)", est reprise à la sauce hollandaise. Sans harmonica, mais avec le piano du redoutable vétéran Han van Dam. Un véritable bonheur, car il est un des rares musiciens européens à avoir assimilé le style du maître Otis Spann. Cette approche des touches est unique ; dommage qu'on ne l'entende pas davantage sur cette nouvelle œuvre. "Hang on to the things you do" épouse un style percutant, assez hard, un rockin' blues érigé sur le riff des guitares. "Country road" est une douce ballade country. Reprise ici à la sauce batave, elle bénéficie du concours de l'accordéoniste Jan Willem Sligting. Instrumental, "Far East" nous invite à goûter le son bien gras de la Gibson Les Paul, plongé au sein d'un climat très intimiste ! Intimiste est bien le maître mot de cet opus, car est découpé en chansons que sculpté dans le blues. Tineke interprète "Parting glasses" a capella. Elle s'appuie tout d'abord, avec délicatesse, sur la tristesse infinie de l'accordéon, avant que la section rythmique, puis les claviers ne viennent s'agiter à l'avant-plan. Mais quelle justesse et quelle clarté dans le chant! Deuxième reprise, "Last night (I heard you crying in your sleep)" n'est plus signée Little Walter, mais Hank Williams. Une version dépouillée, au cours de laquelle la voix est épaulée par le piano de Han et le dobro bien métallique et ensorceleur de Gary Lucas, un musicien qui joua jadis dans le Magic Band de Captain Beefheart. Ce "Last night" est superbe et superbement produit. "Like you did before" est un nouveau rockin' blues rythmé, contaminé par un piano électrique, un peu dans le style que les Faces affichaient naguère, lorsqu'ils étaient aux ordres de Rod Stewart. "Dark as a dungeon" navigue entre blues dépouillé et ballade country. Sa densité musicale est accentuée par le tuba basse de Patrick Votrian, le saxophone ténor de Roland Brunt et la trompette de Wouter van Bemmel. "Hard feelings" conclut a capella avec. Album très personnel et bien réalisé, " Walking in time " risque fort de laisser les fans de blues sur leur faim, car les exploits instrumentaux du piano et des guitares demeurent un peu trop sur leur réserve.

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