Né le 21 janvier 1944 à Derby en Angleterre, Kevin Coyne est un personnage tout à fait à part dans le monde artistique. A l'instar de Peter Hammill, Kevin Ayers ou encore David Sylvain, il mériterait d'émarger au Grand Ordre des excentriques anglais. Et pourtant, ces quatre artistes militent dans des styles totalement différents.
Dans le domaine musical, Kevin est surtout inspiré par le blues rural. Par Elmore James, Fred Mc Dowell et Muddy Waters, en particulier. Ce qui ne l'a pas empêché d'être approché, à une certaine époque, pour remplacer feu Jim Morrison, au sein des Doors. A cause de ses qualités de showman, tout d'abord. Et puis de sa voix très caractéristique, nasillarde et poignante, d'une nervosité électrisante, particulièrement adaptée à toutes les formes de blues. Une invitation qu'il a cependant réfutée, par souci d'éthique. Du succès commercial, il n'en a guère rencontré au cours de sa longue carrière. Peut-être en 1978, lors de la sortie de l'incontournable " Millionnaire and Teddy Bears ". Devenu depuis un classique de l'histoire du rock. Johnny Rotten l'a un jour cité comme une des influences majeures des Sex Pistols. Un fameux compliment ! Depuis 1989, il s'est établi en Allemagne. Il se consacre de plus en plus à la peinture et à la poésie. Entre expositions et publication de recueils de poèmes, il lui arrive aussi de participer à des spectacles de théâtre. Et puis épisodiquement d'enregistrer un album. Comme ce " Carnival ". Sur lequel il a notamment reçu le concours de son fils, Robert. Qui y joue de la guitare et des claviers ; mais s'est également impliqué dans la composition.
Un disque sur lequel on retrouve deux blues favoris de Kevin : " Rolling and tumbling " de Muddy Waters et le traditionnel " Sugar mama ", tous deux mis à la sauce contemporaine. C'est d'ailleurs souvent le traitement que subissent les compositions de cet opus. Le blues rural de Coyne s'est donc adapté à la technologie moderne. Pas trop, ni trop peu. Sauf peut-être sur le très synthétique " Party, party, party ". Et le résultat me paraît fort intéressant ; et pas seulement à cause des lyrics toujours aussi profonds et ironiques. Malheureusement, ce disque risque fort de ne satisfaire ni les inconditionnels du blues, ni ceux qui sont perpétuellement à la recherche de nouveaux créneaux. En fait, il est beaucoup trop intemporel. C'est une grande qualité artistique, mais une énorme carence commerciale…

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