Duke Robillard est un des guitaristes contemporains les plus notoires. Très populaire chez nous, il est à la tête d’une discographie très abondante et largement distribuée. Il a été, rappelez-vous, l'un des fondateurs du big band de Rhode Island : le Roomful of Blues. En 1967. Lorsqu’il quitte cette formation, fin des années 70, il est remplacé par Ronnie Earl. Il monte alors le Legendary Blues Band en compagnie des musiciens de Muddy Waters. Puis devient le leader des Pleasure Kings. En 1984. Depuis, il a sorti un nombre impressionnant d'albums. Toujours caractérisés par cette touche personnelle, mêlant blues, jazz et swing. Il même sévi chez les Fabulous Thunderbirds de Kim Wilson, début des années 90. Son dernier elpee, "World full of blues", est paru en juin dernier sur le label canadien Stony Plain (distribué par Dixiefrog). Mais c'est d'une autre œuvre dont il est ici question ; puisqu’elle est distribuée via son propre site web. Des plages concoctées au cours de ces 15 dernières années, et qui ne sont jamais parues en CD.
Cette collection s’ouvre par une version dépouillée de "Pony blues". Duke n'est soutenu que de sa seule section rythmique. C’était lors d’une audition destinée à recruter un nouveau bassiste, en l'occurrence John Packer, l’heureux lauréat. Cette adaptation sobre met en exergue le drumming complexe de Marty Richards. "I'm sticking with you baby" est issu de la même session. Un puissant shuffle à la BB King. Un titre que Duke avait écrit à l'époque de Roomful of Blues, alors qu’il était au sommet de son art. La cover du "Gypsy woman" de Muddy Waters respecte le style originel. Un morceau imprimé sur un tempo tout en retenue. Mark Braun siège derrière le piano pendant que Jerry Portnoy nous illumine de ses interventions claires et concises à l’harmonica, tout en véhiculant un maximum de feeling. Duke signe "World radio theme". C’est le titre générique d'un radioshow populaire dans le Kentucky. Enrichi par les cuivres de Doug James, Dennis Taylor et Al Basile, le fragment baigne au sein d’un climat manouche. "I'd rather drink muddy water" a été composé par The cats and a Fiddle, au cours des années 30. Cette version est savoureuse. Duke et Gerry Beaudion se partagent un duo pour la plage surannée "Minor for McDonough", un titre jazzyfiant absolument délicieux. Instrumental puissant et très électrique, "The change is on" sert aux retransmissions des play-offs de la NBA à la TV. Duke, Marty Ballou et Marty Richards s’y libèrent. Inspiré par T-Bone Walker, "The return of Duke's mood" immortalise une session improvisée opérée en studio, et sous la formule du trio, lors de l'enregistrement de l'album "Guitar Groove-a-rama". Blues destiné à un big band, "I'm in cahoots with you" était resté à l’état de projet. En fait, le contrat commercial n’avait pas abouti. Un titre agréable à écouter. Matt McCabe s’y réserve le piano, alors que la section de cuivres de Roomful of Blues densifie l’espace sonore. La cover du "I live the life I love" de Willie Dixon est excellente. Du Chicago blues qui swingue. L'atmosphère est très décontractée. Bruce Katz se consacre au piano, Doug James et Gordon Beadle aux cuivres. La version instrumentale d’"Exalted lover" est à nouveau très dépouillée. La guitare/synthé de Duke reproduit des parties de trompette, de clavier et de sitar. La reprise du "Something to remember you by" de Guitar Slim constitue un remarquable exercice de style exécuté en live. Il date quand même d’une bonne dizaine d'années ; mais c’est un véritable festin! Signé Larry Davis, "I tried" figure au répertoire du Savoy Brown depuis déjà près de 40 ans. Duke nous en propose une adaptation saignante et irréprochable. Ce titre puissant devait figurer sur l'album "Duke's blues". Mr Robillard s’y montre à la fois offensif et direct, comme toujours. Ce recueil s’achève par la demo de "Pony blues". Essentiellement acoustique, elle est interprétée à la manière d'Howlin' Wolf ! La sortie de ce premier volume est tout à fait judicieuse. Elle s’inscrit dans l’esprit de ce que Kim Wilson avait édité, il y a peu!

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