La sortie d'un nouvel album de Mississippi Heat suscite toujours une certaine émotion dans nos chaumières belges ; et un petit accès de chauvinisme, difficile à cacher, nous envahit dès que nous pensons à Pierre et Michel Lacocque. Pierre, c'est l'artiste, l'harmoniciste de format international. Michel, le frère, le manager. Qui confesse n'être qu'un spectateur ; mais lors de chaque développement du Heat, son importance est cruciale. Il y a déjà trente ans que nos deux compatriotes ont élu domicile dans la capitale du blues. Depuis, ils ont eu tout le temps nécessaire et indispensable pour assimiler le feeling du blues local!
Mississippi Heat est né en 1981. Avant d'enregistrer " Footprints on the seiling ", il comptait quatre excellents albums à son actif. Le premier, "Straight from the heart", date de 92. Il réalisait déjà cette symbiose entre les éléments noir et blanc, un contraste cultivé par les Lacocque! Côté white, on retrouvait Pierre et l'excellent slider Billy Flynn ; côté black, Robert Covington, Bob Stroger et James Wheeler. "Learned the hard way" est paru en 1994. Il saluait la participation d'une chanteuse noire de talent : Miss Deitra Farr. A l'exception d'Allen Kirk qui avait repris le siège de Covington, les autres musiciens avaient été reconduits. Et en 95, "Thunder in my heart" avait été enregistré sous le même line up. Il faudra attendre près de 4 ans (NDR : donc en 1999) pour voir sortir "Handyman". Sans aucun doute l'elpee le plus accompli. Paru tout d'abord sur le label maison Vanderlinden, il bénéficia l'année suivante d'une distribution internationale : celle de Crosscut. Un disque enrichi de deux titres supplémentaires. Dans l'intervalle, le groupe avait subi quelques remaniements. Katheryne Davis avait pris le relais vocal. Barrelhouse Chuck celui du piano. Ancien gratteur de Junior Wells, George Baze a été, tout un temps, préposé à la guitare; mais il est malheureusement décédé en octobre 1998. Sans oublier les invités de marque parmi lesquels ont transité Billy Boy Arnold et Carl Weathersby.
"Footprints on the ceiling" constitue le cinquième opus de Mississipi Heat. Et il faut avouer que nous n'avons pas le droit d'être déçus. L'intensité du son dispensée tout au long de "Goin' home" est une bonne surprise. Inetta Vistor possède la voix de l'emploi. C'est une digne héritière de Deitra et de Katheryne. Toute l'envergure du style de Pierre est bien présente. Si au départ ses influences incontournables répondaient au nom de Junior Wells et de Big Walter Horton, il s'est forgé aujourd'hui, et de manière indéniable, son style 'Lacocque' que l'on reconnaît immédiatement. Un style qu'il impose sur l'instrumental "Jean's jive", une compo dédiée à une amie de longue date, Miss Jean, malheureusement gravement malade. La puissance mélodieuse, cette faculté à imaginer l'existence de deux paires de poumons, se révèle à son écoute. Chris Winters se met en évidence à la Gibson Les Paul sur "She's got everything", une chanson d'amour écrite pour sa femme et son fils. Roger Weaver l'épaule au piano. Mais quel régal d'écouter la voix de Billy Boy Arnold sur "What kind of man is that?" ! Il s'autorise également un petit solo à l'harmonica sur un titre acoustique au son très vintage. "That ain't love" nous replonge avec le même bonheur au cœur de l'album précédent. Inetta prend bien le rôle de Miss Davis. Le son est épaissi par la présence des cuivres, du piano et de l'orgue. Seule la guitare de Chris se détache. "Blues for George Baze" est un autre instrumental au tempo lent. Réservé à l'harmo, il souffle toute la passion de Pierre, pour faire revivre l'ami disparu qui lui avait encore téléphoné une demi-heure à peine avant de rendre son dernier soupir. "Caribbean sunshine" nous plonge au sein d'une atmosphère des îles, une atmosphère agitée par un rythme très fouillé, latin, communicatif et emprunt de gaieté, une atmosphère que le Heat aime privilégier (NDR : ce qui n'est guère étonnant lorsque l'on sait que Vickie, l'épouse de Pierre, est cubaine). Carl Weathersby chante avec beaucoup de soul dans la voix. Il impose une tonalité incisive à la guitare. Le piano de Pat Bremman roule avec beaucoup de bonheur. Excellent blues lent, "Heartbroken" figurait déjà sur le premier album. Un morceau introduit par Pierre. Inetta chante. L'orgue Hammond de Bremman réchauffe nos cœurs, pousse la slide de Chris Winters avant qu'elle ne cède le relais aux cordes, profilées sur une ligne bien mélodieuse, à Michael Thomas. Terrain fertile pour un duel fraternel entre l'harmo de Pierre et celui de Peter "Madcat" Ruth, " Madcap hop " est un nouvel instrumental qui fait des "Whoopin" à la Sonny Terry. Un interlude très country & western ; ou si vous préférez une invitation à se défouler les jambes. Carl Weathersby chante, avec beaucoup de bonhomie et de paresse dans la voix, " Hobo blues ", pendant que le piano de Roger Weaver imprime un style proche de Fats Domino. "Still havin' a ball" sonne le réveil des troupes. Tous le musiciens sont au sommet de leur art. Carl est au chant. Phil Baron au piano. La guitare est toujours aussi agressive. Pierre décoche un court solo mais terriblement incisif. Billy Boy Arnold opère un retour chaleureux et bienvenu sur "Gonna leave and let her be". L'opus aurait pu s'achever ici, avec un sentiment du devoir accompli. Mais non, un superbe blues lent revient à la surface : "What else can I do" ? "Que puis-je faire d'autre?", chante Inetta avec une formidable dose d'émotion et de sensibilité soutenue. C'est bien cela le blues ! En super forme, le Heat clôt les débats par la plage titulaire : "Footprints on the ceiling". Le groove est total, la puissance au maximum. Un blues qui laisse espérer un monde meilleur, suite aux événements tragiques du 11 septembre 2001. Un superbe album, MM Lacocque!

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