Déjà deux ans que Luther nous a quittés. Il a eu le plaisir de recueillir la pleine gloire de son vivant, mais un peu tard, il faut le reconnaître. Artiste attachant, bluesman extraordinaire, c’est bien un grand qui nous a quitté. Merci à Ruf de sortir ce double album live, dans sa bonne ville de Chicago, qu’il retrouvait à peine.
La part belle est faite aux derniers albums, "Bad love" (3 titres), "Blue streak"(7) et "Reckless" (2). Et c’est son backing band américain, le James Solberg Band qui assure.
Le premier disque devrait ravir ses fans de blues, c’est une certitude. Il se paie ici une superbe tranche de blues, qu’il interprète de sa voix puissante, râpeuse, accrocheuse, en s’accompagnant de sa guitare suramplifiée, implacable. Tout cet album a été enregistré le 3 juin 1995 lors du Chicago Blues Festival. Le plus grand moment est indéniablement le blues lent, "Cherry Red wine". Absolument exceptionnel dans son accomplissement ! Dans le genre, "Bad love" est tout à fait brillant, lui aussi. Les titres rythmés sont volontiers durs, voire agressifs ("Soul fixin’ man" et "Move from the hood"). Luther aimait aussi jouer de la slide. Il reprend le "Give me back my wig" de Hound Dog Taylor et le classique de Tampa Red, "It hurts me too", composition qui figurait bien sûr au répertoire d’Elmore James. Un medley hommage à BB King termine ce disque, comme il clôturait le festival. Partagé entre "Gambler’s blues" et "Sweet little angel", il bénéficie du concours de deux compères du Westside de Chicago: Eddie C. Campbell et surtout Otis Rush. Un moment savoureux.
Le deuxième disque se concentre davantage sur le Luther plus soul, plus R&B. S’il avait enregistré pour Tamla Motown, il aurait pu figurer sans problème dans le catalogue Stax (ici "Think with your heart" vaut bien un standard d’Otis Redding!). Les prises de cet album ont été réalisées en partie au Buddy Guy's Legends, en 95 (retenons le très long "All the king's horses" et la guitare de "Walking papers") ; tandis que quatre fragments proviennent de l'un de ses derniers concerts accordés au Zoo Bar de Lincoln, en mai 97, dans le Nebraska. Pourtant déjà durement atteint par la maladie, il pouvait encore sortir des choses admirables comme "Will it ever change?". Trop, Luther, tu étais trop!!

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