Billy est originaire de l'Alabama ; mais au cours de sa jeunesse, sa famille a énormément bourlingué, passant par l'Indiana et le Texas, avant d’atterrir à Detroit, au début des 60s. Il y rencontre le roi de la scène blues locale, Mr John Lee Hooker en personne. Mais également James Cotton, alors accompagné par le batteur Sam Lay. Lorsque ce dernier fonde son propre combo, Farlow a l'immense privilège de succéder à Little Walter au poste d'harmoniciste. Le légendaire Walter venait en effet de décéder tragiquement, en 1968.
L'année suivante, Billy rejoint Commander Cody and the Lost Planet Airmen. Toute l’équipe s’installe à San Francisco afin d’y jouer leur cocktail de country et de rock'n'roll! L’aventure du groupe cesse en 76. Billy monte alors son band personnel. Dans les années 80, il entame une longue collaboration avec Fred James, guitariste chanteur et producteur issu de Nashville. De cette coopération naîtront cinq elpees. Plus tard, notre souffleur se joindra au vieux bluesman Homesick James, mais aussi le compositeur Bleu Jackson avant de retrouver Sam Lay, en compagnie duquel il publiera trois albums pour le label italien Appaloosa.
Plus récemment, Farlow a reçu le concours de Mercy, un trio français créé au début du siècle qui compte deux elpees à son actif : "Tribute to Slim Harpo" et "Magic". Ils se sont rencontrés à San Francisco, en 2006. Et ont décidé de tenter l’aventure ensemble…
Billy C. chante « Snake eyes » d’une voix nasillarde et relativement ravagée, une voix talonnée par la guitare de Jean-Paul Avenalleda. La musique puise son inspiration dans les marais louisianais. Son climat humide et blafard. Ses lueurs en demi-teinte. C’est dans ce contexte que « Runnin’ from the fire » est déclamé d’une voix grave. Cap vers l’Alabama. Au cœur d’une nuit sombre et pluvieuse, Jean-Paul injecte de la reverb dans ses cordes pour attaquer « Magnolia darlin’ ». « Drive me like a mule » baigne plutôt dans une ambiance Chicago blues. Le souffle propulsé par Farlow dans son harmonica chromatique est saccadé. Le rythme est soutenu. Les accents métalliques d’un dobro introduisent « Good rockin’ mama ». Billy souffle comme un désespéré sur ce pur blues Delta blues ; et on ressent énormément de vécu dans sa voix quand il nous conte la rencontre avec cette rockin’ Mama ! Stéphane Avellaneda imprime le tempo ferroviaire de « Tennessee Saturday night ». « My name is trouble » ne respire pas la joie ; faut dire que cette compo narre une aventure de l’artiste qui s’est retrouvé en taule après un périple en bus Greyhound. Le climat est lourd, intense. Poisseuse, la slide parvient néanmoins à s’extraire de cette torpeur. Farlow est toujours englué dans les bayous louisianais sur le lent, énigmatique et très expressif « What have I done ? » Un week-end de fête s’annonce sur les routes. L’explosif « Juke Joint Friday night » nous le rappelle. Le style de Billy C. est très personnel. Difficile de déceler une influence majeure chez ce souffleur. Une chose est sûre, il est très à l’aise sur son instrument chromatique. Il se démène comme un vieux rocker sur « Alligator crawl ». Il reprend le chemin de la Nouvelle-Orléans. Mais il ne parvient pas à échapper à l’atmosphère étouffante qui baigne son environnement. Il est même au bord de l’anoxie sur « Yella Pocahontas » et « Black Lazarus ». Nous sommes en Louisiane. L’opus s’achève alors dans le zydeco. Un moment de fête propice à la joie communicative reproduite par « Wild about you » (Trad : Je suis fou de vous). Excellent !

Nederlands
Français 
